"Voici votre nouveau bureau, Johnson !"

Son carton d’affaires dans les mains, ledit Johnson sourit poliment en ignorant le petit bureau coincé entre diverses piles de cartons que son supérieur lui désignait. Autour de celui-ci, d’autres minuscules espaces de travail avaient été disposés pour permettre à d’autres personnes comme lui de s’atteler à leur dur labeur. A perte de vue, l’open-space péniblement éclairé par des batteries de néons grésillant laissait paraître des dizaines d’espaces comme le sien, occupés par des collègues dont tout ce qu’il connaissait à cet instant précis était l’apparence de leurs nuques, penchées sur le papier qu’ils étaient en train de rédiger. Le jeune homme sortit de ses pensées lorsque la main potelée de son supérieur lui tapa dans le dos.

"Vous verrez Johnson, ici on est une grande famille. On a envie de bien faire notre travail, alors on y met les moyens. Vous avez devant vous l’un des ateliers produisant les meilleurs scénarios au monde. Alors faites chauffer votre cerveau d’artiste ! 
- Je suis ravi de l’entendre Monsieur. Mais, qu’est-ce que c’est là-bas ?"
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Pointant du doigt une étrange forme sombre se balançant sur un néon, Johnson s’étonna d’entendre de grands cris bestiaux provenant de celle-ci. Une nouvelle fois, la main potelée rencontra son dos, et Johnson dû se retenir de ne pas la repousser tant ce contact faussement amical le répugnait. Mais il aurait été mal vu pour son premier jour d’ainsi faire des manières, bien sûr.

"Ah, oui ! Pour améliorer la productivité de l’entreprise, nous avons pris un consultant.
- Je… un consultant ?
- Oui, c’est ça. Tenez, je vais vous le présenter : Monsieur Mongo, venez ici !"
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La petite silhouette se tourna vers Johnson et bondit en hurlant de câble électrique en lampe, agitant de longs bras avant de s’arrêter aux pieds du scénariste. Celui-ci s’étonna quelque peu en découvrant un singe au faciès ouvertement hostile et aux paumes recouvertes de matière fécale, un ceinturon de bricoleur autour de la taille. Dans l’une des poches entrouvertes, il put apercevoir un petit tas de briquettes colorées rappelant de célèbres jeux pour enfants.

"Johnson, voici Mongo. Il est consultant pour l’industrie cinématographique, son travail consiste à améliorer la qualité générale des travaux produits ici. Je vous l’ai dit : nous, nous voulons de la qua-li-té.
- Mais je… Monsieur, c’est un singe !"

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Johnson marqua un certain dégoût lorsqu’une petite boule nauséabonde vint s’écraser sur son visage, le singe en face de lui souriant bêtement en constatant que son projectile avait atteint sa cible.

"Ecoutez Johnson, je sais que c’est votre premier jour et que tout cela est un peu perturbant, mais le racisme n’a pas sa place ici ! Mongo est très compétent et a travaillé avec les plus grands : James Cameron, Ridley Scott, Nicolas Cage, bref : il a même eu le brillant poste de chargé de la photocopieuse chez Quentin Tarantino, soit la position la plus essentielle pour la production des films de ce Monsieur. 
- Je… mais… et heu… ici – demanda poliment le jeune homme, tentant de comprendre la situation – quel est le poste de Mongo ?
- Voyez sa ceinture ? Il a de petites poches de briquettes, tenez : Mongo, montrez-nous une briquette."

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Le singe farfouilla quelques instants dans l’une des poches, et tendit une petite briquette mauve sur laquelle il était écrit "un enfant relou". Johnson haussa les épaules en direction de son supérieur, qui semblait attendre cette réaction avec une certaine excitation.

"Vous ne comprenez pas ? Chaque briquette est notée d’un poncif auquel le public est habitué. Mongo passe donc à chaque bureau et colle régulièrement des briquettes sur votre scénario pour vous obliger à respecter quelques critères basiques qui permettront aux spectateurs de ne pas avoir l’impression d’être face à quelque chose de trop original. 
- Ho… et… sur quoi travaillez-vous ici en ce moment ?
- Et bien sur Looper, un film qui a failli entièrement vider les poches de briquettes de notre pauvre Mongo. Mais, ha ! Il faut bien investir pour faire de la qualité n’est-ce pas ? Allez mon petit Johnson : maintenant, asseyez-vous, commencez à écrire, et ne vous inquiétez pas, d’ici quelques minutes, Mongo viendra vous coller des briquettes pour s’assurer que vous ne sortiez pas trop des sentiers battus. Sur ce, bonne journée Messieurs ! Je dois faire passer un entretien à un cochon d’inde qui prétend avoir été l’agent de Kristen Stewart."
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Une dernière fois, la main potelée se posa sur le dos du pauvre Johnson, alors que celui-ci prenait place sur son minuscule tabouret sous le regard méprisant du singe à son côté. Ce n’est que lorsqu’il commença à lire le scénario de Looper, déjà présent sur sa table, que Johnson comprit à quel point la matière fécale ornant les mains de l’animal avait servi dans la réalisation de la chose.

N’attendons pas plus avant : spoilons mes bons !

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L’affiche : affrontez votre futur. Et perdez 2h du vôtre pour l’éternité.

Notre film s’ouvre quelque part, dans un futur proche.

Au milieu d’un champ à la triste mine, un homme attend devant une bâche blanche étendue à même le sol. Ses écouteurs vissés dans les oreilles, le brave galopin écoute des leçons italiens, et très détendu, répète les phrases qu’il entend l’une après l’autre pour ainsi, un jour, visiter Rome, Venise, ou participer à une soirée Bunga-Bunga. Seulement voilà : après avoir consulté sa montre de gousset, notre homme, qui est accessoirement notre héros et s’appelle tout simplement Joe, note que l’heure de son rendez-vous approche, et retirant ses écouteurs, s’occupe plutôt d’armer le fusil futuriste qu’il a au côté. C’est alors qu’à la seconde exacte où il l’attendait, son invité fait son apparition. Et quelle apparition ! Car sur la bâche sort de nulle part, sans tambours ni trompettes, un homme à genoux, un slip sur la tête pour dissimuler son visage, et les mains entravées. Ni une, ni deux, Joe ne prend pas même une seconde pour l’observer et se contente de lui coller une cartouche en plein dans la poitrine, par respect pour le slip.

La décharge mortelle ainsi assénée, Joe retourne le cadavre et déchirant sa veste au couteau, révèle une plaque métallique sur laquelle 4 lingots d’argent ont été fixés. Curieux ? Pas d’inquiétude jeunes gens : l’explication arrive de ce pas. Car en voix off, Joe nous explique de quoi il retourne. Et attention, c’est du bon, puisque dès maintenant, le film ne va plus ressembler à rien. Oui, je suis d’accord, ça fait très tôt, mais c’est le jeu ma pauvre Lucette.

A l’époque de Joe, la machine à voyager dans le temps n’existe pas encore. Mais 30 ans plus tard, ce sera le cas, et elle sera aussitôt rendue illégale à cause de tout le bordel qu’elle peut créer, du genre envoyer un baladeur contenant "Notre Dame de Paris" à Victor Hugo pour le pousser au suicide. Du coup, seules les mafias les plus puissantes ont les moyens de s’en servir. Mais pourquoi faire ? Acheter deux lingots, en envoyer un dans le passé, ainsi avoir trois lingots, puis recommencer l’opération en boucle pour dupliquer la chose à volonté ? Abattre les témoins avant même qu’ils n’atteignent un procès ? Se débarrasser de ses ennemis alors qu’ils ne sont que des bambins anonymes ? Non. La mafia s’en sert pour tuer des gens, oui, mais pas n’importe comment. Dans le futur, se débarrasser d’un cadavre est devenu super dur (il faudra donc que l’on m’explique comment font les mafias "moins puissantes", mais passons), les malfrats envoient donc dans le passé à un point précis un homme pour que des tueurs l’abattent à la seconde où il arrive. Du coup, l’homme a disparu du futur, dans le passé, tout le monde se fout de la disparition d’un type et d’un corps qui n’y a pas sa place, et donc que personne ne recherche, et je crois bien que Joe ose qualifier cela de "génial". A noter que la pègre, bonne payeuse, envoie toujours la future victime avec des lingots d’argent attachés dans le dos pour que le tueur puisse avoir sa paye sans avoir de problèmes en étant payé des des eurogloubitz, la monnaie du futur pas encore en circulation.

Notez : c’est déjà complètement con. Les mecs ont une machine surpuissante, et ils s’en servent pour faire un truc complètement absurde. Pour rappel, il était aussi possible :

  • d’envoyer la victime chez les dinosaures : ils sont moins chers à payer, et sont aussi très pro à leur manière. Ou même au coeur d’un volcan lors d’une éruption connue, histoire de faire coucou à Haroun Tazieff
  • d’envoyer la victime avant la création de la Terre, puisque du coup, sa survie risque d’être drôlement compliquée (et qu’en plus les archéologues ont moins de chance de retrouver ses restes qu’une mission Soyouz)
  • si c’est vraiment pour le plaisir de lui mettre une balle, vous la butez avant de l’envoyer dans le temps, comme ça, vous êtes sûr que le travail est bien fait, et payer un fossoyeur du passé est sûrement moins cher qu’un tueur
  • ou si vous préférez faire dans le festif, la mafia pouvait aussi payer une seule fois des mecs pour faire un grand brasier, et à chaque fois qu’elle a quelqu’un à buter, il suffit donc de l’envoyer à ce point précis de l’espace et du temps, et hop. Pas besoin de multiplier les dates, les paiements et donc, les probabilité qu’un coup se passe mal

Mais évidemment, je suis sûr que c’est beaucoup plus intelligent d’envoyer ses propres ennemis dans le passé, de payer très cher des inconnus pour les tuer, comme ça, si jamais ça rate, vous avez envoyé un type que vous avez condamné à mort à une époque où il peut vous buter alors que vous êtes encore incapable de vous défendre. Grosso modo : la mafia utilise la machine à voyager dans le temps à l’exact opposé de ses intérêts. Rappelons que ce principe de base, complètement foiré, n’a pas empêché une partie de la critique de trouver, elle aussi, ce concept "génial". Mais poursuivons, car nous n’en somme qu’au début, et que ce film n’a pas fini de se vautrer encore et encore.

D’ailleurs, pour rappel, au cinéma, il y a trois choses très difficiles à manier (entre autres) : Dieu, la magie, et les voyages dans le temps. Le premier, parce qu’il peut régler tout votre film en claquant des doigts, la seconde, parce qu’il faut lui coller de sacrées règles pour qu’elle ne règle pas non plus tous les problèmes en quelques secondes (Harry Potter s’y est essayé, mais n’en a pas moins fini bourré d’incohérences), et les voyages dans le temps, parce qu’ils obligent à se relire pour éviter des tas de paradoxes/problèmes divers. Du coup, prendre cette thématique ambitieuse sans même réaliser que son pitch ne passerait pas devant un écolier, c’est tout de même assez beau. Aaah, mais je parle, je parle, et nous n’avançons pas. Concentrons-nous un peu.

Joe, donc, après nous avoir expliqué tout cela, s’en retourne donc vers un petit café non loin pour y prendre un café avec Beatrix, la gentille serveuse locale au prénom de film SM. Cela fait, il reprend sa voiture jusqu’à la ville voisine où il va au QG des loopers dans un quelconque immeuble pour y échanger ses lingots contre des billets. Et là encore, on sent le grand soin apporté à la réalisation,  car devant le guichet où ils font leurs échanges, il y a un petit poste pour poser son fusil avec marqué "Loopers, pensez bien à déposer vos armes avant d’aller au guichet". Ce que j’aime avec les tueurs professionnels, c’est quand ils ont des panonceaux "Coucou, ici, QG de tueurs".  J’ai envie de dire : quel talent. Par contre, j’ai cherché la pancarte "Attention blaireaux" durant un moment, mais je ne l’ai pas trouvée. C’est certes étonnant, mais là n’est pas le sujet.

Or donc, après avoir récupéré ses brouzoufs, Joe s’en va changer sa voiture de service pour son modèle personnel : un cabriolet flashy. Avec celui-ci, il décide de… heu… se  promener dans les quartiers pauvres, où malgré le fait que les gens du futurs semblent mourir de faim et tous être surarmés (on en voit échanger des tirs au grand jour), aucun ne pense qu’il serait pertinent de braquer un minet venu étaler son luxe à leur face. Comme quoi, Joe a raison de ne pas s’inquiéter de faire un truc aussi débile : le scénario le protège des réactions logiques (et des balles perdues). Le genre de type à aller faire de la trottinette à Groszny. Enfin, chemin faisant, Joe rencontre Seth, un jeune looper qui a évidemment tous les attributs du pote du héros collant mais looser que je vous laisse deviner (si vous fréquentez ce blog, vous avez un peu un doctorat ès poncifs). Seth est accessoirement capable de faire un peu de télékinésie, comme 10% de la population du futur, même si "ils peuvent juste faire voler des pièces, c’est inutile, et évidemment, n’imaginez pas que ça serve du film, hohoho, c’est pas comme si on était, comme dans toutes les bouses, dans un film où TOUT ce qui est dit doit servir pour être rentabilisé". Tous deux décident donc d’aller passer la soirée à la Belle Aurore, un cabaret local servant à la fois de repaire au chef de la pègre du coin, Abe, et de lieu de débauche. Sur place, nos héros croisent Jean-Jacques, un autre looper qui sort justement du bureau d’Abe avec un bien mauvaise nouvelle : on vient de lui annoncer qu’il devait "boucler la boucle".

"Salut les pauvres avec des fusils, ça vous dérange pas si on vient vous narguer ?"

Vous vous souvenez de ce qu’on expliquait plus haut avec l’utilisation des voyages dans le temps par la mafia ? C’était bien nase, hein ? Et bien attendez : on va en remettre une couche, et pas des moindres. Joe en voix off explique en effet qu’il peut arriver aux loopers de "boucler la boucle". C’est lorsque l’on leur annonce qu’ils vont devoir tuer… leur eux-même du futur. Car les loopers étant un organisme ultra-secret (on parle bien de celui qui a un panonceau bien visible ? Oui, oui, me dit-on dans l’oreillette), dans le futur, on veut parfois en finir avec d’anciens loopers pour éviter qu’ils ne parlent. On les envoie donc dans le passé avec cette fois dans le dos, un gros paquet de lingots d’or, pour que le looper qui accepte de se buter lui-même puisse prendre une confortable retraite.  Et sache désormais que dans 30 ans, on le sortira de sa retraite… pour le tuer.

Donc je résume : la mafia du futur, parfois, décide de payer 50 fois plus cher une exécution en demandant à la personne la plus susceptible de la merder – la propre victime – de s’en charger.

Oui hein ? Oui. Je trouve aussi.

Bref : lorsque l’on apprend que l’on boucle sa boucle, hé bien, on fait une grosse teuf (tout à fait normal). Et ces derniers temps, les teufs se multiplient pas mal, car il semblerait que dans le futur, un nouveau boss particulièrement méchant demande à ce que l’on exécute quantité de loopers pour de sombres raisons. Intéressant.

Joe en tout cas, prend du bon temps : il se drogue (ce qui consiste juste à le filmer tête en bas pour dire qu’il est défoncé) en bon professionnel, couche avec Suzie, l’une des filles du cabaret qui a la cuisse légère mais payante, et se saoule avec les autres loopers. Jusqu’à ce qu’un soir, une drôle d’aventure lui arrive : alors qu’il est en train de lire le Journal de Mickey, dernier organe de presse libre du monde du futur, Joe entend taper à sa fenêtre. Comment donc ? Et pourquoi pas la porte, est-elle si difficile à trouver ? Qui ose ?

Et bien : Seth, tout simplement. Le jeune freluquet supplie son ami de lui ouvrir – ce qu’il fait – car il a de gros ennuis : il devait boucler sa boucle quelques heures auparavant mais… il n’a pas pu. Lorsque la victime du futur est arrivée, elle a siffloté une chanson de sa maman au travers du slip (du Nicki Minaj, probablement) pour l’attendrir, et du coup, Seth n’a pas su faire quoi que ce soit d’autre que détacher son lui plus vieux pour le laisser s’enfuir. Et maintenant, comme il n’a pas respecté son contrat, les hommes d’Abe le cherchent pour lui péter la gueule.

Juste comme ça : comment ils ont su, les hommes d’Abe, sachant que les loopers sont censés tuer des hommes qui n’existent pas ET faire disparaître le cadavre tout seuls ? Il suffisait que Seth dise "Ayé mission accomplie", et c’était réglé. Il pouvait même s’arranger avec son lui plus vieux pour qu’il lui file quand même les lingots, comme ça, il pouvait se présenter au guichet en disant "Je l’ai tué : regardez, j’ai les lingots. Et j’ai pas d’autres preuves puisque mon métier, ça reste de les faire disparaître !". Et je doute que le vieux Seth ait vécu une vie suffisamment pétaradante pour que les gens du futur – qui ne le cherchaient pas, puisqu’officiellement mort – aient appris qu’il n’était pas mort à la date prévue, à moins bien sûr que papy n’ait décidé de passer ses vieux jours à animer Vivement Dimanche, une autre émission où l’on rappelle des vieux depuis l’espace-temps pour leur faire subir mille outrages. Mais, le diplôme de nécromancie de Michel Drucker n’est pas le sujet, il suffit. Bref  : ni les gens du présent, ni ceux du futur ne pouvant savoir que le type n’a pas été excuté… comment savent-ils ?

On va donc dire : Tagada, pif pouf, c’est magique.

Bref : Seth, qui commence un peu à sentir l’urine à force de paniquer, se met à littéralement trembler lorsque les hommes d’Abe viennent frapper à la porte de Joe. Notre héros hésite donc à le balancer, mais comme il a bon fond, hop, il le planque dans une cache sous son tapis où il stocke aussi une bonne partie des lingots d’argent qu’il a gagné, se constituant une réserve pour plus tard, sait-on jamais. Puis, après avoir fait patienter durant 10 bonnes minutes les hommes d’Abe à la porte, Joe finit par leur ouvrir avec l’excuse "Désolé, je me faisais beau", ce qui n’est évidemment pas du tout suspect. "Désolé, il est 3h du matin et j’étais encore défoncé à la schnouf" était évidemment beaucoup moins crédible, mais bon, je ne suis pas un tueur professionnel, inventer des mobiles ne fait pas partie de mon métier. En tout cas, les hommes d’Abe sont menés par Dudule, un jeune loup aux dents longues qui propose la chose suivante à Joe : il va aller voir Abe, discuter un peu, et pendant ce temps, lui va laisser quelques hommes dans son appartement, des fois que Seth s’y cache. Aucun d’eux ne fait donc mine d’entendre le puissant et méphitique pet liquide surgissant du plancher à peu près au niveau de la cachette de Seth suite à ces belles paroles, puis Joe et Dudule s’en vont donc vers la Belle Aurore. En chemin, on découvre d’ailleurs que Dudule est ambitieux, certes, mais surtout maladroit car toujours à jouer avec son pistolet quitte à s’être déjà tiré une balle dans le pied. Accessoirement, il est aussi prétentieux, et a un bref échange avec Joe sur les armes qu’ils utilisent. Dudule, lui, a un pistolet : utile pour défendre les intérêts de la pègre. Alors que Joe, comme tous les loopers, a un fusil sobrement surnommé "tromblon", et utilisé pour exécuter des cibles à courte portée. En effet, le tromblon remplit l’air de plomb, ce qui fait que même si la victime tente de bouger, elle est sûre de déguster, mais ne touche plus rien passé 15 mètres. Alors que le pistolet, lui…

Que l’on se rassure : tout le film ne porte pas que sur des tromblons

Evidemment, comme tout ce qui est dit dans ce film, cette conversation n’est pas innocente. Mais surtout, elle est incohérente, car lorsque l’on voit Joe tirer, on note que le tromblon ne fait pas un si gros trou, ce qui laisse supposer qu’en fait, il ne remplit guère l’air de plomb. Mieux : il ne tire qu’au coup par coup, et pas bien vite, ce qui signifie que, bah c’est à peu près l’arme la moins pratique du monde pour le métier de looper. Sans ce dialogue, en fait, je crois que je n’aurais même pas remarqué, supposant qu’il s’agissait d’un simple fusil à pompe, mais là en fait, vraiment, merci. Encore une fois, la réalisation a payé pour se vautrer, puisque supprimer la scène aurait pu lisser la chose. Ah, c’est beau. Il y en a qui doivent penser à ce blog en écrivant, je ne vois rien d’autre.

En tout cas, une fois à la Belle Aurore, Joe se sépare de Dudule et en voix off nous apprend qu’Abe vient de 30 ans dans le futur : la mafia l’a envoyé là pour superviser ses affaires. Un type sympa, Abe,  puisqu’il explique à Joe qu’il le connait bien, l’aime bien, et qu’il sait qu’il cache Seth puisqu’ils sont amis. Joe tente le "Nous ? Amis ? Hohoho, vous vous trompez" avec aplomb, oubliant qu’ils traînent ensemble depuis des années dans le cabaret d’Abe, filmé 24h/24 ce qui rend le mensonge un peu pourri.

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Au même moment, dans un atelier d’écriture de script

"Lâche ma feuille Mongo ! Ce sont les dialogues !
- HOUUU HOUUUU HAAAAAAAAAAA HAAAAAAAAAAAAAAAAAAA
- Aaaaah, il a mis du caca partout, nan mais c’est pas possible, foutu singe ! Vilain Mongo, vilain ! Qui pourrait prendre des dialogues barbouillés à l’étron au sérieux maintenant, hein ?"
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Un peu plus tard, en France

Un coup de maître époustouflant. - Les Inrockuptibles

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Donc, disais-je, Abe ne tombe pas dans le mensonge tout pourri de Joe, qui n’a même pas tenté le "Ah non, je n’ai pas vu Seth depuis hier soir, pourquoi ?". Il lui explique donc qu’il sait que Joe planque pas mal de lingots, et que s’il ne donne pas Seth, il retournera tout pour les retrouver et lui prendre. Alors, Joe, prêt à sacrifier la moitié de ta fortune pour ce gros looser de Seth ? Notre héros réfléchit un peu, et dépité à l’idée de ne pas pouvoir se payer une Playstation 8 ou des soirées Jungle Speed avec Suzie, donne la planque de Seth, celle contenant ses lingots. Abe le remercie, et poliment, lui demande comment va l’apprentissage de l’italien. Joe lui dit que ça roule, tout ça, et qu’il espère bien avec son pognon prendre sa retraite à Florence. Abe lui dit que non, sa retraite, ce sera à Shangaï. Et allez savoir pourquoi (personnellement, si je bossais pour la mafia, j’éviterais de leur dire où je vais une fois que j’aurais quitté leur service), Joe accepte. Abe lui explique qu’il ne veut pas tuer Seth, d’ailleurs, à cause des paradoxes que cela pourrait causer (et qui pullulent pourtant dans le film) : il veut donc juste finir le contrat et tuer le Seth du futur. Soit.

On découvre alors, à l’occasion d’une scène fort intéressante, qu’Abe sait être imaginatif. Ainsi, le vieux Seth du futur, qui est en train de courir la ville pour tenter de s’en éloigner le plus vite possible, voit soudain une vieille cicatrice apparaître sur son bras. Un message lui ordonnant d’être à une certaine adresse dans 15 minutes. Car oui, Abe-la-Déconne a eu l’idée rigolote de charcuter le jeune Seth pour faire passer des messages au vieux Seth à coups de cicatrices. Puis, comme le temps passe et que rien ne vient, il commence à charcuter plus avant : le vieux Seth voit donc ses doigts disparaître un à un, et décide donc de se rendre au rendez-vous. Il galope donc vers l’adresse, mais allez savoir pourquoi, Abe lui fait couper les jambes, ce qui rend les choses plus compliquées (si vous voulez qu’un mec vienne quelque part, lui couper les gambettes, c’est très très con quand même, à part si c’est Clark Kent à la limite, mais quand même). Malgré tout, le bougre parvient à l’adresse indiquée, où il constate qu’un médecin est en train de dépecer le jeune Seth, répercutant donc bien blessures et amputations sur sa personne du futur (vous suivez, hein ?). Puis, Dudule surgit, et tout sourire, exécute le vieux Seth, désormais proche de l’homme-tronc, et défiguré avec ça.

Du coup, notez bien :

  • Abe est un peu con, malgré la technique de départ qui aurait mérité une bourse à l’innovation
  • Sinon, maintenant que le jeune Seth est un homme-tronc, vous faites quoi ? Vous le gardez en vie 30 ans pour éviter les paradoxes ? D’ailleurs, ça aussi ça a dû modifier le futur, non ?

Et c’est ici que le film fait l’un de ses inévitables ratés sur les voyages dans le temps. Pour mieux comprendre le problème – qui va être redondant – sachez qu’il y a deux grandes manières d’aborder le voyage dans le temps. Pour la comprendre, nous allons prendre un exemple : un soir, alors que vous regardez la météo, un flash lumineux vous aveugle brièvement : c’est le vous du futur de dans 10 minutes qui vous informe que vous devez immédiatement changer de chaîne si vous ne voulez pas rater le début de Koh-Lanta. Après avoir tenté de dissimuler votre déception, puisque vous trouvez votre double temporel quelque peu dénué de sens dramatique, vous changez de chaîne et découvrez avec bonheur le visage radieux de Denis Brogniart. Bon, d’accord, mais et maintenant ? Non parce que le vous du futur n’a pas l’air de vouloir repartir, et vous espérez qu’il ne va pas faire des commentaires pendant que vous regardez, ce relou (mais c’est bien d’admettre que vous l’êtes, bravo).

Et bien, il y a deux manières de voir les choses :

  • La simple. Le vous du futur, c’est un être de chair et de sang distinct de vous qui vient d’apparaître à votre époque. Vous pouvez bien faire ce que vous voulez, il a son histoire. Lui, il a raté le début de Koh-Lanta, et il lui faudra le regarder avec vous pour profiter de la folle ambiance du générique. D’ailleurs, vous pouvez bien mourir tout de suite en vous étouffant avec une chips, votre vous du futur n’en disparaîtra pas pour autant : il est là, point. Comme vous et moi. Au pire, ça le fera rigoler (oui, au fond de vous, vous êtes une petite ordure, vous vous maudirez en vous étouffant, vous demandant pourquoi vous n’avez pas plutôt surfé sur des blogs de poneys plutôt que sur ceux qui rendent aigri)
  • La compliquée. Le vous du futur, c’est vous du futur, et il n’y a qu’un seul espace-temps : le vôtre. Donc par exemple, si vous mangez une chips frelatée, le vous du futur a mal au ventre. Et tout l’avenir en est modifié en conséquence, puisque par exemple, si vous mourrez au bout de 5 mn (la chips était salement amochée), vous ne pourrez pas revenir dans le temps pour vous prévenir de changer de chaîne ! Donc au lieu de mourir devant Koh-Lanta, pouf, vous serez mort devant la météo, en apprenant que demain, on fêtait toutes les Gertrude. Paradoxes, paradoxes… et théorie du chaos : tout ce que votre double du futur produit dans le présent va modifier le futur, et donc son passé, et potentiellement, amener à ce qu’il ne vienne jamais, et donc… bla,bla,bla.

Ça va ?

Bref : dans Looper, on pourrait croire qu’ils ont choisi la complexe seconde solution, puisque tout ce qui arrive à Seth se répercute sur Seth du futur, mais du coup : si Seth a eu les jambes coupées, comment Seth vieux a t-il pu s’enfuir lorsque Seth l’avait devant lui ? Et j’insiste : la mafia a t-elle payé pour le maintenir 30 ans dans cet état ? Et donc, en fait, quoi qu’il arrive, il y a un paradoxe ? Et bien oui. Et comme nous le découvrirons dans ce film, des fois nos héros sont assujettis à la méthode simples (ce sont des points fixes dans le temps, comme vous et moi), des fois à la méthode compliquée (ils sont rattachés au futur), en fonction de ce qui arrange le plus le script, ce qui est franchement tout pourri.

Mais revenons-en au film : Joe, un peu triste d’avoir ainsi vendu son frère d’arme, s’en va trouver Suzie pour qu’elle lui fasse un gros câlin, tout en se finissant un peu à la drogue pour oublier. Suzie s’occupe bien de lui et lui parle d’ailleurs de son fils (à elle, pas à lui) pour détendre l’atmosphère. Sauf qu’hélas pour Joe, les choses n’ont pas fini de mal tourner.

Notez la passion sur le visage de Joe. On sent que son travail est prenant. Ou alors, il joue tout simplement super mal le mec concentré, je ne suis pas sûr.

En effet, quelques jours plus tard, Joe attend un client qui doit débarquer sur sa bâche au milieu des champs à 11:30. Sauf que d’après sa montre de gousset, le bougre a étrangement quelques secondes de retard (d’ailleurs, quand on fait un métier où tout se passe à la seconde près, avoir une montre réglée sur une horloge atomique plutôt qu’un mécanisme à main peut-être intéressant, surtout pour être pile à la même heure que des gens 30 ans dans le futur avec qui il est un peu compliqué de synchroniser sa montre façon Parker Lewis. Mais bon, hein, c’est sûr que ça fait moins hipster). Heureusement, il finit par arriver, et Joe lui cartouche le museau dans la joie et l’allégresse  Sauf qu’en retournant le corps pour prendre ses lingots, Joe découvre qu’ils sont plus nombreux que d’habitude… et en or. Cacaboudin : retournant le cadavre il constate qu’il vient de shooter son lui du futur. Et là, plusieurs choses lui viennent à l’esprit :

  • C’est rigolo, parce que tous les autres personnages du film sont prévenus au moment de boucler la boucle, alors pourquoi pas moi ?
  • Putain ! Dans le futur, je suis Bruce Willis !
  • Ce qui veut dire qu’il faut méchamment que je change de shampoing dis-donc.
  • Bon bin je peux prendre ma retraite !

Car en effet, n’oubliez pas : qui boucle sa boucle peut se retirer avec son argent durement gagné, et ainsi profiter de la vie en sachant comment elle se termine. On découvre donc ce que Joe va faire de la sienne : aller écouler ses lingots d’argent et d’or contre espèces sonnantes et trébuchantes, puis filer à Shangaï, comme Abe le lui avait recommandé (mauvaise idée, donc), où après dix années à claquer son pognon dans les fêtes et la drogue, Joe finit par devoir travailler pour les triades locales pour subvenir à ses besoins. Cependant, un jour, il rencontre Fang-Fang, belle perle d’Asie qui lui sourit alors qu’il est déjà bien vieux et déjà Bruce Willis (Nous appellerons le vieux Joe Bruce Willis pour que tout soit plus simple). Elle est belle, rebelle, et ils s’aiment. Après s’être retirés dans un petit village de la province chinoise et avoir eu un enfant, un beau matin, trois gangsters chinois en tenue à la mode du futur (donc, comme des blogueuses modes d’aujourd’hui : ridicules) viennent l’arrêter :

"Bousse Willisse ! 
- Sacrebleu ! Les triades !
- Toi met’ slip sur la tête ! Vite ! C’est l’eul’ de letoulner dans le passé !
- D’accord, mais Fang-Fang ? Je ne peux pas la laisser toute seule, sinon qui va regarder la télé pendant qu’elle passe l’aspirateur ?
- LE SLIP BOUSSE WILLISSE !"

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Assez arrangeant, les trois asiatiques décident de plomber la gueule de Fang-Fang pour qu’elle n’ait pas à se poser de questions après le départ de Bruce. (comme quoi, ai-je envie de dire, pour des mecs qui ne peuvent pas faire de cadavres, faudra m’expliquer comment ils gèrent celui-là). Puis, après s’être assurés que le sous-vêtement était correctement fixé sur le crâne poli de leur condamné, ils accompagnent Bruce Willis jusqu’à la machine à voyager dans le temps, pour l’envoyer à lui-même plus jeune afin qu’il le tue. Sauf que Bruce n’est pas du genre à se laisser faire : il parvient à tabasser les trois malandrins à quelques pas de la machine (qui à part eux, est dans un hangar complètement vide et pas surveillé, c’est vrai quoi : c’est une machine réservée à quelques rares puissantes organisations illégales, pourquoi la sécuriser un minimum ?) et se retrouve donc seul. Que va-t-il faire ? Changer la destination de la machine pour éviter de se retrouver face à un tueur qui le shootera à la seconde où il se pointera ? Aller se sauver lui-même avant qu’il ne devienne looper ? Se barrer, là, tout de suite ?

Non.

Il décide de tout laisser comme ça, et de monter dedans, allez hop.

Et bin pépère, ça valait le coup de te libérer pour ça. Enfin si : il a au moins pu retirer le slip sur sa tête, et montant dans la machine, il se retrouve bien vite 30 ans plus tôt, dans le champ où il devrait mourir. Détail amusant : il arrive avec quelques secondes de retard, puisqu’ayant éclaté les gangsters, il a perdu quelques secondes avant de monter. Comme quoi, la machine n’est pas réglée sur "Tel jour, 11:30" mais sur "Dans 30 ans pile poil". Et malgré tout, jusqu’ici, tout le monde arrivait toujours à la seconde près ? C’est très fort. Passons (encore, on est plus à ça près)

En tout cas, Bruce Willis arrive tout de même à destination, et face à lui-même plus jeune : Joe. Et comme les choses sont bien faites, pour une fois, Joe ne tire pas à la seconde même où son colis arrive, et laisse le temps à Bruce de bien le regarder. Comprenant qu’il a bien affaire à lui même, notre héros, bien que perturbé, tente d’ouvrir le feu. Mais Bruce étant un gros malin, il se tourne promptement, faisant que ses lingots d’or dans le dos encaissent le coup à sa place. Puis, pendant que Joe recharge (ce qui prouve bien que cette arme est merdique : elle tire sur une zone toute petite, ce qui lui retire tous les avantages du tromblon qu’elle est censée être, mais par contre a le même temps de rechargement chiant, encore une fois : quels professionnels ! Que tout cela est bien écrit !), Bruce Willis lui fonce dessus et lui pète sa gueule tel un valeureux catcheur. Ah, mais.

Lorsque Joe se réveille, il a un peu mal au crâne, son arme a disparue, et Bruce lui a glissé un papier dans le froc marqué "Saute dans le prochain train de marchandises et disparaît". Devant cette découverte, Joe se dit qu’il devrait porter plainte pour attouchements, mais il n’est pas sûr que la police accepte une plainte contre lui-même. Puis, il regagne aussi vite que possible la ville voisine, car il sait que les hommes d’Abe vont être au courant qu’il a merdé (car là encore : c’est magique). Et en grand spécialiste, il se dit que tiens, si je passais par chez moi chercher mon pognon ? Je veux dire, si des tueurs me cherchent, je doute qu’ils commencent par là, hohoho. D’ailleurs, Bruce Willis a oublié de penser à un truc : s’il avait laissé une partie de ses lingots d’or à Joe, peut-être qu’il n’aurait pas eu à seulement penser un truc aussi débile. Or, il est vaguement dans l’intérêt de Bruce d’éviter que Joe se fasse prendre ou pire, buter, auquel cas c’est terminé pour lui. Mais bon, encore une fois : ce n’est qu’un professionnel avec 60 ans d’expérience, il n’est peut-être pas au courant de ce qu’un spectateur lambda peut supposer.

Hmmm.

Bref, arrivé chez lui, Joe trouve Dudule en train de vider sa cache de lingots d’argent. Lorsque le bougre le repère, Joe parvient à l’enfermer dans la cachette, hurlant au bonhomme "T’inquiète Dudule, dis à Abe que je vais boucler la boucle et terminer mon contrat ! Soyez cools quoi : j’ai la situation bien en main !" ; hélas, un porte-flingue accompagnant Dudule entendant Joe brailler se pointe lui aussi dans l’appartement, et il s’en faut de peu que notre héros ne se fasse plomber le museau. Il ne parvient, qu’in extremis, à sauter par la fenêtre pour aller s’écraser sur une voiture en contrebas. Où il est récupéré par… Bruce Willis !

Que l’on se rassure, comme dans tous les mauvais films, tous les personnages qui tenteront de tirer sur le héros, même à un mètre de distance, échoueront

En effet, Bruce vient du futur : il a donc les souvenirs de son passé, et sait ce que lui-même plus jeune – Joe – a fait. Il sait donc que Joe est repassé chez lui au lieu de suivre ses instructions. Et il est donc venu le sauver. Du coup, cette fois-ci, lorsque Joe se réveille, il est près d’une voie de chemin de fer, avec cette fois, écrit dans la main (Bruce se souvenait qu’étant jeune, il avait failli porter plainte contre lui-même pour une sombre histoire de message dans le froc) "Monte dans un fucking train et disparaît, gros couillon". Sauf que Joe est un peu têtu, et d’une, déteste qu’on le traite de couillon, et de deux.

Aussi, quelques heures plus tard, alors que Bruce est en train de pénétrer dans les locaux d’on ne sait quelle société pour utiliser des ordinateurs, et imprimer un étrange document, il constate soudain que sur son bras vient d’apparaître une étrange cicatrice marquée… "Beatrix". "Petit con ! Te scarifier, à ton âge !" s’exclame Bruce avant de partir à folle allure au seul endroit lié au nom "Beatrix" : le restaurant où il avait ses habitudes en tant que jeune looper, à l’extérieur de la ville, et où officie une certaine Beatrix.

Au matin, donc, Bruce Willis entre dans le petit restaurant, où l’attend patiemment Joe, un gros bandage sur le bras. "Très intelligent", dit le plus vieux des deux en indiquant le bandage, ignorant que si ce que fait l’un influence l’autre, il suffisait à Joe penser très fort "Je me donne rendez-vous à moi-même dans tel café" pour que Bruce le sache aussitôt, cela devenant un de ses souvenirs. Mais on ne doit pas avoir la même notion de "Très intelligent", probablement. Se pourrir le bras était sûrement plus malin (et a dû compliquer la vie sexuelle de Bruce Willis, quand ses compagnes lui demandaient "C’EST QUI CETTE BEATRIX ?" en regardant son bras) En tout cas, maintenant que les deux hommes sont réunis, il est temps de poser les choses, pour ce qui est probablement la pire scène de tout ce film. Vous êtes prêts ? Alors allons-y.

"Salut Joe, je suis toi du futur. Maintenant, je parle trop bien italien, c’est cool, même si en fait j’habite Shangaï et que j’ai jamais eu l’occasion de pratiquer.
- Ah ouais. 
- Et comme je suis le toi du futur, je sais aussi que tu as une arme planquée dans ton pantalon.
- Balaise !
- Alors je te parle du futur ? Savoir pourquoi tu en es là ?
- Si tu veux, ça me ferait plaisir. Enfin te force pas pépé, hein.
- Bon alors tu vois, en fait, dans le futur, tu as rencontré une super nana. Tu es trop amoureux, tu as un gosse et c’est cool. Sauf que dans le futur, il y a aussi un homme, un parrain de la pègre surnommé "Le maître des pluies" qui fait régner la terreur. Personne ne sait qui il est. On sait juste qu’il a une mâchoire artificielle, et qu’il a la grosse haine des loopers parce que quand il était petit, l’un d’entre eux aurait tué sa mère. Du coup, il nous bute. Accessoirement, il est super fort, il a vaincu tous ceux s’opposant à lui sans même l’aide de qui que ce soit.
- Et donc il bute les loopers. Pour sauver sa mère. Mère qui a été butée quand il était petit. Donc en fait, au lieu d’envoyer quelqu’un sauver sa mère dans le passé, ou même de buter les loopers AVANT qu’ils ne la tuent, il décide de les buter 30 ans plus tard alors qu’il a une machine à voyager dans le temps. Et pour ce faire, il envoie les fameux loopers 30 ans dans le passé, à une époque où si ça merde, ils peuvent le buter lui et sa mère. Le tout en confiant l’exécution des loopers qu’il exècre aux loopers… qu’il exècre. Ce serait pas un peu le plan le plus con du monde ?
- Ah si, tiens. Mais c’est rigolo, dans le script, entre les merdes de singe, j’ai cru lire qu’il était génial.
- Ouais moi aussi. Bon sinon, revenons au dialogue : toi qui viens du futur, tu dois avoir des souvenirs sur comment je me tire de cette merde, on irait pas plus vite si tu me le disais ?"

Et là attention, réponse d’anthologie :

"ON S’EN TAPE !" (véridique)

Bin oui mec, c’est jamais que pour te sauver, puisque si Joe meurt, tu disparais. Pas très important, en effet. Heureusement, Bruce bredouille une vague explication sur "Tant que tu n’as pas fait les choses, je ne m’en souviens pas, je vois juste des possibilités", mais Joe est trop con pour lui demander dans quelles "possibilités" il survit, ou laquelle semble la plus heureuse. Là encore, détail. Bruce sort ici de sa poche le document qu’il a imprimé un peu plus tôt, à savoir une carte du coin, et explique son plan : un peu avant d’être renvoyé dans le passé, il a eu le temps d’obtenir un super tuyau sur l’identité du maître des pluies. Un numéro genre de sécu (coucou les crypto-féministes !) qui lui a permis de retrouver trois enfants actuels, l’un d’entre eux étant celui qui est devenu le maître des pluies. Il compte donc bien les buter tous les trois, pour sauver le futur. Sarah Connor, c’est bien ici ?

Voilà. A ce moment exact du film, il est fort probable que vous ayez déjà la fin du film. Vous pouvez donc prévoir tout ce qui va se passer ou presque, et risquez donc de regarder votre montre en boucle en regardant chaque évènement arriver avec lenteur et ennui. En tout cas, c’est ce que j’ai fait. Plomber son film aussi tôt, il fallait le faire.

Voilà. Si vous allez le voir au cinéma, sachez qu’à partir de cette scène, vous pouvez quitter la salle : les héros vous spoilent plus sûrement que cet article.

Allez, poursuivons le massacre : Joe ne l’entend pas de cette oreille : lui, tout ça, il s’en tape. Bruce, lui, il a déjà vécu sa vie. Joe, il a encore la sienne devant lui, alors ça commence à bien faire les conneries : Bruce, sois gentil de mourir, merci. C’est vrai quoi : ce n’est que tuer lui-même, ce n’est pas comme si ça nécessitait la moindre réflexion, merde. Ces personnages ont une rare profondeur

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Au même moment, dans un atelier d’écriture de script

"HOUUUU HAAAA HAAAAAAAAAAAAAAA
- Mongo ! Je… lâche immédiatement la fiche de description des personnages ! Ce n’est pas fait pour être mâché et…
- *Pteu* houu houu…
- C’est bien, tu as bien craché la feuille Mongo. Mais ? Ah, c’est dégueulasse, c’est illisible ! On dirait qu’on a écrit le moindre personnage avec de la salive mâtinée de poux morts !"

Un peu plus tard, en France

Rian Johnson, qui a aussi écrit le scénario, atteint avec élégance cet équilibre entre fantaisie et profondeur qui caractérise quelques grands moments de la fiction populaire.Le Monde

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Et c’est à cet instant précis que nos deux larrons constatent que pendant leur conversation, tout le restaurant s’est vidé sans qu’ils ne le remarquent (comment ? Mystère !). Ce qui n’empêche pas Joe de sortir son arme, mais de manquer son coup car Bruce connait tous ses trucs et parvient à se barrer en emportant sa carte. Seul un tiers de celle-ci reste dans la main de Joe lorsqu’il tente de l’agripper (encore un poncif ? Nooon). Et dehors, les hommes d’Abe sont déjà là : ce sont eux qui ont vidé l’endroit. Ils ouvrent donc le feu pour cartonner Bruce, sauf que celui-ci, agile comme un lapin malin, parvient à s’enfuir jusqu’à un champ voisin. Joe tente d’aider les hommes d’Abe à plomber la cible, mais lorsque la panique retombe un peu après la fuite de Bruce, les hommes d’Abe, Dudule en tête, constatent que Joe est au milieu d’eux. Et contrairement à ce qu’il pensait, Dudule et ses gars ne sont pas calmés et ont toujours pour projet de le capturer pour le découper tout comme Seth plus tôt, afin de ramener Bruce au bercail.

Là encore, esquivant les balles de dizaines d’hommes lui tirant dessus à un mètre de distance (…), Joe s’enfuit lui aussi dans le champ voisin, et court jusqu’à une petite ferme qui est indiquée sur le bout de carte qu’il a arraché à Bruce comme étant la 3e cible où se trouve un gamin pouvant potentiellement être le maître des pluies. Sur place, notre héros rencontre Sara, une brave fermière qui voit d’un mauvais oeil l’arrivée d’un étranger sur son terrain, bordel de gitan. Si celui-ci se montre tout à fait charmant, et la défend même lorsqu’un intrus – autre que lui, cela s’entend – pénètre sur la propriété à la recherche de nourriture, Sara reste tout de même très méfiante, n’hésitant pas à le menotter au lit (Rrrr) qu’elle lui a aménagé dans une petite grange. Si au départ, elle ne le recueille que pour une nuit, les choses évoluent lorsque Sara trouve la carte avec sa ferme indiquée dessus… et oblige, sous la menace d’un fusil à pompe, le pauvre Joe à raconter son histoire : il est un looper, il a merdé un contrat, ses employeurs le cherchent… et l’homme qu’il a loupé compte bien venir cartonner Cid, le fils de Sara, supposant que dans le futur il pourrait être un fucking caïd.

Cid, qui au passage, est l’incarnation ultime de l’un des poncifs les plus lourds du cinéma américain : "l’enfant espiègle". Comprendre : il a une coupe à la con, une salopette, est évidemment super intelligent mais très sensible, et passe son temps à débiter des lignes de dialogue faites pour les adultes tout en s’occupant de ce qui ne le regarde pas. Et comme il se doit, il essaie toujours de maquer son parent célibataire, comme tous les enfants relous du cinéma américain. Bref, chacune de ses apparitions à l’écran semble vous murmurer "Giflez…moi…". Brrr.

Mais qu’importe : Joe propose à Sara de la protéger du vilain looper qui veut leur faire du mal (vous ne la voyez toujours pas la fin du film, hein ?) quitte à "donner sa vie pour le faire". Joe oublie, simple détail, que tout ce qu’il prépare ne risque pas de servir à grand chose puisque Bruce en aura instantanément le souvenir et pourra donc l’esquiver à volonté. Mais à partir de là, sachez que hop ! Le film oublie cette histoire ! Ça ne reviendra que plus tard, quand le scénario trouvera judicieux de le faire pour arranger ses affaires. Déjà qu’ils n’ont pas retenu mon idée de "Joe décide de manger gras pour instantanément tuer le lui du futur à coup de cholestérol", j’vous jure, ces gens ne respectent rien.

En tout cas, la vie à la ferme passe lentement, très lentement, mâtinée de scènes où il ne se passe strictement rien. Enfin si : il y a cette scène mémorable de nullité où un soir qu’elle s’ennuie ferme, Sara regarde le plafond sur son lit. Puis à un moment, fait juste une tête genre "Bah allez, ce sera mieux que de se couper les ongles" avant de faire signe à Joe de monter. Et hop.

J’espère qu’au même moment, Bruce profitait de ses nouveaux souvenirs, du genre "La vache, qu’est-ce que je lui ai mis/suis en train de lui mettre à la petite Sara". Probablement un moment intéressant pour lui. Mais pas pour le spectateur en tout cas, qui dort à moitié à ce stade, attendant que ce qui a déjà été annoncé arrive.

Pendant ce temps, Bruce justement, lui, a commencé à s’occuper des deux autres gamins qu’il pense pouvoir être le potentiel futur maître des pluies, en allant dézinguer le premier devant sa porte (si), et observer où habite le second… second qui s’avère être – et là encore, quelle énorme coïncidence ! – le fils de Suzie, la fille du cabaret avec qui Joe aimait à s’accoupler vertement. Bruce est bien embêté, mais bon, hein, ce qui doit être fait doit être fait, alors ho.

"Tu veux dire qu’en fait, c’est un peu comme si Bruce Willis avait assisté à nos ébats ? J’avoue que ça m’excite un peu, Joe"

Dans le même temps, un homme de main d’Abe fait le tour des fermes autour du champ où les deux fugitifs avaient disparu, et finit par arriver à celle de Sara. L’homme est très subtil, puisque sa démarche pour gagner la confiance des gens lorsqu’il frappe à la porte est "J’ai quelque chose à vous demander, mais je ne peux vous le demander qu’à l’intérieur de chez vous". Une stratégie intéressante, reconnaissons-le, mais qui a probablement été inventé par un bulot, comme la plupart des éléments de ce film. Une fois à l’intérieur, le bougre sort deux photos de Joe et Bruce, et les tendant à la jeune femme en les présentant comme père et fils, demande si elle n’aurait pas vu l’un de ces deux gusses. Non, répond Sara. Ah oui ? Bon. Sinon, vous avez quelqu’un d’autre chez vous ? Ah bin oui mec, j’ai un mari, il fait 2,60m et il est viking de profession, d’ailleurs il va bientôt rentrer. Et j’ai un fils oui, mais il n’est pas là (ne me demandez pas pourquoi elle ment là-dessus alors que ça ne sert à rien, puisqu’elle sait que ce n’est pas ce Monsieur qui lui veut du mal et que ça risque juste de la rendre suspecte à ses yeux, c’est comme ça).

Soit, dit le malandrin, avant de traîner un peu dans la maison à la recherche de quoi que ce soit de suspect, créant diverses scènes façon Tom et Jerry (si) où à chaque fois qu’il passe une porte ou entre dans une pièce, on voit Cid et Joe passer derrière lui, se cacher derrière une autre porte, disparaître au moment où il tourne la tête… et ça dure un petit moment. Un petit moment jusqu’à ce que finalement, Cid emmène Joe se planquer dans un vieux tunnel sous la maison. L’occasion pour Cid d’expliquer que Sara c’est sa mère, mais qu’avant il avait une autre maman (la soeur de Sara, à l’époque où Sara avait encore un travail en ville), mais qu’elle est morte et que c’est triste. Et Joe d’expliquer sans aucune raison, alors que rappelons-le, Cid pourrait bien devenir le maître des pluies et ruiner sa vie, que "Lui un jour, il a rêvé qu’il tuait tous les gens qui avaient fait du mal à sa mère et c’était super cool".

Non mais sans rire. Ce film est une formidable bouse. On passe son temps à souhaiter une mort lente à chaque protagoniste, mais pas trop non plus parce que l’on aimerait bien sortir.

Bon, en tout cas, si la ruse fonctionne, elle n’est que de courte durée : car un peu plus tard, l’homme de main d’Abe, qui a deviné grâce à ses pouvoirs magiques (toujours eux) et sans l’avoir vu que Joe se cachait dans la maison revient, et pour être sûr de se faire respecter, décide de prendre Sara en otage en exigeant de Joe qu’il se rende. Ce que Joe fait. Tout semble donc perdu, jusqu’au moment où Cid, qui passait par là, se vautre la gueule dans les escaliers de la maison (oui, comme ça, allez hop). C’est absolument nul, et en plus, intégralement tourné au ralenti pour faire durer le plaisir, en tout cas le mien, puisque chaque marche dans la face de cette tête à claque avait la saveur d’une bouchée de trianon pour ma cruauté naturelle.

Sauf que si Joe essaie de le rattraper, Sara elle se rue sur Joe (c’est confus tout ça) pour le pousser hors de la maison via une porte voisine. Pourquoi donc ?

Et bien parce que lorsque Cid se relève (sans un bleu) de sa chute, le marmot est un peu bougon (alors que de voir sa mère prise en otage, que dalle), et commence donc à pousser de petits cris colériques. C’est alors que… les objets alentour s’envolent, le flingue de l’homme d’Abe s’envole, et bientôt, le tueur lui même se retrouve collé au plafond, alors que le marmot hurle à plein poumons d’une manière qui a tendance à faire rire nerveusement une partie de la salle tant c’est mauvais. Sauf que lui ne rigole pas : contrairement aux autres personnes capables de télékinésie, il a des pouvoirs littéralement monstrueux ne se limitant pas à soulever une pièce de 5 cents. Et d’une seule pensée, il fait tout exploser, meuble comme rez-de-chaussée de la maison, et même pauvre porte-flingue en une gerbe de sang.

Lorsque, dehors, Joe se relève, à peine capable de comprendre ce qu’il vient de se passer, il se tourne vers Sara pour avoir une explication : Cid est un fucking roi de la télékinésie.

Et bien, merci de cette explication synthétique ma bonne Sara.

Et c’est uniquement à ce moment là que Joe se rappelle que tiens, le maître des pluies, il parait qu’il pouvait vaincre des armées à lui seul sans que l’on sache comment ! C’est donc Cid ! Oh bin ça alors, on l’avait pas vu venir depuis le premier tiers du film et la scène ou deux couillons parlaient de lui autour d’un steak chez Beatrix ! Tiens, du coup maintenant, je me demande trop qui est le looper qui va tuer maman, et pourquoi le maître des pluies va avoir besoin d’une mâchoire artificielle. Pfou, houlala, oui. En tout cas, sachez que Joe pense bien à tuer Cid, mais d’apprendre l’histoire triste du petit garçon, à savoir qu’il a tué sa mère adoptive, la soeur de Sara, avec ses pouvoirs sans le faire exprès, et surtout de voir les yeux tristes du garçon, le bougre ne trouve pas la force de le faire. Tant pis. Il propose donc un autre plan : Sara, Cid, prenez une camionnette et barrez-vous aussi vite que possible, je pense que d’ici 20mn, le coin va grouiller d’hommes d’Abe venus chercher leur pote ou de Bruce Willis (qui peut grouiller en groupe de 1, si, ça suffit le mauvais esprit).

Pendant ce temps, il s’est passé un truc rigolo en ville : alors que Bruce traînait du côté de chez Suzie pour littéralement coller une cartouche à son fils, il a été intercepté par Dudule… qui est donc tout fier de retourner chez Abe avec sa prise ! Enfin, ils vont pouvoir terminer cette histoire en tuant ce contrat en cavale ! Sauf que lorque Dudule arrive chez Abe… et bien tout le monde semble s’en foutre. Pourquoi ? Et bien au motif que l’on vient de localiser Joe dans une ferme, et que donc, tous les porte-flingues sont en train de s’armer pour aller le chercher.

Je résume : Abe cherche Joe pour pouvoir ramener Bruce chez lui et le buter comme prévu. On vient lui livrer Bruce à domicile : tout le monde s’en tape, parce qu’ils veulent aller chercher Joe en priorité.

Je… c’est nul. C’est complètement nul.

Bref : Bruce est grognon, car il n’aime pas trop qu’on l’attrape comme ça ; il a quand même pété du Hans Grüber dans sa jeunesse, ce n’est donc pas un pauvre Dudule qui va l’arrêter, sacrebleu ! Lors d’un moment d’inattention de la part de l’homme qui le menace, Bruce lui colle donc un coup de boule, puis commence à distribuer des mandales à tous les types à sa portée. Aucun ne pensant à se servir de son arme à feu, notre larron a donc tout loisir de se ruer vers le coin "armurerie" de la planque d’Abe, ouverte puisque tout le monde était en train de s’armer, et là attention, voici le mode d’emploi sur "Comment gérer des scènes d’action quand on ne sait pas gérer des scènes d’action".

Bruce Willis a une mitraillette dans chaque main, il est debout, à découvert, et face à un couloir contenant une dizaine de tueurs professionnels armés. Comment faire pour justifier le fait qu’il ne finisse pas en passoire ? Et bien c’est facile :

En filmant en plan fixe Bruce Willis qui tire dans le couloir durant 10 secondes.

Notez qu’en plus, si j’en crois l’angle de l’arme, Bruce mitraille des gens d’environ 90 centimètres

Quelques instants plus tard, Bruce Willis doit passer une porte blindée derrière laquelle Abe et ses hommes sont retranchés, bien armés et à couvert tous en train de braquer la porte en attendant Bruce. Comment faire pour justifier le fait qu’il ne finisse pas en passoire une fois encore ? Et bien c’est toujours aussi facile :

En filmant Bruce Willis avant qu’il ne défonce la porte, puis juste après en ne montrant que des cadavres.

C’est bientôt fini là ? Non parce que moi aussi je veux mourir, en fait.

Bref. Après avoir fini de massacrer tout le monde, Bruce se souvient soudainement (ça y est, cette notion de souvenirs partagés est revenu dans le film, hop !) qu’il a appris par Sara que Cid était un monstre de la télékinésie, et donc que c’était forcément lui le maître des pluies ! Vite : après avoir pillé les réserves de pognon d’Abe, notre bon Bruce saute dans une camionnette et file vers la ferme de Sara pour aller en finir avec cette histoire. En chemin il croise bien Dudule, parti à sa poursuite sur une moto-volante, mais honnêtement, nous allons même passer cette autre scène d’action ratée (sachez que cette-fois, au moment crucial, le réalisateur filme… de la fumée. On voit juste le avant "Dudule sur sa moto" puis le après "la moto sans Dudule" ; à ce stade, c’est de l’art). Il y a bien aussi Joe qui tente de s’interposer, mais n’ayant pas l’expérience de Bruce, il est bien vite mis hors de combat par le vieil homme.

Sara et Cid, eux, ont enfin fini de préparer leur fuite : sachez qu’ils sont tellement forts… qu’ils ont eu le temps de faire des cartons dites-donc ! En 20mn, c’est assez impressionnant je dois dire.

"Vite, fuyons !
- Attends attends, j’ai pas chargé le carton avec la vaisselle… t’as pas vu le marqueur ? Faudrait pas qu’on mélange !"
0

Impressionnant ou consternant, j’hésite un peu sur le mot.

En tout cas, alors qu’ils foncent vers la liberté, mère et fils voient sur la route la silhouette d’un homme seul : Bruce Willis ! Celui-ci vient vers eux, armes à la main, prêt à transformer Cid en petit blob de chair. Peu enthousiasmée par cette idée, contrairement à moi, Sara décide d’accélérer pour tenter d’écraser le malandrin, mais Cid étant définitivement un peu con, il dit je cite "Attention maman, il va nous tuer ! Vite, freine !". Oui. Et puis peins-toi une cible sur la gueule maman, tant que tu y es.

Cid est d’ailleurs tellement malin que pour arrêter la voiture, il utilise ses pouvoirs télékinésiques et… retourne la voiture. Freiner ou virer Bruce de la route, c’était un poil trop malin. Retourner la voiture paraissait en effet être une solution plus viable. S’il vous plait, je… libérez-moi.

S’extirpant tant bien que mal de l’épave, Sara et Cid tentent de prendre la tangente au travers d’un champ voisin, hélas dénué de plantations et laissant ainsi la petite famille totalement à découvert, Bruce peut donc commencer à ouvrir le feu. Sa première balle est d’ailleurs pour Cid, qui l’atteint : surprise ! A la mâchoire. Sans lui arracher, hein, juste une petite plaie. Puis, alors qu’il s’avance pour tirer un peu mieux, Sara s’interpose, expliquant qu’il faudrait la tuer pour qu’elle laisse qui que ce soit faire du mal à son fils. "Pas de problème", dit Bruce, en armant son flingue prêt à aider la bonne dame à découvrir en direct si les femmes ont une âme.

Sauf qu’au même moment, derrière lui, Joe a repris ses esprits et l’a rejoint. Hélas, avec son tromblon, il est bien trop loin pour le toucher, et ne peut assister au spectacle qu’à bonne distance. Voyant que Bruce va tirer, il sait qu’il ne lui reste qu’une seule solution pour l’arrêter. Car il comprend (seulement maintenant ?) que Bruce va tirer, tuer la mère, que Cid va s’échapper et vouloir se venger des loopers en devenant un parrain de la pègre… et qu’il n’est pas question que cela arrive.

Tournant son arme vers son propre coeur, Joe n’hésite pas et tire avant de s’effondrer.

Bruce Willis s’arrête net, puisqu’il n’est pas possible qu’il existe si Joe est mort si jeune. Il disparaît en un clignement d’oeil, ne laissant que Sara et Cid au milieu du champ.

"Tiens au fait, j’y pense, comme ça, là, mais l’espace-temps d’où je viens, je ne suis jamais revenu à cette époque pour essayer de tuer Cid et sa mère, alors comment est-ce que le maître des pluies a pu avoir une mâchoire artificielle, perdre sa mère par ma faute et haïr les loopers pour ainsi demander à ce que l’on m’exécute et que l’on m’envoie ici ? Non parce que c’est un peu l’histoire qui crée l’intrigue du film, alors si elle tient pas debout… non ?"

Encore une fois, le film se vautre, puisque si le temps est ainsi capable de reprendre ses droits sur l’existence de Bruce Willis à cette époque, logiquement, ses dégâts devraient aussi disparaître. Et Joe ne pas avoir de raison de se tuer, etc. Bref, encore un gros paradoxe, que les auteurs du film règlent courageusement en ne le traitant tout simplement pas, ce qui est fort pratique, reconnaissons-le.

Sara, elle, rentre chez elle et soigne la mâchoire de son fils, avant de le coucher. Le bambin s’endort et…

C’est tout. Non, vraiment, il y a juste un plan noir de 5 secondes. Et…

FIN.

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"Mongo !"

Agitant ses mains potelées, le responsable de l’atelier se dirigea droit vers le singe, ses joues bouffies teintée d’un rouge vif alors qu’il agitait un journal à la main. Le singe, en plein épouillage, se contenta de feindre l’indifférence depuis le néon où il avait élu domicile.

"Mongo, je vous avais prévenu : vous avez un contrat d’exclusivité avec nous. Est-ce que vous pourriez m’expliquer ceci ?"

Johnson, qui passait à proximité café à la main, s’approcha du lieu de l’altercation pour mieux observer ce qu’il se passait. Le responsable avait fait claquer un exemplaire du Monde Culture en le jetant sur un bureau voisin, faisant sursauter l’employée qui s’y trouvait. Se penchant, Johnson put lire :

Quand vous raconterez le film à vos amis, pour les encourager à le voir, car il en vaut la peine, distrayant et malin, presque philosophique sur la fin, vous aurez de bonnes chances de vous emmêler les pinceaux. C’est toujours comme ça avec les paradoxes temporels : ils développent la logique d’une impossibilité et généralement finissent par s’effondrer comme des châteaux de cartes.
Le scénario que Rian Johnson a minutieusement édifié pour ce film échappe à ce piège et parvient à mener le spectateur au bord d’un gouffre sans fond, vertigineux, plein de questions sur la vie et la mort, le bien et le mal. Mais aussi plein d’images mouvantes sorties de l’histoire du cinéma, du Magicien d’Oz à Piège de cristal, en passant par Deux ou trois choses que je sais d’elle.

- Le Monde Culture

Un rire malsain s’échappa de la gorge de Johnson : le responsable avait tout à fait raison, aucun journaliste sérieux n’aurait pu écrire cela sérieusement.

La meilleure explication était que Mongo fasse des piges en douce pour le Monde Culture. L’animal n’était pas malin, on reconnaissait de suite son style.

Et en plus, ça expliquait beaucoup de choses.

Courant à toutes jambes, Elodie manqua de peu de trébucher alors qu’elle s’engouffrait dans une ruelle voisine.

Le souffle coupé par ses sanglots, les yeux embués par les larmes, la jeune fille s’arrêta contre le mur de l’étroit passage où quelques poubelles crevées avaient été rassemblées à proximité d’une bouche d’aération d’où sortait une fumée blanche donnant un curieux aspect à l’endroit. Peinant à se tenir droite après sa course, elle se retourna en hoquetant à la recherche de son poursuivant, et n’apercevant rien de celui-ci entre les murs de brique rouge s’élevant loin au-dessus d’elle, soupira longuement.

Passant une main sur ses yeux pour essuyer ses larmes, elle se retourna pour esquisser un pas en direction de l’autre extrémité de la ruelle, mais poussa un long hurlement de terreur lorsqu’elle aperçut à quelques centimètres en face d’elle le faciès déformé de la chose qui l’avait poursuivie : une sorte d’imposant monstre canin, vaguement humanoïde, dont les babines noires retroussées laissaient paraître des dents qui ne laissaient aucun doute quant à l’alimentation de la créature. Par dessus un museau mille fois balafré, deux yeux jaunes luisaient en fixant la pauvre jeune fille qui tomba au sol, rampant confusément en arrière alors que la silhouette haute et large de la créature s’approchait d’elle, la dominant toujours plus.

De la bave s’écoula entre les dents de la bête, alors que celle-ci reniflait bruyamment l’air nocturne ; se penchant lentement au-dessus de l’ingénue, elle sembla émettre un son indéfinissable à mi-chemin entre la déglutition et le grognement, jusqu’à ce que soudain, elle s’immobilise en fixant quelque chose situé derrière Elodie.

C’est lorsqu’elle se retourna que la jeune fille vit de quoi il s’agissait : une silhouette enfoncée dans un épais trench-coat tenait à la main une arbalète chargée d’un projectile à pointe d’argent dirigé droit vers le monstre face à elle, qui sembla reculer doucement.

"Laisse la fille partir et je me débrouillerais pour que l’on te trouve un endroit où tu pourras chasser en paix.
- Les miens ne vivent pas dans des zoos ou des réserves, chasseur. Détourne-toi et tu vivras."

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La créature s’était exprimée d’une voix gutturale mâtinée d’un grognement constant. Elodie ne savait plus où donner de la tête, alors qu’aucun des deux personnages l’entourant ne semblait prêt à bouger.

"J’ai affronté bien pire. Saisis ta chance.
- Je t’ai donné la tienne, chasseur. Péris !"

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La chose bondit droit vers sa cible, passant au-dessus d’Elodie qui tenta de se protéger comme elle le pouvait en se plaquant au sol ; elle n’eut pas le temps de véritablement réaliser ce qu’il se passait qu’il y eut un déclic, suivi du bruit sourd d’un poids imposant tombant sur le sol froid de la ruelle. Lorsqu’elle ouvrit les yeux, l’homme au-dessus d’elle lui tendit une main gantée, son arbalète déchargée dans l’autre. Tournant la tête, elle vit à quelques centimètres d’elle le monstre, étalé au sol sans vie, un projectile d’argent dépassant de son dos là où il l’avait littéralement traversé, à l’endroit où elle aurait supposé que le coeur de pareille créature aurait pu se trouver.

"Vous allez bien Mademoiselle ?
- Je… qu’est-ce que… qui êtes-vous ? – elle tenta de voir le visage de son sauveur, mais n’y parvint pas l’obscurité de la ruelle ne l’aidant guère
- Aucune importance. Tenez, prenez ce ticket de bus, il y a un arrêt non loin, vous pourrez rentrer chez vous, il n’y a plus rien à craindre."
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Elle se saisit du minuscule papier que l’homme lui tendit, puis se retourna pour s’assurer que la créature était bien morte ; elle nota alors que le cadavre avait disparu, et se tournant pour demander à son sauveur comment cela était possible, elle constata que lui aussi s’était volatilisé.

Seule au milieu de la ruelle, incapable de dire si tout cela avait véritablement existé, Elodie fixa quelques instants les étoiles en se demandant ce qu’il venait de se passer. Tout cela avait tellement peu de sens… elle avait besoin d’une explication. Elle avait besoin de savoir ce qui se cachait dans les ombres. Elle avait besoin…

D’un bon film résumant tout.

Quelle meilleure occasion pour découvrir les sombres secrets cachés derrière ce que nous pensions savoir ? Jeunes gens : allons donc voir Abraham Lincoln, chasseur de vampires, et apprenons-en plus sur l’histoire derrière l’Histoire  !

Spoilons mes bons !

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L’affiche : et qu’est-ce que l’on voit dessus ? Des flammes. Ca ne rate jamais, comme truc

Le film s’ouvre sur le triste paysage d’un quelconque quai fluvial des Etats-Unis d’Amérique en 1818, alors que des familles sont occupées à préparer diverses denrées à charger dans des embarcations : bois, paille, journalistes sportifs et autres marchandises inertes de faible valeur défilent donc. Nous y apprenons au passage que toute l’histoire que nous allons suivre, justement, est en fait tirée du journal intime d’Abraham Lincoln que celui-ci tenait depuis tout petit (et qui, curieusement, tient en un volume de poche de 200 pages alors que le bougre y écrit tous les jours, j’imagine que le titre original était "Abraham Lincoln – Inventeur du microfilm"), car oui, tout commence lorsque le brave Abraham n’est encore qu’un enfant pur et innocent, comme tous les enfants (à l’exception de ceux qui prennent le train avec vous, qui sont invariablement des chieurs).

Occupé avec son père à couper des bûches sur le quai pour faciliter leur chargement, le gai luron est rapidement interrompu dans son travail par les cris d’une famille de noirs que l’on rudoie quelque peu à une courte distance de là, se ramassant divers coups de fouet en travers du museau. Les pauvres gens ont beau expliquer que mais, enfin, merde, c’est un malentendu : ils ne sont pas des esclaves, ils sont nés libres, mais l’homme qui les tatane, un certain Jack Barts, sorte de Brice Hortefeux local, n’en a que faire. Et puisque c’est la famille du jeune Will Johnson, ami d’Abraham, ce dernier n’hésite pas malgré les avertissements de son père lui demandant de ne pas se mêler de tout ça à aller s’interposer pour prendre les coups de fouet à la place de son ami (j’ai connu une fille comme ça aussi, mais là n’est pas le sujet).

Jack Barts, qui s’avère accessoirement être l’employeur et créancier de la famille Lincoln, ne goûte guère à la plaisanterie surtout lorsque Papa Lincoln vient à la rescousse de son fils : l’homme au fouet se contente d’informer poliment l’ami Papa qu’il est viré et qu’il peut quitter les lieux dès à présent, avant d’ajouter qu’il ne laisserait pas ses dettes s’envoler… et viendra se payer d’une manière ou d’une autre ; le bougre annonce d’ailleurs la chose en lançant un regard appuyé à Maman Lincoln qui lui fait comprendre que mais oui, durant des heures, il va lui mettre la fièvre.

La nuit même, alors que toute la petite famille Lincoln dort à poings fermés, à l’exception du jeune Abraham occupé à écrire ses aventures du jour dans son journal comme un vulgaire utilisateur de Facebook. C’est donc lui qui entend soudain le grincement de la porte d’entrée de leur chiche maison et voit pénétrer dans la demeure Jack Barts, s’approchant silencieusement de la couche nuptiale l’air hostile. Abraham n’étant pas du genre à balancer, il s’abstient donc de hurler à l’intrus et se contente de regarder la scène, puisque hein, bon, tout cela est parfaitement normal. Du moins, normal jusqu’à ce qu’Abraham constate que Jack Barts renifle étrangement l’un des poignets de Maman Lincoln : il aurait bien voulu en voir plus, mais il a croisé le regard du vilain, étrangement rouge, qui lui a lancé un large sourire avant de poursuivre son oeuvre.

Oeuvre que nous ne verrons pas car nous sautons directement à la scène suivante, où visiblement, la nuit s’est passée sans encombres à part le fait que Maman Lincoln se soit réveillée prise de spasmes, comme possédée : malgré l’intervention du pasteur local, il n’y a rien à faire, il est impossible d’identifier le mal qui touche la pauvre dame, à part peut-être que tout son corps refuse d’être dans un si mauvais film.

Et non, Abraham ne dit pas "Tiens c’est rigolo parce que moi j’ai vu Jack Barts entrer dans la maison cette nuit et s’intéresser curieusement à maman, quelle coïncidence, si on allait lui poser des questions", puisque comme je vous l’ai dit, il n’est pas du genre à balancer ; il n’a déjà pas hurlé quand un intrus a pénétré la demeure familiale dans la nuit, ni quand il lui a jeté un regard de psychopathe, alors pensez vous, ce n’est pas maintenant qu’il va ouvrir sa bouche. Quel petit con, je vous jure.

Bref : Maman Lincoln n’étant pas vraiment aidée par son idiot de fils, elle finit par mourir (hé bin oui) et son mari ainsi que son seul enfant vont donc l’enterrer, le père de la famille réduite demandant à Abraham de lui jurer de ne plus faire de conneries. Mais comme le dit la voix off : comme Papa Lincoln mourut 9 ans plus tard, la promesse était levée (Ha ?! Quelle étrange logique) et il pouvait donc à nouveau faire de la daube. Ce qu’il fit avec joie puisque le royaume de la daube, nous errons un peu dedans, là, tout de suite.

En effet, désormais adulte, et n’ayant pas vraiment oublié Jack Barts, Abraham a décidé de s’équiper d’un fier pistolet et d’aller faire la peau au brigand pour venger môman, mais comme la chose n’est pas vraiment dans sa nature, il est d’abord passé par le bar du coin pour se donner un peu de courage en se saoulant au Banga. Hélas pour lui, un homme au bar lui a demandé ce qu’il comptait faire pour autant boire : rouler un patin à une femme ou tuer un homme (ou l’inverse, ne soyons pas conservateurs) et lui tapant sur l’épaule pour ponctuer sa question, a fait choir de la veste d’Abraham son arme.

Oups, se dit le futur président avant de ramasser son bien et de s’en aller à toute allure du rade crasseux.

Mais à la nuit tombée, semble t-il qu’Abraham a trouvé suffisamment de courage pour reprendre le cours de sa mission puisque, sur le même quai que celui où ses parents travaillaient autrefois, le bon Lincoln retrouve Jack Barts en bonne conversation avec un client important semble t-il, qui explique à Barts qu’il va falloir envoyer une "nouvelle moisson dans le Sud pour nourrir toutes ces bouches". Attendant que le client et les gens l’accompagnant reprennent leur embarcation et s’éloignent sur le fleuve en abandonnant le pauvre Jack derrière eux occupé à maugréer contre la manière dont l’autre homme lui parlait, Abraham finit par sortir de l’ombre pour tenter d’attaquer sa cible, hardi petit.

Hélas, et malgré l’effet de surprise, Barts semble avoir senti son assassin venir de loin et a tôt fait de commencer à se battre avec lui, faisant preuve de talents martiaux qui impressionnent quelque peu le pauvre Abraham, qui finit par se retrouver en bien mauvaise posture : heureusement, une habile manoeuvre de sa part intitulée "Woush woush c’est magique" lui permet de reprendre l’avantage suffisamment longtemps pour pointer son pistolet droit vers le crâne de son adversaire, lui tirant une balle dans l’oeil. "Urgh", fait Jack Barts en tombant lamentablement au sol, foudroyé par le tir. Réalisant ce qu’il vient de faire au nom de la vengeance, Abraham s’éloigne quelque peu de l’endroit de son forfait et jette le pistolet dans la rivière voisine, dégoûté par son acte. Hélas, il regrette bien vite son geste car, se retournant, il s’aperçoit que le cadavre de sa victime a purement et simplement disparu…

Et que Jack Barts est bien vivant, juste derrière-lui, la balle encore dans l’oeil ; la mâchoire du brigand se déforme pour dévoiler de sacrées rangées de dents pointues, et Abraham comprend bien vite que tout cela n’est guère normal, voire carrément parabanal ; il souille un peu son pantalon dans un bruit qui n’est pas sans rappeler la trompette de la cavalerie, puis tente la fuite. La force de son adversaire, purement et simplement surhumaine, l’empêche cependant de faire quoi que ce soit de sérieux, et le pauvre Lincoln se retrouve sur le point d’être tué lorsque soudain, l’on vient à sa rescousse !

Oh, mais qui donc ?

Profitez bien de cette image d’Henry avec un fusil, car en fait, il a beau en avoir 300 chez lui, il n’aime pas les armes à feu. Intéressant.

Et bien l’homme du bar, celui qui l’avait interpellé, et lui-même semble particulièrement fort puisqu’il éjecte d’une seule main Jack Barts si fort que le malandrin vole sur plusieurs dizaines de mètres en défonçant tous les objets sur son passage. Abraham, témoin de la scène, tente bien de comprendre ce qu’il se passe mais, ha ! Bien amoché, il s’évanouit purement et simplement comme un vulgaire John Carter.

Quelques heures plus tard, Abraham se réveille dans un lit confortable, les blessures bandées et le visage encore quelque peu tuméfié suite à ses dernières aventures ; tentant de comprendre où il se trouve, s’il a passé la nuit seul et pourquoi il a si mal partout. Il quitte donc la chambre où on l’avait installé et commence à explorer la maison où il se trouve pour s’apercevoir que celle-ci est plutôt spacieuse, voire carrément luxueuse bien que fort mal rangée ; finalement, ce n’est que guidé par des bruits de copulation qu’il tombe sur le propriétaire des lieux en pleine action avec une fille de joie (où une fille aimant les boites de nuit, parfois, les deux se ressemblent un peu vestimentairement parlant), à savoir l’homme qui l’a sauvé la veille et qu’il avait croisé au bar. Celui-ci congédie donc sa belle amie et se présente donc : Henry Sturgess (et nom Sturgess Henry, sinon ça fait "turgescent" et tous les enfants se moquaient déjà de lui à l’époque, l’accusant d’un dévorant priapisme).

Ah oui, petit détail : dans ce film, aucun personnage n’arrive à prononcer un nom sans mettre un immense espace aléatoire dedans, du genre "Je suis Abraham………….. Lincoln" ou "Va voir Bob Smith………… Junior". Ne me demandez pas pourquoi, je n’en sais pas plus que vous. Mais je commence à croire que les problèmes de diction sont récurrents dans les histoires de vampires. Sûrement une histoire de dents qui gênent.

Bref : devant un Abraham complètement paumé, Henry tente d’expliquer à celui-ci de quoi il retourne : les vampires existent, et ce sont de sacrés rabouins (Abraham tentera bien un "Hohoho, mais non, ça n’existe pas, balivernes" puisqu’ayant oublié que dans la scène précédente, il avait été attaqué par un type au visage inhumain une fois sa mâchoire déformée pour laisser passer ses dents, et capable de survivre à des balles dans la tête, mais bon, passons tant tout cela est consternant) qui sucent le sang des humains. Henry ? Lui est chasseur de vampires, rien de moins. Abraham ferait donc bien de faire profil bas, ses ennemis étant un petit peu trop puissants pour lui. Mais c’est sans compter sur la volonté de fer de Lincoln, qui explique qu’il engagerait bien Henry pour tuer Jack Barts ; après avoir essuyé un refus pour le motif "Mes services ne sont pas à vendre" (et tu paies ta maison avec quoi ? Tu suces le sang des poulets pour le Colonel Sanders ?), Abraham insiste alors pour être formé en tant que chasseur. Henry ne lui pose qu’une seule condition : qu’il oublie la vengeance, abandonne l’idée d’avoir des amis et une famille et se fasse à une vie d’homme de l’ombre.

"Pas de problème", dit Lincoln en croisant les doigts dans le dos tant les conditions sont complètement foireuses et invérifiables avant la fin de la formation. Il pouffe même un peu, glousse, et fait en fait un tas de trucs assez inquiétants, finalement.

Et c’est parti : Henry explique que les vampires ne sont sensibles qu’à une seule chose : l’argent (ça n’empêchera pas, plus tard dans le film, de voir que dans la valise du parfait chasseur de vampire, il y a aussi des pieux en bois ce qui laisse donc songeur), et propose donc à Abraham d’apprendre à se servir de toute une série d’armes à feu plus ou moins curieuses pouvant balancer de l’argent à bonne distance sur tout suceur de sang en goguette. Il précise d’ailleurs que ces derniers ne peuvent pas porter d’argent sur eux tant ils le détestent, alors forcément, s’en prendre dans le museau ne leur fait pas du bien. Mais comme Abraham explique être une tanche avec les armes à feu, mais qu’il a par contre été bûcheron autrefois, Henry propose d’entraîner notre homme à l’utilisation de cette arme (que lui aussi maîtrise divinement, quelle coïncidence !).

S’ensuivent donc plusieurs mois d’entrainement où Abraham apprend à manier la hache – enduite d’argent -, à combattre contre des ennemis pouvant devenir invisibles, à "toujours avoir un plan de secours", et accessoirement à savoir une super force.

Pardon ? Mais comment ? Et bien pour ce dernier point, c’est simple, observons plutôt

"Abraham, tu vois cet arbre, là ? Tu dois le couper en un seul coup.
- Mais ? C’est impossible ! Il est trop épais enfin ! J’en sais quelque chose, j’ai été bûcheron.
- Imagine que c’est celui que tu hais le plus…
- Jack Barts ! Yurg !
- Ah tu n’as pas tapé bien fort… alors dis-moi ce que tu lui reproches ?
- D’avoir tué ma mère, yurg ! 
- Hmmm, pas beaucoup plus fort, mais il y a du mieux… maintenant, toi, que te reproches-tu ?
- De n’avoir pas su protéger mes parents ! Yuuurg !
- Ah ! Voilà, tu viens d’éclater l’arbre d’un seul coup : voilà le secret, Abraham : la force ne vient pas de la haine, mais de la vérité."

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Compris ? Il vous suffit de dire quelque chose de très très vrai et hop, vous devenez très très fort. Par exemple : si vous dites "Paris est la capitale de la France", vous pouvez enfoncer une porte d’une main. Si vous dites "Il faut cent centimètres pour faire un mètre", vous pouvez arrêter un rhinocéros qui charge. Et si vous hurlez "Les blogueuses modes sont plus cons que des hamsters", alors là, the sky is the limit.

"Cher journal, Henry m’a demandé ce qui était le plus évident : apprendre à utiliser des flingues pour tuer de loin des créatures super fortes, ou essayer de devenir un ninja de la hache face à des créatures spécialisées dans le corps à corps. J’ai choisi, et je crois définitivement que je suis un peu con."

Enfin voilà : une fois super balaise, Abraham voit à l’occasion d’une scène dotée d’une fort grosse erreur de montage (notre héros a à nouveau le maquillage de mec passé à tabac qu’il avait lorsqu’il s’était réveillé chez Henry quelques mois plus tôt) son nouveau maître lui expliquer photos à l’appui ce qu’il en est des vampires à l’heure actuelle aux Etats-Unis : il y en a moult, plus ou moins discrets, mais il y a parmi eux Adam, le plus vieux de tous et supposé père de la race (c’était lui, le "client important" de Barts plus tôt dans le film), sa copine Poufblonde et divers autres personnages à ses ordres qui tous, vivent tranquillement dans le sud du pays. Henry explique comment les choses vont se passer à son élève : il va l’envoyer en mission dans une certaine ville et de là, il devra se faire discret en attendant que les ordres de qui il devra exécuter arrivent par courrier. Et c’est toujours Henry qui décidera de quand Abraham pourra tuer Jack Barts.

Je commence à comprendre les soucis de La Poste : ce sont en fait des vampires qui pillent le courrier pour éviter aux réseaux de chasseur de communiquer. Cela explique pourquoi il faut parfois attendre l’éternité pour récupérer le moindre colis : tout s’explique.

Enfin : Lincoln est donc envoyé dans la petite ville de Springfield, où pour trouver un logement, il s’installe au-dessus de la boutique d’un certain Joshua Speed, qui ne demande comme seul loyer que la participation du nouvel arrivant aux travaux de l’échoppe. Rapidement, Abraham s’avère être un employé consciencieux, puis un véritable associé pour Speed, lui permettant de s’intégrer aisément dans la petite ville. Cependant, son poste lui permet aussi de découvrir les notables locaux venant récupérer quelques courses dans leur auguste établissement, et c’est ainsi que notre chasseur de vampires préféré rencontre Germaine, la fiancée d’un élu local pro-esclavage, et vaguement mignonne ce qui provoque chez lui d’étranges sensations qui lui donnent envie de faire des jeux de mot sur Sturgess Henry. Cependant, le temps passe et le courrier d’Henry devant lui donner une mission tarde à venir : Abraham s’ennuie donc un peu en lisant des livres de droit pour, par la suite, pourquoi pas changer de couverture pour quelque chose de plus tentant, comme avocat (car comme chacun sait, avocat est la couverture officielle préférée des chasseurs de vampires, puisque cela regroupe quantité d’avantages : on peut facilement planquer son arbalète sous une robe, mentir quotidiennement comme un arracheur de dents – hoho – est rémunéré, et il faut avoir le goût de l’argent, que demander de plus ? L’internet fébrile attend avec impatience "Maître Eolas contre Dracula" avec une scène finale où capes et robes tournoient follement).

Cependant, un jour enfin, un courrier parvient finalement à notre héros : "Va voir Bob le pharmacien il a une ordonnance pour toi" – Ho ! Il est temps d’aller botter le cul de ce fameux Bob, se dit Abraham, vite, ma hache !

Oui, ou alors Henry t’envoyait voir le pharmacien pour qu’il te donne le nom d’un vampire local, mais bon, hein, heureusement tu as interprété le message complètement flou de ton maître comme il le fallait Abraham, tu es très fort. Bref : Abraham se rend sur place, manque de peu de mourir dans l’un des pièges du pharmacien maléfique qui s’attendait bien à finir attaqué un jour ou l’autre, mais finit par coller un bon coup de hache dans la margoulette du brigand tout de même. Quelques jours plus tard, une nouvelle lettre arrive : cette fois, c’est le banquier local qui aime sucer du sang : de la même manière, il finit décapité. Puis, c’est au tour du maréchal-ferrand… jusqu’à ce que finalement, Abraham ait enterré 6 corps (non, les corps ne deviennent pas cendres à leur mort) dans les bois du coin. La gazette et les notables locaux parlent régulièrement des 6 disparus, mais heureusement, rien ne permet de remonter jusqu’à notre héros.

Pas même cette grosse andouille de Germaine qui, séduite par le charme de Lincoln, décide de plaquer son député pour aller tenter l’amourette avec le mystérieux boutiquier, et ne fait aucun lien avec ces disparitions le jour où alors qu’elle se demandait ce qu’Abraham lui cachait, ce dernier lui répondit "La nuit, je tue des vampires, j’en ai déjà buté 6". Elle prend juste le tout à la rigolade et finit pompette parce qu’elle a bu trop de cidre, hop, n’en parlons plus. Toi, je comprends pourquoi tu es copine avec Abraham.

Mais un soir, un curieux arrivant se présente à la boutique de Speed : Will Johnson, l’ami d’enfance d’Abraham à la peau d’ébène ! Celui-ci, venu retrouver son Lincoln préféré, explique qu’il a besoin d’aide : des chasseurs de prime sont à ses trousses, persuadés qu’il est un esclave en fuite. Il a donc besoin de son ami pour témoigner qu’il est né libre, et a donc le droit de le rester. Les deux hommes sortent donc du magasin pour discuter, mais, hélas ! Voici que les chasseurs en question ont rattrapé leur proie et les armes à la main, expliquent qu’ils vont emmener Will. Pas de bol pour eux, Abraham leur fait wiki-wiki-wa-wa-woush dans le museau et sauve ainsi son ami de l’esclavage qui l’attendait. Bien que victorieux, Abraham n’en est pas moins chamboulé : il commence donc à se dire qu’il devrait lutter contre les maux des hommes avec des mots, et plus seulement avec des haches dans la gueule (même si les haches rentrent plus facilement dans le crâne), et dans les temps qui suivent, commence à livrer des discours enflammés à la foule de Springfield, se faisant ainsi remarquer d’hommes politiques locaux qui aimeraient bien en faire leur poulain vu son don pour les mots (ou l’envoyer à Des Chiffres et des Lettres).

Mais quelqu’un d’autre l’a remarqué faire son numéro en public… Henry ! Celui-ci s’est déplacé jusqu’à Springfield, et note que dis-donc, on l’a pas beaucoup écouté : Abraham a des amis, une petite amie et une vie publique remarquée, bravo le professionnel ! C’est pas demain que tu seras un ninja, mec. Petit con.

Après avoir un peu rabroué le vilain Abraham, qui se défend en expliquant que cette vie là est son "plan de secours" (quelle formidable excuse), Henry vient donner en personne l’ordre que notre héros attendait depuis longtemps : il doit aller tuer Jack Barts. Et comme c’est jour de fête du coup, il lui remet aussi une montre à gousset dédicacée "A mon super pote Lincoln, de la part de Henry" pour ne pas qu’il la revende sur e-bay.

"Ho oui, chic chic hic ! Je fais un bisou à ma femme et je vais lui coller ma hache dans la gueule !" s’exclame le galopin en se rendant là où il compte bien trouver sa cible : sur les mêmes quais que la dernière fois (ah oui, dites donc, il est malin ce Barts, il sait qu’il a des chasseurs aux trousses mais… il ne fait rien pour leur échapper. Bien bien bien), où l’attend bien sa cible, qui une nouvelle fois, ne se laisse pas surprendre et commence à cavalcader en ricanant. Mystérieux phénomène : juste à côté des quais (que l’on découvre comme étant au milieu de nulle part, en fait, ho ?) se trouvait un troupeau de ouat’ mille chevaux sans surveillance (c’est connu, à l’époque, le cheval n’est jamais surveillé tant le vol de chevaux n’est pas important) et peut donc commencer une scène d’action où, sur le troupeau effrayé qui fonce au galop, nos deux larrons sautent, chevauchent, s’affrontent (le vampire utilise même des chevaux comme projectiles, intéressant, tant le cheval est connu pour son aérodynamisme), mais déjà qu’il a un oeil en moins depuis leur dernière rencontré, Jack Barts finit par se prendre une cacahuète dans l’autre, mais en argent cette fois, car l’on découvre… que le manque de la hache de Lincoln est aussi un fusil !

Seigneur.

Ainsi transpercé par de l’argent, Barts agonise un peu, et finit par lâcher "Hahaha, Lincoln, espèce de crétin… tu ne t’es jamais demandé comment Henry en savait autant sur nous ? Ni pourquoi il se promène toujours avec des lunettes de soleil et l’air pâlot ? Ni pourquoi il y a comme seule boisson du sang en bouteille chez lui, qu’il sirote puisqu’il ne dort jamais ? Gros blaireau… uuuuurgh…"

Assassiner Jack Barts de jour ? Excellent plan Abraham. Ho, et dis-moi, qu’est-ce donc au fond de cette image ? Un autre mec qui passe. Alors, les témoins, pas un problème ? Et d’ailleurs, vu ta position, comment sais-tu que c’est Barts qui va passer au coin du mur et pas un type qui n’a rien à voir vu qu’il y a visiblement du monde ? Trop malin.

Et effectivement, aaah ouais, se dit Lincoln. C’est vrai que c’est curieux, maintenant que j’y pense. J’vais aller lui poser la question.

Ni une, ni deux, Lincoln retourne donc à Springfield, et grâce à son pouvoir de divination, se dirige droit vers une ruelle complètement isolée où Henry est en train de sucer le sang d’un vilain filou qui voulait agresser une dame. Le fait que Lincoln soit venu le chercher dans cette ruelle alors qu’il ne pouvait pas savoir qu’il y était ne surprend même pas Henry conscient comme le spectateur de la nullité du film, et celui-ci se sent donc obligé de lui raconter sa petite histoire.

Autrefois, Henry était un humain comme les autres : il ne suçait pas de sang, n’avait pas les canines d’un chihuahua et vieillissait au rythme de ses injections de botox, bref, un type somme toute assez banal. Jusqu’au jour où, alors qu’il se promenait dans la campagne avec sa copine Gudule, il vit arriver derrière eux une imposante troupe de cavaliers aux intentions visiblement hostiles (comprendre : ils étaient habillés en noir). La chose fut confirmée lorsque, descendant de sa monture, l’un des nouveaux arrivant disparut purement et simplement avant de réapparaître de manière surnaturelle près du pauvre Henry, prêt à le tuer.

Bon, c’était sans compter qu’Henry chassait déjà le vampire à l’époque, et a donc tatané le malandrin à l’aide d’un poignard en argent, avant de laminer tous ses petits copains lorsque ceux-ci tentèrent de venir venger leur ami mort et re-mort. Mais hélas, le chef de la troupe de cavaliers vint s’occuper lui-même d’Henry, et il n’était nul autre qu’Adam, le vampire originel !

Autant dire qu’il colla une douce branlée à notre gai luron, avant de le mordre un petit coup ; puis, alors qu’il agonisait, il s’en alla sucer à mort la pauvre Gudule, qui elle, n’avait rien demandé, nan mais ho. Henry voyant la chose fit donc une grosse colère et, rassemblant ses dernières forces, se jeta avec sa lame en argent sur Adam pour venger sa douce amie. Mais, ha ! Un étrange sortilège sembla alors le frapper : une force invisible l’empêcha de coller son couteau dans la gueule du chef vampire. Comment donc ?

"Huhuhu, hihihi, hohoho, c’est fort simple", répondit Adam comme un vulgaire collégienne qui vient d’apprendre qu’elle n’avait pas EPS à 15h30, "Je t’ai transformé en vampire mon petit Henry, tu viens de mourir et de renaître sans t’en rendre compte ! Et sache que Dieu a jeté une malédiction sur ce de notre race : non seulement nous serons souvent synonymes de films ou de séries de merde visant à faire rêver les adolescents rebelles, mais en plus, nous ne pouvons pas tuer ceux de notre race ! Voilà pourquoi ta main ne peut me frapper… tu vivras désormais sans pouvoir nous faire le moindre mal, hihihi hu !"

Ah bon ? Henry est devenu un vampire ? Et Dieu empêche les vampires de s’entretuer ?

  • Mais alors, pourquoi Dieu ne fait-il pas pareil avec les humains, quel est donc ce gros favoritisme ?
  • Et puis d’abord, Henry a pourtant bien tabassé Jack Barts au début du film : Dieu fait donc le calcul des coups autorisés ou non en fonction de s’ils vont tuer ou pas ? Il a la table des coups critiques ?
  • Et puis attendez, Dieu autorise par contre Henry à recruter des mecs pour tuer des vampires à sa place ? Ça veut dire que Dieu se fout des commanditaires, il ne punit que les petites mains ? Les parrains de la mafia vont donc au paradis ? Vladimir Poutine sera sanctifié ?
  • Du coup, si Dieu ne punit que les petites mains, autorise t-il les coups de fusil dans la gueule ? Après tout, avec ça, on ne tape pas directement quelqu’un, on se contente d’appuyer sur une gâchette qui, par un heureux hasard, envoie un projectile, alors bon, non ?
  • Et pareil, si Henry pose une bombe chargée à l’argent, Dieu calcule t-il si un vampire va passer à proximité au moment où elle explosera ?
  • Et au passage, si Henry est devenu un vampire, comment a t-il pu manipuler l’arme en argent pour tenter de tuer Adam, hein ?

Bon, enchaînons, parce qu’à ce rythme, on est pas sortis de l’auberge.

Après avoir écouté l’histoire de son mentor, Abraham caressa sa non-barbe (il est encore jeune) et lui dit "Bon, okay, tu t’es foutu de moi mais j’t’aime bien quand même va. Allez, on se fait un bisou et on oublie." ; et c’est ainsi que tout se règle entre nos deux amis, qui peuvent donc retourner se taper dans le dos en faisant des blagues salaces et des concours de pets comme ils en avaient jusqu’alors l’habitude (ce sont de vrais mâles).

Seulement voilà : à la nuit tombée, quelque part en ville, Adam en personne accompagné de son amie Poufblonde ouvrent un cercueil qui attendait en plein milieu de la rue, ne me demandez pas pourquoi. Et qu’y trouvent-ils ? Et bien le corps de Jack Barts, cette fois mort pour de bon, avec dans la main la montre à gousset qu’Henry avait offerte à Abraham, avec sa petite dédicace. Adam grommelle donc "Hmmm, Henry a trouvé un nouveau chien-chien pour décimer les nôtres… il va être temps d’inviter son nouveau chasseur à une petite soirée, huhuhu !".

D’accord Adam, mais d’abord, tu pourrais m’expliquer un truc ? Sachant qu’Abraham a jusqu’ici pris soin d’enterrer toutes ses victimes, pourrais-tu m’expliquer pourquoi il a mis celle-ci  :

  • Dans un cercueil (il avait peut-être de l’argent à perdre)
  • Qu’il a traîné en pleine rue (rien de suspect, donc)
  • Avant d’y déposer la montre à gousset que l’on venait de lui offrir, là encore sans raison autre que de signer le crime
  • Le tout avant de tirer une fusée de détresse-vampirique en l’air j’imagine, ou alors il faudra me dire comment Adam a su que Barts était mort et où était le corps

A part chercher des emmerdes, quel était le plan ? Ah, oui, aucun : heureusement que Tim Burton était très fier de produire ce film, hein, on sent qu’il fait partie de cette génération de cinéastes qui devraient sérieusement commencer à mettre leurs noms sur des couches plutôt que sur des films, mais passons.

Oui alors mon petit Adam : conseil, quand on veut jouer au méchant classe, on n’accueille pas ses visiteurs sur un vieux tabouret pourri devant l’escalier parce que le budget décor laissait à désirer

Bref : Adam ne trouvant rien de suspect à cette scène débile décide donc de se renseigner sur Abraham Lincoln et apprend que celui-ci a un ami dénommé Will Johnson qui pourrait servir d’appât pour attirer le chasseur de vampires dans un traquenard. Ni une, ni deux, le bougre de brigand va donc trouver l’homme à la peau d’ébène, le kidnappe, puis fait envoyer le courrier suivant à notre héros :

"Cher Abraham,

J’ai kidnappé ton ami Will Johnson. Tu serais bien urbain de venir le chercher à ma résidence, le Manoir Spiridion, situé dans le sud de notre beau pays. Sinon, je serais un peu obligé de lui bourrer la gueule, parce que bon, hein, on parle on parle mais je suis quand même un peu grognon.

Adam

P.S : ne demande surtout pas à ton ami Henry qui dispose, comme tous les vampires, de pouvoirs d’invisibilité, de venir le chercher sinon ce serait de la triche. Je dis ça, mais je sais que tu es trop bête pour y penser, hein, je ne me fais pas d’illusions, moi aussi j’ai lu le titre de ce film et n’en attend rien."

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"Hmmm", se dit Abraham, "Effectivement, je suis bien trop con, il a raison. Sachant que c’est le chef des vampires, qu’il a survécu à des millénaires de chasse et qu’il m’attend dans son Q.G probablement accompagné de ses meilleurs hommes, je pense que le fait d’arriver en agitant mes sourcils et ma hache devrait faire l’affaire". Soit, c’est donc décidé : accompagné de son ami Joshua Speed, Abraham part donc pour le sud des Etats-Unis, et se rend en chariot nocturnement (il veut se donner le maximum de handicaps) jusqu’au Manoir Spiridion, une ancienne demeure coloniale située au milieu d’un terrain où toutes les huttes d’esclaves semblent inhabitées. Curieux, se dit notre héros, avant de demander à son bon ami boutiquier de l’attendre un peu plus loin (je me demande d’ailleurs bien ce qu’il a pu raconter audit Joshua pour justifier qu’il doive se rendre dans le sud du pays équipé d’une hache pour visiter des amis, probablement qu’il lui a expliqué qu’il y avait une soirée mousse gratuite pour les bûcherons sur présentation de leur hache). Puis, s’élançant dans la nuit, il va espionner ce qu’il se passe dans la résidence Spiridion où il peut déjà percevoir lumières et musiques, comme si on y donnait un bal.

Et en effet, c’est bien un bal qui a lieu dans l’endroit : au travers des fenêtres, notre héros peut apercevoir des dizaines de braves gens en grande tenue dansant chacun en compagnie d’un esclave visiblement particulièrement mal à l’aise ; et sitôt la danse en cours terminée, Adam, en maître de cérémonie, annonce que le "dîner est servi" : ni une, ni deux, le visage de tous les galopins dansant avec les esclaves se déforme pour laisser paraître moult dents pointues, puis une orgie sanglante débute alors que les pauvres noirs servent de nourriture aux créatures immortelles.

Il n’en faut pas plus pour énerver Abraham, qui compte bien arrêter tout ce scandale : entrant par la grande porte sa hache à la main, il a tôt fait de tataner tous les vampires qui se jettent sur lui, en massacrant bon nombre avant qu’enfin, Poufblonde, l’amie d’Adam, ne parvienne à le désarmer. Le maître des lieux s’approche donc de lui, tout sourire, pour lui annoncer la couleur :

"Hohoho, bienvenue chez moi Abraham ! Tu as tué quantité de mes meilleurs hommes, tu es très fort ! Mais ton heure est venue… car moi, Adam, je vais te tuer. Mais avant, je compte bien te révéler mon plan, comme dans tous les films les plus foireux : j’ai plusieurs millénaires et j’ai vu l’humanité grandir, changer, mais j’en ai assez de me cacher ! Maintenant, je veux un pays pour les miens, un pays pour les morts. Et je l’aurai. En attendant, maintenant, à moins que tu n’acceptes de travailler pour moi et d’aller tuer ton ami Henry, je vais te tuer ainsi que ton ami Will, voilà voilà."

Mais avant même qu’Abraham ne lui demande pourquoi lui et les siens se cachaient s’ils voulaient un pays, sachant que cela faisait plusieurs millénaires qu’ils avaient la force et les moyens de le faire, un chariot défonce les portes de la résidence Spiridion : c’est Joshua Speed, qui grâce à son détecteur de discours de merde, a su qu’il était temps d’intervenir ! Vite, filons les amis, s’exclame Abraham en emmenant Will avec lui ; et sautant sur le chariot qui traverse toute la résidence en semant le chaos sans que personne n’y fasse véritablement opposition, les trois hommes disparaissent dans la nuit au nez et à la barbe des vampires, qui restent tout simplement comme des cons sur place.

De retour dans le nord sans encombre, Abraham annonce à ses amis qu’il a pris une grande décision : non seulement il se marie avec Germaine, mais en plus, il compte bien arrêter de se battre avec une hache contre les monstres qui hantent nos nuits pour désormais user de mots. Les vampires se nourrissent d’esclaves et vivent dans le sud pour profiter de cette source de chair fraîche ? Pas de problème, il abolira l’esclavage, et hop, ils n’auront plus rien à bouffer.

Ou ils iront bouffer d’autres gens, comme ils le font partout ailleurs dans le monde, et ça ne changera pas grand chose, mais Abraham est un peu trop niais pour penser à tout cela.

Du coup, en quelques années, notre valeureux héros voit tant sa barbe que sa carrière grandir fortement, et bientôt, il devient tout bonnement président des Etats-Unis. Et au nom de l’abolition de l’esclavage, il déclare la guerre au sud histoire que l’on arrête d’employer de maltraiter des noirs dans toutes les plantations du coin (il propose une prime à la casse permettant une réduction sur l’achat de Mexicains pour chaque esclave libéré, parce que les chicanos, ça compte pas). La guerre de sécession peut donc commencer entre le nord et le sud.

Hélas, c’est sans compter sur Jefferson Davis, président des Etats confédérés du sud qui, voyant la guerre bien mal engagée pour son camp, décide d’aller trouver Adam et ses vampires (comment en a t-il entendu parler ? Ils ont des petits flyers "Vampires à louer" ?) pour demander leur aide : "S’il-vous-plait Messieurs les vampires, voudriez-vous bien bourrer la gueule du nord à grands coups de pouvoirs de Majax ?" ; le bon Adam grattouille donc ses joues en réfléchissant, puis déclare tout de go que fort bien : il aidera les confédérés à écraser le nord en fournissant des régiments de vampires aux armées du sud. En échange, il demande simplement à obtenir un état pour lui et les siens, où les vampires pourront enfin vivre en paix et se nourrir d’esclaves sans être enquiquinés. Soit, lui répond Davis, il en sera ainsi pourvu que la victoire soit au rendez-vous.

En même temps, encore une fois : si vous êtes si fort et invincibles face aux mortels, pourquoi ne pas avoir fondé ledit état depuis longtemps ? Même le Pape en a un, alors nom d’une pipe, hein, un petit effort, des mecs en robe à jolis chapeaux font mieux que vous.

Notez aussi qu’Adam vit dans un truc pourri alors qu’il a 5 000 ans de richesses derrière-lui et des centaines d’esclaves. Sympa.

En tout cas, les vampires se jettent donc avec plaisir dans la bataille contre Abraham Lincoln, et la première perte n’est pas sur le front, mais bien derrière celui-ci : une nuit, Poufblonde, déguisée en servante, s’introduit dans la Maison Blanche et va y trouver Billy, le fils Lincoln âgé d’à peine quelques années, qui est occupé à jouer aux petits soldats (édition de luxe, puisque ses figurines sont armées de reproductions en argent, rien que ça) : la belle vampire lui propose de lui donner la main, et comme il se doit, le mordille donc quelque peu. Aussi, lorsque le personnel de la Maison Blanche retrouve l’enfant, celui-ci est dans un état second, comme possédé… soit exactement ce que Jack Barts avait fait à Maman Lincoln bien des années plus tôt ! Aucun médecin ne parvient donc à trouver de remède pour sauver l’enfant, et Abraham Lincoln se dit que tiens, dis-donc, en fait plutôt que tabasser des vampires sans poser de questions durant des années, il se serait vaguement renseigné sur ses ennemis, il aurait peut-être pu faire quelque chose contre la maladie qui avait juste tué sa mère.

Mais bon, hein, détail.

Terrible nouvelle, donc, l’enfant finit pas quitter ce monde, et le deuil tombe donc sur la Maison Blanche. Du moins, jusqu’à ce que Germaine découvre le journal de son mari et décide comme il se doit de le lire intégralement, découvrant que son président préféré n’est autre qu’un ancien chasseur de vampires (et accessoirement un gros blaireau avec une âme de jouvencelle). Et comme au même moment, Henry, en tant que vieil ami de la famille (mais qui ne vieillit pas depuis 25 ans, ce qui n’éveille aucun soupçon, c’est beau), est en visite à la Maison Blanche et soumet l’idée qu’il pourrait rendre vie à l’enfant mort, tout un débat se fait durant lequel Germaine veut voir son fils revivre sous forme de petits garçons à grosses canines, et Abraham refuse de voir son enfant transformé en bestiole surnaturelle. C’est finalement ce dernier qui gagne grâce à l’argument "Dis-donc femme, j’ai supprimé l’esclavage mais je me souviens pas t’avoir autorisé à sortir de ta cuisine". Imparable, la chose s’en arrête donc là, même si le moral de la famille présidentielle s’en trouve sérieusement affectée.

Sur le front, les choses ne vont guère mieux : en pleine bataille, un officier du nord constate que lui et ses hommes ont beau faire feu sur un régiment de sudistes, ces derniers semblent se moquer des balles ; pire encore, les bougres lâchent leurs fusils pour charger au corps à corps, dévoilant des dents d’un fort beau gabarit, avant de tous disparaître comme par enchantement en pleine course. Le temps que l’officier en question comprenne ce qu’il se passe, tout son régiment a été décimé en un éclair, et il est le seul survivant (les vampires n’avaient pas envie de le tuer, visiblement, même si l’absence de témoins et des massacres complets arrangeraient bien leurs affaires, mais bon).

J’imagine bien le type expliquer à son état-major que si, si, il a perdu tout son régiment, mais à cause de ninjas magiques sudistes à grandes dents, et ses supérieurs, plutôt que d’accuser incompétence, bibine, et stress de la bataille, de décider qu’ils vont prévenir Washington que des vampires assistent les confédérés. Soit exactement le message que reçoit Lincoln.

C’est tout de même bien fait.

Il en a du bol, le président, d’avoir des troupes aussi bien informées. Remarquez, étant donné qu’il est président, il aurait pu former depuis longtemps une agence de chasseurs de vampires histoire d’essayer d’être efficace mais non, non. C’eut été trop malin. Autant se curer le nez durant quelques années en espérant que l’ennemi en fasse autant.

Bref ; pour contrer la menace suceuse de sang, Abraham prend une décision : récupérer le maximum d’argent dans le pays pour faire fondre baïonettes, balles et boulets (ah oui tout de même) en cette noble matière afin d’aller coller une grosse branlée aux troupes surnaturelles confédérées. Une idée qui ne semble choquer personne dans le pays, tant il parait bien normal que le président exige des armes en argent pour son armée déjà bien mal en point ("Si, ça s’tient : p’têt’ que c’est pour faire classe et impressionner les sudistes ! Un peu comme les trucs hideux chatoyant dans les défilés de mode pour impressionner les vieilles à chiens !"). Rapidement, les choses se mettent donc en place, alors que les troupes de Davis se rapprochent jour après jour de la capitale. Un plan est donc décidé : Germaine quittera Washington discrètement pour aller se mettre en sécurité, alors que le matériel en argent sera envoyé secrètement par train jusqu’à Gettysburg, où les troupes de l’Union attendent d’engager une bataille décisive contre les rebelles.

Soit. Sauf que… sauf qu’il y a un traître dans l’histoire !

Joshua Speed, visiblement peu optimiste quant au résultat de pareil stratagème parvient à prendre contact avec Poufblonde, visiblement occupée à jouer les espionnes au nord, pour lui raconter qu’un train chargé d’argent va partir pour Gettysburg. Enchantée d’apprendre la chose, la bougresse explique que Speed a très bien fait, et qu’elle va s’assurer que le train ne parvienne jamais à destination, par exemple en le confiant à la SNCF.

Lincoln, lui, a déjà lancé le plan et décide par sécurité d’assurer lui-même l’escorte du convoi en faisant reprendre du service à sa hache, n’emmenant avec lui que ses hommes de confiance à savoir Will, Henry et… Speed, donc.

Vous ne notez rien ? Pas même que Lincoln mise tout le sort de la guerre sur ce fameux train de matériel en argent d’une bonne cinquantaine de mètres, et qu’il ne le fait escorter que par 4 mecs, dont un boutiquier sans histoires et un type qui ne peut physiquement pas s’en prendre à d’autres vampires ? Je ne sais pas, mais d’habitude, pour ce genre de mission, on colle vaaaaguement un peu de sécurité sur place, façon 40 hommes par wagon histoire de transformer tout ce qui approche en pulpe. Fut-ce des vampires, puisque le convoi regorge de munitions en argent, donc.

Bref ; à la nuit tombée, le train quitte donc Washington, alors que dans le même temps, Germaine ainsi que la bonne noire du président (appelons-là Monica) prennent la poudre d’escampette par les petites routes pour s’éloigner de la cité menacée au cas où le plan d’Abraham échouerait et que la Maison Blanche tomberait.

Le début de nuit se passe donc correctement, avec un convoi qui roule à peu près sans encombres, pendant que Germaine et Monica font leur bout de chemin ; hélas pour ces dernières, elles sont rapidement arrêtées dans leur progression par l’arrivée d’une troupe de cavaliers… menés par Adam et Poufblonde en personne ! Ces derniers se demandent bien qui peuvent être ces deux femmes voyageant ainsi discrètement, mais avant qu’elles ne retirent les capuches dissimulant les visages de ces dernières, un son détourne l’attention des vampires : le train de Lincoln n’est pas bien loin, et il ne faudrait pas le manquer ! Laissant nos deux louloutes tranquilles, les cavaliers remontent donc en selle et s’en vont à vive allure en direction de la voie de chemin de fer pour commencer leur attaque.

On découvre à cette occasion que sitôt les vampires partis, Germaine et Monica soufflent un bon coup et que sortent des buissons alentours une bonne centaine de noirs fuyant eux aussi Washington, et qui marchaient à la suite des deux dames. Et non, les vampires n’ont pas remarqué les 100 clampins tout chauds à deux mètres d’eux. Bravo, on sent les prédateurs. Chapeau les gars : rater un convoi d’une centaine de personnes chargées comme des mulets à 2 mètres de soi, il faut le faire. Mais, en est-on encore là ?

En tout cas, du côté du train de Lincoln, les choses commencent à se gâter : alors que tout le monde discutait paisiblement du dernier épisode de Desperate Housewives (oui, ils n’ont aucun goût) dans les wagon regorgeant de caisses diverses, des bruits commencent à se faire entendre sur le toit du convoi, et la troupe réalise alors qu’elle est sous attaque (il serait temps ; une vigie à l’extérieur, jamais ?) : ni une, ni deux, tout le monde attrape son arme et bientôt, des vampires sudistes débarquent de partout, traversant plafonds et parois pour se ruer sur la petite troupe, mais sans savoir qu’elle a ici affaire à des larrons bien décidés qui les tatanent méchamment à grands coups de bidules en argent.

"Aaah, ma bonne vieille hache… je suis sûr que toi et moi on fera plus ensemble que si j’avais été assez intelligent pour former d’autres chasseurs grâce à ma fonction. Ou alors tout cela est juste nul."

Henry, lui, qui n’a pas le droit de tuer un autre vampire se retrouve carrément face à Adam, et on constate donc que Dieu est assez large quant à ce que les vampires peuvent se faire entre eux ou non, puisqu’Adam pète la gueule au pauvre Henry sans aucun souci : en fait, tant qu’il ne le tue pas, ça roule ; c’est comme un gros airbag divin en fait, il ne s’active qu’en cas de besoin. Sinon, on peut se secouer tant qu’on veut. Cool.

Enfin, toujours est-il qu’alors que les deux vampires se cognent, l’une des caisses de matériel s’ouvre et, nenni d’argent ! N’en sortent que… des pierres. Et il en va de même avec toutes les caisses. Henry est aussi étonné qu’Adam : qu’est-ce que ce convoi, s’il ne contient rien d’intéressant ? Et où est l’argent ?

Facile, répond Lincoln en débarquant au milieu du petit couple avec sa grosse hache. L’argent n’est pas là, il circule ailleurs. Ce convoi n’était qu’un leurre pour attirer le maximum de vampires avec la complicité de Joshua Speed (ce qui n’empêchait pas d’y mettre une grosse escorte tant pour le rendre crédible que pour mieux bourrer les vampires : une embuscade, ça se soigne comme le disait DSK) dans le rôle du faux-traître. Et maintenant qu’ils sont tous là…

Abraham Lincoln va botter leurs culs immortels.

Passons sur les détails de cette sombre affaire, mais toujours est-il que Poufblonde, elle, n’avait pas participé à l’assaut du convoi pour plus simplement aller incendier le seul pont de la ligne allant de Washington à Gettysburg, ce qui arrive à la seconde même où le train où la bataille fait rage s’engage sur la structure en flammes.

Bon, j’aurais été les vampires, je ne me serais pas occupé du convoi puisqu’il suffisait de faire sauter le pont un peu en avance et en toute sécurité pour le bloquer, mais bon, hein, je n’ai pas 5 000 ans d’expérience, je ne dois pas savoir.

Mais en tout cas, alors que les flammes remontent la structure du bois et gagnent peu à peu le train, le combat se fait de plus en plus dur au sein du train, alors que tous les vampires sont mis en échec à l’exception d’Adam ; ce dernier finit d’ailleurs par mettre la main sur Joshua Speed, et furieux de s’être fait manipuler, mord le brigand avant de l’envoyer paître (mais ça ne fait pas de lui un vampire quand bien même il ne l’a pas mortellement touché, ce qui laisse rêveur quant au côté complètement aléatoire de la chose, finalement). Après avoir ainsi vu son ami succomber face au patron de tous les amis des canines, Abraham Lincoln se rue sur lui et cette fois-ci, pour de bon, parvient à lui briser la margoulette d’un bon coup d’arme en argent histoire de bien faire comprendre que hein, ho, ça suffit les conneries maintenant.

Will et lui s’extraient donc du train menaçant de choir sur le pont en flammes, aidés en cela par la force surnaturelle de l’ami Henry qui s’exclame donc une fois ses amis en sécurité "Bravo Abraham, tu nous as grave rabouiné. Allez maintenant, tu peux le dire : où était l’argent ?"

Et bien la réponse vient rapidement : vous vous souvenez de Germaine, Monica et toute leur troupe ? Et bien ces derniers arrivent à Gettysburg… et déchargent leurs bagages contenant toutes les pièces en argent qui avaient été fabriquées ! Les soldats de l’Union peuvent donc commencer à s’équiper sans se dire qu’en fait, c’était un plan très con, puisque quitte à venir, à pied, autant envoyer au pas forcé un contingent équipé d’armes d’argent qui aurait ainsi pu se défendre contre toutes les menaces sur sa route, naturelle ou non. Et d’ailleurs, là encore, personne ne pose de questions : en même temps, vu le président, bon.

Accessoirement, sans chariot, il faudra me dire qui étaient les braves pinpins qui portaient les boulets de canon en argent que l’on voit dans les caisses, parce qu’à pied, ils ont dû bien rigoler. A noter que Poufblonde, toujours en train de fureter, a réussi à infiltrer le camp militaire nordiste, et voyant la femme de Lincoln livrer des armes, décide de se venger en la tuant : pas de bol pour elle, Madame Lincoln, habituée à affronter des créatures affreuses comme par exemple la barbe de son mari, voit arriver la ribaude et devine qu’il s’agit là d’une vampire : elle attrape donc un fusil, et plutôt que d’y mettre une balle en argent (trop logique), elle y fourre l’un des petits sabres en argent équipant les figurines de feu son fils qu’elle avait gardé en souvenir, et le tire dans la face de la mécréante : comme le veut la tradition des films sans imagination, les filles s’affrontent donc entre elles, la brune contre la blonde, et c’est la copine du gentil qui gagne puisque le sabre vient se planter entre les deux yeux de la vilaine. Voilà qui est réglé.

Enfin : la bataille de Gettysburg peut donc commencer, et cette fois-ci, lorsque l’officier qui avait survécu à la première attaque vampire fait tirer ses troupes contre les créatures sudistes, il constate avec bonheur que les balles en argent fonctionnent à merveille, quand bien même les types d’en face semblent quelque peu surpris de tomber ainsi face à des armes portées par de simples mortels (et encore, ils ne connaissent pas la pelle). Gettysburg est donc une victoire pour les nordistes, qui arrêtent enfin l’invasion des rebelles et sauvent Washington tout en calmant sérieusement les vampires qui achèvent de se disperser pour ne plus de mêler de cette guerre. Quelques temps plus tard, Abraham Lincoln peut donc se rendre sur le site de la bataille pour y tenir son fameux discours sur l’avenir de l’Amérique et le sens de cette guerre faite pour que tous les hommes soient libres. Poin poin font les trompettes, boum boum font les tambours, cuicuicuivacrevertagrossemère font les oiseaux (ce sont les mêmes que dans Blanche-Neige).

Et plus tard encore, à Washington, bien longtemps après tout cela, nous découvrons Abraham Lincoln se préparant à aller au théâtre. Henry, à son côté, lui explique qu’il pourrait le rendre immortel pour qu’il continue encore longtemps d’illuminer le monde, et fasse 250 mandats, mais, ha ! Le président refuse, expliquant que les idées sont bien plus immortelles que les hommes (même les plus pourries, comme par exemple, les magazines féminins). Et puis d’ailleurs, tiens, comme il n’a que ça à faire, il confie son journal à Henry pour qu’un jour, les gens se souviennent de son histoire (on ne sent pas du tout le personnage qui agit ainsi parce que le scénariste sait qu’il va mourir). Puis, montant dans un carrosse avec Germaine, il part vers le destin que tout le monde lui connait (non, il ne meurt pas en se noyant dans une piscine de champagne, zut alors, je viens de vous faire le récit d’un film historique et vous vous ne vous intéressez même pas ! Non, Abraham Lincoln meurt d’une balle dans la tête alors qu’il se trouvait au théâtre, puisqu’ayant assisté à une représentation avec Jean-Jacques Huster, ancêtre de Francis, il préféra en finir).

Près de 150 ans plus tard, nous retrouvons Henry dans un bar de Washington en train d’observer un type à côté de lui s’enfilant verre de Banga sur verre de Banga. Se tournant vers lui il lui demande s’il boit pour embrasser une fille ou pour tuer un homme ; et tapant sur son épaule, il fait tomber du veston du garçon à demi-saoul un pistolet qui vient s’écraser au sol.

Henry se dit que tout cela lui rappelle quelqu’un qu’il a connu il y a bien longtemps et qui était particulièrement con et…

FIN

Après la bataille de Gettysburg, personne n’a demandé "Hey Monsieur Lincoln, vous pourriez nous expliquer maintenant pourquoi il a fallu équiper toute l’armée de munitions en argent ?" : non, tout le monde s’en tapait.

 ____________________
 

Fort de Brégançon, trois heures du matin.

Les lourdes portes du complexe s’ouvrirent pour laisser passer l’homme en trench-coat, qui passa droit devant quelques gardes qui se mirent instantanément au garde-à-vous, le regard fixé droit devant eux comme s’ils craignaient de croiser les yeux de leur supérieur. L’homme marcha d’un bon pas dans le couloir aux murs blindés parsemés de néons froids alors que bientôt, sortant d’un sas voisin, un assistant en costume vint le rejoindre pour le décharger de son arbalète, de son pardessus et de ses gants ainsi que du carquois à carreaux d’argents qu’il portait à la ceinture.

"Vous l’avez eu Monsieur ?
- Oui, il tentait de s’en prendre à une jeune fille. Il la suivait depuis un moment, son odeur flottait dans tout le quartier. 
- Fort bien Monsieur, encore une bonne chose de faite. Ho, et pour votre compagne, nous avons suivi vos instructions en votre absence. Elle a toujours envie de révéler votre secret, mais la procédure semble fonctionner.
- Comme convenu ?
- Oui, nous avons reprogrammé son téléphone, elle envoie désormais ses tweets sur une copie conforme du site original où elle n’a pas conscience que ce n’est pas le monde réel et peut raconter n’importe quoi. Des bots lui répondent régulièrement des choses sans intérêt. 
- Moui, en fait ça ne change pas beaucoup du site original.
- En effet Monsieur. A part elle et Jean-François Copé, tous les autres utilisateurs sont en fait gérés par un ancien logiciel défectueux de Météo France qui génère régulièrement des phrases sur le temps qu’il fait, de préférence en se plaignant.
- Le réalisme est total.
- Oui Monsieur."

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Les deux hommes progressèrent un moment dans le couloir, jusqu’à ce qu’enfin, ils arrivent à la lourde porte d’acier supposée permettre de quitter l’endroit pour retrouver le reste du fort. Une dernière fois, ils s’arrêtèrent le temps de composer le code déverrouillant l’imposante issue. Le plus jeune des deux hommes toussota, comme hésitant à prendre la parole, mais le regard que lui lança le chasseur lui fit comprendre qu’il pouvait s’exprimer.

"Monsieur, je dois vous dire qu’en rejoignant votre cabinet je ne m’attendais pas à… à cela. Vous savez, je m’attendais à une présidence… disons…
- Normale ? – dit le chasseur en souriant
- Oui je… je crois que c’est cela oui."

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Le président eut un petit rire amusé.

"Allons, c’est ce que je n’ai eu de cesse de répéter. Normal, normal, toujours plus normal… vous savez ce que c’est : à trop forcer sur le normalité, nous sommes allés au-delà : vous vous souviendrez que c’était une présidence…"

Il fronça les sourcils

"…para-normale."

Et François Hollande passa gaiement la porte pour retourner sur son lieu de villégiature en souriant.

Attention !

Pour d’évidentes raisons, et pour mieux saisir toute la saveur du spoiler qui va suivre, permettez-moi de vous résumer promptement les deux précédents volets de la trilogie Batman de l’ami Nolan. A défaut d’introduction, cette semaine, vous pourrez ainsi obtenir trois spoils pour le prix d’un. Les choses ne sont-elles pas bien faites ?

De toute manière, si elles ne l’étaient pas, ce serait pareil alors hein, ho, bon.

Dans tous les cas, soyez attentifs, ce qui va suivre  n’est pas toujours évident. Spoilons donc un peu en amont !

Volume I : Batman Begins

Bruce Wayne, enfant multimilliardaire résidant à Gotham City, a la phobie des chauve-souris depuis le jour où il s’est lamentablement viandé dans le nid de ces charmants animaux par un incroyable hasard. C’est ballot, mais ce qui l’est encore plus, c’est que quelques temps plus tard, un malandrin armé d’un patator ne trouve rien de mieux que d’abattre ses parents dans une ruelle sombre, lieu particulièrement apprécié des multimilliardaires comme chacun sait. Désormais orphelin après avoir vu ses parents se faire tragiquement patater sous ses yeux, Bruce décide donc en conséquence qu’il doit devenir un ninja pour péter leurs gueules aux malandrins qui fréquentent les ruelles sombres. Et non, il ne se dit pas "Tiens, si j’utilisais mon pognon pour rendre les rues plus sûres/aider la justice", parce que voyez vous, un homme en slip seul peut sûrement faire beaucoup plus que 500 en uniformes. Toutes les milices d’Amérique qui savent apprécier le principe du "faire la justice soi-même" approuvent ce message.

Bruce va donc en Asie rencontrer Ninjabouc, le chef d’un clan de ninjas dont un incroyable charisme rayonne du bouc. Il apprend des tas de trucs, comme par exemple retourner sa phobie des rats volants pour en devenir un et terroriser ses ennemis, distribuer des coups de tatane, faire des acrobaties de psychofou ou, plus incroyable encore, manger avec des baguettes sans saloper sa cravate (dans le milieu d’affaires où Bruce évolue, ça impressionne pas mal). Sur la fin, ça devient un peu confus : Wayne et Ninjabouc se fâchent au sujet d’un épisode de Naruto, et dans la bataille qui suit, Ninjabouc manque de peu d’être tué par son disciple.

Cela fait, Bruce retourne à Gotham retrouver son majordome, Alfred, qui a bien gentiment attendu en prenant soin d’arroser les plantes. Il y retrouve aussi Lucius Fox, sorte d’équivalent de Q chez Wayne Enterprises, qui a sous le coude plein de prototypes des filiales militaires de la multinationale qu’il refile gentiment à Bruce pour qu’il puisse faire régner la justice dans les rues à coups de mandales dans la gueule pour un oui ou pour un non sous le nom de Batman. Après avoir tabassé tout un tas de gens qui posaient problème aux bons citoyens (tueurs, violeurs, gens qui écoutent de la musique sur le haut-parleur de leurs téléphones), Bruce découvre qu’un grand méchant compte défoncer la ville : Ninjabouc, débarqué d’Asie pour se venger. Le vil ninja s’est emparé d’un prototype de micro-ondes géant de chez Wayne Enterprises et compte s’en servir pour vaporiser toute l’eau de la ville (oui, c’est un plan de merde), comme ça, plus  personne ne pourra faire cuire ses pâtes. Lui et Batman s’affrontent donc à 30cm dudit appareil allumé lors d’un combat final, et suite à un problème de script parmi tant d’autres, les rayons n’affectent aucun des deux protagonistes, qui auraient autrement été instantanément transformés en bat-pruneaux.

Batman gagne, et c’est la fête.

Volume II : Batman, The Dark Knight

Bruce est super content : il y a un nouveau procureur en ville, Harvey Dent, et celui-ci lutte efficacement contre le crime sans masque ni pétages de gueules. Bruce est donc très étonné de découvrir que, tiens, en fait, la justice ça peut servir à rendre la justice sans que cela implique de porter un slip sur soi de manière aléatoire. Hélas, dans le même temps, le Joker, un personnage en costume flashy (comme tous les méchants de Batman, ce qui lui évite d’avoir à enquêter pour savoir qui a encore volé les nains de jardin du commissaire Gordon) est en train d’utiliser tous les pouvoirs d’invisibilité, de téléportation et d’invocation d’explosifs à volonté que les trous dans le script lui permettent pour mettre la zone. Après avoir finalement été arrêté pour la douzième fois, le Joker explique à Batman qu’il a capturé d’un côté Harvey Dent, l’espoir de Gotham, et de l’autre Gertrude, le fantasme de Bruce Wayne, et qu’il les a envoyés dans deux lieux différents avec un paquet de bombes et peu de temps pour les sauver. Qui Batman sauvera t-il ? L’amour ou la justice ?

Après avoir finalement compris que tiens, il pourrait aussi envoyer la police intervenir sur le lieu où il n’est pas, Batman va sauver le procureur Dent lors d’une formidable séquence ridicule où ce dernier, attaché à une chaise renversée au sol suite à ses mouvements, se retrouve face à une flaque d’essence se déversant de l’un des explosifs du Joker. Et là que fait-il, sachant qu’il n’a qu’à se souvenir qu’il a un cou pour ne pas rentrer en contact avec le liquide ? Et bien il se frotte la joue contre l’essence en hurlant "Hmmm, t’aimes ça, hein, coquine !" : résultat, lorsque Batman arrive à la dernière seconde (étonnant) et que tout explose (ça alors), l’explosion enflamme la moitié de son visage et le choque un peu, le transformant en méchant : Double-Face, type qui fait la justice lui-même en abattant brigands comme policiers sur son chemin. Batman doit donc lui casser la gueule, et lors de la bataille, les deux tombent d’un immeuble, la chute tuant l’ex-procureur et blessant le chevalier noir sous les yeux du commissaire Gordon. Ce dernier et Batman se mettent cependant d’accord : ils ne parleront pas de ce que Dent était devenu, afin que Gotham ne retienne que l’espoir qu’il incarnait, et ils expliqueront sa mort en la mettant sur le dos de Batman, comme ça, hop, parce qu’il faut bien un coupable.

Du coup, Batman est un peu triste. Sans compter qu’en plus, la police n’est pas arrivée à temps pour sauver Gertrude et qu’elle est vaguement morte carbonisée, ou du moins, il y a une nouvelle merguez en ville.

Bref, pépère tombe en dépression.

Et Volume III… et bien, reprenons ! Spoilons mes bons !

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L’affiche contient une explosion. Nous savons tous ce que cela veut dire.

Enfin, reprenons 8 ans plus tard après les précédents évènements pour être exact. Quelque part à l’autre bout du monde, des hommes armés transportent dans une jeep un scientifique ainsi que trois larrons aux visages couverts d’un sac et attachés, probablement pour une soirée impliquant force cuir et fouets. Ils s’en vont trouver dans un quelconque coin de campagne un petit avion où les attend l’agent Littlefinger de la CIA, ainsi qu’un petit paquet de militaires américains ; le fonctionnaire yankee explique aux gens venus le livrer que popop, c’est quoi cette histoire ? Ils n’étaient venus récupérer que le scientifique, un certain docteur Léonid Pavel ainsi qu’un seul prisonnier ! Alors qui sont les deux derniers loulous, hein, dites donc ? Et puis d’abord, pour quatre personnes livrées, j’ai pas une bouteille de rosé gratuite ?

Mais non : en fait, l’agent semble s’en taper, ce n’est pas comme s’il y avait une quelconque importance à savoir qui on transporte avec un sac sur la tête. Il charge tout le monde dans son avion et décolle, avant de nous en dire un peu plus : il enquête sur Bane, un terroriste très méchant portant en permanence un curieux masque sur le visage façon respirateur artificiel. Et il venait récupérer le docteur Pavel car Bane semblait avoir des vues dessus, ainsi qu’un prisonnier ayant appartenu au réseau du terroriste en question. Mais puisqu’il a trois prisonniers au lieu d’un, il leur explique qu’il peut en tuer deux pour faire parler le troisième s’il le veut, la CIA n’en saura jamais rien, puisqu’elle n’attend qu’un seul pinpin. Sauf que rapidement, il s’avère que l’un des trois prisonniers… est Bane lui-même ! Ça c’est ce qu’on appelle une grosse surprise ! Et qui explique donc que oui oui, tout cela est un coup monté : il s’est constitué prisonnier car cela faisait partie de son "plan" (et bien évidemment, pas pourri du tout, vous l’imaginez bien)

Un plan ? Mais quel est-il ?

Et bien la réponse arrive lorsqu’un avion plus gros vient se placer au-dessus de celui de la CIA, pourtant déjà d’un gabarit correct, et qu’en descendent en rappel des commandos qui viennent s’accrocher à l’autre appareil. Et ne me demandez pas comment ils font, puisque si on attache quelque chose à une corde derrière un avion, ça flotte derrière, ça ne descend pas en rappel, c’est même le concept qui a permis d’inventer ce qu’on appelle des "planeurs" ou la publicité volante, mais dans le film, la gravité se modifie pour aider le commando des méchants : soit.

D’ailleurs, les pilotes de la CIA eux-même font "Ho !" et ne remuent pas d’un cil, histoire de bien laisser le temps aux vilains de faire leur cirque volant en équilibre. Sympa : un coup d’aile et tout leur plan échouait ; mais tout comme le Joker en son temps, les gredins ont déjà lu le scénario, et les autres personnages s’arrangent pour leur faciliter la tâche.

Bref : les flying brigands fixent donc des crochets sur l’arrière de l’avion, puis commencent à grimper en altitude avec le leur, faisant que l’autre appareil se trouve bien embêté et a le nez qui pique vers le sol ; à l’intérieur, c’est la panique, sans compter que Bane a commencé à se libérer tranquillement tout en distribuant des mandales aux passagers autour de lui. Le coucou de la CIA a tôt fait, ainsi suspendu, de voir ses ailes et ailerons être arrachés avec la vitesse, et malgré le fait qu’à un moment, le tout se stabilise un peu, les Américains ne tirent pas sur Bane et se contentent de dire "Holala, vite, ah, mais bon sang, il faudrait faire quelque chose, sabre de bois !" ; hélas ils n’y pensent qu’après 10mn, soit pile au moment où les commandos qui avaient accroché les crochets aux parois de l’avion rentrent dans celui-ci et les mitraillent. Bane peut donc tranquillement s’harnacher à un filin qui lui est tendu, attraper le docteur Pavel de l’autre main, et quitter l’avion de la CIA que l’on décroche pour le laisser s’écraser, pendant que lui et Pavel rejoignent leur gros avion. Vous avez tout suivi ?

Hmmm. Okay, donc, Bane, je résume : ton plan c’était de te laisser capturer avec des potes, en comptant sur le fait qu’aucun militaire entraîné ne pense à utiliser une arme contre toi, qu’aucun pilote de la CIA ne réagisse à l’assaut, que l’avion contenant tes commandos devine par magie le trajet emprunté par l’appareil de l’agence américaine, que tu parviennes à réussir ton harnachement au milieu d’un aéroplane hors de contrôle et que tu récupères le professeur ce faisant ?

D’accord, c’est sympa, mais alors, simple question : pourquoi tout ça ? Puisque je rappelle le début du plan : arriver dans une jeep conduite par des complices avec Pavel et toi dedans pour te livrer prisonnier à la CIA. Donc puisque tu avais DEJA le bon docteur avec toi d’entrée de jeu, cela veut dire que tu pouvais aussi bien rester chez toi à manger des cookies, c’était pareil.

Ah, j’aime quand un film s’ouvre sur une incohérence monumentale. Surtout quand les critiques (et pas qu’une, je vous laisse fouiller) mettent en avant l’aspect "cohérent du film", c’est intéressant.

En tout cas, pendant ce temps, à Gotham City, il y a une grande soirée au manoir Wayne, puisqu’est organisée une soirée en l’honneur d’Harvey Dent ; d’ailleurs, depuis 8 ans maintenant, on commémore chaque année le jour de son décès, devenu férié, en rappelant combien les lois Dent ont permis à Gotham de devenir un havre si paisible que la police semble diablement s’y ennuyer, on se croirait à Neuilly, c’est dire. Seul le commissaire Gordon semble encore sur le pied de guerre, ce qui fait que le maire commence sérieusement à penser à le démissionner : la guerre est finie, justement. D’ailleurs, ce soir, le commissaire doit donner un petit discours sur Harvey Dent, et il en a écrit un où il affirme qu’il est temps de dire la vérité sur qui était vraiment ce personnage et ce qu’il a fait de ses dernières heures, mais finalement il y renonce car ce petit mensonge autour du défunt procureur a fait de lui un symbole d’espoir qui a apporté la paix à la ville. Il attendra donc encore quelques années avant de tout révéler, et corrigera peut-être les passages du discours où il utilisait des termes comme "gros bâtard" d’ici là.

Et Bruce Wayne dans tout ça ? Et bien, complètement dépressif, personne ne l’a vu depuis 8 ans maintenant, tout comme le Batman (mais personne ne fait le rapprochement). Il ne sort plus de chez lui et même lorsque des fêtes sont organisées dans son manoir (par qui, du coup ? Mystère !), il n’y participe pas. Ce soir, on envoie donc dans l’aile est du château où il demeure une servante déposer un plateau de mets avant de se retirer mais, cette dernière, un peu trop curieuse semble t-il et nourrie de rumeurs autour de l’absent multimilliardaire ("Si ça s’trouve c’est un vampire comme Edward, hihihihi, chuiii sûre qu’y brille au soleil huuu !") décide de s’attarder un peu dans l’endroit et commence à regarder les photos de famille traînant ici ou là. Elle est finalement surprise par Bruce Wayne, vieil hirsute en peignoir marchant avec une canne, qui note que la jeune femme a eu le bon goût de non seulement visiter les lieux, mais aussi de piller en un temps record un coffre-fort certifié inviolable contenant un collier de sa mère. Prise sur le fait, la filoute tape dans la canne du multimilliardaire pour le faire choir, puis s’enfuit par la fenêtre tout en souplesse ; elle finit par rejoindre plus bas un député local un peu coquinou traînant à la fête en lui promettant monts et merveilles s’ils partent maintenant dans sa voiture, ce qu’ils font. Elle peut donc ainsi quitter les lieux en toute sécurité, même si elle sent comme une tension et d’étranges redirections sanguines dans son voisin de banquette.

"Faites bien attention aux trous dans le scénario en allant porter ce plateau, il y en a un peu partout, tout à l’heure j’en ai encore  vu un gros comme ça"

Quelques temps plus tard, nous retrouvons le commissaire Gordon sur le toit du quartier général de la police, méditant en observant Gotham City dormant paisiblement. A côté de lui, le vieux projecteur servant autrefois à appeler le chevalier noir est complètement rouillé, ce qui le rend un peu nostalgique, jusqu’à ce qu’un policier ne vienne le surprendre dans ses rêveries : il s’agit de l’agent Blake, un jeune homme idéaliste qui commence l’une des nombreuses lignes de dialogue complètement aléatoires du film :

"Bonsoir commissaire.
- Bonsoir, que puis-je pour vous ?
- Et bien la femme d’un député présent à la soirée au manoir Wayne s’inquiète : Monsieur n’est pas rentré ce soir.
- Ahlala, la ville est devenue si sûre que l’on en est à enquêter là-dessus. Okay, je vais voir ce que je peux faire.
- …
- Oui ?
- Voilà, je m’appelle Blake et je vous le dis puisque l’on vient à peine de faire connaissance, mais  je tenais à vous balancer que halala, je suis sûr que le Batman n’a jamais tué Harvey Dent et qu’il faut reprendre l’enquête.
- D’accord mais pouvez-vous m’indiquer le lien entre cette ligne dans votre dialogue et cette scène ?
- Il n’y en a pas, c’est tout simplement écrit avec les pieds.
- Très bien, vous pouvez disposer."

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Et les policiers quittent le toit afin de commencer leur enquête.

Pendant ce temps, au manoir Wayne, une chose extraordinaire vient de se passer : Bruce a décidé de bouger son cul. Il a découvert que ce n’était pas un simple cambriolage chez lui : la voleuse est repartie non seulement avec le collier… mais aussi avec les empreintes du multimilliardaire, qu’elle a recueilli sur le coffre ! Bougon, Bruce est donc descendu à la Bat-Cave sous son manoir non pas pour aller remettre son costume de justicier masqué, mais pour consulter le super-ordinateur local (et surfer un peu sur des sites avec des photos coquines de chauve-souris) et ainsi apprendre que le modus operandi de sa voleuse la désigne comme étant Sélina Catwoumoune, une mystérieuse monte-en-l’air de haut-vol qui n’en est pas à son premier coup. Voilà qui intrigue notre héros, qui commence doucement à repenser à redevenir Batman, du coup, comme ça, pif pouf. Heureusement, son fidèle majordome, Alfred, débarque et lui aussi se lance dans un dialogue assez curieux :

"Ah, vous avez retrouvé votre voleuse Monsieur ?
- En effet Alfred ! Figurez-vous qu’il s’agit d’une certaine Catwoumoune et que…
- Monsieur, j’ai fait un rêve.
- Que… pardon ? Quel rapport avec ce que je disais ? Vous voulez que je vous fasse une psychanalyse, là, comme ça, hop ?
- Non Monsieur. Je voulais juste vous dire que pendant que vous étiez en Asie à vous entraîner à devenir un ninja dans le 1er film, j’espérais juste que vous ne reviendriez jamais à Gotham et feriez votre vie plutôt que de chercher la vengeance pour la mort de vos parents. Et chaque année, lorsque je prenais une semaine de vacances à Florence, je m’asseyais à un café local en espérant vous apercevoir à une autre table, profitant de la vie avec une jolie femme et pourquoi pas des enfants. Et dans mes rêves, la nuit,  je voyais déjà ce que je ferais si cela arrivait : je vous sourirais, ne dirais pas un mot, et vous laisserais en paix à votre repos bien mérité.
- Alfred, pourquoi me dites-vous ça, là, maintenant ? 
- Je n’en ai aucune idée Monsieur. Je crois que le dialoguiste est un jean-foutre Monsieur.
- Ça se tient. Et comme dans tout film mal réalisé aucun dialogue n’est là par hasard, je me demande trop si d’ici la fin du film, on se croisera à Florence alors que je profiterai de la vie en prenant un repos bien mérité.
- Mais grave Monsieur."

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Laissons nos amis dans leur cave (quelque chose que je dis assez régulièrement, en fait, mais je m’égare), et allons voir du côté de notre voleuse préférée. Car nous retrouvons Sélina entrant dans un rade pourri des bas-fonds de Gotham pour y rencontrer un certain Stryver. La damoiselle arrive en compagnie d’un type bourré qu’elle dépose au zinc du coin avant d’aller rejoindre son contact à sa table : elle est là pour lui revendre les empreintes de Bruce Wayne. Ce qu’elle fait, un petit peu sous la menace des compagnons armés de son contact qui a décidé que, finalement, il ne paierait pas. Elle tente donc de négocier en disant que holala, il ne faut pas la tuer, elle n’est qu’une gentille voleuse sans histoires, mais voyant que cela ne prend pas, elle sort des arguments plus costauds (non, pas ceux-là) : le type bourré qu’elle a amené au bar n’est autre que le député disparu, qu’elle trimballe depuis le manoir Wayne, et donc s’ils veulent la tuer, il faudra le tuer aussi puisque témoin, et là ils auront toute la ville aux fesses. Mais là encore, ça ne suffit pas : la bougresse parvient donc par la ruse à faire se déclencher le téléphone du député, provoquant instantanément le débarquement devant le bar d’une dizaine de véhicules de police, dont un du SWAT, parce que oui, à Gotham, le temps de réponse de la police est de 4 secondes, débauche de moyens compris. Du coup, les enfants jouent très peu à faire des blagues à la police, puisqu’avant même qu’ils n’aient raccroché, une voiture bélier a défoncé leur porte, et un tonfa leur gueule.

Stryver et ses hommes fuient donc l’endroit en mitraillant la maréchaussée investissant les lieux, mais il fait bien attention à ne pas tirer sur Sélina : lui qui voulait la tuer pour ne pas avoir de témoins, il trouve tout à fait malin de la laisser à la police. Heu… mais encore ? Sélina justement, elle, se fait passer pour une simple et pauvre femme dans le bar, hurlant au milieu des tirs comme à un concert de Justin Bieber, afin que la police ne lui fasse rien. Mais attention, hein, quand je dis rien, c’est rien : les mecs tombent sur une nana qui vient d’être témoin de tout ce qui s’est passé dans le bar et a probablement vu qui accompagnait le député tant recherché et… bah, ils la laissent se barrer. Hmmm, soit, soit. Merci, police de Gotham. Et merci, scénariste, car ainsi, Sélina peut disparaître en paix dans la nuit, ainsi aidée par l’intrigue déjà bien boiteuse à ce stade.

Mais dans les instants qui suivent, on ne parle déjà plus de script boiteux, mais carrément de tétraplégie scénaristique : sortant de nulle part, un sniper se met à couvrir la fuite de Stryver dans une ruelle derrière le bar (car oui, la police n’a rien encerclé, c’est très surfait ces choses là) depuis l’escalier d’évacuation d’un immeuble local, et abat donc plusieurs membres du SWAT, les obligeant à se mettre à couvert au lieu de poursuivre les fuyards ; et là, c’est tout simplement beau : on change de scène, l’agent Blake, qui traînait dans le coin, débarque et tout le monde discute paisiblement dans la rue de ce qu’il vient de se passer.

Et… mais… et le sniper qui vient de tuer plusieurs d’entre-vous ? Je… bon sang, ça ne vous intéresse même pas un peu ? Vous ne l’évoquez pas ? D’ailleurs, où sont les corps ?

Et bien fait, rien, pif pouf. Le tireur d’élite peut donc se barrer tranquillement en sifflotant, car plus personne ne semble y prêter attention. C’est beau, on dirait du Prométhéus. Et dans le même temps débarque le commissaire Gordon, qui court jusqu’à ses hommes avant de hurler : "Là, la plaque d’égout ! Vite, ouvrez-là et descendons !". Que ? Pourquoi ? Comment sais-tu que les vilains ont fui par là, sachant que la bouche est fermée et qu’ils avaient d’autres rues par lesquelles fuir puisque vous n’aviez rien encerclé du tout ? Et bien, on ne sait pas. Sa moustache doit probablement automatiquement pointer en direction du forban le plus proche (il est donc théoriquement possible de faire voler le commissaire en faisant pivoter très vite un criminel autour de sa margoulette, mais là n’est pas le sujet)

Lui et quelques membres du SWAT descendent donc dans les égouts, et ils n’ont besoin d’avancer que de quelques mètres avant qu’une embuscade ne les décime, armes de guerre et grenades ayant tôt fait de tuer tous les hommes de la brigade d’intervention. Seul le commissaire Gordon survit (même si c’était le seul à ne pas avoir un semblant de protection, mais passons), et est capturé par les habitants des égouts, des sortes de guérilleros souterrains.

A la surface, le reste de la police papote en paix "Vous avez entendu ? Des coups de feu et des explosions. Ne descendons surtout pas, ça a l’air dangereux" et… c’est tout. d’accord ! En effet, la capture du commissaire ne semble pas vraiment inquiéter qui que ce soit, à part Blake bien sûr, puisqu’il a un nom et donc le droit d’agir dans ce film. Il abandonne donc ses camarades pour disparaître dans une direction aléatoire, parce que… heu… voilà.

Le commissaire Gordon est un peu vexé : il se fait capturer et tout le monde s’en tape

Gordon, lui est un peu désemparé : en sale état, il est traîné au travers des égouts et découvre qu’il y a une véritable armée sous la ville, constituée de tous les rejetés de Gotham, qui semble occupée à créer de nouveaux tunnels au marteau-piqueur, à renforcer ceux existants en faisant de jolies colonnes (oui, ce sont des artistes maudits), bref, il y a une énorme partie de Minecraft en cours sous la ville et personne ne l’a jamais remarqué, car comme chacun sait, un marteau-piqueur c’est très silencieux, et les souterrains des grandes villes ne sont jamais inspectés par qui que ce soit. Bref : toujours est-il qu’après avoir pu observer cela, le commissaire est emmené devant le chef de l’armée souterraine… Bane ! L’espèce de gros catcheur commence donc par engueuler ses hommes, car rentrer en conflit avec la police a provoqué des pertes (comble du bonheur, Bane donne même le nombre exact de victimes dans l’embuscade durant ce dialogue alors qu’il n’y était pas et que personne ne lui en a parlé, puisque ceux qui y étaient viennent à peine d’arriver devant lui avec Gordon sous le bras : ok, donc encore une fois, le méchant du film a des pouvoirs de divination et de furtivité – étendus à toute son armée – tout à fait étonnants. Manquerait plus qu’il pose des explosifs par paquets de 2 000  et qu’il se téléporte et on aurait un mauvais copié/collé du Joker. Et comme nous le verrons, ce sera précisément le cas : bravo M. Nolan, quelle constance), mais dans l’immédiat, il fouille déjà le fonctionnaire de police, trouvant sur lui une brosse à moustache, un pacemaker, deux invitations pour une soirée SM et  son discours expliquant qu’Harvey Dent était, sur la fin, devenu un psychopathe et que l’idolâtrie autour de lui n’est qu’un mensonge. Intéressant, se dit Bane.

Sauf que notre vieux commissaire a plus d’un tour dans son sac, et se roulant sur le côté pour tomber de la passerelle où il était installé, il parvient à choir dans un déversoir voisin et utilise son ADN d’homme castor pour s’enfuir en nageant gaiement ; Bane veut envoyer des hommes à sa poursuite, mais ces derniers expliquent qu’il y a des centaines d’endroits où le déversoir peut mener, cela risque donc d’être très compliqué. Convenant du problème, Bane colle donc une balle à l’un de ses serviteurs, puis lui colle un GPS sur la tronche avant d’envoyer son corps dans le même déversoir afin qu’il débouche – probablement – au même endroit que le commissaire.

Vous avez bien suivi ce qu’il vient de se dire ? Et bin hop, oubliez ! Parce que l’agent Blake, lui, a déjà deviné que le commissaire allait tomber d’un déversoir (allez savoir comment il a fait pour savoir que 1 – il avait été capturé et 2 – qu’il allait parvenir à s’échapper via les courants souterrains) et mieux encore, alors que l’on vient d’expliquer dans la scène précédente qu’il était impossible de prévoir où le bougre allait sortir, et bien lui le fait direct et récupère son chef à demi-inconscient à la sortie des égouts ! Comme c’est curieux ! Quant au GPS de Bane et ses hommes ? Laissez ! On en parlera plus. Probablement qu’ils se sont aperçus que l’idée d’utiliser des signaux satellites dans des souterrains était une idée un peu con-con.

C’est diablement bien écrit, vraiment. Et rassurez-vous, ce n’est pas fini.

Déjà un peu remotivé par le vol tant du collier de sa mère que de ses empreintes, qui lui donnent envie de réagir, Bruce Wayne voit un nouveau stimulus débarquer à son manoir, et ce en uniforme : l’agent Blake. Ce dernier lui annonce que le commissaire Gordon a été victime d’une embuscade dans les égouts, et qu’il prétend avoir vu une véritable armée là-dessous dirigée par un homme masqué ("Probablement des tortues ninjas", pense d’abord Bruce à cette description). Tout le commissariat s’est moqué de lui à cette idée, c’est pourquoi Blake se tourne vers Bruce Wayne, le seul à pouvoir encore l’aider.

  • D’accord. Attendez que je comprenne bien : Blake est venu là parce que toute la police refuse de croire Gordon. On parle bien de la même police dont des dizaines d’agents ont été témoins – même de loin – de la mort de plusieurs des leurs suite à une embuscade à l’arme de guerre dans des égouts ? Hmmm. C’est intéressant, ils pensent donc qu’ils ont fantasmé et que plusieurs des leurs ne sont pas venus au travail ce matin car en vacances ou parce qu’ils avaient une gastro ?
  • Et d’ailleurs Gordon a été hospitalisé suite à ses blessures, mais alors il a été attaqué par qui ? Des rats qui l’ont lapidé à la mie de pain ? Un golem fécal ?

Okay Blake. Définitivement, les dialogues valent leur pesant de cacahuètes, mais attention ! Car là encore, sans raison aucune, Blake se lance dans une autre tirade débile :

"Ah oui, au fait Monsieur Wayne, je sais que vous êtes Batman. Et vous savez pourquoi ?
- Parce qu’à chaque fois que je quitte Gotham, Batman est absent mais que personne ne semble le remarquer, y compris quand lui et moi nous sommes retirés du monde exactement le même jour ?
- Heu non… non, en fait, je sais que c’est vous parce que VOUS ET BATMAN AVEZ LA MÊME LUEUR DANS LES YEUX ! Celle des orphelins ! J’ai la même !
- Hm. Donc vous êtes en train de m’expliquer que tous les orphelins ont la même, vous compris, mais que du coup, comme vous avez vu deux types avec une lueur identique – ce qui est complètement subjectif par ailleurs – vous en déduisez qu’il s’agit d’une seule et même personne. Autre théorie, en me basant sur la votre : et si Batman était juste un orphelin de plus ?
- Ah merde oui, mon raisonnement se contredit totalement. Mais selon le script, vous êtes supposé l’accepter et être bluffé par mon génie.
- Alors va pour le bluff. Mais c’est nul quand même."

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Et l’agent Blake s’en retourne vers sa voiture, après avoir expliqué que seul Batman était à même d’aider le commissaire Gordon sur ce coup puisque la police semble ne pas se soucier de tout cela. Soit, se dit Bruce, avant de décider que 8 ans d’exil, ça suffit, il est grand temps de retourner voir le monde. Et pour commencer, il s’en va à l’hôpital de Gotham (celui où le commissaire Gordon a été installé) pour faire un petit check-up de son état, puisque boitant toujours suite à son dernier combat face à Harvey Dent. Et le médecin est direct : Bruce est cassé de partout ; les blessures et les années s’étant écoulées sans soins corrects, il n’est plus qu’une épave, il va falloir oublier tous les sports autres que le curling, et encore. Heureusement, là encore, ce dialogue n’est là que pour massacrer un peu plus le film, puisque sitôt le praticien sorti, Bruce enfile une cagoule (il n’a pas son masque sur lui) et descend en rappel le long de l’hôpital (voilà, Mesdames et Messieurs, c’était le boiteux tout cassé !) pour aller rendre une petite visite au commissaire Gordon (qui, coup de bol, à une chambre pile à la verticale de la salle où il était). Le fonctionnaire de police est bref : oui, il y a une armée dans les égouts, et Batman revenir dans la bataille. Soit, dit le justicier, mais d’abord, j’ai d’autres trucs importants à faire.

Comme par exemple : aller chez Wayne Enterprises s’informer de la situation auprès de Lucius Fox, et celui-ci ne cache pas que tout ne va pas bien, puisque l’absence de Bruce a coûté cher. Tout le budget recherche & développement est allé dans un nouveau type de réacteur à fusion propre que Bruce voulait expérimenter, mais qui aujourd’hui encore, n’est pas totalement sûr. L’entreprise ne fait donc pas de bénéfices, vu que ce produit n’est pas encore sur le marché. Ah ? Et quid des autres filiales, puisque l’on passe tous les films à nous rabattre les oreilles avec les différentes branches de Wayne Enterprise ? Et bien apparemment, elles font la sieste, car en-dehors du réacteur, Lucius explique qu’il n’y a rien de neuf depuis 8 ans et que c’est le seul produit à sortir.

C’est intéressant. Mais ce qu’il est encore plus, c’est quand Lucius enchaine en disant "Au fait, j’ai de nouveaux gadgets à vous montrer issus de nos filiales militaires, venez voir !"

Mais alors elles rapportent pas de bénéfices elles non plus ? Je croyais qu’il n’y avait qu’un réacteur pas encore sur le marché, et que c’était pour ça que la boîte ne gagnait plus rien ! Raah, mais c’est pas vrai, allez, comme d’habitude, je rappelle le budget : 250 millions de dollars. Et combien pour se relire les enfants ?

Lucius vient grosso modo d’expliquer que cela fait 8 ans qu’il n’en fout plus une pour gérer sa société, mais Bruce est content quand même. C’est beau.

Bref : Lucius emmène via un passage secret dans son bureau l’ami Bruce vers une pièce totalement close sous le bâtiment, et où se trouve tout un arsenal ; Fox explique à 12 reprises que "Halala, il ne faudrait pas que ça tombe entre de mauvaises mains *clin d’oeil* et j’ai d’ailleurs tout regroupé ici pour plus de sécurité *clin d’oeil* même si je n’ai mis aucune – justement – sécurité pour éviter que tout ceci ne soit piqué *double clin d’oeil*. Bon, sinon, venez voir le nouveau jouet." Au passage, sachant que la pièce est sous terre et complètement fermée à l’exception du passage secret de Fox, il faudra m’expliquer comment on a pu y faire rentrer les batmobiles (et non, pas en kit, ça suffit, vous êtes d’une mauvaise foi, raaah !), mais passons et allons voir de quoi il retourne : Lucius présente un appareil volant particulièrement mobile à Bruce, la "bat" (ou chauve-souris, donc), qui peut se faufiler entre les immeubles et dispose d’une diabolique puissance de feu. Très bien très bien, et bien merci Lucius, on se serre la main et on se fait la bise, à bientôt. Ah, si précise Lucius : concernant le réacteur, ce serait cool de le montrer à Miranda, une membre du conseil d’administration de Wayne Enterprises qui s’intéresse aux énergies vertes. Voilà, c’es tout. Les autres membres du conseil, on s’en tape : ils n’ont pas de noms, alors n’en parlons pas d’accord ?

Cela fait, Bruce part donc à une soirée organisée par la veuve Dent histoire de faire son grand retour dans les mondanités, et qui croise t-il sur place ? Sélina Catwoumoune ! Bon, okay : il y a un GPS dans le collier de maman Wayne qu’elle a volé, Bruce n’est donc pas non plus venu ici complètement par hasard. Il engage donc une petite danse avec la belle voleuse, qui lui explique que oui, elle vole, mais c’est juste parce qu’on ne l’autorise à rien faire d’autres : elle a laissé tant et tant de traces sur le net et ailleurs que même si elle le voulait, elle serait toujours une voleuse. Probablement encore une qui ne sait pas quand il faut s’arrêter sur Facebook, et qui a un peu honte de se faire tagguer sur des photos d’elle bourrée, mais passons. En tout cas, elle explique aussi qu’elle ne vole qu’aux riches, qu’elle n’aime pas trop, et que de toute façon, personne ne peut l’arrêter. Bruce lui dit qu’il a un ami puissant qui en est capable, alors qu’elle se calme un peu, ho merde, dis-donc. Mais nonobstant la menace, elle finit donc par quitter la soirée, non sans avoir volé en partant la voiture de Bruce, juste pour lui apprendre.

Mais cette fois-ci, Bruce ne la piste pas. Après tout, ce n’est que sa voiture de luxe et une humiliation, autant laisser passer.

Hmmm.

Le lendemain, il se passe des choses ailleurs en ville :  à la bourse de Gotham, il s’avère que tous les employés locaux type balayeur ou cireur de chaussures de traders sont en fait de dangereux terroristes armés au service de Bane ! Ne me demandez pas comment ils ont pu en arriver là, peut-être qu’il y a eu une offre massive à Pôle Emploi "Cherche techniciens de surface avec gueules de braqueurs surtatoués", je n’en sais rien. A contrario, la sécurité locale, elle, ne comprend aucun homme du terroriste masqué (c’est dommage, ses gars avaient déjà plus la tête pour le poste), mais ne remarque pas pour autant que tiens, c’est rigolo le nombre de personnes que l’on avait jamais vues avant qui sont venues travailler ici aujourd’hui avec un gros sac que l’on a pas fouillé. Sûrement une douzaine de coïncidences, continuons de siffloter tranquillement. Bref : Bane en personne arrive, castagne la sécurité sans souci, et se rend avec ses hommes dans la salle principale de l’endroit, mitraillant les écrans ainsi que quelques traders histoire de bien faire comprendre qui est le patron. Puis, il demande à l’un de ses hommes de lancer un curieux programme en piratant l’un des ordinateurs de l’endroit, et la chose débute, nécessitant 8 minutes aux dires d’un technicien pour fonctionner.

Hélas, la police ne donne pas 8 minutes à nos larrons (4 secondes tout au plus, cf ci-dessus), encerclant rapidement le bâtiment ; que faire ? Bane a donc un plan, il propose de passer en mode "mobile" (parce que patienter 8 minutes quand on a des centaines d’otages, c’est pas facile) ; cela signifie qu’il fait d’abord sortir tous les otages de la bourse en une énorme masse, faisant que la police ne peut guère tirer… puis lui et ses hommes surgissent au milieu du troupeau à moto, leurs moteurs hurlant, alors qu’ils fendent le flot de la foule et sautent les obstacles mis sur leur chemin par la police grâce à la maniabilité de leurs engins ; ils emportent aussi quelques otages à l’arrière des mopettes pour éviter de se faire plomber le cucu.

Vous avez noté ? Bane et ses acolytes sont sortis de la bourse à moto, donc. Certes.

Alors, jeu : comment Bane a t-il trouvé des motos dans une bourse ? Il est discrètement arrivé avec sur son dos ? Et bien non : il les a juste générées comme ça, hop, pouf.

D’accord, merci. Et si ce ratage ne suffisait pas, on découvre que la réalisation a mis le paquet en faisant que la nuit tombe alors aussitôt sur Gotham, parce que comme Batman ne sort que la nuit, ça arrange tout le monde. Oui, d’ailleurs, dans le film, à plusieurs reprises, on se retrouve de jour, puis de nuit, puis de jour à nouveau… je rappelle que cet argument servait encore, il y a 40 ans, à désigner "les pires réalisateurs" ; aujourd’hui, c’est parfaitement accepté, et la critique ne le note même plus. Heureusement qu’il y a des gens payés à regarder des films.

Bref ! Comme la nuit tombe, qui apparaît au milieu des voitures de police pour donner la chasse aux voyous ? Batman ! De retour après 8 ans d’exil, et chevauchant sa super-moto pour arrêter les méchants ! La maréchaussée est donc sur les fesses, même si, rapidement, le remplaçant de Gordon, Foley, donne l’ordre de chasser Batman plutôt que Bane puisque c’est quand même l’homme chauve-souris qui aurait assassiné Saint Harvey Dent. Car oui, il a beau avoir 200 voitures sous ses ordres, Foley décide qu’il ne va même pas en envoyer une ou deux pourchasser Bane, qui vient de massacrer plusieurs dizaines de personnes sous les yeux de centaines de témoins, ça n’en vaut pas la peine. D’ailleurs, il n’a pas non plus envoyé qui que ce soit dans la bourse pour sécuriser l’endroit ou retrouver des blessés, sinon il aurait pu voir sur tous les écrans du cru qu’un piratage était en cours, et l’arrêter en retirant la clé bien visible (marquée "We did it for the lulz, sharing is caring \o/") qui avait été enfoncée dans un ordinateur.

Hmm, oui, c’est tellement cohérent. Je pense que toute partie du film impliquant la police a été écrite sur un coin de nappe après une soirée sangria bien chargée. Mais ce n’est que mon avis : laisser courir les auteurs de fusillades et laisser les gens se vider de leur sang sur les lieux du forfait, c’est peut-être une procédure policière trop évoluée pour moi.

En tout cas, ça n’empêche pas Batman de sauver les otages sur les motos et d’arrêter les méchants un par un, aidé par des effets de caméras qui ne montrent pas comment Batman fait son coup, parce qu’en fait, ce n’est pas vraiment crédible. Seul Bane parvient à s’échapper sur son solex rutilant, sans encombre, puisque toute la police préfère courser Batman. Et ce dernier découvre d’ailleurs, sur l’un des motards qu’il a arrêtés, une tablette sur laquelle on peut voir "piratage en cours – 99%" puis "complet" (ils ont du bol, ils ont eu du réseau tout le long, même dans les tunnels). Gardant l’objet pour l’étudier, et malgré toute la police qui arrive droit sur lui de toutes les directions, Batman a tôt fait d’utiliser une ou deux ruses pour échapper à l’encerclement, avant de regagner son nouveau véhicule, la "bat", qui l’emmène loin dans les airs, et ce sans se ramasser un missile de la défense américaine, un peu tatillonne avec les appareils volants circulant trop près des buildings.

Oui mais en même temps, quelqu’un a proposé des actions Facebook à Bane, il faut comprendre qu’il soit grognon

Dans le même temps, une certaine voleuse est en train d’opérer : car figurez-vous que Sélina Catwoumoune (appelons-là Catwoman lors de ses soirées où elle opère en combi moulante, allez) inspecte un coffre-fort qu’elle vient d’ouvrir dans un luxueux appartement, mais celui-ci s’avère vide. Et double pas de bol : le propriétaire des lieux n’est autre Dagget, un actionnaire maléfique de Wayne Enterprises (et patron de Stryver), qui festoie en découvrant que Bane a réussi sa mission à la bourse de Gotham. Sauf qu’en passant une porte, il tombe sur Catwoman, et s’étonne de trouver celle qu’il avait engagé – et tenté de piéger – pour voler les empreintes de Bruce Wayne dans sa propriété, et se met donc en colère. Heureusement que je ne suis pas comme lui à chaque fois que je trouve une jeune fille imprévue dans ma chambre, sinon ça deviendrait compliqué, mais je sens que l’on va encore remettre en cause ma légendaire modestie, laissons donc cela de côté. Une petite bataille éclate, mais Catwoman et ses talons-lames (si, si) mettent à mal le brigand, et exigent de lui qu’il respecte sa part du marché suite au vol chez Bruce Wayne, à savoir, lui donner l’accès à la "table rase", un projet permettant de réduire à néant toute trace de soi sur toute machine connectée à internet. Bref, l’idéal pour repartir à zéro.

Ou pour effacer tous les Powerpoints qu’envoie Gérard de la compta, mais c’est une autre histoire.

Sauf que Dagget lui explique que la "table rase" est une légende, et que Wayne Enterprises n’a jamais réussi à acquérir pareille machine. Il lui explique aussi que maintenant, ça suffit : ses hommes vont lui marraver sa face de voleuse pour lui apprendre la vie. Catwoman sent que le combat contre toute la sécurité de Dagget est mal engagé, surtout en sachant qu’ils sont tous surarmés (mais elle-même s’autorise à utiliser des armes à feu, contrairement à Batman), mais alors qu’elle va succomber sous le nombre… Batman arrive aussi à sa rescousse (comment a t-il su ? Il cherchait Sélina grâce au collier ? Pas de bol, elle le le porte pas. Il a donc juste… deviné, woah !), et l’aide à s’enfuir via son véhicule volant. Alors qu’ils s’échappent, ils notent qu’en plus de la sécurité de Dagget, Bane en personne était présent sur place. Tiens, comme c’est étrange !

D’ailleurs, en s’enfuyant, ils se font tirer dessus par 12 hommes avec des fusils d’assaut à 5 mètres d’eux, mais évidemment, pas un ne touche. Bane a dû recruter ses hommes sur leur strabisme : heureusement que Jean-Paul Sartre est mort, sinon il l’aurait nommé général. Mais que disais-je ? Ah, oui, oui. Batman, donc.

Allant se poser sur un toit plus sûr, le chevalier noir papote donc avec Catwoman, lui expliquant que Bruce Wayne lui a demandé de savoir pourquoi elle avait volé ses empreintes. La jeune femme coopère et explique Dagget lui a proposé cette mission en échange du "table rase", mais qu’elle vient d’apprendre que ce dernier n’existait pas. Batman n’est pas aussi sûr de cela, et lui dit juste qu’il va se renseigner. Puis, tous deux se séparent dans la nuit.

En rentrant chez lui, Bruce a le droit à une petite crise de la part d’Alfred, qui lui explique que ho, hé, multimilliardaire ! Ça suffit de faire le kéké en tenue moulante, vous avez les moyens d’aider la justice avec votre argent et votre influence politique, alors faites cela plutôt que le ninja ! Le vieux majordome ajoute qu’il a déjà enterré deux Wayne, il ne voudrait pas perdre le troisième. Il dit donc à son maître que s’il ne renonce pas à la cape, il partira, car refusant de soutenir pareille aventure. Et Bruce lui explique que, nan, là, il veut trop être Batman : il laisse donc son majordome se barrer, ah mais, ça suffit le chantage affectif !

J’allais oublier : Bruce a aussi obtenu quelques informations sur le mystérieux Bane : il s’agit d’un mercenaire, lié à Dagget qui l’avait déjà recruté pour des opérations illégales en Afrique, et qui est un ancien membre… de la ligue des ombres, c’est-à-dire celle que dirigeait Ninjabouc et qui a formé Bruce ! Il serait né et aurait grandi dans une prison ultra-violente d’un pays lointain et archaïque, et serait donc d’autant plus redoutable. C’est fort bien, mais bon, là tout de suite, Bruce a surtout envie de pioncer après toutes ses aventures, ce qu’il fait.

Le lendemain matin, disons-le, Bruce a un peu la gueule de bois : non seulement personne ne lui a fait son café maintenant qu’Alfred est parti, mais en plus, Lucius Fox vient lui rendre visite après avoir étudié le piratage de la bourse de Gotham : Bane a utilisé les empreintes digitales volées de Bruce pour confirmer des milliers d’achats d’actions pourries (il pouvait aussi confier son portefeuille à François Baroin pour obtenir un résultat proche) et le pauvre Bruce est donc… ruiné ! Et n’a même plus d’actions dans sa propre société ! Ho bin non alors ! La chose n’est que temporaire, explique Lucius, mais il faudra beaucoup de temps pour prouver que tout cela est une fraude et…

… hein ? Vous allez avoir besoin de temps pour prouver que ces échanges ont été biaisés, en sachant qu’ils ont tous été réalisés au moment où des centaines de gens et des dizaines de caméras peuvent confirmer que la bourse de Gotham était braquée ? Et que vous aviez même des caméras montrant un type en train de pirater l’un des ordinateurs ? Et bin mon Lucius, si pour toi, la fraude est dure à prouver avec ça, j’espère qu’on ne te volera jamais ton chéquier mon bonhomme.  Quelle vieux flan, en fait, ce garçon. M’étonne pas que Wayne Enterprises n’avance pas quand Bruce n’est pas là si c’est lui aux commandes.

En tout cas, Lucius a un plan pour la suite : Wayne va devoir quitter ses fonctions chez Wayne Enterprises puisqu’il n’en est même plus actionnaire, et il doit donc choisir quelqu’un pour lui succéder ; sachant que Dagget est déjà prêt, mais que c’est l’ordure derrière toute la manoeuvre (là encore, ni Bruce ni Lucius ne parlent de tenter quoi que ce soit contre lui, voire de prouver son complot, non. Ça ne les intéresse pas, on a même presque l’impression qu’ils trouvent cela normal) puisque c’est lui l’employeur de Bane et celui derrière le vol des empreintes, aussi Lucius propose une solution : proposer au conseil d’administration Miranda, la jolie actionnaire-écolo, et lui montrer le réacteur à fusion pour qu’elle s’en serve pour refaire avancer Wayne Enterprises. Soit, dit Bruce : continuons de cacher le réacteur sans aucune raison à l’ensemble du conseil d’administration, qui n’a même pas l’air de se soucier de ce qu’il est advenu de, je cite Lucius, "La totalité du budget recherche et développement", et montrons-le uniquement à une actionnaire fraîchement débarquée au motif qu’elle a un joli cul et vote Verts.

Comme on pourra le constater quelques scènes plus tard, le conseil d’administration de Wayne Enterprises est constitué en grande partie de vieux briscards tous rangés sous la bannière de Bruce en toute loyauté, mais comme eux n’ont pas de noms, on ne leur propose rien : c’est vrai, pourquoi mettre à la tête de son entreprise quelqu’un de confiance et d’expérimenté en période de crise ? Autant prendre la nouvelle inconnue qui ne connait pas encore bien la maison.

Lucius a eu beau ne rien faire durant 8 ans et expliquer qu’il est trop dur de prouver qu’un braquage filmé avec des centaines de témoins a bien eu lieu, Bruce suit quand même ses conseils avec soin pour choisir son successeur. Hmm hmm, d’accord.

La fameuse Miranda est donc emmenée jusqu’à un coin du port de Gotham, où via un autre passage secret (je pense que Lucius adorait jouer à Labyrinthe quand il était petit), elle arrive dans une salle où trône un réacteur über-design avec des petites lumières vertes pour dire qu’il est écolo. Bruce l’attendant sur place, il lui présente rapidement le bébé.

"Voilà Miranda, l’avenir de Wayne Enterprises. Un réacteur à fusion, l’énergie de demain. Nous l’avons installé ici car nous ne sommes pas encore certains qu’il soit sûr : en cas de problème, on peut donc noyer cette salle et le noyau du réacteur avec pour le calmer directement.
- Formidable, Bruce ! Comme dans tous les films de super-héros, il faut toujours qu’un débile installe son nouveau réacteur expérimental en pleine zone surpeuplée ! Tenez, on dirait Spiderman 2 ! Et comme dans tous les films là encore, je suis sûr que ça va poser problème. D’ailleurs, chaque invention de Wayne Enterprise finit inévitablement dans les mains des méchants. Vous vous souvenez du premier volet de cette trilogie ? Allez, arrêtez de me charrier : votre énergie verte, c’est du recyclage de films en fait ? Si vous voulez, je vous présente Quentin Tarantino.
- Votre gueule Miranda."

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Heureusement, un nouveau dialogue d’anthologie vient un peu plus enfoncer le clou de cette scène

"Miranda, n’oubliez pas : ce réacteur n’est pas encore sûr. Il faut donc être prudent.
- Comment ? Vous me demandez de le DETRUIRE, C’EST BIEN CA ? Mais enfin Bruce, jamais car…"

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Et donc, s’ensuit une tirade incohérente sur un truc que Bruce n’a jamais demandé. Voilà voilà : Miranda est probablement une truite en fait. Je pense qu’ils peuvent inonder la salle du réacteur là, maintenant, elle survira sans problèmes.

Cela fait, Bruce lui explique donc qu’il va s’arranger pour la soutenir et obtenir son élection en tant que nouvelle présidente du conseil d’administration de Wayne Enterprises. Et effectivement, peu de temps après, le conseil se réunit et malgré le plan de Dagget, ce dernier n’est pas élu, mais bien Miranda. Ce qui signifie donc que Dagget avait conçu un plan diabolique lui coûtant probablement plusieurs millions au bas mot pour devenir président de Wayne Enterprises, mais qu’il avait juste oublié qu’il s’agissait d’une élection et qu’il n’avait donc qu’à se présenter et à obtenir suffisamment de voix, quitte à graisser des pattes. A titre de comparaison, c’est un peu comme si Robert Hue parvenait à obtenir une nouvelle élection présidentielle : ce n’est pas parce qu’il s’y présenterait qu’il gagnerait.

Donc, en fait, tout le plan avec Bane ne servait strictement à rien. Hmmm, d’accord.

Cela dit, comme Dagget est un peu con, il va trouver Bane pour lui expliquer que ça a échoué : il n’est pas devenu président de Wayne Enterprises, et donc, que cacaboudin (c’est son argument phare). Étonnamment, l’armoire à glace qu’est Bane n’apprécie pas trop qu’un freluquet lui parle sur ce ton, et il lui plie donc la gueule, ce qui le tue vaguement. Là encore, rassurez-vous, personne ne s’intéressera à la mort de Dagget. Ce n’est pas comme si la mort d’un multimillionnaire attirait l’attention, non. Un nouveau single de René la Taupe ferait plus parler de lui.

Bruce, ruiné, va lui de son côté errer un peu de-ci de-là, poursuivi par des hordes de photographes se passionnant pour sa chute. Là encore, personne ne semble se rappeler du braquage de la bourse de Gotham datant pourtant de la veille, et accompagné d’une large fusillade, et tout le monde pense qu’en fait, Bruce Wayne a bien passé tout ces ordres d’achats et de ventes d’actions visant à le ruiner, et ce depuis la bourse à l’heure du drame. C’est formidable comme chaque personnage semble accepter le déroulement absurde de l’intrigue dans ce film. D’ailleurs, sachez que Bruce peut faire disparaître les photographes qui le suivent à volonté et sans éveiller leur attention grâce à une habile technique appelée "La réalisation change de scène en les faisant disparaître sans explication pour ne pas qu’ils soient témoins de ce que je ne veux pas". C’est un peu comme si Paris Hilton voulait faire quelque chose discrètement : tout le monde rirait très fort. Mais là, non.

Sachant qu’en plus on explique que Bruce s’est fait saisir jusqu’à sa voiture pour payer ses dettes, il faudra qu’ils m’expliquent comment il les a semés sans éveiller de soupçons sur sa double identité, mais passons. C’est Batman, tout de même.

Notre ex-milliardaire va donc chez Catwoumoune (elle est en civil), dont il a récupéré l’adresse, et lui explique que son ami Batman aurait besoin d’elle pour aller trouver Bane, le responsable de tous ses ennuis (il aurait aussi pu aller voir Dagget du coup, puisque c’était lui qui avait embauché le terroriste pour son plan, mais Bruce sait déjà qu’il est mort grâce à ses pouvoirs de divination et préfère donc aller voir la voleuse qui a manqué de peu de se faire buter par les hommes de Bane pour savoir si ce dernier ne lui aurait pas dit où était sa planque, comme ça, parce qu’il adore le révéler à ses ennemis. Peut-être même l’a t-il posté sur Twitter). Et ça tombe bien, sans raison aucune, Catwoumoune sait où se cache Bane : sous terre, et bel et bien avec toute une armée. Et elle peut y guider Batman. Okay, dit Bruce : ce soir, chaussez votre petite tenue moulante, le chevalier noir vous rejoint et vous le mènerez à Bane. En attendant, moi je vais me taper la petite Miranda, puisque maintenant que je suis pauvre, faudrait que je pense à épouser une riche.

Soit, faisons ainsi, dit la voleuse. Et en échange ? Et bien Bruce s’engage à lui filer le "table rase"… car il existe… et il l’a (ça tombe bien quand même). Marché conclu, donc. Et comme prévu, Bruce s’en va retrouver Miranda, nouvelle présidente de sa société, et a tôt fait de la séduire avant de lui proposer de lui montrer son gros batarang. La nuit peut donc arriver sans encombre, et trouver notre justicier plus léger que jamais.

Le soir même, les deux héros se retrouvent donc à l’entrée des tunnels de Gotham, et commencent à y rentrer, tabassant toutes les sentinelles de Bane sur leur chemin ; finalement, en arrivant dans une salle, une grille se ferme entre Catwoman et Batman : elle a attiré Batman dans un piège ! Parce qu’en fait, elle a… heu… je… attendez, pourquoi a t-elle trahi ? Elle veut le "table rase". Pour ça, elle doit aider Batman. Et Bane, lui, il lui file quoi en échange de sa trahison ? Et bien… rien.

Catwoman vient donc d’échanger son but ultime contre du rien : on l’applaudit bien fort.

Catwoman aime tellement le rien que parfois, elle en vole

Batman se retrouve donc enfermé dans une salle souterraine… avec Bane ! Et ses hommes autour l’acclamant. Ce dernier lui propose un duel pour le calmer un peu, et s’ensuit un terrible combat au corps-à-corps, durant lequel Batman s’avère largement dépassé par le terroriste, qui, sous les yeux de Catwoman, révèle l’identité de l’homme-chauve-souris : Bruce Wayne ! Puis, comme il a assez rigolé, Bane soulève le pauvre Bruce… et lui éclate le dos à l’aide d’une prise de catch d’un fort beau gabarit. Enfin, il lui montre quelque chose de rigolo : Bane fait exploser le plafond de la salle où ils se trouve, et tombe du ciel… une batmobile ! Ils sont sous la planque de Lucius Fox, sous les locaux secrets de Wayne Enterprises ! Et bientôt, sous les yeux désespérés de Batman, les hommes de Bane mettent la main sur tout son attirail, des véhicules expérimentaux aux armes, les rendant plus puissants que jamais… Sacrebleu !

Juste comme ça : comment l’ami Bane a fait pour savoir où se trouvaient ces locaux (et même qu’ils existaient), sachant que seuls Fox et Bruce en connaissaient l’existence et qu’ils n’apparaissaient dans aucun document (ce que Bruce pouvait confirmer grâce au "table rase" à chaque instant, puisqu’il affirmait le posséder) ? Et bien là encore : divination. D’ailleurs, il savait même comment était rangé la salle, puisqu’il a fait un trou pile au bon endroit, pour faire choir une batmobile sans même l’endommager, ni dégringoler les étagères alentours.

Nicolas Cage serait apparu dans cette scène, je n’aurais même pas été étonné, c’est dire.

Vaincu, le chevalier noir est lui emmené dans le pays d’où est originaire Bane, à savoir un pays fatigué du Moyen-orient où on le jette tout au fond de la prison qui a vu grandir son adversaire, et qui est en fait un gigantesque puits avec des cellules au fond où s’entassent des dizaines de prisonniers crasseux. Là, Bane lui explique ce qu’il va faire : d’abord, lui laisser une petite télévision d’où il pourra suivre ce qu’il se passe à Gotham, afin que son esprit puisse souffrir maintenant que son corps est brisé. Ensuite, le laisser pourrir au fond de la prison à regarder tout cela, pendant que lui va retourner à Gotham entamer une ère de chaos au nom de… Ninjabouc, puisque c’était le plan de celui-ci dans le premier volume dans la trilogie : punir toute la ville corrompue. Et Bane s’en retourne aux Etats-Unis, et ce, en se téléportant, ce qu’il était important de préciser pour continuer le festival des trucs ratés que propose ce film. Splendide tapis rouge.

De retour à Gotham, Bane se met à préparer son plan diabolique : il se rend chez Wayne Enterprises, prend tout le conseil d’administration en otage, et emmène l’un de ses membres anonymes, Fox et Miranda ainsi que le Docteur Pavel (mais si, souvenez-vous, au début du film ! Le mec que Bane a déjà capturé mais qu’il met super en danger… pour le re-capturer pour rigoler, et bien le revoilà) jusqu’au réacteur à fusion de la société, qu’il semble curieusement connaître, et ordonne aux membres du conseil de Wayne Enterprises présents de l’activer ; tous déclinent malgré la menace des armes, jusqu’à ce que Miranda se dévoue pour lancer le bidule. Cela fait, Bane ordonne au Docteur Pavel, expert dans le domaine, de rendre le noyau instable et de le détacher du réacteur pour en faire… une bombe atomique ! Ah !

Au même moment, le plus gentil des policiers de la ville, l’agent Blake, commence lui à travailler directement pour le commissaire Gordon depuis son lit d’hôpital, étant ses yeux et ses mains là où il ne peut-être (les péripatéticiennes apprécieront ce geste grâcieux) ; après une enquête pas facile, Blake arrive à une incroyable déduction : il y a une armée sous la ville… et elle est dirigée par Bane en personne !

D’accord, mais en fait, tout ça, ça faisait des plombes qu’on le savait, non ? Depuis la fusillade dans les égouts, pour être exact, je crois. Enfin, on est plus à ça près. Mais visiblement, cette fois, cela secoue la police plus que la dernière fois et l’officier Foley, en tant que remplaçant de Gordon, ordonne à TOUS je dis bien TOUS les policiers de la ville de partir à l’assaut des souterrains (j’imagine bien l’arrivée massive de pervenches, ça doit faire peur). Mais attention, en entrant tous par le même tunnel et en formant un groupe compact de 3 000 personnes. Comme ça, s’il y a un terroriste occupé à lire Pif dans un tunnel, il sera sûrement surpris par l’approche furtive de ces milliers de joyeux fonctionnaires.

… c’est nul. Profondément nul.

Mais pendant ce temps, Blake enquête lui sur de curieux schémas de travaux publics qu’il a retrouvé en enquêtant un peu, et découvre qu’en fait… Bane a posé des milliers de bombes sous la ville !

Voilà : divination, téléportation, furtivité et explosifs en quantités abusives, le recyclage du personnage du Joker du volet précédent est complet. Les cheveux en moins : il y a toujours des pertes dans le processus.

Blake hurle donc à Foley que tout cela est un piège visant à bloquer tous les policiers de Gotham sous terre (car oui, Bane avait deviné que la police enverrait tous ses hommes en un seul contingent le chercher alors que ça n’a aucun sens), mais évidemment, à la seconde où il le fait, toutes les bombes se déclenchent : les rues de Gotham sont parcourues d’explosions venues des tunnels (il faudra donc à nouveau m’expliquer comment, durant des années, personne n’a remarqué l’armée souterraine et ses bombes se promenant), et même les ponts reliant la ville au monde extérieur sautent (là encore, personne n’a remarqué des terroristes posant des explosifs sur 5 ou 6 ponts en même temps, soit), isolant complètement la cité et la plongeant dans le chaos le plus total ; les policiers, eux, sont littéralement bloqués sous terre, les effondrements bloquant les issues.

Et, non :

  • Jamais ils ne penseront à sortir par une plaque d’égout
  • Alors que des tonnes de bombes viennent d’éventrer les rues, aucun policier ne profite de ces trous béants pour sortir
  • Déblayer ? N’y pensons même pas

A noter que les pompiers, qui eux, n’étaient pas dans les souterrains, n’apparaîtront pas du film alors que l’on peeeeeuuuut imaginer que ce genre de situation les concerne. Un peu, du moins. On dira qu’ils avaient un truc plus important à faire ailleurs, comme par exemple un Jungle Speed avec une grenade.

"On pourrait p’têt’ faire un truc ?
- Nan.
- Alors on fait rien ?
- C’est ça. C’est bien le rien.
- Dis donc, tu serais pas un peu Catwoman ?"

Bane, lui, se rend au stade local où une bonne partie de la population était pour cause de rencontre footballistique ; après avoir fait s’effondrer tout le terrain ou presque, ne laissant que les tribunes autour d’un immense cratère, il apparaît sur l’un des bords dudit cratère, traînant derrière lui le noyau instable du réacteur, et explique la situation en utilisant les hauts-parleurs du stade.

"Salut les amis, je suis Bane. Malgré ma tête de catcheur contrarié, je suis votre nouveau meilleur pote. Alors, voilà le topo : je suis trop une rebelle, et grave le Che local, et je vous propose une révolution bon peuple de Gotham. Sachez qu’on vous a menti : Harvey Dent était un psychopathe, on vous a maintenu dans ce mensonge toutes ces années pour que l’ordre établi se maintienne. On va tous ensemble sortir les riches de leurs tanières et se partager leur fortune entre nous, parce que merde, il n’y a pas de raisons. Bon, je suis moi-même vaguement riche, puisqu’entretenant une immense armée de mercenaires ainsi qu’un nombre incalculable d’armes et d’explosifs, mais chut, n’en parlons pas. Bref, voilà : pillez, faites vous plaisir. Par contre, attention, nouvelles règles ! Ce sont moi et mes hommes qui font la loi, ni la police, ni le Batman ne sont là pour vous protéger, donc tenez vous à carreaux. Et sachez que voici mon amie Bombinette, la bombe qui pète très fort. Si jamais un seul d’entre vous s’avise de fuir Gotham, le propriétaire du détonateur – dont je ne donne pas le nom ! – fera tout péter dans un rayon de 10 kilomètres. Voilà, c’est tout, vous pouvez rentrer chez vous. Ah si, je voudrais dire au propriétaire de la Cadillac immatriculée RoXoR que je l’ai un peu abîmée en me garant sur le parking du stade avec ma batmobile. Désolé mec."

Et nonobstant le petit "enculé !" partant d’une tribune du stade, Bane en profite pour rajouter quelque chose "Ah oui, il n’existe qu’une seule personne capable de désamorcer cette bombe d’un nouveau genre, et c’est le professeur Pavel. Et regardez, hop, je l’tue !" et en effet, urgh fait le pauvre docteur en s’effondrant sans vie après que Bane ait tenté de jouer à Twister un peu fort avec sa tête. Ce que Bane ne dit pas à la foule, par contre, c’est qu’il ne fait tout cela que pour torturer Bruce Wayne. En réalité, la bombe explosera quoiqu’il arrive, le réacteur étant instable. Et dans très exactement 5 mois (c’est précis), Gotham sera rayée de la carte avec ses péchés.

Allez savoir pourquoi, mais je pense que Batman va du coup mettre 4 mois et 29 jours à revenir. Aucun rapport avec le fait que l’on a rarement vu un héros désamorcer une bombe avec de la marge.

C’est donc parti : la ville est à feu et à sang, et nous rentrons dans une partie particulièrement longue du film, que je vais vous raccourcir parce qu’elle donne méchamment envie de regarder sa montre (ou de lécher du LSD en attendant que ça passe) :

  • Les riches se font tabasser/pendre/exécuter de diverses manières (Arlette Laguiller approuve ce message)
  • Les prisonniers de la prison locale sont libérés, puisque dans Batman, c’est un peu une tradition
  • Au bout de 30 secondes, les rues sont désertes : les gens restent chez eux à jouer à la belote
  • L’armée américaine entoure l’endroit, mais n’intervient pas de peur que tout ne saute. Elle fournit juste de la nourriture à l’île et des biens de première nécessité, tout en empêchant quiconque de fuir, pour éviter que là encore, la bombe n’explose comme l’ont annoncé les terroristes
  • La bombe est planquée dans un camion blindé escorté en permanence par une batmobile, et le petit cirque tourne en ville. Pour éviter que le tout ne soit pris d’assaut, deux convois identiques circulent aussi dans Gotham sans que l’on sache dans lequel se trouve le réacteur instable
  • Les rares policiers encore à la surface, désormais en civil pour éviter les ennuis, envoient des messages d’espoir à leurs collègues sous terre, mais ne pensent pas à les en sortir malgré toutes les options possibles. Non, creuser un trou dans une baraque pour accéder discrètement aux tunnels et les faire sortir ou autre ne passe par la tête de personne. C’est bête. Ah, Berlin, on t’a déjà oubliée !
  • De temps à autres, les policiers tentent un truc quand même (repérer le camion avec la bombe, faire sortir un ou deux collègues des souterrains) ou bien l’armée (ils envoient des commandos rejoindre la résistance) mais à chaque fois, Bane utilise conjointement ses pouvoirs de téléportation et de divination et se trouve TOUJOURS là où il faut sans aucune explication. C’est un peu lourd, en fait, au bout d’un moment.

Dans le même temps, du fond de sa prison du moyen-orient, Bruce Wayne soufre en regardant sa ville se consumer. Il finit même par en péter la télé, ce qui est dommage puisque du coup, il aura moins d’informations pour intervenir s’il veut y retourner ("Ah mais Monsieur Wayne, la ville a sauté il y a trois semaines, vous ne regardez jamais la télé ?"). Mais surtout, il reprend du poil de la bête : hop, un autre prisonnier s’avère être par chance un ancien médecin, et lui remet donc le dos en place, lui permettant d’enchaîner aussitôt avec des pompes pour repartir en forme. La prison ne comporte aucun garde, ce qui est intéressant, et on dira que c’est parce que c’est plutôt une gigantesque oubliette à ciel ouvert. Les prisonniers tentent donc régulièrement de s’évader en escaladant les parois, mais ils finissent toujours par tomber, au point que c’en est devenu un rituel : aidé d’une corde et sous les acclamations de ses camarades, le prisonnier grimpe, et en général, se vautre toujours au même endroit.

Non, aucun prisonnier n’a jamais pensé à bricoler du matériel d’escalade pour faire des prises sur les murs alors qu’ils n’ont visiblement que ça à faire de la journée. Sérieusement, dans ce film, vous vous rappelez de beaucoup de personnages avec un comportement logique, vous ? Voilà, c’est bien ce que je me disais.

En tout cas, du fond de son trou, Bruce Wayne apprend pas mal de choses grâce à ses compagnons de cellule, et pas seulement à se méfier du mystère du savon volant, grâce à de formidables dialogues :

"Bane a grandi dans cette prison.
- Ah oui, c’est cool, mais là je fais des pompes papy, va vider ta poche à urine,  j’ai des culs à botter.
- Ouiiiii, et pour ça tu veux t’évader, mais seul un enfant a réussi un jour à le faire !
- Un enfant ? Bane ?
- HOLALA JE PRENDS SOIN DE CONTOURNER LA QUESTION oui, un enfant dont-je-n’utiliserai-jamais-le-prénom. Il était le fils d’un mercenaire… un certain Ninjabouc.
- Ninjabouc ! Mon vieux maître mille fois maudit !
- Certes, et sache que l’enfant-dont-je-ne-dis-pas-le-nom-alors-que-si-c’était-Bane-je-le-dirais-sans-souci a ainsi eu un destin étrange : lorsque Ninjabouc était mercenaire, il a copulé avec la fille du chef de guerre qui l’employait. Ce dernier a voulu envoyer ce satyre ici, mais la fille, éperdument amoureuse (hahaha, les nanas) a obtenu sa libération. Lui a simplement été relâché, mais il n’a jamais connu le prix de sa liberté : c’est la fille du chef de guerre elle-même qui en échange a dû payer sa dette en allant en prison à sa place. Et elle était enceinte… de l’enfant.
- Okay, mais alors l’enfant, c’était Bane ?
- Hohohoho, si je commence à répondre aux questions… je vais faire comme si je n’avais rien entendu. L’enfant a donc grandi, mais a perdu sa mère lors d’une émeute de prisonniers. Il n’a survécu que parce qu’un mystérieux protecteur le défendait toujours en prison, mais je ne vais pas non plus donner son identité alors que je la sais et que ça ferait gravement avancer l’histoire. 
- Relou.
- Pardon ?
- Rien. Bon allez, c’est parti, allez Mustafa, passe-moi mon slip, ce soir j’méchappe."

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Et comme c’est très recherché, Bruce fait donc trois tentatives d’évasion via l’escalade des parois du puits qu’est la prison :

  • L’une où il tente comme ça, hop, et se vautre, seulement retenu par la corde
  • La seconde où le papy partageant sa cellule lui a dit "Utilise la force de ton esprit, pas de tes bras pour y arriver" mais comme il est pressé, Bruce essaie encore et échoue, sauvé d’une chute fatale par la corde
  • La troisième où il écoute le crypto-Obi-Wan et décide d’y aller sans corde pour que les chocottes lui donnent la force d’y arriver, et évidemment, ça marche, car comme chacun sait, un mec qui vous explique qu’il a le truc pour s’évader depuis 20 ans mais qu’il ne l’a jamais utilisé est forcément un type qui ne se fout pas de vous et qu’il faut écouter

Incroyable coïncidence : Bruce s’évade à deux jours de l’explosion de la bombe. Le temps de rentrer au pays, il n’aura plus que quelques heures devant lui. Étonnant, non ?

Rah, un vieux dans un coin désert qui recommande d’utiliser le pouvoir de son esprit en faisant fi des outils des hommes pour accomplir des choses… rah, où ai-je déjà vu ça ?

Voilà, nous venons de passer sur une succession de trucs convenus et particulièrement longuets, revenons-en donc au reste du film (qui restera cependant convenu, et relativement longuet, rassurez-vous). Car à Gotham, il se passe des choses ! Déjà, l’hiver est tombé, et tout espoir semble désormais éteint, puisque Foley refuse de commander les derniers policiers résistants en ville de peur d’être abattu par les hommes de Bane, et que le commissaire Gordon a été fait prisonnier. Ce dernier est donc emmené devant le tribunal populaire de l’île où, trônant au sommet d’une pile de bureaux, se trouve celui qui fut l’Épouvantail dans le premier volet, le docteur Jonathan Crane, psychopathe sans grand intérêt. En bonne parodie de juge, le malfaiteur propose deux solutions à Gordon et ses hommes pour leurs crimes : l’exil ou la mort.

Sachant que l’exil est en fait simplement une condamnation à marcher sur la glace recouvrant la rivière locale pour tenter de rejoindre l’autre rive, et que celle-ci craquant à chaque fois sous les pieds des candidats, ils meurent tous en tombant dans l’eau glacée, hein.

Du coup, Gordon et ses hommes choisissent… la mort. Et on leur explique que, très bien, alors ce sera la mort par l’exil ! Hohoho ! Ils sont donc envoyés de nuit sur les bords de la rivière, afin de tenter leur chance, et marchant avec précaution, ils essaient de ne pas briser la glace sous leurs pas.

Quelle n’est pas leur surprise lorsque, soudain, des projectiles soporifiques atteignent les gardes qui les observaient s’avancer sur l’eau gelée, et qu’apparaît en face d’eux, surgissant de l’obscurité… Batman !

Dis-donc Batman, c’est moi ou avec tout ton attirail tu dois être deux fois plus lourd que le péquin moyen ? Alors explique-moi ce que tu fous sur la glace toute fragile, à part te donner un genre ? Tu imagines ce qu’il se serait passé dans un monde crédible ?

"Regardez, une forme dans l’obscurité !
- Ahah, et oui, c’est bien moi, Ba – PLOUF -
- Ah non, y a plus rien, j’ai dû rêver. Peut-être était-ce juste un phoque."

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Mais Batman n’en a pas fini avec les artifices pourris : il tend une torche au commissaire Gordon, lui demandant de la jeter sur la glace : nonobstant le fait que c’est très con, surtout quand on est sur ladite glace, le policier s’exécute et la torche enflamme alors un filet de liquide (et oui, l’eau gelée se porte toujours bien malgré l’incendie, merci) qui monte le long de l’une des piles du pont voisin, jusqu’à enflammer, sur l’une des immenses arches, une titanesque forme de chauve-souris visible à des kilomètres à la ronde. Bane, qui observe cela, est tout simplement bluffé (le spectateur attentif notera que Bane doit être dans un autre fuseau horaire, puisque de là où il est, il fait jour, mais bon) et s’exclame "C’est impossible !" comme tout méchant pourri qui se respecte.

Bin si, mec, c’est possible : tu as abandonné un type blessé au fond d’une prison avec un médecin, sans garde, et avec juste un peu d’escalade pour s’enfuir. Tu t’attendais à quoi, sachant qu’il a eu le même entrainement de ninja que toi ?

Moi la vraie question que je me pose, c’est "Comment Batman a pu peindre une forme de chauve-souris géante sur une immense arche de pont sans que personne ne le remarque ?" ; non parce que vu la taille du truc, il a dû y passer au moins quelques heures à bien faire attention de pas louper la symétrie du motif et tout. Il avait des petites bombes à napalm sur lui pour barbouiller le pont ? Il s’est installé une petite plate-forme de peintre en bâtiment ?  Il s’est pas dit qu’une telle quantité de produit incendiaire pourrait servir à autre chose qu’à une illumination de Noël ? Non : Batman est juste complètement con et adore faire de l’art contestable en s’habillant n’importe comment.

Attendez, est-ce moi ou je viens de donner la définition du hipster ? Hooo. Je comprends bien des choses. Enfin bref.

Le justicier, après avoir libéré le commissaire Gordon, s’en va aussi sauver l’agent Blake qui s’était mis en mauvaise posture en pensant ENFIN à ouvrir une plaque d’égout pour en faire sortir les policiers prisonniers, et alors que ça marchait plutôt pas mal, avait été surpris. Il explique alors comment les choses vont se passer : il va filer à Gordon un gadget à coller sur la bombe pour bloquer tout signal qui pourrait lui être envoyé, et ainsi feinter le détonateur (que Bane doit avoir), et d’un autre côté, aider Blake à faire sauter les débris obstruant les souterrains pour en faire sortir une armée de près de 3 000 policiers qui, bien que n’ayant pas vu la lumière du jour depuis 5 mois, s’avère  plutôt en forme et propres sur elle quand elle commence à sortir de sous les caillasses. Okay.

Au petit matin, donc, les rues de Gotham sont animées par un immense défilé de policiers pas contents qui se rapprochent du QG de Bane : la mairie de Gotham. Face à eux, des dizaines de terroristes équipés de fusils d’assaut ainsi que les batmobiles volées bourrées de roquettes et autres trucs rigolos les attendent. Heureusement, pour se défendre, nos vaillants policiers ont…

Des matraques.

Oui, ils sont rentrés dans les souterrains avec des armes, mais ils sortent se battre avec des matraques (ils ont dû manger leurs armes, probablement), et… chargent donc héroïquement les vilains, façon Braveheart en brandissant leurs bâtons d’autorité.

Hmmm… c’est moi ou c’est de pire en pire ?

Heureusement, pour éviter une hécatombe, les policiers semblent protégés magiquement par la réalisation puisque même alors qu’ils se présentent de face, à découvert et en formation serrée face à des armes automatiques et à des blindés qui ouvrent le feu sur eux, il faut savoir qu’à peine un agent sur 30 tombe dans la charge. On peut même voir en regardant bien des mecs se faire arroser à bout portant et ne pas tomber, parce que même les figurants ne pouvaient pas simuler un truc crédible tant la scène n’a aucun sens ; rapidement, donc, les malandrins se prennent des matraques dans la gueule et font moins les malins ; mais dans la mêlée, le terrible Bane est présent, faisant du catch sur tous les policiers passant à sa portée ; bon, il n’en tue aucun (ne me demandez pas pourquoi), mais c’est impressionnant quand il les pousse, comme ça, de ses petits bras, on sent vraiment qu’il est méchant. Les pousser, trop dur. Il ne s’est gardé les croche-pieds qu’en dernier recours.

Et il va lui falloir justement se forcer un peu, puisque Batman atterrit dans la mêlée et commence un duel contre lui (où, comme toujours, personne d’autre ne vient aider son champion). Batman, c’est pas pour t’emmerder, mais il y a toujours trois batmobiles blindées en train de massacrer les policiers (enfin, massacrer… les protections magiques et scénaristiques entourant les policiers réduisent pas mal les dégâts, et eux peuvent donc tabasser les véhicules à la matraque, c’est sympa), donc tu aurais peut-être sauvé des dizaines de vie en roquettant d’abord ces vilains véhicules depuis ta "bat" volante, puis seulement en allant te battre avec Bane. Mais bon, si Batman devait être efficace pour gagner, où irait le monde ?

Sinon, Bruce, juste comme ça, tu sais qu’un adversaire plus fort, tu as le droit de lui taser la gueule au lieu de juste lui mettre tes petits poings dans la margoulette ? Ca irait plus vite et ça sauverait des gens. Enfin, je dis ça…

Or donc, le duel entre nos deux loulous tourne cette fois-ci à l’avantage de Batman, sans aucune raison, en fait, autre que le fait que la fin du film approche doucement et malgré le dos fragile du chevalier noir. Comme quoi. Ils finissent donc tous deux par se battre dans la mairie, jusqu’à ce que Batman mette le brigand à terre, et ne croise Miranda, elle-même dans le bâtiment, lui demandant de se mettre à couvert ("Vite, trouve une cuisine et reste-s-y !") pendant qu’il en finit avec le terroriste masqué. Il ordonne donc à Bane de lui donner le détonateur, mais celui-ci lui répond, qu’il ne l’a pas. Et en écoutant Batman lui dire ce qu’il a appris en prison, il lui explique qu’il n’a jamais été l’enfant qui était parvenu à s’évader… cet enfant… l’enfant de Ninjabouc c’était…

Miranda !

Batman le découvre avec horreur lorsque la vilaine lui plante un bon gros couteau dans le dos ; notre héros s’effondre donc, blessé, en écoutant le discours de celle à qui il avait fait confiance (encore une fois, pour des motifs débiles) : c’est elle, l’enfant de Ninjabouc, née en prison ! Bane n’était autre que… son protecteur ! Il l’a protégée depuis qu’elle était petite, et ça, Ninjabouc ne l’a jamais pardonné à Bane (Ha ?! Mais enfin, pourquoi ? Il a sauvé sa fille, au contraire !), même s’il est quand même venu le sortir de prison plus tard malgré tout, pour services rendus. Booooon. Et Miranda a donc fait fortune, puis a intégré le conseil d’administration de Wayne Enterprises, uniquement pour pouvoir mettre la main sur le réacteur à fusion, et s’en servir pour faire exploser toute la ville, hahahaha !

Hem. Miranda ? Comment as-tu pu échafauder ce plan sachant que tu ne savais pas que ce réacteur existait, puisque Wayne le cachait à tout le monde ? Oui hein ? Toi aussi tu es une méchante pourrie, en fait. Tiens d’ailleurs, tu m’expliques pourquoi tu n’as pas fait péter la ville directement ? C’était pour torturer Bruce d’abord ? Il y avait plus simple. Et tiens, au passage, Bane, pourquoi tu as emmené plusieurs membres du conseil d’administration jusqu’au réacteur pour qu’ils l’activent – c’est d’ailleurs Miranda qui l’a fait – quelques scènes plus tôt sachant que Miranda suffisait ? C’était juste pour rigoler, comme ça ? Comme le coup de l’avion au début du film ? Et d’ailleurs, votre plan nécessitait que Miranda devienne patronne de Wayne Enterprises pour avoir accès au réacteur, mais pour ça, il fallait que Dagget fasse sa tentative de coup d’état en dégageant Bruce Wayne… et tout reposait donc sur le fait qu’il fallait que Dagget ait tout seul une idée stupide (oublier que tout se jouait sur une élection au conseil d’administration, la base du truc), fasse appel à Bane de lui-même pour ne pas qu’il sente que c’était moisi (et incroyable coïncidence, il l’a fait) et que Bruce Wayne décide  de confier sa boîte à une actionnaire inconnue plutôt qu’à un de ses hommes de confiance (ce que lui aussi a fait de manière parfaitement idiote). Donc en fait, tout reposait sur… une succession d’incohérences.

Je sais que je me répète, mais je me permets de le rappeler : ce film a été salué à plusieurs reprise pour sa cohérence. Par des gens dont le métier est de regarder ça. Hmmmm. C’est beau.

Bref, Miranda sort le détonateur de son sac à main (donc comme toutes les nanas, elle le cherche trois plombes entre deux brochures, une carte de fidélité et un miroir de poche "Ah oui, il est là, à côté des clés de la Mini, hihihi"), et fait donc leeeeeentement tourner son doigt autour du détonateur en disant "Il est temps d’en finir, Batman… je vais appuyer… maintenant… là… tout de suite… attention… je le fais… je rigole pas… regarde mon pouce" (à ce moment là, la salle a tendance à rigoler en voyant Marion Cotillard faire tourner son pouce autour du bouton pour faire durer inutilement le non-suspens, c’est dramatique) et vous avez donc en parallèle de cette scène le commissaire Gordon qui tente de coller le bloqueur de signal sur la bombe, et pour ce faire, attaque un convoi, mais ha, c’est pas l’bon, puis un autre, mais encore raté, puis un troisième, mais allez-y donc qu’évidemment il fait tomber le détonateur (quel gaffeur alors), qu’il repart le chercher, qu’il revient, qu’il escalade le camion en marche, et qu’évidemment, c’est après les 40 minutes d’hésitation de Miranda, à la seconde où elle se décide enfin à appuyer sur le détonateur, qu’enfin, il parvient à installer le système de blocage.

C’était votre séquence recyclée "Le passage où il arrive des tonnes de merde successives à un personnage pour que finalement, il ne parvienne à son objectif à la dernière seconde" mixée avec "Le passage où l’un des personnages fait traaaainer une action pour laisser le temps aux gentils de s’organiser et l’en empêcher au dernier moment". Je suis sûr que vous ne l’aviez pas reconnue tellement c’était subtil. Si ? Rho, vous êtes durs.

Vexée, Miranda décide donc de se ruer vers la sortie pour atteindre les batmobiles stationnées devant à mitrailler des policiers, et part à la poursuite du camion contenant la bombe que le commissaire Gordon a pourrie.  Camion qui roule encore d’ailleurs (et plus fort encore, Miranda ne prendra aucune précautions pour l’approcher, car elle a deviné – oui, elle aussi – que le commissaire Gordon avait juste bloqué la bombe mais n’avait pas pris le contrôle du véhicule avec ses hommes). Batman est lui laissé avec Bane, qui s’apprête à le tuer lentement (pourquoi faire autrement ?), mais finalement, un puissant tir d’arme à feu vient tuer le pauvre bougre au moment où il allait en finir avec le chevalier noir : Catwoman ! Elle est venue à la rescousse de Batman ! Hoooo bin çaaaa aloooooors (je fais bien la surprise, pas vrai ?).

Il faut d’ailleurs préciser qu’il y a eu une très brève scène lorsque Bruce est revenu à Gotham où il croisait Catwoumoune et lui disait "Tu sais, je t’en veux pas du tout de m’avoir trahi en échange de… en fait, juste pour faire chier alors que je t’offrais le "table rase" que je t’avais proposé.  Je t’en veux pas non plus d’avoir eu le dos brisé à cause de toi, ayant ainsi frôlé la bat-paraplégie. Et puis je ne t’en veux pas non plus de m’avoir ainsi empêché d’arrêter Bane, plongeant la ville dans le chaos et provoquant des milliers de morts; Allez, tiens, je te file la télécommande du "table rase" par pur plaisir, et en échange, tu m’aideras dans mon combat contre Bane, ok ? Tiens, je te file une de mes motos avec de gros canons dessus même pour te motiver."

Et après on s’étonne que des gens deviennent dingues devant ce film.

Mais revenons dans le présent : Bane tué, Batman peut regagner son véhicule volant, pendant que Catwoman part en moto, et que les deux poursuivent le convoi de Miranda ; rapidement, ils abattent toutes les batmobiles du convoi, et ne reste que le camion blindé transportant la bombe, piloté par Miranda elle-même ; Batman cartonne donc la route devant le véhicule, son plan étant de renvoyer le noyau instable jusqu’à l’installation originelle du réacteur, où Lucius Fox pense pouvoir désamorcer le bousin si on le reconnecte à temps.

Sauf que… sauf que Miranda a pensé à cette option, et a donc enclenché la procédure d’urgence permettant de noyer la salle contenant l’installation du réacteur, et supposée noyer le bidule si jamais il surchauffait ; Lucius s’en est donc tiré de peu, mais la situation est désormais un peu pourrie, puisqu’il n’y a guère plus de quoi stopper la bombe. Mais peu après avoir fait cela, le camion de Miranda quitte la route suite aux tirs de l’appareil de Batman, et elle meurt dans l’accident, maudissant le justicier masqué et Gotham dans ses dernières paroles, voire utilisant des termes comme "enculé" histoire de bien marquer son désarroi.

Après, je ne suis pas un super-héros. J'imagine que leur raisonnement m'échappe, un peu comme leur port du slip

Voilà : la "bat" cartonnant les batmobiles, on aurait commencé par ça, Miranda n’aurait jamais pu fuir, la bombe serait restée sous contrôle, et des centaines de policiers auraient été sauvés. Mais encore une fois : détail !

Le commissaire Gordon, qui lui était encore avec la bombe à l’arrière du camion depuis qu’il y avait fixé le dispositif qui va bien, se porte lui à merveille. Comme quoi, il résiste à tout ce garçon, accidents ou embuscades souterrains, et ce sans jamais se protéger ! Le vieux moustachu et Catwoman regardent donc Batman, qui explique savoir que faire de la bombe, alors qu’il ne lui reste plus – quelle surprise ! – que quelques instants avant de sauter. Il va l’accrocher sous son engin volant et partir avec elle loin de Gotham, dans la baie, pour que tout explose loin de la civilisation. Il mourra dans l’affaire mais… il faut bien casser des oeufs, tout ça, et pas seulement ceux des spectateurs qui soupirent en se frottant les yeux.

Avant de partir, Batman voit le commissaire Gordon lui demander sa vraie identité, pour savoir qui les habitants pourront remercier de leur sauvetage, et il lui répond simplement que Batman est dans le coeur de tout le monde, avec la force, la pureté et les licornes. Puis, après ce discours digne d’une blogueuse mode, il dit juste "L’héroïsme, c’est aussi savoir rassurer un enfant qui a perdu ses parents", faisant référence au jour où le commissaire Gordon l’a recueilli, enfant, dans son commissariat après la mort de papa et maman Wayne. Gordon comprend donc enfin qui est Batman, mais bien trop tard.

"Une blogueuse mode. Je ne l’aurais jamais cru."

L’appareil du justicier masqué s’éloigne donc vers la baie, la bombe fixée sous son engin (avec toujours son petit compte à rebours super précis, comme quoi pour un noyau instable, il est pas mal prévisible quand même), et plutôt que de la larguer dans l’eau (après tout, ils avaient dit "En cas d’instabilité du réacteur, on noie la salle et ça règle tout" chez Wayne Industries, alors pourquoi pas ?), il va se faire exploser avec loin, très loin, sous les yeux étonnés de tout le monde : enfants du coin, Catwoman, commissaire Gordon, agent Blake, militaires gardant les rives du fleuve, policiers au centre ville ayant fini par maîtriser l’armée de Bane uniquement avec des matraques – comme quoi, matraque contre fusil d’assaut, on voit qui gagne – et… fondu au noir.

Nous retrouvons donc le commissaire Gordon, l’agent Blake et Alfred le gentil majordome, bouleversés devant la tombe de Bruce Wayne, reposant désormais aux côtés de ses parents à côté du manoir de leur famille, alors que de l’autre côté de Gotham, Wayne Enterprises s’occupe de l’héritage du défunt. Je serais curieux de savoir comment ils ont appris que Bruce Wayne était mort, puisqu’à moins de révéler que c’était Batman, ça a dû être compliqué. A noter aussi que la ville décerne justement une statue à Batman, sauveur de la cité dont elle n’a jamais connu l’identité (Bane avait affronté Batman et révélé son identité devant ses hommes : il n’y en a pas un qui s’est dit "Tiens, si je balançais tout histoire de me faire du fric ?" – là encore : non, c’était une armée de neurasténiques).

L’agent Blake lui, guidé par quelques derniers messages laissés dans l’héritage du défunt, finit par trouver une curieuse cascade près du manoir Wayne… et s’y rend, découvrant ainsi la Batcave. On apprend au passage que le prénom de l’idéaliste agent Blake, qui a démissionné de la police pour s’affranchir des règles et suivre les pas de son héros est… Robin. Le commissaire de Gordon découvre d’ailleurs un soir que, sur le toit du commissariat, un nouveau projecteur a été installé à la place de l’ancien, rouillé : un peu de renouveau ne fait pas de mal, et c’est un nouveau Batman qui est prêt à répondre à l’appel. Quant à Lucius Fox, il fait lui une découverte plus étrange ; Bruce Wayne avait fait installer sur les prototypes de "bat" un… pilote automatique. Et si…

Et en effet : quelque part à Florence, Alfred le gentil majordome s’assoit à un café et sirote tranquillement une boisson, quand il aperçoit devant lui un couple : Bruce Wayne et Catwoumoune, incognito. Il se contente donc de les saluer d’un mouvement de tête, de sourire, puis de se lever et de partir, heureux.

Et… FIN

Ho ?

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A cet instant précis, moi aussi, je me suis levé et je suis parti.

Mais ensuite, j’ai passé la nuit à stranguler des chiots : il fallait que je passe toute cette haine sur quelque chose.

Merci, Batman.

 

Qui êtes-vous, extrapolateurs ?

Pourquoi faites-vous cela ? N’avez-vous point d’autres hobbys ? Êtes-vous vraiment humains ? Pourquoi Arthur existe-t-il ? Voulez-vous un coup de batte ? Autant de questions qui, ces derniers temps, ne cessent de me hanter.

Longtemps, j’ai cru que ces créatures étaient des êtres qui ne vivaient qu’à la lumière des néons des galeries d’art, allant et venant au son traînant de leurs mocassins à glands frottant contre des parquets croulant sous le poids de l’ego de leurs visiteurs. Allant d’oeuvre en oeuvre, l’extrapolateur refuse de dire qu’il a pu se déplacer pour une réalisation et être déçue par celle-ci : il doit toujours trouver quelques qualités à ce qu’il a devant lui et, se prenant la tête dans la main en mimant l’air pensif, en commentant tant qu’il peut ce que l’artiste a selon lui voulu dire au travers de son oeuvre. Et de préférence, en trouvant plus à dire que son voisin, afin de passer pour plus savant que lui (c’est une sorte de concours de pets, si vous voulez, mais avec la bouche).

Mais non : après avoir trop longuement rôdé dans leurs galeries, ces êtres ont fini par s’en échapper, et s’attaquent désormais à une nouvelle cible : le 7e art (même si tout est relatif, ou alors il faut considérer Christian Clavier comme un artiste).

Car oui : les extrapolateurs, ce sont ces curieux personnages qui sont prêts à trouver formidables des films au scénario se foutant ouvertement de leur gueule, pour peu qu’ils puissent ainsi compléter eux-mêmes les zones de vide intersidéral du script en inventant des choses. Présenteriez-vous du gruyère à ces braves gens sous l’appellation de coulommiers qu’ils tenteraient de combler les trous du pauvre fromage à l’aide d’un fameux baratin, expliquant que tout cela est bien évidemment parfaitement normal, et qu’il faut se creuser un peu la tête pour le voir. Leur vendriez-vous une maison à laquelle il manquerait un mur qu’ils s’enthousiasmeraient pour le génie de ce nouveau système d’aération : oui, l’extrapolateur est tout simplement une sorte de gros pigeon, qui, lorsque l’on pointe du doigt l’arnaque dans laquelle il se débat, se complaît à roucouler fièrement qu’à l’endroit où nous voyons arnaque, il voit bien plus loin (remarquez, du coup, ces gens là sont très pratiques pour l’économie de notre pays).

Là où Borée ou Zéphyr ne trouveraient jamais assez de vent pour emplir autant de trous, les extrapolateurs, eux, rivalisent d’inventivité – et de mauvaise foi, domaine que je maîtrise quelque peu – pour tenter de combler chaque faille, chaque creux, chaque grand vide dans le scénario des oeuvres que l’on déroule sous leurs yeux.

Alors, braves gens, là où il y avait le point Ciné-Pipeau, consistant à expliquer à autrui qu’il n’a rien compris au film et doit donc retourner le voir, voici venir le point Ciné-Extrapolation, correspondant à la définition suivante :

Lors d’une conversation sur le cinéma, plus le temps passe, plus il y a de chances que quelqu’un commence à inventer des choses au hasard pour tenter de combler les trous dans le scénario d’un film pour essayer d’en remonter la qualité

Un exemple de voiture de ces êtres curieux : "ce ne sont pas des taches de rouille, c’est un choix esthétique"

Si cette définition fonctionne principalement pour les gens autour de vous correspondant au profil typique de l’extrapolateur présenté plus haut (et donc, que vous avez souvent envie de les gifler avec un objet adapté, comme par exemple, une table en chêne), sachez qu’il existe un moyen simple de reconnaître ces derniers, même s’ils tentent de se faire discrets, car le point Ciné-Extrapolation sort plus facilement quand vous parlez d’un film dans lequel réalité et monde imaginaire se confondent : rêves (Inception), illusions (Matrix), folie (Sucker Punch), bref. C’est un peu comme leur coller les yeux face à un stroboscope : ça les rend tout fous, ils se mettent à bondir dans tous les sens en bavant puis à raconter n’importe quoi ("J’adore Christine Boutin !"), car pour le coup, sitôt que l’imaginaire est invoqué, pour eux, sky is the limit, comme on disait à bord de Challenger.

Qui n’a jamais entendu que "Nan mais attends, Inception tu vois, moi je pense qu’en fait, il y a encore un rêve dans un rêve dans un rêve", que Matrix "Si ça se trouve, c’est encore une couche de la matrice" ou "Sucker Punch, en fait, c’est en réalité un rêve fait par un lama complètement défoncé au peyotl", parce que merde, attends, c’est trop fou, c’est des rêves/illusions/folies, on peut pas savoir la vérité !

Sur ce dernier exemple, j’exagère un peu. Mais personnellement, j’ai quand même eu la joie de lire des gens analyser Sucker Punch en hurlant au génie philosophique, quand je rappelle que le pitch est :

"Des meufs en mini-jupe tatanent des milliers de monstres en prenant des poses salaces avec de grosses armes"

Mais nul doute que c’était plus profond que cela, et que Socrate et Kant sur les rives du Styx ont pleuré de bonheur en voyant autant de réflexion dans pareille oeuvre. Platon, par contre, non. Mais Platon, c’est parce qu’il en est encore à revisionner Fast & Furious, persuadé qu’en fait, tout cela est un incroyable recueil de pistes sur la nature humaine vue au travers d’un pot d’échappement.

Ainsi, l’imagination de nos amis de l’extrapolation est devenue si fertile ces dernières années, encouragée par des scénarios si vides qu’on y trouve plus de place pour s’inventer une histoire que pour l’intrigue originale, qu’ils en sont désormais arrivés à expliquer que l’équipe du film en sait moins qu’eux sur ce dernier. D’ailleurs, à les écouter, il n’y a pas grand monde qui en sait plus qu’eux, ce qui est toujours intéressant. On pourrait, histoire d’illustrer la chose, prendre quelques exemples :

Le dernier volet de La Planète des Singes, par exemple, où sans spoiler (il y a une catégorie pour ça), il y a un passage où, sans aucune raison, toute une armée de primates se lance à l’assaut d’un bâtiment où concrètement, elle n’a aucune raison d’aller (à part faire des trucs de singes, comme taper sur les vitres en gueulant, s’épouiller le roudoudou ou jouer avec son caca). A l’époque, les commentateurs les plus inspirés par l’acide coulant dans leurs veines n’avaient pas hésité à expliquer que :

  • C’est la preuve que les singes sont devenus intelligents : ils s’en prennent à des choses symboliques plutôt qu’utiles
  • C’est parce que le commandement échappe à l’un des singes au début, et que c’est donc pour ensuite mieux s’affirmer par rapport à ce chaos
  • C’est pour tendre une embuscade à l’un des employés du bâtiment afin de se venger de lui

Ce qui était bien gentil, jusqu’à ce que l’équipe du film explique avec bonheur dans divers médias que "Nan mais en fait, c’est parce qu’au début il y avait une autre intrigue avec une guenon, et que cette scène là était liée à cela, mais on a oublié de la retirer avec les autres scènes… et elle n’a plus aucun sens, du coup." et le plus beau ? Ça n’a pas démonté les extrapolateurs fous, qui ont continué leur petit trip. "Les auteurs disent qu’ils ont fait une erreur, mais ils se trompent : ils l’ont fait exprès en fait et c’est parfaitement logique".

"Hmmm hmmm. D’accord, vous avez raison, tout cela est très cohérent. Maintenant, parlez-moi de vos parents : avez-vous envie de les tuer ?"

Pour faire simple, l’extrapolateur, c’est quand même un peu quelqu’un qui vous improvise des fanfictions à volonté, mais jamais de qualité (je crois que je viens de faire une lapalissade, mais passons).

Sur Prométhéus, donc, les spéculations vont aussi bon train, certains défendant jusqu’au moindre détail (je salue le lecteur qui m’a expliqué que le sas entrouvert au début du film juste pour qu’un personnage puisse en mater discrètement un second en train de faire des pompes, c’était une programmation volontaire car c’est connu, dans l’espace, on adore utiliser des sas de sécurité ni ouverts, ni fermés pour exhiber ses petits muscles en faisant son sport) ; or, pour le coup, quelques journalistes s’en sont émus et sont allés poser des questions sur les curieux montages et trous du film, obtenant pour courageuses réponses :

  • "Le montage, c’est Ridley, et rien que Ridley, on y est pour rien"
  • "Ridley avait une nouvelle idée par jour : ça se sent dans le film"
  • "Tous les choix sont ceux de Ridley"

Bref, les rats quittent le navire, chargeant tout sur le dos de leur chef, conscient que là, quand même, ils ont un peu fait n’importe quoi dans le cadre de ce film. Mais là encore, ça n’empêche pas toute une troupe de fameux cinéphiles de venir expliquer que non non, tout est parfait et peut-être parfaitement expliqué, parce que comprenez-vous, les trucs qui manquent, ce sont des "pistes pour notre imagination". Voire "Vivement le Blue-Ray, qu’on ait les réponses à nos questions" : je sais pas vous, mais moi, quand je paie pour un truc, je demande à ce qu’il tienne debout, pas à devoir payer une deuxième fois pour qu’il soit complet. Mais j’imagine que c’est déjà assez complexe.

De toute manière, petits baratineurs, on ne la fait pas à un vieux cabotin : permettez-moi de vous expliquer la différence entre "Une piste" et "Du rien".

Mettons : Jean-Jacques, quelconque personnage, est en train d’explorer des ruines dont il se méfie car réputées être gardées par de terribles gardes sauvages descendant des anciens habitants de la cité ; n’écoutant que son courage, il décide d’entrer dans les restes d’un temple, que certains prétendent hanté. Quelques jours plus tard, une nouvelle expédition partie à sa recherche retrouve Jean-Jacques contre un mur de l’intérieur du temple, vaguement mort, et sans que l’on sache ce qui lui est précisément arrivé.

Il y a des pistes : les gardiens, les fantômes du temple ou que sais-je ; une légère brume couvre cette partie de l’intrigue afin de la nimber d’une aura de mystère, mais des pistes en partent pour que chacun puisse se faire son idée, et pourquoi pas, se stranguler en soirée sur la meilleure piste à suivre.

Après, si ce procédé est utilisé en boucle, ce n’est plus une légère brume, c’est un brouillard complet, et donc, il n’y a plus rien à voir : on parle donc d’effet Lost.

Vous aimez disserter sur du rien ? Vous aimerez Lost.

Maintenant à l’inverse, prenons : Jean-Jacques, quelconque personnage, est en train d’explorer des ruines dont il se méfie car… pouf, fin de la scène. Quelques jours plus tard, une nouvelle expédition partie à sa recherche s’installe dans les ruines sans inspecter quoi que ce soit et entame une partie de beach volley.

On ne finit pas ce que l’on commence, on raconte du vent et on ne se soucie pas vraiment de ce que l’on raconte : on peut donc parler de film raté. Ou de film de Nicolas Cage pour ceux qui n’auraient pas leur dictionnaire des synonymes sur les genoux.

Le problème principal étant donc que l’extrapolateur n’arrive pas à faire la différence entre les deux, et se contente, quoiqu’il arrive, d’inventer les scènes manquantes à ces films pour tenter de s’inventer une bonne séance. Nul doute que pareille imagination doit fortement les aider lors des passages les plus solitaires de leur vie.

Alors, vraiment, lecteurs, lectrices, n’hésitez plus : allez de par le net et vos soirées croiser ces gens qui, au nom d’une imagination débordante, défendent par eux-mêmes les scripts les plus pourris et mal montés insultant toute forme d’intelligence (et de vie), insistant pour que l’on continue à leur en donner encore et encore ; et à chaque fois que vous en trouvez-un, au nom de tout ce qui est juste et bon, à savoir principalement moi :

Giflez-les très fort.

N’ayez aucune inquiétude s’ils ne comprennent pas d’où ça vient et que vous ne leur expliquez pas : de par leur propre nature, ils s’inventeront un scénario dans lequel ils l’avaient bien mérité.

Et pour une fois, ils auront raison, alors pourquoi s’en priver ?

Diable, mais que se passe t-il ici ?

Je rentre de vacances, je pose mes valises, et à peine ai-je fini de vider celle contenant les restes d’une étudiante autrichienne que voici que je découvre qu’en mon absence, il y a eu moult réactions, ici et ailleurs, autour du film La Planète des Singes : Origines. Loin de moi l’idée de vouloir critiquer une seconde fois ce formidable film dans lequel des primates deviennent intelligents et s’aperçoivent qu’on les prend ouvertement pour des cons, en fait, je voudrais plutôt aborder une autre question surgissant régulièrement par ici, et ma foi, fort simple s’il en est :

Un scénario doit-il être crédible dans un divertissement ?

Si pour nombre de commentateurs, la réponse est évidente (les amateurs de Plus Belle la vie étant en général les premiers à répondre avant de retourner s’épouiller), cela ne signifie pas pour autant qu’elle soit identique d’une personne à l’autre. En effet, ces derniers jours, le film a provoqué moult conversations écrites comme orales dans lesquelles on trouvait l’argument ultime en cas de citation des nombreux problèmes de l’intrigue : "Non mais les incohérences, on s’en fout : on va au cinéma pour se divertir, pas pour se prendre la tête." (non parce que visiblement on ne se rend pas bien compte à quel point les choses logiques prennent la tête des gens et les empêchent de se divertir : c’est connu, si quelque chose tient debout, ça fait chier)

Gloop le singe, ex-critique de cinéma entré en dépression après avoir découvert l'espace "l'avis des spectateurs" sur Allocine

Qui n’a jamais entendu ou lu ce discours ? Qui n’a jamais eu le droit à une explication à base de "Mais on y va pas pour l’histoire…" ou autre variante du propos précédent ? Et concernant tous types de films, hein, pas forcément uniquement ceux à base de remix velus de Prison Break.

Soyons clairs : ce discours en lui-même est une formidable incohérence.

Je m’explique.

Le marché du film réagit, comme beaucoup de choses, à l’offre et à la demande.

Par exemple, imaginons qu’Avatar ait eu un total de 100€ pour son budget effet spéciaux : les aventures de mecs peints en couleurs flashy courant les bois en string auraient laissé penser aux spectateurs qu’ils étaient devant un documentaire sur le bois de Boulogne. Et il est fort probable que le film n’aurait pas connu le même succès. On peut penser la même chose d’Inception : et s’il y avait eu un problème avec la musique, et que celle-ci avait été remplacée par une intégrale de Carlos ? Voir Léonardo Di Caprio sauter en tous sens en ouvrant le feu sur moult ennemis sur fond de "Big Bisou" aurait probablement eu du cachet, mais le public aurait sûrement souligné qu’il manquait un gros quelque chose au film. Enfin, la Planète des Singes aurait certainement eu moins de bonnes critiques si Andy Serkis avait laissé la place à Francis Huster pour les expressions faciales de César (pour les dialogues, par contre, c’était bon).

De fait, en raison des lois de l’offre et de la demande, depuis des années maintenant, les budgets de certains domaines ont explosé, à commencer par celui des effets spéciaux : puisque l’on sait que le public attend un minimum dans le domaine et ne demande qu’à être bluffé, on lui offre toujours plus. Et heureusement, vu le prix des places de ciné.

Pourtant, moult spectateurs continuent de dire ouvertement "Oui, le scénario est à chier, mais on s’en fout : ne changez rien".

Résultat : la demande de bons scénarios étant minime, l’offre l’est aussi. Alors qu’encore une fois : pour le même prix, et juste en arrêtant ce discours, la demande étant plus sérieuse, l’offre le serait aussi. Mais non : sans aucune raison, il semblerait que moult personnes demandent volontairement à ce que l’on se foute de leur gueule et que l’on tire tout vers le bas. Ce qui est tout de même formidablement beau : ça revient à expliquer ouvertement que l’on veut payer au même prix des choses de qualité moindre.

Dire "Oui, l’histoire est merdique, mais la vache, qu’est ce que les effets spéciaux sont bons !", ça revient à dire "Bon, d’accord, quelqu’un vient de chier dans mon assiette, mais la sauce est bonne, non ?". Et pourtant, tous les jours, partout, vous trouvez des pinpins pour continuer de défendre le "On s’en fout".

Présentons la chose autrement : mettons qu’une équipe de film prépare un blockbuster. Le film va s’appeler "Cowboys vs Mimi Mathy", et table sur un budget relativement raisonnable : 10 millions de dollars (à titre d’exemple, La Planète des Singes : Origines en a demandé 93) ; ni une, ni deux, elle trouve un scénario sur un coin de table que je vous donne : "Dans la petite ville de West Fall, Joe Marshall est un maréchal ferrant sans histoires. Seule Daisy, la chanteuse du Saloon The Mary Sue parvient à le tirer de son quotidien banal de rude travailleur de l’Ouest. Mais c’est sans compter sur un groupe de bandits qui provoque le déraillement d’un train de l’Union à proximité de la paisible cité : un wagon de produits chimiques expérimentaux se renverse, transformant une petite habitante qui passait en monstre-nain ravageur… PS : Joe embrasse Daisy à la fin suite à une situation critique, et le noir meurt, contrairement à Poopy le chien". L’équipe sait déjà que son scenario est bourré de problèmes (bourré, Maurice le scénariste l’était aussi lorsqu’il a pondu la chose, un train de pastis ayant déraillé près de sa caravane) divers et variés, et hésite à recruter des gens pour le relire et le corriger. Pour cela, il suffirait de payer un pinpin 10 000$, ou toute une équipe à 100 000$ (et encore, en tablant haut) dans le doute. Soit entre 0,1% et 1% du budget. Une paille quand on a déjà sorti quelques millions de dollars.

La tournée publicitaire a déjà commencé.

Mais grâce aux spectateurs, l’équipe ira plutôt claquer tout ce pognon aux putes : en effet, elle lira et entendra très distinctement partout sur le net "Merder les effets spéciaux, la musique ou autres est un crime, mais l’histoire, vous pouvez l’écrire avec un étron, c’est pas grave, ne dépensez surtout pas de pognon là-dedans." ; si la chose fera la richesse d’Olga la Goulue, la célèbre péripatéticienne connue sous le nom de "Nettoyeuse de l’A5", elle n’en fera pas moins pleurer des larmes de sang aux spectateurs qui ne demandent même pas un bon scénario, mais juste un truc qui se tient. Un film, quoi, une histoire racontée avec des images et du son. Mais il faut croire que ça dérangerait certains.

Dans un monde parfait, les gens iraient jusqu’au bout de leur logique : d’un côté, on aurait des films, et de l’autre, des clips cinématographiques. Comprendre que dans le premier cas, on raconterait une histoire avec un début, un milieu et une fin, et de l’autre, on dirait juste "Les mecs, vous voulez en prendre plein les yeux, avoir de la musique qui dépote et pleurer comme des fontaines devant moult moments héroïques et adieux tragiques ? Aucun souci : on a décidé de juste faire un énorme clip contenant plein de scènes sans histoires particulières mises les unes derrière les autres et toutes plus impressionnantes et prenantes l’une que l’autre. On ne vous prend pas pour des cons : on ne met même pas de scénario décérébré, on vous propose juste du spectacle." ; ça aurait le mérite d’être honnête pour tout le monde, et probablement d’en mettre plein les mirettes aux amateurs de grand spectacle. Qui n’auraient plus à se taper 1h00 de dialogues aléatoires servant simplement à justifier 30mn de bataille apocalyptique.

Mais non, définitivement : soucieux de faire n’importe quoi, une partie non-négligeable de la population dit "Oui, je sais que c’est n’importe quoi, oui, je sais qu’on me prend ouvertement pour un con, mais s’il-vous-plaît, continuez comme ça : n’essayez surtout pas de faire mieux pour le même prix, c’est moi qui vous le demande. Je paie mon ticket de cinéma suffisamment cher pour avoir le droit de défendre le fait qu’il n’y a aucun problème à ce que tout le fond des films que je regarde soit totalement merdique. Quand bien même ça tirerait tout le monde vers le haut d’avoir des trucs de meilleure qualité et que ça ne changerait rien pour moi si je n’en avais vraiment rien à faire".

Je ne comprends pas bien : quel est le but de ces défenseurs du mauvais et du nase ? Ces paladins de l’incohérence, qui défendent coûte que coûte le fait qu’il ne faut surtout pas faire d’efforts ? Ils veulent juste se faire défoncer la mâchoire à coups de clé à molette ? Ils sont nés avec un QI de 330 et veulent qu’on les abrutisse pour qu’enfin ils puissent se mêler au bon peuple et se sentir chez eux ? Ou sont-ils, au contraire, complètement cons et fiers de le revendiquer ?

Je l’ignore.

Mais en tout cas, je crois que je vais me faire scénariste de blockbuster : c’est le seul métier où le public vous demande ouvertement de ne pas vous fouler et défend toutes vos fautes professionnelles là où il se montre intraitable, voire élitiste, avec tous vos autres petits camarades des autres secteurs.

Remarquez, des gens au discours incohérent qui défendent des scénarii incohérents, techniquement, c’est cohérent.

J’interromps brièvement mes vacances pour vous informer du fait suivant :

Ce 11 août sort le magazine Fluide Glacial, célèbre périodique que moult parmi vous connaissent déjà. Or, vous trouverez dans celui-ci une BD illustrée par Laurel (dans mes liens sur votre droite) et avec ma personne au scénario sous le pseudonyme de "D’Ossay", version noble d’OC (et qui m’a permis plus d’une fois de séduire des filles de petite noblesse) que vous aurez aisément reconnue.

Voila qui est dit.

Accessoirement, concernant les mails qui m’ont étés adressés ces derniers jours, sachez que si je vous lis, je ne vous répondrai qu’en début de semaine prochaine, le temps de retrouver un vrai clavier. Pas d’inquiétude, donc.

En attendant, je retourne profiter des atours du Midi, profitant du charme désuet d’un bon cigare après un copieux repas, lorsque depuis une terrasse aux pierres encore tièdes de la journée, je puis observer tranquillement le crépuscule tombant sur la silhouette lointaine des Pyrénées.

A la semaine prochaine.

Le son du moteur électrique du fauteuil roulant semble un chuchotement dans les calmes couloirs de l’immense manoir.

Aujourd’hui, comme tous les jours, le professeur Charles Xavier se rend dans une salle de classe de la résidence qu’il a transformée en école, afin d’enseigner à des adolescents quelque connaissance sur le vaste monde. Mais attention ; nous ne parlons pas ici d’une école comme les autres, mais bien de celle des X-Men, c’est-à-dire, un établissement secret réservé aux enfants disposant d’un don surnaturel : créer du feu, de la glace, traverser les murs… et le fondateur de l’école lui-même, le professeur Xavier, est l’un d’entre eux. En effet, il dispose d’un pouvoir formidable : celui d’entendre les pensées d’autrui. Enfin, quand je dis formidable : honnêtement, vous aimeriez entendre les pensées d’adolescents, vous ?

Arrivé devant la salle dans laquelle il enseigne depuis des années, Charles fait pivoter d’un geste son fauteuil, et passe le seuil de la porte pour pénétrer dans la pièce où une vingtaine de jeunes gens sont fort occupés à discuter de sujets divers ; voyant leur professeur arriver, ils le saluent vigoureusement avant de rejoindre leurs tables dans un léger chahut, mélange de bruits de trousses que l’on ouvre et de chaises que l’on tire.

"Bonjour les enfants", s’exclame le professeur en s’installant derrière son bureau. "Aujourd’hui, je vous propose de parler de l’Amérique du Sud, puisque comme vous le savez, nous avons déjà étudié l’Am…" ;

"Ho non, pas l’Amérique du Sud. C’est chiant."

"Tiens ? Kevin a mis son pull moche aujourd’hui. Il devrait apprendre à s’habiller, le pauvre."

"Où j’ai foutu mon stylo bleu ? Raaah, il était là. Merdeuuuuh merdeuuuh meeeeerde, où… hmm… ah… peut-être dans la poche avant de mon sac…"

L’espace d’un instant, le professeur porte ses mains à son visage, comme pris d’une migraine. Il doit se concentrer. Il ne faut pas qu’il prête attention aux pensées de ses étudiants.

"La vache ! C’est moi ou Brenda a encore pris des nichons ? Hmmm… je me la ferais bien !"

"Ourf… qu’est-ce que j’ai mal au bide ! Hoooo… j’aurais dû aller aux toilettes ce matin… vu le baleineau que je dois avoir en bout de toboggan, je dois pas être loin de ressentir ce que sent une femme enceinte."

Le professeur crispe sa mâchoire… il doit… se concentrer… saloperies de jeunes qui pensent à… il faut qu’ils se concentrent sur ce qu’il… péniblement, Charles parvient à articuler "Je… l’Amérique du Sud, donc, que vous connaissez principalement au travers de certains…"

Soudain, il l’entend.

Il écarquille les yeux ; non ! C’est impossible ! Pas cette pensée ! Pas celle-là ! C’est déjà assez dur quand on l’a soi-même alors… non ! Non ! Que… Arrêtez ! Arrêtez !  Dans la tête d’une élève au fond, il peut parfaitement l’entendre. C’est affreux. La plus immonde des pensées est là : pire que l’étudiant qui se souvient du porno qu’il a vu la veille, pire que celui-ci qui repense à la cuite qu’il a prise et qui a encore une grosse migraine… c’est…

Il ose à peine murmurer le nom de cette menace. Déjà, il sent ses tempes devenir douloureuses et le sang bouillir derrière son crâne. Sa vision se trouble, et l’espace de quelques secondes, il manque de choir de son fauteuil.

Qu’arrive t-il au professeur Xavier ? Comment en est-il arrivé là ? Répondons à ces questions en commençant avec un peu d’histoire, en nous tournant vers X-Men First Class.

Spoilons mes bons.

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L'affiche : chez les X-Men, si t'as pas la combi officielle, c'est que tu es méchant(e)

Le film s’ouvre sur un endroit fort joyeux : un camp de concentration polonais en 1944.

Erik Lehnsherr, jeune adolescent juif, a la malchance d’être du peuple élu du mauvais côté des barbelés, et d’être séparé de sa maman qu’il aime tant lors de son arrivée au camp alors que des gardes les emmènent dans deux directions opposées. Sous la pluie battante (c’est une scène triste, il pleut donc comme il se doit, avec des gouttes grosses comme les ficelles de l’intrigue : d’où l’expression "pleuvoir des cordes"), notre jeune héros est soudain possédé par le désespoir et la colère, tant on touche pas à sa mère comme ça, et se met à hurler tout en tendant les mains vers sa maman de l’autre côté du portail qui les sépare : un phénomène étrange se produit alors, puisque tous les barbelés se tordent, les barres métalliques se plient, et les pauvres soldats qui tentaient de traîner l’enfant loin de là s’aperçoivent que même à 5, ils ne sont pas assez forts : c’est comme si le morveux était aimanté. Histoire de bien lui faire comprendre qu’il commence à faire chier, l’un des fiers germains du coin lui colle un coup de crosse dans la gueule, et tout redevient calme (si vous aussi vous avez des enfants turbulents, vous savez ce qu’il vous reste à faire). Seul le portail complètement tordu porte les stigmates de la curieuse scène qui vient de se dérouler sous les yeux de moult témoins, parmi lesquels un médecin du camp : Sebastian Shaw.

Ce dernier est fort intrigué : le petit juif disposerait-il de über-pouvoirs ? Il doit vérifier, et le fait donc emmener dans son bureau, en lui proposant un exercice simple : jeune Erik, veux-tu bien faire bouger cette pièce de monnaie nazie (le choix n’est pas anodin : un bon nazi sait qu’il doit utiliser de l’argent pour motiver un juif, il l’a lu dans "Mein Kampf pour les Nuls") ? L’adolescent se concentre très fort, devient tout rouge, mais ne parvient guère à remuer sa cible. Sebastian tente donc de motiver un peu plus sa victime en faisant amener sa maman dans le bureau, encadrée par deux gardes : il va compter jusqu’à 3, et si une fois cela fait, Erik n’a pas fait bouger la monnaie, Maman Lehnsher devra tenter d’arrêter une balle avec son front, ce qui n’est pas facile, même en supposant que l’on fronce les sourcils très fort au bon moment.

Erik redouble d’efforts, et se concentre incroyablement sous les encouragements de sa maman ; mais las : la pièce refuse de bouger, et Erik entend donc soudain une détonation suivie d’un bruit sourd : Le Docteur Shaw vient de refroidir sa môman, ce qui n’est pas très courtois. C’est donc parti pour une grosse colère du petit bonhomme, qui se met à hurler "Rrrgnneeuuuurrrggnnnnnn" (ou quelque chose de proche), et compresse par la seule force de son esprit, tous les trucs qui passent : une petite cloche qui reposait sur le bureau, un casier de documents, des instruments chirurgicaux ainsi que les tables en métal qui attendaient dans la salle d’à côté derrière une porte vitrée, et même les casques des deux gardes qui étaient là, leur écrasant le crâne avec, ce qui leur fait relativement bobo au point de les tuer. Une fois cela fait, Erik se calme, et le Docteur Shaw, qui hurlait "Ouiiiiii vas-y, fais toi plaaaaais’ !" jusqu’alors en voyant ce spectacle de destruction s’exclame : "Ach ! Bravo kleine galopin ! Ensemble, nous allons faire de grandes choses !" : et lui tendant la main, il voit le petit Erik désormais orphelin venir poser sa petite mimine dans la sienne. Limite il n’ajoute pas "Ach, ch’ai tué ta Maman ! Tu mérites bien ein grosse kinder zurbrize bour gombenzer ! !".

Oui. Le gosse, on bute sa mère devant ses yeux, il devient ivre de rage, et il prend bien soin de ne surtout pas blesser ou pire, tuer, l’assassin de celle-ci, qui est pourtant en face de lui, et couvert de trucs plus ou moins métalliques (il a des lunettes dans la bonne matière, des chaînettes, boutons et montre pour aller avec, un lüger rempli de balles à la main… mais non), sans compter toutes les armes à portée (ex : les instruments chirurgicaux, et je n’ai pas parlé des armes à feu des gardes ou de leurs baïonnettes). Mieux encore, non seulement il épargne le médecin, mais il se fait adopter par lui dans la minute qui suit le meurtre de sa mère par ce dernier sous ses yeux. N’oubliez pas les enfants : si vous voulez devenir ami avec Erik Lehnsherr, pensez à buter un membre de sa famille sous ses yeux.

Qu’il est bête. Ou alors, si, ça peut se tenir : il haïssait peut-être sa mère depuis le jour où elle avait refusé de lui acheter ce skate-board à l’effigie du führer sur le marché de Düsseldorf , et il est fort content d’en être débarrassé grâce à Sebastian Shaw, ce qui explique cette amitié-éclair avec son assassin. Enfin bref, passons, et allons plutôt aux Etats-Unis.

A la même période, donc, il se passe des choses au pays du hamburger : dans un immense manoir, Charles Xavier, jeune morveux, entend des bruits dans la cuisine familiale ; ni une, ni deux, équipé de sa batte de base-ball préférée, il se rend dans la pièce incriminée pour voir qui ose se lancer dans de nocturnes aventures au sein de sa demeure (et potentiellement éclater son museau au responsable) : il tombe nez-à-nez avec sa mère, visiblement en train de taper dans le frigo pour se faire une petite choucroute à 3h du matin. Cependant, on ne la fait pas à Charles : 1) il sait que sa mère ne fout jamais les pieds dans la cuisine, c’est pour la plèbe, 2) elle ne mange pas de choucroute, ça la fait péter, 3) il lit dans les pensées de la bougresse et réalise qu’il s’agit en fait de quelqu’un ayant pris l’apparence de sa mère. Le bon Xavier somme donc l’intruse de montrer sa vraie apparence : celle d’une petite fille à la peau bleue qui se présente sous le nom de Raven. Charles étant un gentil génial, il comprend qu’elle vole dans les frigos pour survivre, et lui propose de vivre avec lui au sein de sa famille : "trop cool", se dit la morveuse, qui accepte.

Bon par contre, v’la l’explication le lendemain : "Papa, maman, j’ai trouvé une roumaine dans la cuisine cette nuit : allez, maintenant, elle va habiter avec nous ! Hein ? Dis ! Allez ! Steuplé papa, on peut la garder ? Je m’en occuperai ! Je lui donnerai à manger ! Je la promènerai ! Je changerai sa litière, alleeeeeeeeez dis ouiiiiiiiiii !". Mais autant papa et maman Xavier avaient dit non pour un chat ou un labrador, autant ils disent ok pour une roumaine métamorphique. Soit.

Mais avançons un peu dans le temps, et retrouvons Charles quelques années plus tard, qui est devenu un fier jeune homme qui se prépare à soutenir sa thèse de génétique sur les mutations dans l’histoire, parce que par exemple, il y a plein de mutations : les couleurs d’yeux, de cheveux, tout ça, paf, mutation. Mais ce n’est pas le genre de sujets qui fait rêver les minettes ; aussi, le soir, dans les pubs, Charles dragouille un peu de l’étudiante : grâce à ses pouvoirs, il peut par exemple savoir ce qu’elles aiment, et ainsi mieux les approcher. Éventuellement, il peut aussi leur ordonner de retirer leurs soutifs, mais il ne le fait que peu ce qui, je dois bien le reconnaître, m’a déçu. En tout cas, ça rend la petite Raven, qui a désormais adopté l’apparence d’une blondinette, assez jalouse, et elle ne se gêne pas pour pourrir ses plans à son simili-frangin. Il faut dire que la puberté est passée par là, et que Raven est en pleine crise existentielle : sa vraie apparence étant socialement contestable, elle doit passer ses journées à se cacher sous d’autres formes. C’est trop nuuuuuuuuuuuul. Encore un peu, et avec sa crise identitaire, elle devenait gothique.

Sauf que pendant que l’on se pose mille et une questions, il s’en passe des choses, ailleurs : à Las Vegas, une certaine Moira MacTaggert, agent de la CIA, est en planque devant un club privé, dans lequel pas mal de beau monde a l’air de se rendre. Elle est là pour surveiller le général Jean-Jacques, un gros ponte de l’OTAN qui vient s’encanailler et qui trame des trucs plus ou moins louches. Moira a l’oeil : après avoir vu sa cible rentrer dans le bâtiment, elle constate que quantité de nanas en sous-vêtements coquins semblent entrer sans encombres ; voilà une excellente ruse pour s’infiltrer dans la place : notre donzelle se désape, et comme elle a toujours des trucs coquins sous sa tenue de travail (et que coup de bol, elle n’est pas un vieux tromblon), elle peut rentrer sans soucis au milieu des autres filles. Vous avez compris les filles ? TOUJOURS mettre des trucs sympas sous votre tenue de travail. On ne sait jamais quand ça pourrait servir.

Une fois à l’intérieur, et suivant le flot, elle arrive dans une salle de jeux cernée par des alcôves où les filles emmènent leurs clients pour des prestations privées avant de tirer un rideau mauve pour isoler le renfoncement du reste de la salle. Moira repère une nana toute vêtue de blanc guider le général Jean-Jacques dans l’une des niches avant, là encore, de tirer le rideau, aussi fonce t-elle à sa poursuite, sauf que lorsqu’elle écarte le bout de tissu pour rejoindre le général et sa pupute : plus personne ! Ils ont disparu !

"Arrêtez de dire que je suis une pupute parce que je m'habille comme ça en réunion ! Je suis une Reine, c'est très différent !"

Crotte alors… comment cela est-il possible ? Mademoiselle fouille et notant un cendrier sur la table, appuie dessus : hop ! Passage secret ! La niche se met à tourner sur elle-même et emmène Moira dans un petit bureau désert couvert de documents marqués "top secret" avec des rapports en russe dedans. Oui : n’importe quelle nana faisant la serveuse dans ce club et nettoyant les cendars’ ou mec écrasant son cigare à cet endroit qui est ouvert au public risque de se retrouver en possession de documents du KGB. Super discret. Surtout dans un club visiblement très fréquenté. Mais ce n’est pas tout : dans une pièce voisine du bureau, l’agent McTaggert entend des voix : toujours équipée uniquement de ses sous-vêtements, elle se dirige donc vers l’origine des bruits et jette un oeil à ce qu’il se passe ; et figurez-vous que ce n’est pas rien.

En effet, le général Jean-Jacques boit tranquillement un verre au milieu de personnes plutôt louches : et tout d’abord leur chef, Sebastian Shaw, ex-médecin dans un camp de concentration que l’on a vu au début du film, mais visiblement toujours aussi jeune (voire plus, comme cela est mystérieux !) mais plus riche et pédant encore qu’autrefois, et qui explique qu’il aimerait que le général accepte de déployer des missiles atomiques en Turquie. Ainsi, le bloc de l’Ouest serait capable de pulvériser l’URSS avant même que celle-ci n’ait le temps de riposter.  Lorsque le général refuse, du fait que cela pourrait être une provocation menant à un conflit mondial, Sebastian présente ses acolytes pour l’effrayer un peu : la pupute blanche est en fait la Reine Blanche, une nana capable de transformer son corps en diamants, ce qui est pratique pour se la péter dans les soirées mondaines, et qui est télépathe à ses heures. Riptide, un type capable de créer des tornades à volonté, et Azazel un mec à la peau rouge et avec une queue de démon pouvant se téléporter selon son bon plaisir, seul ou avec d’autres personnes du moment qu’il les touche. Shaw s’amuse donc du fait que le général soit fort impressionné par les supers-pouvoirs de ses hommes, puis ajoute à cette couche menaçante une belle offre pleine de pognon pour achever de le convaincre, ce qui fonctionne plutôt pas mal tant le général semble aimer le pognon. Une fois cela fait, il fait téléporter Jean-Jacques via Azazel pour on ne sait où.

Moi, quand j’ai un mec qui peut se téléporter avec autrui à volonté, je ne m’emmerde pas à faire construire des passages super-pas-secrets dans des clubs de canaillous sur-fréquentés où tout le monde peut me trouver à n’importe quel moment juste par accident : je dis "Venez Jean-Jacques, rendez-vous au Macumba ce soir dans la loge 8", et une fois dedans, pouf pouf, je le fais téléporter à moult bornes de là dans un bureau tranquille où personne n’a aucune chance de tomber, même en cas de filature de Jean-Jacques. Mais bon, je ne suis pas un méchant supposément génial, moi, je dois forcément me tromper. C’est tellement mieux un passage pourri qui mène droit à des documents secrets (et où il n’y a même pas une lampe ou un son pour avertir les gens dans la pièce d’à côté que le passage vient d’être activé et qu’on risque de les espionner/les déranger).

Moira McTaggert, qui a tout vu sans se faire repérer, file donc vers sa voiture restée devant le club et attrape sa radio pour appeler le patron de la CIA, en pleine réunion au Pentagone : elle lui explique que comme on lui a ordonné, elle a suivi le général Jean-Jacques, mais que celui-ci a été corrompu par des mutants avec des supers-pouvoirs, et que… "Shut up, bitch", la coupe son patron : il ne sait pas ce qu’elle raconte, mais c’est probablement du caca, puisque le général Jean-Jacques n’est pas à Las Vegas, mais bien au Pentagone où il vient d’arriver, et à moins qu’il n’ait fait 10 000 kilomètres en quelques secondes, ça parait compliqué qu’elle puisse l’avoir vu quelques minutes avant dans un club de la célèbre ville des joueurs. McTaggert se fait donc raccrocher à la gueule. Et la réunion commence donc très fort, puisque le général Jean-Jacques, comme on le lui a demandé, demande l’installation de missiles américains en Turquie : pouf, en 2 minutes, c’est voté.

Tout cela soulève plusieurs problèmes :

  • Azazel sait où téléporter quelqu’un au sein du Pentagone sans faire de témoins ? Il sait quelle pièce est déserte et à quelle heure ? Il est fort.
  • Le général ne savait pas que Shaw pouvait le téléporter à Washington en quelques secondes. Alors s’il était attendu à une réunion du Pentagone sur la sécurité mondiale, que foutait-il à Las Vegas ? Il ne pouvait pas rencontrer Shaw un autre jour ? Genre la veille ? Et plus près ?
  • Personne ne semble remarquer autour de la table où tout le monde est en uniforme que Jean-Jacques est le seul mec en smoking.
  • Je suis patron de la CIA, j’ai ordonné une enquête sur un chef d’état-major US, je sais que ce soir, il est à Las Vegas pour rencontrer des gens louches, c’est même pour ça que je prends en pleine réunion les appels des gens censés me tenir au courant de ce qu’il se passe, et ces derniers m’informent que le général vient de disparaître alors qu’il était en plein entretien secret avec des gens frayant avec l’Est. Et au même moment, le même général, que j’ai fait suivre jusqu’à Vegas, apparaît à Washington : sans même penser à l’hypothèse de la téléportation, je soupçonne très très fort que j’ai affaire à un sosie/une ruse quelconque particulièrement louche. Et je suis conforté dans mon hypothèse par l’attitude du général qui à peine arrivé, parle de foutre la zone et de briser l’équilibre de la guerre froide, chose qu’il n’avait jamais faite auparavant.
  • Il suffit d’un général pour prendre une telle décision en une soirée ? Mazette, au Pentagone, ils ont les réunions les plus productives de l’histoire.

Je continue ou ça ira ? Allez, on va s’arrêter là dans l’immédiat.

McTaggert de son côté est toute frustrée de voir que personne ne la croit : plutôt que de souligner les incohérence ci-dessus, ou même de transmettre les documents en russe qu’elle a trouvé dans le bureau à sa hiérarchie et qu’elle avait l’air de trouver particulièrement sensibles quand elle les a vus (elle lit le russe), elle préfère s’exclamer "On va avoir besoin d’un spécialiste des mutants !". Ou d’un cerveau, au choix. Mais comme nous le verrons plus tard, contrairement à sa réputation, Charles Xavier n’a que l’une de ces deux compétences.

Ça tombe bien, quelques jours plus tard, à Oxford, notre bon Charly décroche son diplôme de Professeur pour sa thèse sur la génétique, sous les applaudissements des présents. Il va donc, comme il se doit, se rincer la tronche avec les copains pour fêter ça, histoire de finir la soirée à vomir dans le pub alors que Patrick Sébastien chante "Tournez les serviettes". Mais au milieu de la beuverie surgit la belle Moira, qui explique qu’elle a besoin de toute urgence de son aide. Hop, pour Charles, c’est le moment d’utiliser ses supers-pouvoirs : pouf pouf, il lit ses pensées, découvre ses mensurations, et apprend ce qu’elle a vu à Las Vegas, ainsi que qui sont ses employeurs. Soit, dit le bon Xavier qui sent le danger des vilains mutants que Moira a surpris, je vous aiderai dès demain. Là, j’ai un peu bobo têtête, et puis je peux pas vous aider ET faire tourner ma serviette.

Le pouvoir de Charles Xavier ne marche pas s'il ne lève pas manuellement son sourcil gauche pour faire une tête genre "Ha haaaaa..."

Et donc, quelques jours plus tard, au Pentagone, le professeur Charles Xavier fait une présentation au patron de la CIA expliquant que bon, voilà, oui, il y a des mutants dans la société, et qu’effectivement, ils peuvent avoir des pouvoirs paranormaux comme lancer du feu, se téléporter ou apprécier Nadine Morano. Le chef des services secrets ricane donc en disant que tout cela est ridicule, et reste pessimiste, même lorsque Charles lui explique que lui-même est un mutant et qu’il peut lire ses pensées, et ainsi savoir que depuis une demi-heure, le big-boss de la CIA pense "Il faudra que je pense à sortir Scrappy en rentrant, si je ne veux pas qu’il bousille le tapis. Sacré Scrappy !". Devant le manque de succès de cette démonstration, c’est donc Raven (allez savoir ce qu’elle fichait là) qui décide de changer d’apparence devant tout le monde pour appuyer le propos en faisant une démonstration de son peu banal pouvoir : la CIA est donc convaincue. Et propose aux mutants d’intégrer un laboratoire où ils pourront développer leurs capacités et se regrouper pour lutter efficacement contre les méchants mutants de Sebastian Shaw.

Mais justement : avant d’aller au laboratoire, Charles pense déjà savoir où se cache Shaw grâce à ses grands pouvoirs, et propose à Moira de lancer une opération pour l’arrêter. Après tout : plus tôt ce sera fait, mieux ce sera.

Je parle, je parle… et je suis sûr que pendant ce temps, vous vous arrachez les cheveux en vous demandant "Et le petit Erik dans tout ça ? Qu’est-il devenu ? Je m’inquiète, assez, assez, dites-moi tout !" : j’y viens ! Le petit garçon a bien grandi, et est désormais un adulte grognon qui cherche à retrouver les nazis qui lui ont fait du mal ainsi qu’à sa famille. Oui, il lui a fallu 18 ans pour réaliser que "Ah, oui, merde en fait : Sebastian Shaw, il a pas été gentil de tuer ma mère. J’aurais peut-être dû le buter plutôt que de devenir son pote si j’avais été un peu cohérent.", enfin bon, mieux vaut tard que jamais. C’est donc à Genève qu’on retrouve trace de notre ancien déporté, qui se rend dans une banque du pays du fromage à trous : il a en effet avec lui un lingot d’or frappé du symbole du IIIe Reich, dont il se sert pour rencontrer le directeur local, en charge de ce genre d’opération de dépôt, disons, sensible. Sauf qu’une fois en présence de l’honorable banquier, Erik ne parle pas vraiment ouverture de compte et agios : il utilise plutôt ses pouvoirs magnétiques pour jouer avec ses plombages et le torturer un peu en lui demandant gentiment où se cache l’un de ses clients du nom de Sébastien Shaw. L’homme résiste un peu, mais lorsque le métal commence à lui sortir de la bouche, il finit par cracher le morceau tant au sens propre que figuré : celui qu’Erik recherche est en Argentine ; satisfait, notre héros quitte donc les lieux pour attraper le premier avion pour Buenos Aires.

J’imagine bien Erik dans l’avion l’emmenant au-dessus de l’Atlantique, en train de se dire "Hmmm, je crois que j’ai encore été un peu con : j’aurais dû lui demander une adresse. Je crois que l’Argentine, c’est grand en fait."

Par on ne sait quel raccourci magique (probablement en suivant les traces d’import de bière allemande, sans laquelle le Germain ne peut survivre loin de chez lui), il finit cependant par trouver une petite taverne au milieu de nulle part (oui parce qu’en plus, ce n’est même pas dans une ville ou un village : il retrouve par enchantement un bâtiment installé en plein milieu de la pampa sans autre construction humaine autour. Très fort), et y rencontre trois personnes : le tenancier et deux clients. Erik, bon vivant, engage vite la conversation sur le fait qu’il est allemand d’origine, ce en quoi ses compagnons de bière s’exclament "Ja ! Nous zaussi !" ; mais pas le dernier pour la déconne, notre larron ajoute promptement "Et je suis juif aussi", ce qui provoque moult sifflotements innocents et regards en direction des chaussures de la part des autres présents. Aucun ne pense à détendre l’atmosphère d’un bon "Allons ! A l’époque, nous étions tous dans le même camp !" en faisant de gros clins d’oeils appuyés sur le mot camp, l’humour nazi étant souvent source de malentendus. Erik, lui, remarque vite que ses interlocuteurs sont en train de sortir diverses armes, genre pistolets et dagues SS pour se débarrasser de lui, mais grâce à ses pouvoirs, il les éclate bien vite. Et il note une photo sur le mur sur laquelle on voit Sebastien Shaw en compagnie des nazis qu’il vient de dézinguer devant une photo marquée "Miami". Ni une, ni deux, il s’y rend donc sur le champ.

Là encore, dans l’avion survolant le Brésil, Erik a dû se dire "Roooh, crotte de bique ! Si ça se trouve, la photo avait 15 ans ou même elle avait été prise en vacances et Sebastian n’est plus là-bas depuis longtemps, ou n’a jamais habité Miami ! J’aurais peut-être dû leur demander directement où il était. Décidément, quelle tête de linotte je fais, hihihihi."

Ok. Ce n’est donc définitivement pas notre petit Erik qui va remonter le niveau général.

Mais coup de bol : Sebastian Shaw est toujours à Miami, en effet, puisqu’il réside sur place à bord d’un luxueux yacht. Il se permet même d’y recevoir le général Jean-Jacques, venu réclamer le pognon qu’il a gagné à la sueur de sa corruption sur la question des missiles turcs. D’ailleurs, le haut-gradé a tout prévu : pour être sûr de pouvoir repartir avec son argent sans finir massacré par des mutants aux pouvoirs mystérieux, il est venu avec une grenade qu’il menace de faire exploser si jamais on ne lui donne pas ce qu’il veut. Ce faisant, il tuera tous les présents sur le pont (en même temps, moi, en présence d’un mec capable de me téléporter loin de là pour que je me retrouve tout con avec ma grenade et d’un autre pouvant me souffler vers l’horizon à coups de tornades, j’aurais cherché une autre stratégie). Pas de problèmes ! Répond Shaw : passe-la moi ta grenade, je vais la dégoupiller moi-même : ce qu’il fait. Au point de la faire exploser entre ses mains ! Sauf que : voici que Sebastian lui-même est un mutant… dont le pouvoir lui permet d’absorber l’énergie : électricité, explosions, balles envoyées sur sa tronche… il en absorbe toute l’énergie sans soucis, ce qui le rend totalement insensible à tout cela. Et lui permet en plus de s’en servir pour deux choses :

  • rester jeune et plus ou moins beau
  • utiliser le surplus absorbé comme arme et par exemple, désintégrer un général Jean-Jacques peu coopératif. Ce qu’il fait.

Plus personne ne parlera donc jamais du pauvre Jean-Jacques du film, ou ne cherchera à savoir ce qu’il est advenu de lui. C’est vrai quoi : le patron de la CIA a vu de ses propres yeux que les mutants existaient grâce à Raven, a tout le rapport de Moira dans lequel on lui explique que Jean-Jacques a été corrompu par une puissance étrangère pour faire installer des missiles en Turquie, rapport rendu crédible, y compris sur la partie de la téléportation, par le fait que l’on sache désormais que c’est possible, et voilà que Jean-Jacques, juste après avoir fait passer l’idée des missiles, disparaît.

C’est pas suspect au point que l’on annule/revienne sur la décision de suivre son plan ? Non ? Non.

Passons sur ces évènements, et revenons au yacht en rade de Miami : la nuit est désormais tombée, et tout semble calme. Pourtant, dans l’eau, une silhouette s’agite plus que de raison : il s’agit d’Erik, qui a localisé le rafiot de son ennemi juré et qui prépare une opération commando sur ce dernier. Il nage donc doucement jusqu’au navire, et surgit donc soudainement sur le pont, dérangeant Shaw, la Reine Blanche et Riptide, qui étaient en pleine soirée pyjama à rire de bon coeur en mangeant de la glace. La Reine Blanche perçoit donc dans ses pensées son intention de tuer les présents (heureusement que tu es télépathe ! Sinon, l’arrivée nocturne et discrète d’un mec en tenue commando brandissant un couteau, ça aurait pu te mettre sur la piste aussi), et Riptide réagit promptement en rebalançant Erik à l’eau d’une bonne tornade dans la face. Mais le répit est de courte durée : au loin, incroyable coïncidence, arrive au même moment une corvette de la marine qui ordonne aux occupants du yacht de se rendre : à bord, Moira McTaggert et Charles Xavier guident l’opération visant à capturer le vilain Shaw. Des commandos sur des zodiaques sont rapidement envoyés vers l’ennemi, mais de terribles tornades les renversent et les repoussent comme il se doit. Charles, lui, sent bien la présence d’une télépathe ennemie aux côtés de Shaw, ce qui l’empêche de prendre le contrôle de ce dernier pour l’obliger à se rendre. A l’inverse, la Reine Blanche aussi sent bien qu’il y a un télépathe aux côtés des hommes du gouvernement. Et en plus, dans le même temps, histoire de rendre la situation encore plus chaotique, Erik, depuis l’eau, utilise ses pouvoirs pour manipuler l’ancre du navire de l’ex-médecin de la mort et s’en sert pour commencer à défoncer le pont de celui-ci. Au prix du yacht, j’ai quand même envie de dire que c’est un petit enfoiré.

Vite, s’exclame Sebastian Shaw ! Il faut filer ! Pas de problèmes : son bateau, il l’a piqué à Rastapopoulos : en-dessous du yacht se trouve un véritable sous-marin nucléaire ultra-design, avec même des néons dessus (si) pour faire de la lumière sous l’eau, ce qui est très pratique pour se faire repérer. D’ailleurs, ils les laissent bien allumés, là, alors qu’ils tentent de fuir vite et bien, comme quoi, ça fait vraiment partie des trucs vus comme indispensables par l’équipage. Et je ne vous parle même pas de l’intérieur du submersible : c’est tout propre, design, et tout et tout : le top du top de la classe étant bien évidemment le réacteur nucléaire, lui aussi conçu façon meuble futuriste, à peine plus gros qu’un bureau. Salle du réacteur qui n’est séparée du salon du sous-marin (tout sous-marin a son salon, enfin !) que par une petite porte coulissante. On peut donc boire son thé dans un fauteuil tout en se faisant méchamment irradier la gueule : c’est bien ("Hmmm, il est bon ce martini ; je le savoure pour oublier la douleur provoquée par ce troisième bras qui me pousse sur la fesse"). Pour le reste, le tout fonctionne avec un équipage limité : Azazel, Riptide et la Reine Blanche, qui ont visiblement tous leur BTS de sous-marinier, suffisent à le faire fonctionner.

"Vite, fuyons ! Ah, si seulement l'un d'entre nous avait un pouvoir de téléportation... Azazel, démarre le sous-marin !"

Hé bé. Même aujourd’hui on en a pas des comme ça. C’était moderne, 1962. Tiens d’ailleurs, pourquoi s’enquiquiner à utiliser un sous-marin tuning qui a dû coûter le PIB de la Californie pour fuir quand on a Azazel ? Je ne comprends pas bien. Surtout que pour suivre un mec qui se téléporte, il faut se lever tôt. Enfin bon, encore une fois : le méchant est supposément génial et maléfique, il doit avoir ses raisons.

Revenons en surface, alors que la corvette de la marine se contente de dire "Zut, ils s’enfuient" (retenez bien cela, car comme nous le verrons plus tard dans ce film, tous les marins semblent dénués de réactivité), plutôt que de, je ne sais pas moi, leur balancer une charge sous-marine sur le nez, ou tout simplement, enclencher le sonar pour les suivre. Erik, lui, n’est pas prêt à les laisser se barrer, et tente d’utiliser ses pouvoirs pour stopper le sous-marin en le tirant en arrière, mais hélas, il n’est pas assez puissant : c’est lui qui est tracté vers le fond. A aucun moment, il ne pense que ses pouvoirs pourraient lui permettre, entre autres : de plier les pales de l’hélice pour arrêter le sous-marin, de transformer le gouvernail en cocotte ou autre figure d’origami, ou plus simplement, d’ouvrir une écoutille pour noyer tout ce petit monde : je suis sûr que si Sebastian Shaw peut absorber l’énergie, il a plus de mal quand il s’agit de milliers de litres d’eau. Aucun sens pratique ces jeunes.

C’est donc Charles qui, depuis la corvette, sentant la présence d’un mutant derrière le sous-marin, saute à l’eau façon Alerte à Malibu, le maillot en moins, pour éviter la noyade à ce dernier et le ramener à la surface. Erik est donc un peu colère, puisqu’il ne peut plus que se contenter de voir la lumière du sous-marin tuning s’éloigner sans que personne ne remue le petit doigt. Moi-même, j’étais un peu perplexe.

La mission de capture de Sebastian Shaw est donc un échec. Qu’importe : Charles ne baisse pas les bras, et se rend donc en compagnie d’Erik et de ses autres compagnons habituels dans un laboratoire secret que la CIA se propose de mettre à disposition des mutants pour les aider à protéger l’Amérique des vilains brigands de Shaw. Sur place, ils rencontrent donc un autre mutant : Hank McCoy, dit Le Fauve, qui a la particularité d’être un génie (il a par exemple conçu un supersonique fort moderne, capable de faire du sur-place quand le besoin s’en fait sentir), et donc comme tous les génies de film, il est génial dans tous les domaines scientifiques. Son super-pouvoir n’est cependant pas là : il dispose de gros pieds façon gorille. Voilà. Trop cool. Il peut donc s’accrocher aux branches la tête en bas, ou commander des chaussures pointure 57. C’est ce que j’appelle un beau pouvoir de merde "Regarde ! Je peux écrire avec mes pieds !" : à part exciter Georges Tron, ça n’a que peu d’intérêt. Mais Raven le trouve en conséquence très séduisant : elle aussi au naturel n’a pas un physique accepté de tous, aussi cela la rapproche du jeune scientifique. Qui se propose d’utiliser les gènes de la métamorphe pour créer un sérum apte à donner une apparence "normale" permanente aux mutants sans pour autant supprimer leurs pouvoirs ; la jeune fille bleue est donc très enthousiaste à cette idée. Elle pourrait peut-être enfin couchailler.

Dès le lendemain de leur arrivée, la CIA a une bonne nouvelle pour nos héros : McCoy a reprogrammé en 1h le radar de la base pour en faire un amplificateur d’ondes cérébrales, capable de permettre à Xavier de sentir la présence de mutants sur des milliers de kilomètres, ce qui est moins que le temps nécessaire au montage d’un meuble Ikea. En effet, Charles a prévu de recruter des mutants pour pouvoir combattre l’armée de Sebastian Shaw. L’outil est donc fort pratique : il suffit au jeune professeur d’enfiler un casque pour soudain apercevoir des centaines de mutants dissimulés au sein de la population américaine ; à noter que pendant ce temps, un ordinateur de 1962 d’une puissance d’au moins 8 Ko détecte les coordonnées de chaque mutant ainsi repéré, histoire d’ensuite aller les recruter. C’est très puissant. C’en est à se demander pourquoi on a attendu pour inventer le GPS.

Avec la liste des coordonnées, Charles et Erik s’en vont donc recruter plusieurs larrons :

- Angel Salvadore, une strip-teaseuse qui dispose sur le dos de tatouages représentant des ailes insectoïdes genre petite fée (mais fée prostipute alors), qu’elle peut rendre réelles en un clin d’oeil. Autre pouvoir top classe : elle peut cracher des boules mi-caca mi-acide bien immondes, ce qui ne donne pas trop envie de lui rouler des patins. Ou de lui parler gâteries. Rien que d’y penser, brrrr.

- Sean Cassidy, un adolescent rouquin qui peut projeter en criant des ondes qui font par exemple exploser le verre. Il est donc fort logiquement recruté dans un concert de Justin Bieber, où il gueule au premier rang "Babybabybabyhoooo". J’espère que son surnom de mutant sera "Bâbord", car comme chacun sait, c’est à bâbord qu’on gueule le plus fort.

- Alex Summer, un jeune homme disposant d’un incroyable pouvoir : il peut faire du hula-hoop laser. Oui. Je… comment dire… bon, ne disons rien. Ça n’a pas dû être facile à vivre pour lui. Sa sexualité a dû souvent être remise en cause.

- Darwin, un chauffeur de taxi noir dont le pouvoir est qu’il peut s’adapter pour survivre (des branchies lui poussent par exemple si on lui met la tête dans l’eau, sa peau se transforme en pierre si on le frappe, etc). Même si pour le coup, on s’est foutu de sa gueule : s’il s’adaptait vraiment pour survivre, il serait blanc.

- Nos héros localisent bien un certain Wolverine, mais quand ils l’accostent pour lui proposer un boulot, celui-ci les invite à aller expérimenter certaines pratiques homosexuelles qui désappointent beaucoup nos héros, tant ils ont peu de goût pour les calembours à caractère discriminatoire. Ils le laissent du coup tranquille.

Une fois cette fine équipe réunie, nos héros retournent donc à leur base de la CIA, où ils apprennent une nouvelle intéressante : Shaw a été localisé. Il est quelque part en Russie, où il doit rencontrer dans une datcha isolée un certain général Volkov. Moira McTaggert, Erik, Charles et quelques soldats sont donc dépêchés sur place pour tenter de l’intercepter. Les jeunes, eux, sont laissés à la base pour apprendre à se connaître, et ils font donc une petite teuf qui est l’occasion pour eux de se trouver des noms de code : celui qui crie devient Le Hurleur, l’homme hula-hoop prend le nom de Havok, Darwin est intelligemment renommé Darwin (si), et Raven utilisera désormais le pseudonyme de Mystik (je suis pas sûr qu’elle avait besoin d’un surnom, déjà qu’elle a pas de nom de base). Ils trouvent aussi des surnoms pour Charles et Erik : le premier se voit attribuer le titre de "Professeur X", façon film porno, alors qu’Erik a le droit à "Magneto", même s’il y a eu une hésitation assez longue, certains proposant "Crumble aux Pommes", puisque ce n’était pas plus ridicule. Une fois cela fait, nos fieffés filous font donc une petite fête en se saoulant au coca, et tentent de voir si Mystik peut faire grossir sa poitrine à volonté, ce qui est le vrai intérêt de son pouvoir.

Ce petit con d'Alex, pris sur le fait alors qu'il s’entraînait au hula-hoop laser dans le garage parental.

Mais passons sur ces histoires de rebondissements mammaires, et retournons en URSS voir comment la mission se passe pour nos héros : sur place, tout ne se déroule pas comme prévu ; par exemple, Moira est surprise de tomber sur un checkpoint "signalé sur aucune carte" (salauds de russes ! Ils n’indiquent pas sur les cartes  où ils font des contrôles surprise ! J’espère qu’ils mettront des panneaux "Pour votre sécurité, contrôles militaires" ; ou des checkpoints pédagogiques, j’hésite encore), mais Charles a tôt fait de pénétrer l’esprit des soldats pour leur faire croire qu’il n’y a rien de suspect dans le camion banalisé qu’utilise le commando pour se déplacer. La troupe peut donc continuer jusqu’à la datcha, mais une autre surprise les attend : Shaw n’est pas venu en personne rencontrer le général Volkov : à la place, il a envoyé la Reine Blanche, qui a plus d’arguments pour convaincre un petit vieux ployant sous la charge de ses médailles. Erik, lui, refuse de rester là à observer sans rien faire : il passe donc à l’action malgré les ordres, et fait s’animer les barbelés autour de la base pour entortiller les sentinelles dedans. Et pour les soldats restants, il se contente de les désarmer et de les assommer à l’ancienne. Charles est donc obligé de passer derrière, et s’approche donc d’un soldat entortillé dans les barbelés (qui a la politesse de ne pas crier à l’aide ou de donner l’alarme) pour lui effacer la mémoire grâce à la puissance de son GHB spirituel. Ouais, enfin au réveil, le mec sera toujours enroulé dans du barbelé : j’espère que Charles lui implante au moins de faux souvenirs, genre "Ah ! Hier, on a un peu abusé lors de la soirée mousse au Lenin’s Folies : on aurait pas dû se rouler dans les barbelés en rentrant, huhuhu". Autre curiosité, Charles n’efface la mémoire qu’à un seul garde avant de foncer vers la datcha : tout le reste de la garnison a donc le parfait souvenir de ce qu’il s’est passé. Je ne vois pas trop l’intérêt de rendre amnésique qu’un seul mec quand il y a moult témoins, mais bon. En tout cas, notre professeur rejoint promptement Erik à l’intérieur de la résidence, et ils arrivent rapidement tous deux dans la chambre où le général s’était enfermé avec la Reine Blanche ; ils la trouvent sur place, en train d’hypnotiser le vieil homme grâce à ses pouvoirs.

Ni une, ni deux, elle tente bien de prendre sa forme de diamants pour être plus forte et mieux protégée contre les pouvoirs de ses ennemis, mais ses adversaires sont plus rapides : Charles endort le général pour ne pas être ennuyé (c’est à se demander pourquoi il n’a pas fait ça sur toutes les sentinelles pour aller plus vite au lieu de laisser Erik s’en occuper), et Erik s’occupe lui d’utiliser le métal du pied de lit pour en faire des liens qui se referment sur la vilaine pupute Reine Blanche. Crotte alors, la voici bien ennuyée ! Elle ne peut même pas garder sa forme de diamants, car sinon, Erik s’amuse à la stranguler avec le métal du lit pour la dissuader : et elle n’est pas maso, c’est qu’elle se transforme en diamants, pas en cuir. Ainsi affaiblie, Charles peut pénétrer son esprit et voir ce qu’est le plan de Sebastian Shaw. Attention :

Le bougre veut tout simplement déclencher une guerre nucléaire, comme ça, il ne restera que les mutants sur Terre, et plus d’humains.

Voilà voilà. Car c’est connu : les mutants résistent particulièrement bien aux explosions nucléaires. Et puis ça doit être tellement super de vivre dans un monde en ruines : je suis sûr que Sebastian Shaw a très envie de devenir fermier puisqu’il n’y aura plus personne pour remplir les rayons de son Intermarché. Ou alors, il est juste très con, et il n’y a pas pensé. Je penche plutôt pour cette deuxième option, puisque depuis le début, il a l’air bien débile, quand même, aucun de ses plans ne tenant debout.

Charles, après avoir appris cela, annonce la suite des opérations : on ramène la bougresse blanche vivante à la base, pour la laisser à la CIA (mais oui mon bon Xavier : toi qui aimes tant la vie et l’amour, tu es prêt à livrer une mutante ennemie à la CIA, qui ne la torturera et ne fera aucune expérience sur elle, hein, c’est pas du tout son genre). Sinon, tant qu’à être dans son esprit, tu pouvais la faire changer de camp : c’était simple, efficace, direct et ça te permettait d’avoir un agent double surpuissant. Mais bon, tout comme je ne suis pas aussi génial que Sebastian Shaw, je n’égale pas non plus le professeur Xavier.

Allons plutôt voir ce qu’il se passe pendant ce temps à la base de la CIA, justement, car il se trouve que de curieux évènements sont en train de se dérouler : déjà, des tornades suspectes sont soudainement apparues, alors que les jeunes mutants étaient tranquillement en train de se détendre, et ont commencé à attaquer le bâtiment, et à raser l’amplificateur d’ondes mentales que McCoy avait conçu. Ça ressemble à du Riptide. Par ailleurs, il y a de curieux sons : des petites détonations suivies de long cris : c’est Azazel qui se téléporte très rapidement derrière les gardes, les saisit, les fait réapparaître 100 mètre au-dessus de la base, puis les lâche avant de se téléporter. Un grand moment. Enfin, Sebastian Shaw en personne débarque et rentre dans la base sans soucis, puisqu’absorbant balles et roquettes pour rebalancer le tout sous forme d’énergie pure sur les gardes restants. A noter que ce dernier dispose en plus d’un immonde couvre-chef : un casque au design immonde conçu par les russes, supposé arrêter les ondes psychiques des télépathes : le filou prend ses précautions.

Une fois la base nettoyée, Sebastian et ses acolytes se rendent dans la salle de repos où les jeunes mutants se cachaient, et leur explique la situation : lui, il est gentil (c’est pour ça qu’il vient de tuer une cinquantaine de personnes avec ses gars alors qu’il pouvait se téléporter directement auprès des d’jeun’z pour leur causer sans encombres). Il veut juste que les mutants ne soient plus enquiquinés par les humains, et ne soient plus "esclaves" (dit il en regardant très fort et très subtilement Darwin, qui je le rappelle, est noir), mais plutôt des "rois". Angel, intéressée par ce raisonnement digne de Simplet, décide donc de rejoindre le camp des méchants (elle était strip-teaseuse à la base : un métier pas suffisamment moral, donc elle était forcément méchante au fond : qui montre son cul est forcément corrompu, dit le proverbe). Darwin, lui, fait aussi croire à Shaw qu’il le rejoint, mais il s’agit en fait d’une diversion ! Il crée suffisamment de confusion pour laisser à Havok le temps de tirer un de ses fameux hula-hoop laser, mais bien qu’il touche Sebastian Shaw, ce dernier en absorbe toute l’énergie. Et pour bien expliquer son désarroi, l’ex-médecin de la mort s’approche de Darwin et lui colle deux doigts dans la bouche (gros dégoûtant) avant de faire réapparaître les hula-hoop dedans. Le pauvre malheureux tente bien d’évoluer pour adapter son corps à cette menace, mais malgré plusieurs transformations (en métal, en pierre volcanique, etc), il finit tout simplement par être désintégré par l’énergie dégagée.

Adieu, pote black des héros. C’est tellement original.

Angel, sitôt devenue méchante, devient aussitôt capable de piloter le sous-marin nucléaire de Shaw, alors qu'elle est strip-teaseuse de formation. C'est fou.

Et pendant ce temps, Azazel, Riptide et Shaw se téléportent au loin accompagnés de leur nouvelle copine, Angel. Aussi, lorsque l’équipée qui était en URSS rentre à la base, elle retrouve celle-ci à demi-rasée, avec les jeunes recrues mutantes errant dans les ruines (oui, parce que Sebastian Shaw, il a beau être méchant et dire "Si vous n’êtes pas avec moi, vous êtes contre moi", il ne tue pas les gens contre lui et leur laisse le temps de s’organiser pour contre-attaquer. Je ne cherche plus). Charles propose alors de faire rentrer chacun chez soi, car tout cela est trop dangereux. Mais les filous veulent se battre et se venger. Et puis accessoirement, mon petit Charles, tu les avais pas recrutés pour se battre, justement ? Donc dire "C’est trop dangereux", tu aurais pu y penser avant. Monter une armée avant de se rappeler que la guerre, ça peut faire bobo, c’est un peu con. En tous les cas, la base est désormais inutilisable : le professeur propose donc la résidence de son enfance, le Manoir Xavier et son immense terrain pour en faire le nouveau centre d’entrainement de la troupe : soit.

Et si nous profitions de ce moment pour aller faire un tour à Moscou ? En effet, du côté de la Place Rouge, ça s’agite : Sebastian Shaw est venu achever de convaincre le général Volkov qu’il doit faire installer des missiles à Cuba, en réplique à ceux installés par les USA en Turquie. Et ça fonctionne : le gradé accepte. Et là encore, à lui seul, il parvient à convaincre en deux minutes tout l’Etat-Major soviétique de la nécessité de la manoeuvre : rapidement, l’URSS prépare donc un cargo transportant des missiles nucléaires pour les livrer à l’ami Castro. A noter : les soviétiques sont visiblement persuadés que les américains n’ont pas encore inventé l’avion, et ne peuvent donc pas observer leurs navires de haut : ils mettent donc bien en évidence sur le pont les missiles. Je rappelle qu’à la base, c’est supposé être une opération discrète. Ne manque qu’un panneau géant "ATTENTION : TRANSPORT SECRET DE MISSILES NUCLÉAIRES" au-dessus, et c’est bon.

Les américains apprennent donc, curieusement, la manoeuvre, et la tension commence à sérieusement monter entre les deux superpuissances, qui se rapprochent du conflit.

Éloignons-nous de ces évènements internationaux et retournons si vous le voulez bien à la résidence Xavier, afin de voir ce que font nos joyeux mutants en attendant la suite. Charles s’occupe de chacun pour aider à ce que tous améliorent leurs pouvoirs : il s’entraîne à la course avec Mc Coy, afin qu’il réalise que ses pieds lui permettent de courir bien plus vite que n’importe quel humain. Le même Mc Coy qui a réalisé pour Havok une tenue qui permet de concentrer ses hula-hoops en un seul gros laser qu’il peut tirer depuis son torse, ce qui lui permet de mieux viser. Pour le Hurleur, Xavier et Mc Coy réalisent une… tenue pour voler ?! Quoi ? Mais attendez, son pouvoir c’est de crier ! Vous auriez pas pu lui filer un mégaphone ? Ou un téléphone pour faire "Allô, Sebastien Shaw ? CRIKITUE !" ? Nan ? Parce que ça je suis sûr qu’il ne s’y attend pas. Bon, enfin : sans aucune raison, ils lui filent donc une espèce de tenue de base jump avec laquelle, en criant, il peut voler. Bon bon bon. Et Erik alors ? Et bien Charles lui montre une monstrueuse parabole à plusieurs kilomètres de la résidence, et lui propose d’essayer de la faire pivoter : impossible, trop loin et trop gros. Mais le professeur sait comment guider son ami : en l’aidant à se concentrer sur un souvenir amenant son esprit "entre la fureur et le calme total" : il fouille donc dans son petit crâne pour trouver le souvenir qui va bien, et trouve un passage où, enfant, il priait avec sa mère à la lueur de bougies. Ce souvenir est tellement beau que ça donne la force à notre Magneto de remuer la parabole (j’espère que ça servait pas à un papy à regarder un porno par satellite, sinon il a dû être bien vert "Héééé ma parabole, enfoirééé de Magneto !"). Donc oui, hein : Magneto, pour être au meilleur de sa forme et réaliser des prodiges, il a besoin de penser à un moment heureux : c’est le Peter Pan des X-Men. Sa réputation en prend un coup. Enfin, Moira McTaggert, elle, seule non-mutante sur place, a juste le droit de cuisiner des cookies et de la fermer.

De son côté, Raven continue de piquer sa petite crise sur son physique, parce qu’elle veut être aimée sous sa forme naturelle et bleue, attiser le désir chez les mâles, tout ça tout ça, mais n’ose prendre sa vraie apparence malgré tout pour être acceptée des autres. Erik lui explique donc qu’elle doit arrêter de se cacher et se montrer sous sa vraie forme en s’assumant : et bin elle comprend tellement bien le message qu’elle décide non seulement de rester sous sa forme bleue, mais aussi de ne plus porter de vêtements du tout : en deux phrases, la petite fille complexée se retrouve transformée en nudiste psychopathe. Allez comprendre. Bon, d’ailleurs, Erik en profite pour faire un peu plus qu’ami-ami avec elle, puisque les filles toutes bleues, ça l’a toujours excité. Je vous raconte pas dans quel état Avatar l’a mis, mais passons. Cette histoire a une conséquence : McCoy, lui, a bouclé le sérum permettant d’avoir une apparence normale qu’il avait promis à Raven. Mais lorsqu’il lui apporte, celle-ci n’en veut plus et veut être fière de ce qu’elle est. Il s’injecte donc le produit tout seul, et voit en effet à sa grande joie ses pieds prendre une apparence humaine. Mais son euphorie n’est que de courte durée : soudain, son pied se déforme à nouveau, mais le résultat est encore pire qu’avant : au lieu de calmer ses cellules mutantes, il les a stimulé, rendant sa mutation encore plus importante : sa peau devient bleue comme Raven, de la fourrure lui pousse et tout son corps se déforme : il devient donc mi-homme mi-fauve, mais bleu… heu… il devient "Le Fauve", quoi. Finalement, il se dit qu’il aurait dû se contenter de ses gros pieds et se mettre au basket. Mais c’est un peu tard, parce que là, il a plutôt une grosse tête de félin, des envies de grimper aux murs, de niquer les rideaux et de déféquer dans une caisse en plastoc. La vie est dure pour les fauves modernes. J’espère que le professeur Xavier va le faire tatouer et vacciner.

Et la crise de Cuba dans tout ce bazar, hein ? Les missiles, tout ça, où en est on ? Nos héros décident d’aller regarder à la télé pour suivre l’affaire, et découvrent que l’on est proche de la guerre nucléaire : si le transporteur de missiles soviétiques décide de franchir les lignes de sécurité du blocus américain sur Cuba, il sera détruit sur le champ. Et l’URSS a déclaré que si on lui tirait dessus, ce serait la guerre. Diable !

Sebastian Shaw a bien fait son travail : le conflit mondial est proche. Charles et Xavier, connaissant le plan du méchant, ils le soupçonnent d’être présent en personne sur la zone où les deux flottes vont se rencontrer, histoire qu’il assiste au spectacle et qu’il s’assure que la dernière phase de son plan, le déclenchement de la guerre, commence bien. Le professeur et sa troupe iront donc sur place pour empêcher la guerre et arrêter Shaw. Même si Erik tient à préciser que lui ne se contentera pas de l’arrêter : il lui éclatera sa margoulette jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Le lendemain, donc, nous retrouvons en mer, à proximité d’une petite île, les flottes des USA et de l’URSS se faisant face, avec entre elles le navire de transport de missiles soviétiques, qui s’approche lentement de la ligne qui signifiera le début de la guerre mondiale s’il la franchit. Souvenez-vous bien de ce que je vous ai dit plus haut sur le fait que les marins ne réagissaient à rien dans ce film, vous allez voir.

Un marin durant les évènements du film

Dans chaque camp, on se prépare : on range les uniformes et on sort les casques, observant les mouvements de l’autre, quand soudain ! Un immense supersonique noir survole la zone à basse altitude : l’avion de Charles et ses petits gars ! La CIA leur a prêté l’appareil que McCoy avait conçu de ses mains, et nos héros sont donc tous à bord, équipés de tenues qui doivent leur permettre d’encaisser les accélérations et de "résister aux balles". A noter qu’ils ont aussi emmené McTaggert, dès fois qu’elle puisse servir à quelque chose, et aussi parce qu’elle a la réputation depuis le début du film de porter des sous-vêtements coquins pendant le travail. Il faut aussi savoir qu’aucune des deux flottes ne se pose de questions sur ce qu’est ce supersonique non-identifié : les commandants américains et russes se contentant de marmonner "Ho, tiens !" pendant que l’oiseau noir tourne autour d’eux. Je sais pas, moi ça m’aurait intrigué un minimum. Genre assez pour appeler la base et le signaler, au moins. Ou même juste verrouiller une arme dessus, des fois que. Mais visiblement, pas dans notre cas. Soit.

A bord de la flotte soviétique en tout cas, une nouvelle d’importance tombe : Moscou a donné l’ordre, pour éviter la guerre, de faire faire demi-tour au navire de transport. Pourtant, malgré les appels répétés de la flotte, personne ne répond à bord du navire porteur des missiles… et pour cause : afin de s’assurer que le navire franchisse bien la ligne du blocus américain et déclenche le conflit mondial, Shaw a envoyé Azazel tuer tout le monde à bord. La nef  abandonnée continue donc en ligne droite, sans équipage.

Constatant cela, Charles agit avec célérité : il utilise son esprit pour prendre le contrôle d’un officier soviétique à bord d’un navire de guerre, et le fait appuyer sur un gros bouton rouge, qui envoie un missile faire sauter le bateau fou : hop ! Jamais le navire ne franchira la ligne interdite : le monde semble sauvé. Hmmm ? Vous dites ? Si : dans tous les navires russes, il y a bien un gros bouton rouge qui est calibré pour envoyer automatiquement un missile sur le navire qu’ils sont censés protéger. Ils sont conçus avec cette option en série. C’est comme ça. Vous êtes de mauvaise foi, alors, c’est insupportable. Tout de suite "Woooh, c’est n’importe quoi !"… je vous préviens, je n’irai pas au cinéma avec vous.

Depuis son sous-marin, non loin de là, Sebastian Shaw réalise que son plan génialement naze a échoué : cacaboudin, prout, zut (c’est le méchant, il jure comme pas deux) se dit-il. Comment déclencher la guerre maintenant ? Boh : pourquoi pas en faisant une petite explosion nucléaire dans le tas ? Il se rend donc à la salle du réacteur super-classe ambiance feng-shui de son submersible, et commence à engranger la puissance de celui-ci pour mieux la relâcher plus tard sur ses ennemis. Il peut le faire tranquille : malgré le fait que les deux flottes des plus grandes puissances mondiales de l’époque soient au-dessus prêtes à la guerre et guettant une ruse de l’ennemi, personne n’a pensé à allumer son sonar. C’est… comment dire… ils font quoi, en fait dans ces bateaux ? Ils ne s’intéressent pas aux supersoniques qui les survolent, ils ne cherchent pas à voir si des sous-marins les épient… non. Ils pique-niquent sur le pont. C’est un apéro-Facebook en mer, au mieux. Ils auraient envoyé des navires de pêche qu’ils n’auraient pas fait mieux.

Mais c’est sans compter sur les mutants de Charles, qui eux, cherchent le sous-marin de Shaw : le professeur Xavier, plutôt que de chercher l’esprit de Riptide ou d’Azazel dans le coin pour localiser le sous-marin ennemi, et éventuellement prendre le contrôle dudit brigand pour qu’il fasse remonter le vaisseau de Shaw à la surface, préfère envoyer le Hurleur jouer au sonar. Alors les enfants, sachez-le : apparemment, pour faire sonar, il suffit de crier dans l’eau, et ensuite c’est bon. Ah ? C’est donc si simple que ça un sonar ? On peut le faire soi-même dans son bain pour localiser la savonnette ? Formidable. Enfin bref : on ne sait comment, grâce aux pouvoirs du Hurleur qui a donc sauté à l’eau pour localiser le sous-marin, ce dernier est localisé : c’est donc Erik (tiens, lui aussi il ne pouvait pas "sentir" plusieurs tonnes de métal sous l’eau, au fait ?) qui utilise ses über-pouvoirs en se concentrant très fort sur le souvenir de sa maman pour faire carrément sortir le sous-marin des eaux et le fait léviter au-dessus de la surface de l’océan (bon sang, mais tu pouvais pas juste le noyer, hein ?), avant de le faire s’échouer sur l’île voisine. Durant la manœuvre, le méchant Riptide a juste eu le temps de balancer une tornade sur le supersonique des troupes de Xavier, forçant l’appareil à s’écraser à côté de l’épave du sous-marin.

Les deux groupes se retrouvent donc face à face sur la plage, plus ou moins sonnés puisqu’ils viennent quand même chacun de faire quelques acrobaties pas banales. La bataille s’engage, et rapidement, Azazel téléporte des gens ici ou là malgré eux pour semer la confusion : c’est ainsi que par exemple, Havok se retrouve suite à diverses aventures à atterrir sur le pont d’un des navires américains, où il est fait prisonnier par les marins (Mon Dieu ! Des marins ont réagi à un truc ! C’est fou !). Alors que dans le même temps, le Hurleur, volant au-dessus de la flotte américaine, est poursuivi dans les airs par la vilaine Angel, qui crache de l’acide sur lui et les navires qui passent en-dessous d’elle.

Là encore, aucun marin ne réagit : c’est vrai, se faire attaquer par une greluche volante qui crache de l’acide, c’est tellement incongru que mieux vaut complètement l’ignorer. C’est pas comme si à bord il y avait des fusils, pistolets et autres pièces anti-aériennes qui permettraient de transformer la bougresse qui vient de tuer des soldats sur les navires en couscous et ainsi définitivement lui faire rentrer dans le crâne qu’on ne crache pas sur les gens, et encore moins de l’acide.

Le réalisateur a dû faire son service dans la marine, mal le vivre et vouloir se venger en les faisant tous passer pour des neurasthéniques. Ça me parait être l’explication la plus crédible.

Finalement, malgré le fait qu’il soit poursuivi par une nana avec de sacrés reflux gastriques, le Hurleur parvient à récupérer Havok sur le pont d’un navire (là encore sans que personne ne l’allume) et à le ramener jusqu’à la plage où les autres mutants s’affrontent (je vous passe les détails à base de "pif", "paf" et "ouille"). Et sur le sable justement, il y a un peu plus d’action : Charles, à l’abri de l’épave de son avion, tente d’entrer dans l’esprit de Shaw, mais ne peut le faire tant que celui-ci portera son casque à la con. Il envoie donc Erik à l’intérieur même du sous-marin pour lui malaxer la mouille à coups de tatane.

Mouais. Autre possibilité : Charles prend le contrôle télépathique d’Azazel, qui lui n’est en rien protégé (et apprend ainsi que Shaw est chargé d’énergie comme une bombe atomique), et envoie celui-ci à l’intérieur du sous-marin récupérer Sebastian en un éclair avant de le téléporter loin, très loin, dans un coin désert de l’océan (il peut se téléporter loin : il a bien fait Las Vegas – Washington pour le général Jean-Jacques), où Shaw n’emmerdera plus personne. Et où une éventuelle explosion nucléaire ferait moins de pertes humaines. Mais là encore, Charles n’y pense pas, et préfère envoyer son copain Erik – qui lui a clairement dit qu’il tuerait Shaw – seul à bord du sous-marin, pendant que lui ne fait… heu… rien.

Cet homme vient de se crasher à bord d'un supersonique. C'est visible.

A noter, encore un truc suspect (la liste est méchamment longue, tout de même) : sur la plage à un moment, Mystik, pour déconcentrer Azazel qui allait tuer un des gentils, a pris l’apparence de Sebastian Shaw pour lui ordonner d’arrêter et ainsi faire diversion. Et par on ne sait quel miracle, elle sait comment Shaw est habillé au moment même où elle prend son apparence, alors qu’elle n’a pas pu le voir ! Bravo jeune fille. On dira que c’est l’instinct féminin, hein.

Mais revenons donc à l’intérieur du sous-marin, où Erik finit par trouver l’accès menant à la salle du réacteur nucléaire où l’ancien médecin de la mort fait le plein d’énergie. Ce dernier explique, comme tous les méchants que "Ouiiii les humains sont méchants et inférieurs, on doit les exterminer" (c’est un ancien nazi : il a le droit à ce raisonnement pourri). Ce à quoi Erik répond "Je suis bien d’accord mais je vais quand même te casser la gueule" (oui enfin toi t’étais victime des nazis : ça parait plus chaud d’avoir ce raisonnement sur les races inférieures, du coup, andouille !). Un duel s’engage donc, dans lequel Erik déguste pas mal, puisque le bougre de Sebastian est bel et bien bourré d’énergie (mais attention : il ne s’en sert pas pour tuer Erik, juste pour lui faire un peu bobo pendant qu’il lui fait le célèbre monologue des méchants où il révèle tout son plan, je pensais que ce genre de scène avait disparu en 1995). Mais notre Magneto préféré utilise son pouvoir avec fourberie : il manipule des câbles du sous-marin dans le dos de son ennemi pour s’emparer de son casque d’un coup sec : et hop ! Sebastian Shaw se retrouve paralysé par le fait que Charles, depuis l’épave de l’avion, percevant enfin l’esprit de son ennemi à sa merci, y pénètre et l’empêche de bouger. Il tente bien de gueuler à son pote Erik "Fais pas le con mec, le tue pas, tuer, c’est mal !" (oui enfin mon bon professeur : c’est toi qui a envoyé pour arrêter Shaw le seul type qui voulait sa mort. Et tout seul en plus. Alors bon. ), mais ce dernier récupère le casque anti-ondes mentales et peut enfin se protéger d’une éventuelle influence de son ami Charles. Il sort alors de sa poche une pièce, la belle pièce nazie que Shaw lui avait demandé de déplacer il y a des années et explique qu’il va le tuer dès qu’il aura compté jusqu’à 3, et ce, juste en utilisant cette pièce que le bougre voulait tant voir remuer en 1944 : il compte, et à trois, il la fait bouger tant et si bien qu’elle traverse le crâne du pauvre Sebastian. Bobo.

C’est ce qui s’appelle avoir la monnaie de sa pièce.

Ho ! Non ! Philippe Bouvard, sors de ce corps ! Que disais-je avant d’être possédé par le X-Man de RTL ? Ah oui : Magneto ressort du sous-marin en exhibant le corps de celui qui fut son tortionnaire. Mais il n’a guère le temps de se vanter de son exploit : au loin, il note que les flottes américaine et soviétique sont en train de manœuvrer pour bombarder la plage : les deux camps n’ont pas aimé que les mutants se mêlent de leurs affaires, ils comptent donc bien se débarrasser de cette menace difficile à cerner. Sauf qu’alors que les obus, missiles et autres se dirigent vers nos héros, Magneto les arrête tous de son champ de force ; hésitant à les renvoyer aux agresseurs, il entend Charles lui dire "Ne les tue pas, Erik ! Ils n’ont rien fait ! Ils ne font… qu’obéir aux ordres !" : NON ! Crétin de Professeur Charles, vas tu faire UN truc intelligent dans ce film ? Tu as exploré les souvenirs du petit Erik ! Tu sais qu’il a été victime des nazis ! Et tu sais même que les nazis en Argentine qu’il a tué au début du film lui ont dit "Ne nous tue pas : on ne faisait… qu’obéir aux ordres !" : alors pourquoi tu sors une phrase qui énerverait n’importe quel survivant de la Shoah, gros malin ?

C’est gagné : Magneto commence à rebalancer tout l’arsenal qu’il maintenait en l’air vers l’ennemi et là encore, à bord des flottes, on voit juste chaque commandant expliquer qu’il n’y a plus rien à faire, qu’ils vont mourir tués par leurs propres missiles. Mais enfin, merde ! Et vous  ? Vous allez agir ? Genre même par instinct ? Remuer un sourcil ? Ordonner une manœuvre pour essayer de minimiser les pertes ? Non, là encore : rien. C’est tout bonnement incompréhensible. Je ne sais pas qui a écrit ça, mais il devait avoir envie de finir à 18h.

Heureusement pour ces idiots, Charles passe à l’action et saute littéralement sur Erik pour le déconcentrer (personne d’autre n’y a pensé, tout le monde se contente de regarder en sifflotant) : alors qu’ils entament leur pugilat, les missiles et obus, qui ne sont désormais plus maintenus en l’air par Magneto, tombent tous à l’eau, faisant pousser un grand "ouf !" aux deux flottes, qui ne réitèrent pas l’expérience de tirer.

Un seul humain essaie finalement de faire des trous dans Erik. Ou plutôt, une seule humaine : Moira McTaggert, émergeant de l’épave du supersonique, et voyant Charles en mauvaise posture face à son adversaire, sort son flingue et décide d’allumer celui qui veut du mal au bon professeur Xavier. Sauf que grâce à ses pouvoirs, le vil personnage dévie les balles… et l’une d’entre elles vient ricocher dans le dos de notre héros (attendez, ils ont pas dit que c’était des tenues pare-balles ? Et elles n’encaissent pas un ricochet de pistolet de petit calibre ? On les a arnaqués, dites donc) : Charles s’effondre donc dans un long râle sur le sable.

Erik est fort triste, parce que Charles est tout de même son ami. Ou était, là, leur relation est plus tendue. Mais réalisant que jamais ce dernier ne sera d’accord avec son combat intitulé "Les mutants sont la race supérieure, elle doit dominer le monde, ach !", il décide de tout simplement s’en aller. Et pour ce faire, il invite les anciens sbires de Sebastian Shaw à le rejoindre, ce qu’ils font au nom de la règle du "Tu as tué le chef des méchants et tu es méchant : on te suivra donc sans poser de questions". Des autres mutants, seule cette coquine de Raven accepte de changer de camp, car voulant être "fière d’être mutante" (et ayant fait des gâteries à Erik). La bande des vilains se met donc en ligne en se tenant la main, et Azazel les téléporte donc tous loin de là.

Erik tentant de voir dans quelle pose il a l'air le plus cool avec son casque. Réponse : aucune.

Non, ils n’ont pas besoin de dire "Tenons nous la main, on va se téléporter" ou "Azazel, je vais t’indiquer où nous emmener" : ils savent naturellement qu’est venu le temps de se tenir la main, et Azazel connait la destination voulue par Erik sans même avoir à lui demander. C’est tellement plus classe que "Chef, chef, on fait quoi ? On va où ? Hein chef ?"

Sitôt les brigands partis, tournons-nous plutôt vers Charles, autour duquel les autres mutants se rassemblent en s’exclamant "Aaaah, arrête ton chiqué ! C’est une balle dans le cul, tu n’en mourras pas !" ; sauf que morbleu ! Ce n’est point son popotin qui a été honteusement entamé, mais sa colonne vertébrale : le bougre est donc paraplégique ! Moira est forcément un petit peu déroutée par tout cela, tant elle s’en veut d’avoir tiré la balle responsable du drame.

Aussi, quelques jours plus tard, nous la retrouvons en train de pousser Charles dans son fauteuil roulant flambant neuf, quelque part devant la célèbre résidence de la famille Xavier. Le bon professeur explique à l’agent de la CIA que désormais, c’est ici qu’il regroupera les mutants, afin de les aider et de leur apprendre à maîtriser leurs pouvoirs. McTaggert se contente donc de dire "Ho oui Charles, quelle excellente idée ! Et sachez que je ne dirai jamais que c’est ici que le professeur X et ses alliés, appelons-les les X-Men, se cachent !" ; et pour appuyer son argumentaire, elle décide en sus de rouler un gros patin à notre héros. Mais comme celui-ci n’est pas si gentil qu’il le dit, il en profite pour lui effacer la mémoire (y compris des évènements posts-baiser : j’en connais une qui a dû se réveiller avec de drôles de douleurs elle aussi en bas du dos).

Quelques temps plus tard, c’est au Pentagone que Moira McTaggert se retrouve, en plein interrogatoire face à une table constituée de tous les gradés du coin qui exigent de savoir ce qu’elle sait des mutants. Et si elle connait l’endroit où ils se cachent : non ; en fait, elle ne se souvient même pas des derniers jours, à part d’images floues comme, je cite "des arbres" et "un baiser" (ce qui pousse le patron de la CIA à dire qu’il ne faut décidément rien confier aux greluches) et "moi en train de gémir allongée sur le capot d’un fauteuil roulant de luxe". Pour le dernier, je ne suis plus sûr-sûr, mais ça me parait crédible. La CIA est donc dég’, elle a perdu la trace des mutants.

Mais comme c’est un grand film, je le rappelle : les mutants du professeur Xavier, que la CIA connait vu qu’il leur a fait un exposé complet, sont cachés dans la résidence Xavier dans laquelle Charles Xavier a grandi, indiquée dans l’annuaire à la lettre "X" et qui en plus est sur une propriété gigantesque et immanquable, à côté d’une gigantesque parabole qui a bougé suite à un phénomène mystérieux l’autre jour.

Nan, ils sont vraiment trop bien cachés, ces mutants. Bravo, Professeur X. Jamais la CIA ne pensera aux pages blanches.

Sauf que pendant que Moira est interrogée, ailleurs sur le territoire américain, là où est enfermée la Reine Blanche, de drôles de personnages se présentent : Azazel, Riptide, Angel et Mystik, menés par Erik, qui viennent la libérer sans rencontrer de véritable résistance. Ce dernier a d’ailleurs modifié sa tenue : il a désormais une tunique rouge (moche), une cape (moche et inutile), le casque anti-ondes mentales (qu’il a customisé pour le peindre en rouge et où il a ajouté des décorations dignes d’une Fiat Panda tunée). Formidable. Il informe la damoiselle qu’il vient libérer qu’il l’invite à rejoindre sa bande de méchants, qui remplace celle de Shaw, et qu’il n’est plus la peine de l’appeler Erik. Désormais, il faut l’appeler…

Crumble aux pommes Magnetooooooo… et…

FIN !

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Charles se tient la tête en maugréant, mais la douleur est insupportable : il n’entend plus que ça.

Vous savez, quand vous avez une chanson de merde dans la tête ? Et bien imaginez qu’un télépathe vous entende : non seulement il risque lui aussi de l’avoir, mais en plus, même s’il essaie de penser à autre chose, il continue de vous entendre, vous, constituant une sorte de dolby surround spirituel de musique à chier impossible à évacuer de son esprit.

Le professeur finit par choir de son siège pour de bon. Alors que les premiers élèves paniqués se lèvent de leurs tables pour se porter à son secours, il note que la jeune fille du fond semble continuer de penser à ce tube immonde qui est à la musique ce que Francis Huster est à la comédie. Alors que les premiers adolescents arrivent autour de Charles rampant douloureusement au sol, ils constatent qu’il est déjà trop tard.

Recroquevillé au sol, ils ne peuvent que noter qu’il est en train de marmonner, les yeux révulsés et l’air dément :

"Fr… Fr… It’s… Friday… Friday…Hoooo."

La télépathie est une malédiction. Surtout avec des ados.

Les gyrophares se rapprochent.

J’entraperçois dans mon rétroviseur les véhicules de la gendarmerie lancés à ma poursuite toutes sirènes hurlantes ; du moins, je le suppose : le bruit de mon moteur étouffe la plupart des sons qui parviennent jusqu’à mon habitacle. J’ai beau zig-zaguer entre les véhicules dont l’écho des klaxons retentit à peine quelque secondes avant d’être noyé dans le tumulte de la course, je constate que les motos bleues de mes poursuivants se rapprochent à chaque seconde qui passe. Misère, ma destination est encore lointaine, et jamais la maréchaussée ne me laissera l’occasion d’y parvenir.

Et puis soudain, j’aperçois le panneau salvateur : dans moins de 2000 mètres, ma sortie ; je double une voiture de luxe qui semble prendre la mouche avant de me rabattre juste devant un véhicule familial qui dans sa surprise a appuyé si fort sur ses freins que j’aperçois une fumée dense surgir sous la voiture dans mon rétroviseur ; le 4×4 devant moi dévie lourdement de sa trajectoire en me voyant arriver, et le passage enfin dégagé, je bombe jusqu’à la sortie tant espérée. Je larguerai les motos sur les petites routes, et pour l’hélicoptère que j’ai aperçu tout à l’heure, j’aviserai. Un coup sur le frein pour ne pas louper le virage et…

Je n’entends même pas le crépitement des tirs des gendarmes situés derrière les barrières de sécurité de la sortie lorsque tout un peloton en embuscade vide ses chargeurs dans mes pneus ; dans une tempête d’étincelles, je serre mon volant à m’en faire saigner les mains en fonçant vers un monticule fleuri qui ne parvient qu’à peine à ralentir ma course avant de faire décoller mon véhicule dans un monstrueux vrombissement ; en atterrissant, l’inertie fait le reste et m’envoie réaliser une formidable série de tonneaux qui, mêlés aux escarbilles qui s’échappent encore de mes essieux, ont dû donner un fort beau spectacle aux hommes de la maréchaussée suivant ma trajectoire du regard. De longues secondes après que mon véhicule se soit finalement immobilisé, j’entraperçois au travers du voile qui couvre mes yeux la silhouette de gendarmes tentant de m’extirper de la carcasse fumante de ma fidèle auto. J’arrive vaguement à articuler un truc au sujet des sirènes qui me transpercent les tympans avant de perdre connaissance.

"Bon sang, mais quel con !" s’exclame l’adjudant chef Bertier en regardant le type que l’on vient de sortir du véhicule "Il le sait bien qu’à cette époque de l’année il n’a pas le droit d’aller à Cannes !". Maugréant, il ne remarque qu’à peine le maréchal des logis Fronsart lui jeter un regard interrogateur. Il faut dire que d’après Bertier, Fronsart a encore une longue route à faire pour devenir un vrai gendarme : il fait partie de ces bleus qui n’ont jamais connu la mythique époque du képi réglementaire.

"Allons Fronsart, ne me regardez pas comme ça ! Vous ne savez pas qui est ce type ? 
- Non chef.
- Pour vous la faire simple, c’est un mec qui ne supporte pas le festival de Cannes. Une sombre histoire comme quoi ce serait une sorte d’onanisme de groupe, où les gens du cinéma récompenseraient les gens du cinéma tout en soulignant bien à quel point les gens du cinéma sont géniaux.
- Ah ? Donc c’est pas la première fois qu’il tente de s’en prendre au festival ?
- Non. Il y a deux ans par exemple, il a attaqué les marches à la ponçeuse, au motif qu’au vu de ce qui y défilait, il convenait plutôt d’en faire une rampe d’accès handicapés. Et l’an dernier, il a payé des pirates somaliens pour détourner un porte-containers jusqu’au large de la croisette ; durant 48h, il a menacé de vider plusieurs milliers de tonnes de Minidou dans la mer si on ne faisait pas fermer sa gueule à la fille qui s’occupe de la mode le midi sur Canal +.  Le GIGN a dû aller le déloger, mais plusieurs loyaux gendarmes ont reçu des minis-dosettes au visage durant la bataille. Et cette année, Dieu sait quel était son plan. 
- Bah, on lui posera la question demain chef. Il va passer une bonne nuit dans une chambre d’hôpital, et même s’il s’en tire bien, je ne suis pas sûr qu’il se barre en gambadant dans la nuit.
- Oui. Méfions-nous quand même. Niveau évasion, il s’y connait. Sinon, nous n’en serions pas là aujourd’hui."
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Fronsart ne put s’empêcher de pouffer discrètement ; la chose lui faisait penser à un super film sur les évasions qu’il avait vu la veille. C’était drôlement bien, avec de la bonne musique et des jolies filles en plus. Comment ça s’appelait déjà ?

Ah, oui : Sucker Punch.

Spoilons donc mes bons !

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L'affiche : si l'esprit de Babydoll est la clé, c'est déjà mal barré

Quelque part dans les années 60, période bénie qui donna toute sa place à la guerre du Vietnam, à la crise de Cuba ou encore aux gauchistes chevelus de mai 68, Babydoll, une jeune fille blonde aux couettes ridicules malgré ses 20 ans vient de perdre sa mère. Alors que la tristesse accable la famille, la jeune fille trouve la force de réconforter sa petite soeur que nous appellerons Babybabydoll, qui est plus fragile qu’elle encore face à ce décès. Il reste cependant au foyer un adulte responsable : Bopapa, le beau-père de nos jeunes filles qui lui semble presque ravi de savoir que sa femme est décédée ; d’ailleurs, sitôt l’enterrement terminé, il court à la maison tel un garçonnet le jour de Noël pour aller ouvrir l’enveloppe contenant le testament de feu Madame. Quelle n’est donc pas sa déception lorsqu’il découvre que la vilaine rabouine a décidé de léguer toute sa fortune ainsi que sa collec’ de pin’s à l’effigie de Bernard Lama à ses deux filles !

Bopapa fait donc une grosse colère : il devient tout rouge, se roule par terre, produit des sons divers et variés allant du grognement au cri sourd, le tout en s’enivrant comme il se doit, fracassant des bouteilles de mauvais bourbon aux quatre coins du logis familial. Une fois le corps réchauffé par la douce liqueur, le malandrin s’empresse de se diriger vers la chambre de Babydoll afin de voir s’il n’y aurait pas moyen de moyenner, histoire de se réconforter un peu, là, tout de suite. Mais, las ! La bougresse se défend, et griffe même au visage l’importun qui, loin d’être excité par la résistance (Klaus Barbie lui même disait "Che ne trouffe pas la Rézizdanze drès drès érodigue…"), s’en va aussitôt, enfermant la damoiselle à double tour derrière lui. Babydoll ne réalise que trop tard ce qu’il va se passer : il va se rabattre sur Babybabydoll ! Ni une, ni deux, notre héroïne ouvre donc la fenêtre de sa chambre et, malgré la pluie battante de l’orage nocturne qui lui fouette le visage, saute à l’extérieur pour faire le tour de la maison et se rendre dans le bureau de Bopapa. Elle s’y saisit alors d’une arme puis court vers la chambre de sa soeur pour aller arrêter le drame qui s’y joue.

Arrivée sur place en quelques instants, elle a beau paralyser le bougre en le menaçant de son arme, avant de tirer juste à côté de son visage pour l’impressionner, elle finit hélas par réaliser qu’il est trop tard : elle lâche son pistolet en apercevant le cadavre de sa petite soeur fraîchement assassinée sur le sol. Elle pleure donc sur la dépouille avant de se ressaisir tant de son courage que de son flingue (car oui, Bopapa avait décidé de se faire les ongles plutôt que de ramasser l’arme avec laquelle on venait de lui tirer dessus, il y a des priorités), mais ne parvient pas pour autant à trouver la force de tuer ce vil brigand. Elle relâche donc à nouveau son arme (que Bopapa ne ramasse toujours pas alors que ça fait deux fois qu’on menace de le tuer avec ce pétard en 30s) avant de s’enfuir dans la nuit, un peu perturbée par les évènements de la soirée.

C’est donc quelques heures plus tard que la police retrouve sous la pluie une jeune fille en pyjama traumatisée et loin de chez elle. Que font donc les forces de l’ordre ? Elles ramènent Babydoll chez son beau-père sans poser de questions, bravo messieurs ! Car en effet, en 1960, on avait pas encore inventé l’enquête de police, on se contentait donc de dire : "Bonsoir Monsieur ! Votre fille vient d’être assassinée ? Boh, ça arrive ! tenez, on vient de retrouver votre autre fille qui a fui la maison totalement traumatisée ! Allez, on va croire votre version des faits sur paroles et vous souhaiter une bonne soirée ! Au fait, vous ferez attention : vous puez l’alcool, mais ça n’a sûrement aucun rapport, hahaha !". Elle est vraiment sympa, la police, en fait. Profitant de la bêtise crasse des gardiens de la paix et de l’absence totale d’enquête, Bopapa décide donc d’emmener Babydoll à l’asile histoire de s’en débarrasser pour de bon. Enfin remarquez : vu comment la police semble se moquer des meurtres, moi j’aurais directement mis un coup de fusil entre les couettes de Babydoll. C’eut été plus rapide et efficace, sans compter l’aspect défouloir de la chose, mais passons. Car Bopapa a un plan bien plus pourri : il a graissé la patte de Blue Jones (ce film est bourré de superbes noms), un cadre important de l’asile où il a déposé sa belle-fille, afin qu’il lui fasse subir une lobotomie. Une fois transformée en légume, cette dernière ne pourra en effet jamais témoigner de quoi que ce soit sur le meurtre de sa soeur, et tout le monde sera content.

Ouais, enfin, Bopapa, il y a un petit problème dans ton plan :

- visiblement la police ne fait pas d’enquêtes pour de mystérieuses raisons. Donc ton plan ne sert à rien, à part à perdre du pognon et à prendre le risque qu’un mec puisse te dénoncer/faire chanter quand bon lui semble

- à l’inverse, si comme les protagonistes le prétendent, la police est moins bête que ne le laissait supposer la scène précédente, alors elle risque de trouver ça suspect, le fait que Bopapa s’empresse de se débarrasser de la seule autre personne que lui qui était sur place le soir du meurtre de Babybabydoll. Autant s’attacher un panonceau "Houhou, je suis super suspect !" autour du cou.

Ah, et pour la petite histoire : TOUTE la discussion sur "Je vous file du pognon pour que vous la lobotomisiez car j’ai peur qu’elle parle", ils la tiennent juste devant Babydoll. C’est bien, ça, de discuter de tout ce qui peut vous mettre dans la merde devant une personne dont vous avez peur qu’elle se mette à parler. Super plan. Vous avez pas d’autres trucs à balancer là aussi ? Genre amendes de stationnement impayées ou téléchargements d’albums de Justin Bieber ? En tout cas, Blue lui a bien compris que Bopapa était idiot, et il commence déjà à le faire chanter en faisant passer le coût du graissage de patte des 1400$ convenus à la base à 2000$, au motif qu’il va devoir imiter la signature du Dr Gorski, la responsable des pensionnaires qui est la seule à pouvoir commander une lobotomie (elle a un formulaire un peu comme chez La Redoute pour ça, genre "Ajouter Lobotomie x1 à mon panier ? Entrez votre code privilège !"), et il prend donc un gros risque ce faisant. Bopapa étant effectivement très bête (il ne dit pas : "Hé ho, vous le saviez quand vous avez dit 1 400$", ne me prenez pas pour un con"), il paie.

Petit rappel à Blue Jones : quand tu as une moustache, si tu n'es ni noir, ni capitaine de la police en sus, c'est que tu vas mal finir.

Tiens, j’allais oublier : outre Babydoll qui se tient à 50 centimètres des deux personnes en train de parler corruption, toute la négociation se fait en plein milieu de l’asile, dans la salle principale où l’on peut trouver 6 infirmiers, une quinzaine de pensionnaires et le docteur Vera Gorski. Non vraiment, ils sont trop discrets nos larrons. D’ailleurs, pour les deux seules personnes de l’asile qui ne les auraient pas entendu discuter à haute voix, les brigands font un petit effort en échangeant les liasses de biftons sans même essayer de se cacher, histoire que tout le monde puisse voir que oui, Bopapa manigance un truc et que oui aussi, Blue Jones est complètement corrompu et prépare un mauvais coup. Mais malgré tout, personne ne réagit. C’est beau.

Babydoll, faisant fi des cratères qui parsèment le scénario, observe la salle centrale de l’asile, et constate que le Dr Gorski tente d’aider ses patientes (il n’y a que des pensionnaires de sexe féminin) en leur mettant de la musique et en les incitant à se laisser aller dessus, tant physiquement que dans leur imaginaire. Elle en profite aussi pour contrôler tout ce qui pourrait être utile à son évasion : les clés des gardiens, les panneaux indiquant que toutes les portes s’ouvrent automatiquement en cas d’incendie, les posters de Steve McQueen, etc. Rapidement, elle est donc mise en contact avec les autres résidentes de l’asile, dont 4 seulement ont un prénom : Sweet Pea (ou Pee pour les urophiles), la meneuse, Rocket, la petite soeur dépendante de Sweet Pea, Amber et Blondie, les deux filles parfaitement interchangeables tant elles n’ont aucun intérêt (dans des cas-là, d’habitude, je dis "A et B", mais regardez bien les initiales de ces prénoms : les scénaristes eux-même l’ont fait à ma place pour souligner le côté complètement secondaire de ces personnages, merci les gars).

Pour se protéger du monde extérieur qui est trop laid, Babydoll décide de s’imaginer les choses sous un angle différent : à partir de maintenant, elle verra l’asile comme un cabaret/maison close dans lequel les aides-soignants sont des clients richissimes venant rechercher les faveurs des filles, Blue Jones le patron tyrannique qui les exploite et leur donne des ordres, et Vera Gorski la gentille responsable des danseuses qui leur donne des cours et les aide à mieux s’exprimer sur scène. A noter que par contre, un truc qui n’est pas du fait de l’imagination de Babydoll est important : toutes les pensionnaires sont donc de jolies filles, et tout le personnel de l’asile des hommes et/ou des moches, à part le Dr Gorski, mais c’est normal : elle est du côté des pensionnaires. Voilà, comme ça, si le film était encore trop compliqué, on sait bien où sont les gentils. Jusqu’ici, ce film est une sorte de bathyscaphe explorant les abysses du navrant. Mais comme nous allons le voir, l’engin n’a pas fini sa descente.

Pendant que j’y suis : à peine arrivée à l’asile, soudainement, pouf pouf, Babydoll qui jusqu’ici était trop en état de choc pour dire "Bopapa a tué ma soeur et vient d’acheter une lobotomie pour me faire taire auprès de Blue Jones, le cadre corrompu", se met à causer à tout et tout le monde pour un oui ou pour un non. Ha ?!  Mais alors ça t’intéresse pas de tout balancer maintenant que tu parles ? De venger ta soeur, punir les méchants et sortir de l’asile ? Non ? Bon bon bon.

En tout cas, Babydoll fait donc sa première séance avec Vera Gorski (car elle a un peu de temps : sa lobotomie n’est programmée que pour dans 5 jours, le temps qu’un spécialiste vienne), qui, je le rappelle, essaie avec la musique de faire réagir ses patientes tant en faisant bouger leur corps que leur imagination. Et ça tombe bien : notre louloute est à fond dans le truc, puisqu’à peine a t-elle commencé à écouter le gros son à base de popopopo à sa première séance qu’elle ferme les yeux et rentre en transe, se retrouvant ainsi dans son imaginaire : et figurez-vous que ça tombe bien, puisque dans son esprit, outre ses couettes de petite fille, elle porte une tenue d’écolière putassière à talons hauts et nombril à l’air façon fantasme de cadre japonais, ne manquent que les tentacules qui vont bien pour compléter le tableau. C’est vrai quoi, mesdemoiselles, mesdames : c’est tellement naturel de s’imaginer dans un accoutrement typique des fantasmes masculins de quelques sombres pervers. En tout cas, dans sa tenue de coquinette, notre louloute se retrouve tout simplement en plein milieu de la cour d’un temple japonais sous la neige, temple dont elle s’empresse de passer la porte pour tomber sur un vieux que nous appellerons Jean-Jacques. Bien que pas japonais pour un sou, mais habillé en tenue traditionnelle et portant le katana, le vieil homme s’empresse de commencer à débiter une sorte de philosophie de comptoir digne de "Oui-Oui prend de la beuh" du genre "Que cherches-tu ? La question est dans ton coeur, ton esprit doit être le foret qui va percer la couche subconsciente de tes peurs pour trouver la vérité de Rrrrrrzzzzzzz...", dont le seul but final est de dire "Que veux-tu ?" et mademoiselle de répondre "Être libre !" parce que oui, l’asile, ça la gave (je me répète, mais j’insiste : pour être libre, tu as UNE phrase à dire en balançant ce que tu sais, et c’est bon ! Andouille !) ; Jean-Jacques lui répond donc qu’elle doit s’armer pour réussir cette quête, et lui tend un katana ainsi qu’un pistolet ; il enchaîne en expliquant que 5 autres choses seront nécessaires à la réussite de sa mission :

  • Une carte
  • Du feu
  • Un couteau
  • Une clé
  • Et enfin… un sacrifice ! Mais là-dessus, Jean-Jacques reste plus mystérieux et simule des quintes de toux ou de pets quand on tente d’en savoir plus sur le sujet.

Cela étant dit, notre vieux sage s’empresse de mettre Babydoll à la porte du temple en lui expliquant que sa quête commençait "maintenant" : en effet, dans la cour l’attendent trois samouraïs géants l’air plutôt peu humains, et disposant d’armes aussi grosses que leurs propriétaires : gros katana, grosses lames diverses, gros bazookas, grosses gatlings, etc. C’est un championnat de substituts péniens, sacrés asiatiques ! Je vous passe les détails, mais retenez que notre Babydoll, du haut de ses 45 kilos les jours de choucroute à la cantoche s’avère être une formidable combattante qui saute partout, distribue des coups de katana et de flingue dans tous les sens et massacre à grand renfort de talons hauts tous ses adversaires, le tout, de préférence, en montrant qu’elle a le ventre plat via divers plans (et en se déhanchant de 1 mètre de chaque côté quand elle se déplace). Remarquez, il n’y a pas que son ventre qui est sans relief aucun, mais je m’égare. Une fois le dernier samouraï tombé, elle sort donc de sa transe et s’aperçoit qu’elle est toujours avec Vera Gorski au milieu des autres filles, et qu’elle vient de finir une super danse qui a littéralement subjugué tout le monde tant c’était impressionnant : elle s’est littéralement laissée posséder par la musique tant dans son corps que dans son imagination, tout ça tout ça, Babydoll géniale, youpi.

"Babydoll, n'oublie pas : je suis un vieux dans un cadre japonais : je suis donc forcément de bon conseil et j'ai toujours raison"

Bon, sachez que le film, c’est donc ça : toutes les 10mn, Babydoll va avoir besoin de danser pour un prétexte de préférence idiot. Et à chaque fois qu’elle dansera, elle sera en transe et fera un rêve dans lequel il y aura de la grosse musique, des tenues un peu salopes, de petits gémissements, des filles qui manient de gros fusils à consonance pénienne, des robots, des méchas, des katanas, de la guerre, des explosions, des véhicules cools, des zombies, des dragons, des orcs, des effets spéciaux… bref, vous voyez le public que ça vise : il ne manque que des cartes Magic vendues avec la place de ciné et c’est tout bon. En tout cas, voilà : 40% du film est constitué de rêves de Babydoll qui sont en fait des clips sans intérêt qui remplacent juste un plan sur Babydoll qui danse. Mais comme on le verra : même les clips sont incohérents. Revenons à nos moutons maintenant.

Dès le lendemain, Babydoll, qui la veille encore était muette et coincée, va trouver ses 4 nouvelles meilleures copines (les seules pensionnaires qui ont un prénom, donc, les autres, c’est comme les abeilles : elles ont un esprit de ruche) que sont Amber, Blondie, Rocket et Sweet Pea pour leur expliquer qu’elle veut s’évader avant que le médecin chargé de sa lobotomie (qui est présenté dans l’univers du cabaret qu’elle s’imagine comme un client nommé le "High Roller") ne vienne s’occuper de son cas. Pas de problèmes, parlons évasion entre filles qui ne se connaissent que depuis moins de 24h ! En exactement une minute de conversation, Babydoll convainc les donzelles de la suivre, et leur explique qu’elle a besoin de 4 objets pour son évasion : un plan, du feu, un couteau et une clé (oui, un vieux mystérieux lui est apparu en rêve pour lui dire, c’est donc forcément vrai ; cette nuit, Pénélope Cruz m’est apparue pour me dire qu’elle m’attendait à Puerte Chichén, tiens, allez hop, billet d’avion). Le plan serait celui de tout l’asile, qui est accroché dans le bureau de Blue Jones, le feu, un briquet avec lequel joue tout le temps un aide-soignant, le couteau serait celui du cuisinier, et la clé, celle que porte autour du cou ce bon vieux Blue Jones toujours. Mais comment obtenir tous ces objets ? Là encore, Babydoll a pensé à tout : elle va subjuguer les gens avec sa danse pendant que les filles feront les poches des victimes.

Oui. Babydoll n’a pas un petit ego de merde : elle a dansé une fois, du coup, elle est désormais persuadée qu’elle peut hypnotiser n’importe qui avec ses fesses, genre "Par le pouvoir de Shakira, je te paralyse ! I’m tremoussing my ass !". C’est consternant. Mais visiblement, ses copines trouvent que c’est un plan génial et marchent toutes dedans. Du pied gauche, j’espère.

En tout cas, notre héroïne précise un petit peu à quoi servent les objets dont elle a besoin : la carte, c’est pour pouvoir s’orienter par rapport aux postes de garde durant l’évasion, le briquet, pour mettre le feu et forcer l’ouverture de toutes les portes, le couteau, pour éviter les emmerdes, et la clé de Blue, parce qu’en tant que cadre haut-placé chez les surveillants, sa clé ouvre toutes les portes. Apparemment, je suis le seul à avoir remarqué que le feu et la clé comptent double, vu que tous les deux servent à ouvrir toutes les portes. Quant au couteau, je pense qu’il y a un peu près 1 000 à 2 000 armes improvisées possibles qui feraient que vous n’auriez pas à prendre le risque de subtiliser un couteau, mais bon.

Qu’importe : le plan est lancé, et Babydoll s’empresse de réitérer son dernier exploit en matière de danse, afin que Blue sorte de son bureau pour venir la voir danser, pendant que Sweet Pea ira voler la carte dans la pièce qu’il a quitté. Car oui, dans un asile où il semblerait que les pensionnaires aient une certaine liberté de circuler, Blue Jones ne ferme jamais la porte de son bureau : quelle idée. Il est sympa comme mec, en fait. Enfin bon : il va voir Babydoll danser, et celle-ci, comme il se doit, rentre en transe. Et cette fois-ci, la douce se retrouve propulsée en France avec ses 4 copines.

Et pas n’importe où, n’importe quand et n’importe comment : en pleine première guerre mondiale, au milieu de la cathédrale de Reims sous les bombes allemandes, Babydoll et ses copines (qui elles aussi, portent des tenues moulantes avec minishorts et accessoires coquins très utiles en cas de guerre mondiale) se retrouvent face à Jean-Jacques, le vieux sage du dernier rêve qui cette fois est habillé en officier qui fait un briefing : les filles doivent récupérer une carte, et pour cela, doivent foncer dans les tranchées allemandes en massacrant tout et tout le monde, jusqu’à trouver le bunker de commandement ennemi où elles pourront castagner du commandant et récupérer le précieux document. Petite précision, Jean-Jacques tient à souligner que ce ne sont pas de vrais allemands en face (car très curieusement, c’est un film où il n’y a quasiment pas une goutte de sang, probablement histoire de pas être interdit aux ados), mais des germains ressuscités via de la vapeur et des rouages : des steams-zombies (qui larguent donc de la vapeur quand ils sont touchés et non de l’hémoglobine, ce qui part plus facilement en machine). Bref : nos héroïnes se lancent donc promptement à 5 face à toute l’armée allemande, et collent une branlée royale aux zombies mangeurs de cervelle en saucisses (un vrai germain le reste même dans la mort), puisque bon : personne ne peut lutter contre des filles en talons hauts (qui, curieusement, utilisent des armes des années 1990-2000 : Babydoll imagine des armes qui serviront 40 ans après les années 60, vraiment, elle aurait dû bosser chez Browning, quel esprit d’anticipation). Après avoir massacré un bon corps d’armée à elles seules, le tout en prenant des poses cools et en gloussant tout du long (ça impressionne l’ennemi, les charges de pintades), nos damoiselles tuent le commandant ennemi ainsi qu’un messager qui tentait de s’enfuir, et récupèrent sur le corps de ce dernier le précieux document qu’elles venaient chercher : la carte. Mission accomplie ! Donc fin du rêve…

"Tites tonc petite fraülein, il fa falloir mettre ein tenue plus raissonnaple, ja ? Das ist ein sérieuse krieg ici !"

… et retour sur Babydoll qui sortant de sa transe, vient de s’arrêter de danser, sous les applaudissements de tous les témoins, y compris de Blue venu la voir, donc. En bon patron de cabaret, le sieur Jones explique qu’il est persuadé que Babydoll peut rapporter un pognon fou : pour ça, pourquoi ne pas organiser un show privée de la belle pour le maire ? Allez, dès demain, il en sera ainsi ! Fier de son idée, Blue retourne à son bureau, où il note que sa photocopieuse est curieusement chaude : tiens ? Observant rapidement son bureau, il note une deuxième chose : son plan des lieux a été mal replacé sur son mur… hmmm, il se trame quelque chose par ici !

Mais qu’importe : allons directement le lendemain, au show privé prévu pour le "maire" (en réalité, un aide-soignant qui joue toujours avec un briquet), où les filles ont prévu de lui voler son bien pendant qu’il est hypnotisé par la danse de Babydoll. Je n’ai pas retenu si c’était Amber ou Blondie qui était chargée de dérober le précieux bien, mais de toute manière, on s’en fout complètement, puisque ça n’a aucune incidence : on ne va pas assister à la scène, mais plutôt au rêve de Babydoll qui danse, comme il se doit.

Or, cette fois-ci, sitôt la danse commencée, Babydoll se retrouve donc propulsée dans un bombardier de la seconde guerre mondiale tournant autour d’une immense forteresse médiévale assiégée par diverses créatures bizarres ; Jean-Jacques, a bord de l’avion en tenue d’aviateur, explique encore une fois la mission du jour : il y a un bébé dragon trop mignon au coeur du donjon de ce château ; et le bougre mériterait bien d’être égorgé comme un porc pour que les filles puissent ensuite s’emparer des deux cristaux qu’il y a dans sa gorge et qui, une fois percutés l’un avec l’autres, permettent de créer un incroyable feu. Après avoir ajouté une phrase de philosophie de pisseuse (du genre "N’oubliez pas les filles : celui qui se bat pour ses rêves est plus heureux que celui qui défend sa vie ! Et pensez bien à utiliser du fil dentaire après chaque repas !"), il se permet de préciser : "Et faites attention à ne pas réveiller la mère !".

Hooo, toi mon petit, tu ne connais pas le syndrome de Jar-Jar Binks (que mes lecteurs les plus anciens connaissent bien). Enfin bon : Babydoll, Sweet Pea et Rocket vont sauter de l’avion pour aller récupérer les cristaux dans la forteresse, pendant que Amber et Blondie restent à bord à se tourner les pouces. Excellent plan. Toujours dans leurs tenues coquines, et toujours avec les mêmes armes (mais avec un silencieux dessus cette fois), nos héroïne sautent donc dans la cour du château et mitraillent promptement et discrètement tout ce qui se dresse sur leur passage : gardes, monstres, Stéphane Bern et autres créatures fantastiques. Et après quelques efforts, parviennent assez rapidement dans le donjon du château où, en effet, un bébé dragon pionce tranquillement. Oui, je sais : j’ai dit que la forteresse était assiégée, que dehors, ça se massacrait allègrement mais non, ça n’a pas réveillé bébé dragon. Ok. Babydoll n’hésite pas une seule seconde, et toujours sans aucun bruit malgré ses talons hauts (sic), tranche le cou de la bête d’un bon coup de katana. Elle récupère donc dans la gorge du bestiau les fameux cristaux, le tout, toujours sans mettre de sang partout (le dragon est un animal très propre à égorger), puis chuchote à ses copines "Vite, partons discrètement maintenant". Bon plan ! C’est pourquoi, dans le respect du syndrome de Jar-Jar Binks, Babydoll décide de faire n’importe quoi en allant à l’encontre de ses propres consignes, et percute, comme ça, pour rigoler et voir ce que ça fait, les deux cristaux qu’elle vient de récupérer l’un contre l’autre. Un grand VROUUUUSH se fait donc entendre, alors que des flammes surgissent des fameuses pierres. Bravo Baby : tu viens de réveiller maman dragon. Une course poursuite peut donc s’entamer entre la mère reptilienne un peu triste de trouver son bébé égorgé, et un peu colère aussi pour les mêmes raisons. Elle sort donc du donjon à la poursuite des filles pour essayer de les transformer en kebab, mais c’est sans compter sur les deux filles restées dans l’avion, qui mettent des coups de pare-choc au dragon pour l’emmerder. Oui, elles s’amusent à percuter des trucs avec leur avion. Et vous savez quoi ? Ça marche parfaitement. L’avion n’est pas endommagé, rien : il est conçu pour jouer à l’auto-tamponneuse avec des dragons. Boooon.

Mais ça ne plait guère à maman dragon, qui se lance à la poursuite de l’aéroplane dans l’espoir de l’abattre comme il se doit ; à bord, les deux filles paniquent donc comme des folles genre "Haaan il nous suit, qu’est-ce qu’on va faiiiiireuuuuh ?" ; je ne sais pas, vous êtes dans un bombardier avec des tourelles de mitrailleuses partout et le dragon qui est placé juste derrière la tourelle de queue, non vraiment, je ne vois pas. Mais rapidement, la pilote a une idée : "Tiens, si on faisait des acrobaties avec le bombardier pour la décrocher ?" mais rien n’y fait : plongeons, loopings, himmelmans, rien ne suffit à perdre la créature en colère, même un passage entre les piles d’un pont. Performance incroyable : il faut savoir que le dragon et l’avion volent EXACTEMENT à la même vitesse, histoire que le dragon ne soit pas semé rien qu’en volant en ligne droite, ou que ce dernier croque l’appareil sans soucis. La vie est bien faite. Au bout d’un loooong moment, l’une des filles se dit que, tiens, si on essayait de tirer sur le dragon à la sulfateuse ? Ce que, en effet, ce dernier ne semble guère apprécier. Heureusement pour lui, la tireuse a visiblement un problème musculaire : elle jure beaucoup, et quand elle jure, elle s’arrête de tirer. Son index et sa bouche doivent être reliés par les mêmes muscles, et la pauvrette ne peut donc pas faire deux choses en même temps, impliquant son doigt et sa bouche. Un problème avec moult conséquences quotidiennes. Voilà qui fait gagner un peu de temps à notre bon reptile volant. Finalement, notant que la bête est trop dure à gérer, les filles de l’avion hurlent "Tiens, Babydoll, il est pour toi !" (merci le refilage de patate chaude), et on ne sait pas pourquoi, le dragon décide de leur obéir et de revenir sur le plancher des vaches, où Babydoll l’attend pour lui sauter sur la tête et le trépaner à coups de katana. Ah ? Donc avec ce genre de sauts incroyables, pourquoi ne l’a t-elle pas tué dès le début, quand elle a vu la mère surgir juste à côté du cadavre de son bébé, et qu’elle avait méchamment l’occasion de faire exactement la même pirouette ? On ne le saura jamais. Car la victoire étant totale, Babydoll sort de sa transe…

Poussé par son instinct, le dragon aime renifler l'arrière des bombardiers

… et achève donc son numéro de danse devant le "maire". Tout le monde a trouvé ça génial, en particulier le maire, même s’il note que son briquet a disparu. A aucun moment, il ne fait le rapport avec les filles qui le trituraient pendant qu’il regardait le numéro de danse : il est complètement con. Ce qui aide bien le scenario. Mais Blue, lui, n’est pas si bête : sitôt le show fini, il se rend en coulisses pour expliquer aux filles qu’il a tout compris : d’abord, quelqu’un a photocopié le plan dans son bureau, maintenant, un briquet a disparu… il se trame quelque chose, et il n’aime pas ça (jusqu’ici, du papier et un briquet, ça ressemble au début d’un kit pour fumer de la ganja, sois cool man, rastafari) : il recommande donc aux damoiselles de se calmer de suite et d’arrêter les bêtises, sinon, il se sentira obligé d’intervenir lui-même. Dès qu’il a quitté la pièce, les filles commencent à paniquer en se disant qu’il vaut mieux arrêter les frais maintenant puisque le plan semble éventé, mais Babydoll, en bonne meneuse charismatique, leur parle des vertus de la liberté, de l’amour et de l’amitié, ce qui motive à nouveau nos larronnes à poursuivre leurs exploits. Seule Blondie (ou Amber ?!) craque un peu devant toute cette pression et sitôt qu’elle est seule, se rue dans le bureau de Vera Gorski pour pleurer qu’elle ne sait plus quoi faire ; cette dernière lui propose de soulager sa conscience en lui racontant tout ce qui lui pèse, mais alors qu’elle va se confier et raconter tout le plan d’évasion, Blue, qui avait jusqu’ici tout entendu de la conversation puisque caché à l’angle d’un couloir voisin, se décide à surgir en disant "Oui, raconte moi tout de votre plan d’évasion !".

Mais ? Blue bordel ! Tu es stupide ? La fille allait tout raconter de toute manière, puisqu’ayant confiance en Vera Gorski ; et toi, tu allais pouvoir tout entendre de là où tu étais ! Alors pourquoi te sens-tu obligé de surgir pour réclamer une information que tu allais de toute manière avoir si tu étais gentiment resté à ne rien faire ? Tout ce que tu risques, là, c’est que du coup, la fille se braque et refuse de parler car te sachant méchant. Tu es un vilain étron moustachu.

De leur côté, les autres filles veulent voler un couteau de cuisine au cuistot local. Attention, il faut savoir qu’il n’y a que deux couteaux (et c’est tout !) dans la cuisine, et que les deux sont à la ceinture du fameux personnage. Autrement dit, j’insiste, c’est un plan super risqué pour s’emparer d’une arme qu’il serait plus simple de remplacer par un truc improvisé (Al Qaïda en sait quelque chose) mais tout aussi dangereux mais qu’importe : tout le monde suit le plan génial de la formidable Babydoll qui est… qui est… je… je crois que j’ai presque honte d’écrire son plan tant il est mauvais :

Elle compte entrer dans la cuisine avec ses 3 copines (Blondie manquant actuellement à l’appel pour des raisons qu’elles ignorent), barricader le tout de l’intérieur (?) le temps d’allumer une radio pour que Babydoll se mette à danser sur la musique et ainsi hypnotise le cuistot à grands coups de fesses pendant que les autres donzelles lui volent un de ses couteaux. C’est vraiment super discret le coup de "On se barricade pour faire danser notre copine", ou comment hurler au monde "HOUHOUUUU REGARDEZ ON EST EN TRAIN DE FAIRE UN TRUC SUPER LOUCHE QUI FAIT PARTIE DU PLAN DONT ON VIENT DEJA DE RÉALISER DEUX PHASES ET QUE BLUE A REPÉRÉ !".

Mais bref : Babydoll grimpe sur une table de la cuisine et commence à agiter son cucu : hop, elle rentre donc en transe. Et se retrouve cette fois-ci avec ses 3 amies sur une plate-forme aux côtés d’un hélicoptères ; là, Jean-Jacques apparaît pour faire son briefing habituel : les drôles de dames doivent prendre d’assaut un train terroriste contenant une bombe surnommée "couteau de cuisine", s’emparer de cette dernière et dégager avant que le train n’atteigne la ville voisine où il explosera. Vu d’ici, on dirait le pitch d’un film de Steven Seagal, mais en fait, non. Après son habituelle phrase de philo pour les nuls, Jean-Jacques donne encore un précieux conseil : attention les filles, le train est défendu par des robots du futur, et il vous faudra des codes pour désactiver la bombe : ils sont là-dedans, dit-il en désignant un gros sac à dos.

"Quelqu'un a parlé de bombes, de terroristes, de trains et de couteaux de cuisine ?"

Un sac à dos. Pour des codes. Tu écris tes mémos sur des parpaings mec ? On t’a jamais appris à utiliser des post-it ?

L’hélico de nos héroïnes décolle donc promptement et se retrouve à survoler des rails à proximité où, en effet, un train circule : c’est donc forcément celui-là : ni une, ni deux, elles lui tirent un missile dans l’arrière-train (jeu de mots) histoire d’ouvrir un wagon tel une boîte de conserve afin que les filles puissent s’infiltrer par là. Babydoll n’ayant aucune imagination, nos louloutes combattent donc toujours avec les mêmes armes, alors que bon : on est dans le futur semble t-il, ça serait bien d’avoir de meilleurs flingues, mais non : visiblement, ça ne l’intéresse pas. Enfin bref : malgré ce problème d’équipement, les filles massacrent sans soucis des dizaines de robots de combat qui les attendaient à bord, et arrivent à la bombe  les doigts dans le nez ; là, elles ouvrent le sac contenant les codes et en sortent…

… une mini-disquette. J’en étais sûr : Jean-Jacques se fout de leur gueule. Ça doit être le genre de mec à louer un 36 tonnes pour déménager une paire de chaussures.

Enfin bref : une fois insérée dans la bombe, la disquette désactive le tout et… et problème ! Un robot endommagé parvient à se réactiver et à réenclencher le processus d’explosion ! Le temps commence alors à se ralentir, le rêve, à se distordre et Babydoll sort de sa transe visiblement un peu surprise ; en fait, ce qu’il vient de se passer est tout simple : la radio qui jouait la musique sur laquelle Babydoll dansait vient de lâcher suite à un court-circuit. Et comme elle ne se trémousse plus, cela a désactivé le pouvoir parapsychique de son cul et cesse d’hypnotiser le cuistot, qui s’aperçoit alors que les filles autour de lui étaient en train de profiter qu’il soit distrait pour lui piquer un de ses couteaux : il se lève donc et commence à distribuer des mandales.

Tiens d’ailleurs, avez-vous remarqué l’autre faille du plan des filles ? Je vous ai dit qu’il n’y avait que deux couteaux dans la cuisine, visiblement, ce qui est un peu dommage. Mais les filles s’acharnant à vouloir utiliser comme arme un des deux seuls couteaux du cuistot, autant dire qu’il se serait rendu compte aussitôt, même si tout s’était bien passé, que des pensionnaires venaient de lui voler un de ses deux seuls ustensiles. Elles auraient donc été aussitôt repérées  et sanctionnées en conséquence, ce qui mettait tout leur plan d’évasion à l’eau. Mais aucune d’entre elle n’y a pensé. Qu’importe, revenons à la scène.

Le cuistot commence donc à maraver des mouilles à foison, collant sa grosse main dans les margoulettes surmaquillées des filles (Babydoll a par exemple le PIB du Rwanda en maquillage sur ses pommettes et en faux-cils). Puis, notant que ces dernières ne se laissent pas faire, il dégaine son ultime couteau (celui qu’elles avaient commencé à voler est tombé au sol dans la confusion) et tente de le planter dans Sweet Pea ; mais c’est sans compter sur Rocket, qui se jette devant sa soeur façon Kevin Costner dans Bodyguard pour prendre le coup à sa place. La jeune fille encaisse donc assez mal le coup (mais toujours sans saigner), et agonise assez longuement pour dire "Tu diras à maman que je l’aime" et autres cucuteries de dernière minute. Elle tente bien ensuite de chanter le célèbre générique du film précédemment cité, mais alors qu’elle entame sa mauvaise imitation de Whitney Houston, elle décède finalement.

Sur ces entrefaites arrive donc Blue, qui tombe sur une scène un peu chaotique, ce qui le fait un peu râler, particulièrement lorsqu’il constate que Rocket est désormais kaput. Il jure, grogne, scrogneugneute, engueule le cuistot, puisqu’avec tout ça, il va devoir remplir un paquet de paperasse, etc. Les filles, notant que l’on regarde ailleurs, ramassent discrètement le couteau tombé au sol et le cachent sur l’une d’entre elles. Comme quoi, voyez mesdemoiselles : il existe d’autres forme de diversions que "Tiens, on va faire danser Babydoll !". Vous y auriez pensé avant, Rocket serait sûrement encore en vie. Malheureusement, nos héroïnes ne pensent pas tout court. Même leur plan d’évasion leur a été soufflé par un vieux issu d’un rêve dément à base de samouraïs géants. C’est dire.

Tentative de réflexion chez Babydoll

Cela étant dit, Blue ordonne aux filles d’aller se préparer pour le show de ce soir car, ça y est, le High Roller (souvenez-vous, c’est le nom du client qui dans le monde réel est en fait le Docteur en charge de la lobotomie) est arrivé, et il va assister au spectacle. Mais avant que toutes ses pensionnaires ne montent sur scène, il veut d’abord leur parler en coulisse : il explique que la petite Blondie est venue le trouver et a tout raconté sur le plan d’évasion de ses copines. Il a décidé en conséquence de sévir : il empoigne donc promptement un pistolet qui passait par là et colle une balle dans la face d’Amber (c’est vrai : tuer les gens à coups de flingue dans les coulisses à 2 mètres d’une salle remplie de monde, c’est très intelligent), puis une autre dans celle de Blondie, au motif qu’il "n’aime pas les mouchards". Ouais, trop cool mec ! Comme ça, plus jamais personne ne viendra dénoncer ses petits camarades qui tentent une évasion. Tu es con ou bien ? Qu’importe : une fois cela fait, il ordonne à ses filles de monter sur scène pour faire un super show ("Je viens de tuer vos copines, essayez de ne pas avoir l’air trop triste sur scène !" : ce film est vraiment mauvais d’un bout à l’autre). Mais bon, que va t-il bien pouvoir faire pour s’occuper en attendant ? Hmmm… lire un livre ? Faire une partie de Uno avec les gardiens ? Non : il va plutôt se taper Babydoll, tiens, pour passer le temps ; il commence donc à la papouiller en conséquence, mais las : la bougresse arrive à se saisir du couteau de cuisine, que ses défuntes copines avaient réussi cacher avec le briquet, la carte & co dans la salle de maquillage juste avant de brutalement décéder. Elle s’en sert donc pour planter Blue un bon coup, qui s’effondre foudroyé ; maintenant, plus rien ne l’empêche d’aller se saisir des clés qu’il porte autour du cou et qui ouvrent toutes les portes ! Ainsi équipée, notre Baby court donc trouver Sweet Pea, qui avait été mise à l’écart (elle était dans un sale état après avoir vu sa soeur mourir dans ses bras), et lui propose de s’évader : elles sont les deux seules survivantes du plan de base, il faut donc se dépêcher avant que leurs rangs ne s’amenuisent encore ! Le plan est donc lancé, et pour commencer, c’est le briquet qui entre en jeu, en servant à mettre le feu à un local à produits d’entretien pour déclencher l’alarme incendie.

L’évasion est bien entendue difficile, puisque bon, deux nanas tentant de s’orienter avec une carte, ça tourne en général à la catastrophe. Heureusement, elles sont régulièrement sauvées par des interventions du Dieu Du N’Importe Quoi, qui, par exemple, arrive à les faire passer devant des gardes sans que ceux-ci ne les voient ou ne les entendent, car ils lisent leur journal (d’accord) en écoutant leur… i-pod avec ses beaux écouteurs intra-auriculaires blancs (nous sommes dans les années 60 je le rappelle, même le walkman n’existe pas). Fantastique. Mais tout cela ne suffit pas forcément, car une fois arrivées dehors, les filles constatent qu’il y a dans la cour une bonne dizaine de personnes en train de discuter, zut ! Impossible de partir discrètement se disent-elles. Nos héroïnes vont elles échouer si près du but ? L’une d’entre elles va t-elle avoir une idée géniale ? Vont-elles simplement réaliser que, en pleine nuit noire, dans un parc relativement grand, il est très facile d’atteindre la grille située à l’autre bout sans se faire repérer, particulièrement lorsque les seules personnes qui risqueraient de les repérer sont occupées à discuter entre elles juste devant le bâtiment ? Non ! Babydoll ayant toujours des plans de merde, elle se souvient de la 5e chose nécessaire au plan d’évasion qu’avait expliqué Jean-Jacques dans son premier rêve : il faut un sacrifice ! La jeune fille aux couettes se propose donc d’aller détourner l’attention des mâles de la cour (Mais… mais c’est la seule idée que tu as depuis le début du film : détourner l’attention des gens ! Tu n’as fait que ça ! Serais-tu une sorte d’être monotâche ultime, Babydoll ?!) pendant que Sweet Pea s’enfuira pour retourner chez elle, là où elle pourra, je cite, "Rendre sa mère heureuse" et "Retrouver une vie normale". N’en jetez plus ! Baby, Baby, Baby…ho, tu crois vraiment ce que tu viens de dire ? Qu’une évadée d’asile va retrouver une vie normale en allant se planquer chez sa mère, le premier endroit où la police va la chercher ? Et qu’elle va rendre sa mère heureuse en lui annonçant "Salut maman, ta fille est morte, et moi je suis une fugitive recherchée. T’as fait du café sinon ?".

Bref : Sweet Pea après avoir longuement pleuré sur le courage et l’héroïsme de Babydoll profite que celle-ci aille voir les mâles au centre de la cour pour détourner leur attention, et s’élance dans la nuit, traversant l’immense parc de l’asile que l’on a aperçu au début du film jusqu’aux grilles de celui-ci sans qu’il ne soit possible de l’apercevoir (comme quoi, il y avait un passage sûr : Babydoll se sacrifie juste parce qu’elle est débile. ). Puis, une fois de l’autre côté des barreaux du portail, Sweet Pea jette de longs regards à Babydoll, que celle-ci lui rend, genre truc trop discret "Tiens ? On dirait que Babydoll jette des regards enflammés par-dessus mon épaule en direction de quelqu’un derrière moi. Je vais me retourner pour voir qui c’est. Ho ! Regardez, une fille de l’asile en train de se barrer ! On ne l’aurait jamais aperçue si Babyboll n’était pas venue se mettre juste devant nous pour se mettre à envoyer des gros regards lourds dans sa direction !" ; mais heureusement, ça n’arrive pas, Sweet Pea peut se barrer, alors que Babydoll est ramenée à l’intérieur.

Regardez bien : la première image c'est lorsque Bopapa emmène Babydoll à l'asile en voiture au début du film. La seconde, lorsque la même Babydoll détourne l'attention des gens qui attendaient juste devant le bâtiment pour que Sweet Pea se barre à la fin du film. Entre les deux, la distance bâtiment/portail a été réduite de 98% et les grilles se sont transformées en mur pour arranger les scénaristes. Bravo les gars.

Notre héroïne se retrouve donc finalement attachée sur une chaise, où elle subit un bon coup de lobotomie sans même râler, car elle a fini par le réaliser : tout oublier de sa vie n’est pas si mauvais, elle va pouvoir se renfermer sur son univers intérieur. A la toute dernière seconde, elle a juste le temps de jeter un regard terrible au médecin en charge de la procédure, ce qui l’a plongé dans des abîmes de désarroi. Ce dernier est donc allé trouver le Dr Gorski pour demander à en savoir plus sur cette étrange patiente. La docteure lui explique donc que cette patiente a fait bien des choses cette semaine : déclencher un incendie, poignarder un cadre de l’asile, aider une patiente à s’évader… mais qu’elle regrette qu’elle ait été lobotomisée, car c’était une pensionnaire très intéressante. D’ailleurs, la lobotomie est une pratique à laquelle était opposée la douce Vera. Ah ? Dis le docteur. Pourtant, c’est sur votre recommandation que je suis intervenu ! Et hop, formulaire à l’appui, il montre au Dr Gorski le formulaire de demande de lobotomie avec la fausse signature de Vera réalisée par M. Jones

Notez, là encore : le Dr Gorski explique qu’elle était au courant de la lobotomie programmée de Babydoll, mais qu’elle y était opposée. Et à aucun moment elle ne s’est dit "Tiens, mais au fait, qui a programmé la lobotomie ? Vu que c’est moi la seule à avoir ce droit et que j’y suis opposée ?" ; y a t-il un seul personnage crédible dans ce film ? Parce que là, on approche méchamment de la fin, et je n’en ai toujours pas trouvé. Je me contente de sangloter, en fait.

Babydoll est de son côté ramenée à sa cellule, désormais dans un état proche de celui de légume, ce qui ne la change pas fondamentalement du reste du film (elle dira peut-être un peu moins de conneries, en fait). Mais Blue Jones, qui a survécu au coup de couteau qu’il a reçu, parait devant elle, et ordonne que l’on jette la bougresse dans une petite pièce isolée où il compte bien reprendre ce qu’il avait entamé la dernière fois avant d’être interrompu par une lame. Hélas, il pleure de désarroi en constatant que la petite Babydoll qui se trémoussait n’est plus qu’un gros haricot blanc avec des couettes. A moitié fou, il est surpris par l’arrivée de Vera Gorski et de plusieurs agents de police qui le font arrêter pour avoir fait lobotomiser Babydoll en falsifiant des documents. Alors qu’ils l’emmènent, il hurle que tout ça, c’est la faute du beau-père de de la jeune fille : Bopapa va donc lui aussi prendre cher, et tous les méchants seront donc punis : youpi.

Et Sweet Pea alors ? Elle, elle a enfin réussi à atteindre une gare routière (elle a même trouvé des vêtements, du maquillage et un peigne en chemin visiblement, c’est vraiment bien) ; mais alors qu’elle va sauter dans un bus, elle est interrompue par deux agents de la maréchaussée qui semblent la reconnaître ; ils n’ont cependant pas le temps de lui poser des questions : depuis le car où elle s’apprêtait à monter, une voix retentit, expliquant que cette passagère est dans son bus depuis fort loin, et qu’elle ne pourrait donc décemment pas aider deux agents de police du coin. Ces deux derniers laissent donc tomber, expliquant qu’ils cherchent une jeune fille du secteur : ils font donc forcément erreur sur la personne. Allez, bonne journée mademoiselle et désolé du dérangement. Sweet Pea tourne donc les yeux vers le bus pour y apercevoir son sauveur : un vieux chauffeur, que l’on a déjà vu dans les rêves de Babydoll : Jean-Jacques. Allez savoir ce qu’il fout là, mais en tout cas, il couvre Sweet Pea, referme les portes de son bus derrière elle, et l’emmène sur les chemins de la libertéééé….

La voix off de Babydoll achève le film avec une bonne vieille philosophie de pissotière sur le fait que dans la vie, l’important, c’est d’être soi-même ou un truc du genre, hihihihihi, parce qu’on a beau être un gros légume, on a quand même le droit à sa petite voix off digne de Grey’s Anatomy et…

FIN

Vous êtes sûrs qu'elle n'avait pas DÉJÀ été lobotomisée ?

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A cette heure-là du matin, les couloirs de l’hôpital étaient encore quasiment déserts, à l’exception des quelques infirmiers de garde aux cernes marquées qui patrouillaient de-ci de-là en poussant quelque chariot, saluant poussivement les deux représentants de la maréchaussée venus interroger leur suspect. Le bruit des rangers de l’adjudant-chef Bertier et du maréchal des logis Fronsart semblait se perdre en écho dans certains coins du bâtiment aux couleurs fatiguées, jusqu’à ce qu’il se taise enfin devant la porte d’une chambre du deuxième étage. Poussant la porte, Bertier poussa un juron étouffé en constatant que le lit qui occupait le centre de la pièce n’hébergeait plus que quelques morceaux de sangles arrachées. Il s’apprêtait à hurler à l’évasion quand Fronsart poussa un petit cri de surprise : leur client était bien là, prostré dans un coin de la chambre, les yeux hagards et les bras encore brûlés là où les sangles avaient frotté jusqu’à céder.

"Seigneur ! Infirmiers ! Vite, par ici, on a besoin d’aide ! Fronsart, remuez-vous et allez me trouver la personne en charge de cet étage !"

Fronsart déguerpit à toute jambe par la porte entrouverte, avant de revenir tout aussi promptement, annoncé par le son tonitruant des rangers martelant le sol. Une infirmière aux traits tirés par de trop longues heures de garde se dépêcha de venir s’agenouiller à côté du patient, prenant grand soin de décroiser ses bras meurtris avec la plus grande douceur ; derrière ces derniers, il dissimulait un curieux sourire béat.

"Bon sang mademoiselle, mais qu’est-ce qu’il s’est passé ici ?
- Je… je ne sais pas ! Hier soir, il allait bien, il nous a raconté qu’il avait été arrêté en essayant de se rendre à Cannes. Alors nous, on s’est dit que ça lui ferait plaisir de voir le festival, aussi on lui a allumé la télé pour voir le discours de la cérémonie d’ouverture. Ensuite, il a beaucoup crié, et on a dû réajuster les sangles plusieurs fois, avant de lui administrer de quoi calmer une bonne douzaine de rhinocéros. 
- Il est juste drogué là ?
- Non… non, la drogue ne fait plus effet depuis près de 6 heures logiquement. 
- Mais alors qu’est-ce qui l’a mis dans cet état ?"
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L’infirmière haussa les épaules dans une moue désolée, laissant l’adjudant-chef dans un état de perplexité qu’il n’aimait guère. Ce fut finalement Fronsart qui comprit tout.

"Je crois savoir. Je… je crois que sa santé mentale n’était pas prête pour le discours d’ouverture du festival de Cannes. Je pense qu’il s’est réfugié dans un monde imaginaire où il tente de se protéger.
- Un monde imaginaire ? Mais de quel genre ?
- Je… je pense qu’il… je crois qu’il s’est réfugié dans un monde dans lequel Mélanie Laurent n’existe pas."

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Il y eut un long blanc. Puis l’infirmière et l’adjudant-chef répondirent involontairement en choeur :

"La chance !"

Je le déteste déjà.

Il a l’air bête, là, assis au premier rang, m’observant de ses grands yeux ronds mis en avant par cette monstrueuse monture noire supposément à la mode. Dans son regard, je peux lire qu’il a déjà une de ces idées. Une de ces pensées stupides qui lui viennent tout droit d’univers où la raison et la logique appartiennent au royaume du mythe. Il réajuste son pull, et montre quelques signes d’impatience dans l’attente que je finisse mon propos. Il a cet air mi-chafouin, mi-stupide que portent les gens persuadés d’avoir quelque chose de très intelligent à dire, mais qui ne s’apprêtent en réalité qu’à transformer l’air de leurs poumons en vide intellectuel par la magie de leur phrasé. Dans son cas, et vu sa tête, je parie qu’il a une "question ricochet" en tête : une de ces interrogations que les fats posent, non pas par intérêt pour la réponse, mais uniquement pour rebondir sur cette dernière pour étaler leurs connaissances.

Dans cette salle, ils sont quelques dizaines d’étudiants à griffonner quelques notes sur le propos que je tiens, plus intéressés par la potentielle carte de visite que je pourrais laisser pour un stage en fin de cours que par l’essence de mon propos , que la plupart se contenteront de bachoter avant leurs examens en faisant fi du fond. Sans perdre le fil de mon propos, et notant par la fenêtre le soleil descendant doucement derrière de lointaines collines, colorant d’orange les silhouettes éloignées de lourdes bâtisses champenoises,  je me décide à passer à la fin traditionnelle de tout discours estudiantin qui se respecte :

"Avez-vous des questions ?"

Deux mains se lèvent ; le type du premier rang et une jeune fille au fond. Notant que la seconde semblait plus plaisante que le premier, il convenait de faire passer en priorité le supplice : la parole allait donc à Monsieur, pour peu qu’il ne la garde pas trop longtemps.

"Oui ?
- Tout à l’heure vous parliez des techniques de conservation scientifique du patrimoine mobilier et je…
- Venez en au fait.
- Bin… je peux vous poser une question bête ?
- Il n’y a pas de question bête. Seulement des imbéciles.
- Heu… c’est-à-dire que je me demandais : vous en pensez quoi, du système de conservation des archives du Vatican ?"
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Ça y est, il a son sourire débile. Il veut me parler des archives du Vatican, et se moque bien de la réponse. De toute manière, je ne suis pas sûr que ma réplique lui convienne : tout ce que j’ai retenu de mon dernier déplacement aux archives du Vatican, c’est une sombre histoire impliquant du GHB, du vin de messe et la rupture des voeux de soeur Graziella de Modène. Les cartons d’incunables, présentés par un clerc fripé, je n’en ai qu’un souvenir lointain. Bottons en touche.

"Disons que la qualité de la conservation n’est pas forcément à la hauteur de la valeur des archives, pourquoi ?
- Non parce que je voulais savoir – dit il avec un air de Monsieur-je-sais-tout – ce que vous pensiez des systèmes de vase clos avec oxygène limité, mais je vois que vous ne connaissez p…
- Holà, du calme mon bonhomme : vous avez lu Dan Brown ?
- Oui, justement, c’est dans Anges et Démons, il explique que…
- Vous croyez ce qu’il écrit ?
- Bin, quand même, c’est précis, il a fait des recherches, et puis il a marqué en préambule du Da Vinci Code qu’il se basait sur des faits, et que…
- Ok, des faits ? Donc des trucs cohérents ?
- Oui, même s’il imagine l’intrigue, ça reste quand même un maître en la mat…
- Mademoiselle, vous aviez une question ? Vous pouvez la garder 30 secondes s’il-vous-plaît ? Je raconte le film au neuneu du premier rang histoire de lui montrer ce que c’est qu’un "maître en trucs cohérents". Je suis à vous tout de suite après."

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Non mais c’est vrai, quoi : spoilons mes bons !

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L'affiche : Que nous cache le Vatican ? Mais, du pognon, bien sûr. Non ?

Tout commence lorsqu’une voix off de journaliste dépressif nous annonce une terrible nouvelle : le pape est mort. Partout dans le monde, les catholiques pleurent à chaudes larmes la perte du VRP de Dieu, parti retrouver sa hiérarchie. Aussi, comme le veut la tradition, l’Eglise procède à la destruction de l’anneau du défunt pape (l’une de ses nombreuses bagouzes de gangsta-pape) à coups de burin, car comme chacun sait, le clergé a toujours eu un truc pour buriner de petits anneaux innocents. Une fois cela fait, nos amis les clercs sortent la dépouille du mort et la promènent en grande tenue sur la place Saint-Pierre, où des milliers de pèlerins sont réunis pour prier pour l’âme du vieux monsieur et renifler les effluves du mort. La voix off poursuit son explication : désormais, le siège papal va être vide pour une durée de 9 jours, puis aura lieu le conclave, où les cardinaux éliront un nouveau pape, et tout le monde pourra chanter le thème du Roi Lion devant le balcon où le nouveau souverain pontife recommencera le cycle de la vie.

Mais quelques jours plus tard, dans un célèbre accélérateur de particules franco-suisse, le professeur Vittoria Vetra, qui comme son nom l’indique, nous vient du pays du spaghetti, disserte avec ses collègues français : ça vous dirait pas qu’on mette un macaron ou un sac à main dans l’accélérateur pour voir ce que ça fait ? Ses collègues l’envoient passablement chier, car Vittoria est persuadée d’une chose : ses idées géniales permettraient de créer de l’antimatière. Et d’y observer le fameux Boson de Higgs, aussi appelé "Particule de Dieu" par les scientifiques les plus farceurs. Et ça tombe bien puisque scientifique farceur, il y a dans ce centre de recherche : le père Silvano, curé biclassé physicien, qui est bien décidé à observer cette fameuse particule. Aussi, dans un bureau reculé, installé sur une dérivation de l’accélérateur de particules, il a mis au point trois flasques capables de recueillir de l’antimatière lors de la prochaine accélération qui doit avoir lieu sous peu. Et lorsque l’expérience se lance, en effet, il constate que ça marche : il voit quelque chose apparaître dans ses flasques (qui sont bien évidemment en partie transparentes, hein, sinon ce ne serait pas spectaculaire, et en plus, l’antimatière, ça prend la forme d’une sorte de forme éthérée en mouvement constant, manquerait plus que ce soit moche). C’est donc un peu la grosse fête, et il appelle sa copine Vittoria pour lui dire que leur expérience a réussi, que c’est trop super, et que du coup, ce soir, il romprait bien son voeu de célibat.

Trop heureuse de défroquer un prêtre, Vittoria se rue vers le bureau de son ami, le coeur en joie, et ne s’attarde que pour ouvrir les portes verrouillées par un contrôle rétinien ; sauf qu’à la dernière porte, celle menant au bureau du physicien-curé, elle constate qu’il y a un peu de sang sur le scanner de rétines. Ho ? Quelqu’un doit avoir une grosse conjonctivite, se dit-elle ; mais quelques mètres plus loin, elle tombe sur un globe oculaire attendant patiemment qu’on le ramasse au sol. Berk ! Se dit notre héroïne avec raison, tant la chose n’est guère hygiénique. Mais à qui peut bien appartenir cet oeil ? Serait-ce une relique de la famille Le Pen ? Nenni : la chose appartient au bon Silvano qui gît dans son propre sang au milieu de son bureau ; Vittoria l’avait toujours soupçonné d’avoir un oeil baladeur, mais à ce point, jamais. Elle se met donc un peu à paniquer et appelle à l’aide, ne remarquant que brièvement que l’une des trois flasques de la précieuse antimatière, recueillie par Silvano, a disparu.

Si vous avez bien suivi ce récit, vous noterez que Vittoria a vu du sang sur le scanner rétinien menant au bureau de son vieil ami. Et a trouvé le globe oculaire plus loin sur sa route, une fois passée la porte sécurisée, ce qui signifie que le tueur, pour accéder au bureau du curé et le tuer, avait déjà avec lui l’oeil du vieil homme ! L’intrigue commence très fort, ma foi.

Mais laissons tomber ces évènements sans grande importance, et allons plutôt retrouver Robert Langdon, le plus célèbre expert en symbologie du monde, qui dernièrement, souvenez-vous, avait retrouvé la tombe de Marie-Madeleine pile en dessous de la pyramide du Louvre et obtenu toutes les preuves qu’elle aurait dû être la première papesse en lieu et place de Pierre, et que l’Eglise était donc basée sur un mensonge. Mais malgré les mille aventures traversées pour obtenir cette révélation, il avait préféré ne rien dire et retourner écrire des livres rébarbatifs à Harvard, vendus à 7 exemplaires de par le monde. Et c’est à l’université que nous le retrouvons donc, en train de tremper son gras dans la piscine locale. Mais alors qu’il tente de faire la célèbre nage du petit chien, il est dérangé par un policier du Vatican, qui vient contraster de son costume italien le petit slip moulant de notre héros. L’homme de loi, que nous appellerons Bob, souhaite parler des Illuminati à l’ami Langdon. En effet, ce dernier a fait paraître un ouvrage sur le sujet, mais n’a jamais pu écrire la suite, puisque le Vatican lui a interdit l’accès à ses archives, indispensables à toute bonne rédaction. Bref, mais quel est le problème, avec les Illuminati, au fait ?

Et bien c’est simple, explique Bob : cette nuit, 4 cardinaux ont été kidnappés au Vatican, sans que personne ne remarque rien (mais ça n’a pas l’air de le choquer). Et une mystérieuse vidéo a été envoyée, dans laquelle des personnes se revendiquant des Illuminati annoncent qu’ils vont en buter un par heure à partir du soir même, 20h. Non, ils ne disent pas "on veut une pizza et un hélicoptère, sinon on les bute", non : dotés d’un formidable esprit de synthèse, les brigands vont directement à la case "on les bute", seule partie de la phrase qui les intéresse. Les coquinous.

 

Robert ne négocie pas avec les terroristes qui ne négocient pas

Et le Vatican a beau ne pas trop aimer Langdon qui farfouille un peu trop dans leurs terribles secrets, le clergé l’y invite en jet privé pour les aider à régler cette affaire ; voilà qui est bien urbain (attention, un jeu de mot sur un pape célèbre se cache dans cette phrase, sauras-tu le retrouver ?). Arrivé à Rome, Bob annonce à Robert qu’il compte bien trouver et tuer tous les Illuminati : voilà qui est subtil et délicat. Mais Robert, qui a l’esprit noble, ouvert et grand, en un mot, américain, explique que c’est bien parce que l’Eglise a toujours pensé comme ça que les Illuminati se sont radicalisés : à la base, ils n’étaient que des scientifiques soucieux de faire triompher la pensée scientifique sur le dogme religieux. Grand mal leur en a pris puisque moult d’entre eux finirent en merguez médiévales, puisqu’à l’époque, c’était l’Eglise qui gérait la fête de l’Huma.

Mais l’heure est déjà avancée avec tout cela, et aujourd’hui est jour de conclave : à Rome, devant la basilique Saint-Pierre, on disserte grave entre cardinaux : les 4 d’entre eux manquant à l’appel étaient les favoris pour l’élection ; voilà qui va poser problème, puisque sans les chouchous, on peut pas travailler. Tout le monde pleure donc que du coup, l’élection va être trop compliquée, et tout, puisqu’il n’y a personne à élire (notez que les cardinaux sont cons : voilà l’occas’ de leur vie pour devenir le boss des catholiques, et ils se contentent de geindre genre "Ho non, c’est trop dur, l’un d’entre nous va pouvoir devenir pape, c’est trop dur à vivre !"). Le cardinal désigné comme grand électeur (qui dirige un peu la séance mais ne peut être élu pape en conséquence), Strauss, explique donc au père Siméo, un haut-cadre du Vatican, que toute cette histoire de disparition doit rester secrète pour l’instant. Sinon, ce sera un sacré bordel dans toute la cité, et Vatican et bordel n’ont jamais fait bon ménage (à part du temps de Jean XII, pape célèbre pour avoir un peu trop couru la gueuse, mais je m’écarte)

Et ça tombe bien, puisqu’en parlant de bordel au Vatican, Langdon arrive enfin : accompagné du commandeur Jim (non ce n’est pas son nom véritable, mais il y a trop de noms italiens dans ce film, alors je censure, ah mais), le supérieur de Bob, il se rend au QG des gardes suisses pour y rencontrer leur chef suprême : Richter. Car au Vatican, il y a deux polices : les gendarmes (Jim & Bob) et les gardes suisses (Richter), les seconds s’occupant uniquement de la basilique Saint-Pierre et du pape, qu’ils protègent en aveuglant de potentiels assaillants à l’aide de leurs tenues bariolées, provoquant des crises d’épilepsie chez les malandrins les plus tenaces. Alors, à noter que le QG des gardes suisses est un monument de décalage spatio-temporel : on y trouve des rangées de hallebardes, d’épées, d’arbalètes et de mitrailleuses lourdes. Non parce que des fois, la mitrailleuse lourde, c’est un peu léger, alors autant aller chercher une bonne vieille hallebarde à l’armurerie. Bref, passons : en tout cas, au QG, outre donc la bande des officiels des forces de l’ordre, il y a une femme qui patiente : Vittoria Vetra, la scientifique qui s’amusait à accélérer des particules sur son temps libre. Que vient-elle faire là ? C’est très simple : Richter explique que quelqu’un a volé une caméra de sécurité du Vatican (… je… voler une caméra de sécurité ?), et l’a placée dans un endroit inconnu (et oui, c’était une caméra de sécurité sans fil, parce que sinon, suffisait de longer le câble. Et essayer de localiser son signal, non ? Pas envie ?), où elle filme… une flasque contenant de l’antimatière ! Ne me demandez pas comment les gardes suisses ont pu identifier de l’antimatière sur une caméra de sécurité et non juste s’exclamer "Qu’est-ce que c’est que cette merde ?" (ils sont probablement tous doctorant en physique), en tout cas, tout de suite, pif pouf, ils ont su qu’il fallait appeler Vittoria qui confirme : "Ah bin oui, c’est l’antimatière qu’on m’a volé ! Les petits amis, j’ai une mauvaise nouvelle : quand il n’y aura plus de batterie dans la flasque pour stabiliser son contenu, elle explosera et rasera tout le Vatican, ce qui serait tout de même ballot". Et quand est-ce que ça arrivera ? "Nos batteries durent 24h : elle sera vidée à minuit pile.". C’est précis, comme estimation, ma petite Vittoria. Tu me permets que je m’attarde sur ton raisonnement (et le verbe "attarder" s’applique particulièrement bien pour le coup).

24h ? Ça signifierait que la flasque a été volée la veille à minuit pile ? Sachant qu’on a vu la scène du vol, que c’était en Suisse (donc pas vraiment de décalage horaire) et qu’il faisait jour ? Expliquez-moi donc ce mystère. Par ailleurs, c’est quand même bien fait : les Illuminati volent une flasque d’antimatière, et incroyable coup de bol, elle contient juste assez de batterie pour péter le jour où ils veulent, au moment où ils veulent, c’est-à-dire ni minuit douze, ni 23h52 : minuit pile ! Ah, c’est sûr que ça a plus de classe, puisque ça colle parfaitement à leur plan : tuer 4 cardinaux, 1 par heure à partir de 20h, et à la 5e heure, faire péter le Vatican. Ils auraient volé une bombe avec une batterie qui n’aurait pas lu le script, elle leur pétait au nez à 21h31 et ça pourrissait toute l’affaire. Quelle chance, quand même.

En tout cas, outre cette vidéosurveillance constante de la bombe, sorte de télé-réalité pour talibans, nos gardes suisses ont aussi un autre truc intéressant : une vidéo envoyée par les Illuminati, dans laquelle ils montrent bien avoir en leur possession les 4 cardinaux, et profèrent des menaces à base de "le Vatican sera détruit pas la lumière de la science" ou "On va vous marquer les fesses au fer rouge". Sur le coup, ça ressemble juste a du charabia de mystique, mais c’est sans compter sur la présence de Robert Langdon qui déchiffre tous les messages grâce à ses puissantes déductions à base de fumage de ganja. Et ainsi donc, il se souvient que les Illuminati utilisaient autrefois des passages secrets reliant le Vatican qu’ils tentaient d’infiltrer à une ancienne église… mais personne n’a jamais su quelle était cette église où ils se réunissaient. Or, Langdon pense qu’il y a trace de ce lieu dans un écrit de Galilée, Illuminati de son état, stocké dans les archives du Vatican. Et que ça doit être là que les Illuminati vont agir !

 

Dans les archives du Vatican, on trouve des tonnes de petits globes pour la déco : sachant que l'Eglise n'a reconnu que la Terre était ronde que depuis quelques années, c'est intéressant.

Hmm ? Vous dites ? "Pourquoi personne ne pense à consulter les caméras de surveillance, puisque bon, les 4 cardinaux ont quand même été kidnappés au sein du Vatican, donc ça a dû se voir un mec qui fait 4 allers retours pour attraper 4 clampins ?". Bonne question. Je me la pose aussi. Et "Ah ouais, un passage secret reliant l’église des Illuminati à celle du Vatican ? La sécurité doit quand même connaître ces passages, c’est son boulot : pourquoi ne les fouille t-elle pas ?". Chut. Chut. C’est du Dan Brown, des millions de gens trouvent que c’est un maître de l’intrigue, alors merci de ne pas les contredire.

En tout cas, Langdon a besoin de l’autorisation du pape pour consulter les archives du Vatican… or, depuis qu’il est un peu mort, le pape signe relativement peu de documents, le chafouin : heureusement, un homme est le dépositaire de son autorité en son absence, un simple prêtre, le père Patrick McKenna, le camerlengo du pape (le chambellan, quoi). A noter qu’il est joué par Ewan Mc Gregor. Hmmm, le genre de mec qui ne prend pas un petit cachet et qui ne peut donc pas prendre un petit rôle : toutes mes billes sur lui que c’est le chef du complot. D’ailleurs, il n’est pas du tout suspect : quand Langdon vient le trouver pour lui parler des Illuminati, McKenna explique que lui aussi avait pensé exactement à la même chose, et qu’il avait aussi dans l’idée qu’il y avait des indices dans les écrits de Galilée pour trouver où les Illuminati allaient agir.

Ouais. Donc, tu avais tout deviné, mais tu as décidé de ne pas en parler à la sécurité. Richter, Jim, un commentaire sur le terme "rétention d’information" ? Rien ?

Par contre, il propose une super idée à la troupe : hey, sur la vidéo, on voit bien que la flasque est éclairée par une lumière artificielle : il suffit de couper le jus dans tous les quartiers du Vatican un par un, et quand ça s’éteint sur l’écran, et bien on saura déjà un peu mieux où l’engin pourrait se situer. Ce sera plus rapide que de fouiller toute la sainte cité !Excellente idée ! Bon, sauf qu’au Vatican, on est un peu bête : plutôt que de couper le jus par "grands groupes" (genre à 50% du Vatican, puis aux autres 50% pour voir quand ça s’éteint) pour procéder intelligemment ("Ah, maintenant, on sait dans quelle moitié c’est ! Maintenant, coupons le jus à la moitié de cette moitié pour voir, puis à l’autre… etc") en allant toujours vers des zones plus petites, non, ces gros blaireaux décident de couper le jus salle par salle (et de préférence, toujours dans celle où les héros sont, quelle coïncidence), sur des milliers de salle, en laissant bien éteint 10 vraies minutes à chaque fois. Excellent plan. D’ici 3 ans, ils auront sûrement fait le tour.

Le chambellan demande aussi à Vittoria si quelqu’un d’autre qu’elle et le défunt Silvano étaient au courant de leurs recherches sur l’antimatière : non, répond la belle (à part peut-être tous les scientifiques du centre, à qui tu en parlais au début du film, ma petite, soit plusieurs centaines de personnes), avant d’ajouter que Silvano tenait des cahiers où il consignait tout… et qu’elle peut les faire venir de Genève en une heure vu l’urgence. Soit ! Tant qu’elle ne passe pas par la Poste, elle a une chance, car sinon, 2 papes auront eu le temps de régner avant qu’elles n’obtiennent son colis. Enfin, Patrick s’adresse à Robert, et lui demande s’il a la foi : ce dernier botte en touche d’un "Je n’ai toujours pas eu cette joie" (je vous ai dit qu’il était américain) ; en conséquence de quoi, satisfait de cette réponse, le chambellan lui donne autorisation d’aller aux archives du Vatican : l’excitation qui découle de cette nouvelle coûte son intégrité à un slip du professeur Langdon. Ce dernier (Langdon, pas le slip) s’éloigne donc tout pimpant vers la salle des documents secrets du Vatican, emmenant avec lui Vittoria, qui n’a pas l’autorisation d’y aller pourtant, mais tout le monde semble s’en accommoder : c’est le seul personnage féminin du film, on va pas la virer.

Mais ce n’est pas pour autant que Patrick McKenna a le temps de se reposer : il doit s’en aller discuter avec Strauss, le grand électeur du conclave, pour lui annoncer qu’il y a une bombe au Vatican et qu’il vaudrait mieux reporter l’élection, et faire évacuer la place Saint-Pierre. Mais Strauss a réponse à tout, puisqu’il souligne que la mort éventuelle de milliers de gens n’est pas un problème : après tout, n’irons nous pas tous au paradis ? Allez, assez de discussion : comme le veut la tradition, Strauss demande à McKenna de verrouiller la salle du conclave pour laisser les cardinaux seuls : ils n’auront le droit d’en sortir que lorsqu’ils auront un pape, et personne n’a le droit d’y entrer une fois les portes fermées. Etant donné l’âge des cardinaux, il faut juste espérer que leur prostate ne les titille pas alors qu’ils sont tous enfermés, sinon, il n’y aura pas vraiment "d’odeur de sainteté".

En parlant de vieux trucs, quid des archives du Vatican ? Et bien, visiblement, on ne rigole pas avec la conservation (dans ce film en tout cas) : c’est ultra-moderne, bourré de vitres de sécurité, et ça se compose de centaines de petits aquarium clos contenant quelques rayons d’archives chacun alimentés juste au minimum en oxygène pour ne pas endommager les livres (je me permets de préciser : dans le monde réel, c’est un poil différent) ; Robert en est tout fou. D’ailleurs, l’heure qui avance et l’imminence de la mort de cardinaux ne semble pas trop le brusquer : il continue d’échanger des anecdotes historiques pour étaler sa culture avec sa nouvelle copine Vittoria, qui bien évidemment, elle aussi, a une passion pour l’histoire de l’art et l’histoire tout court, ce qui donne des dialogues passionnant à base de "Haaan, toi aussi t’as lu Galilée ? Moi je kiffe trop, il a grave du style tu vois ! C’est mon deuxième auteur préféré derrière Stephenie Meyer". Hé bé. Et justement, en farfouillant dans un bouquin de Galilée, que comme d’habitude, Langdon a deviné qu’il fallait consulter grâce à la magie de ses déductions improbable ("ouais là il y a écrit 5 mais à l’envers ça fait S, S comme Salomon, qui lui même était juif, juif comme Jésus, Jésus comme la chrétienté, chrétienté comme l’accès au ciel, le ciel comme l’astronomie, l’astronomie : Galilée !" ou des trucs du genre), ils trouvent un mini-filigrane quasi-invisible écrit en anglais s’il-vous-plaît (Galilée avait prévu d’être lu par Robert Langdon, tout le reste étant en latin), contenant moult informations : allez hop ! Vittoria arrache la page (… tu pouvais emporter le livre qui est tout petit en plus, sinon, hein ?) pour aller plus vite, au motif que merde, des cardinaux vont mourir, il faut se dépêcher.

Dixit celle qui échangeait des anecdotes niaises avec notre héros il y a 2 minutes.

 

Nos héros sont pressés : Robert tente la technique du petit lapin

En tout cas, la piste obtenue grâce à ce filigrane, qui contient bien évidemment une énigme, les mène tout droit à une chapelle réalisée par le célèbre Raphaël ; mais nous sommes dans un film où des gens risquent de mourir ! Aussi, si leur mort était programmée pour 20h, à quelle heure arrivent nos héros ? 19h59 bien sûr ! Sinon, il n’y aurait pas de prétexte pour courir partout en glapissant. Hélas, malgré tout, une fois dans l’église, ils ne trouvent qu’un petit passage secret menant à une pièce où les attend le corps déjà rempli de terre d’un cardinal ; ils arrivent trop tard, l’homme est déjà mort, tant il est vrai que l’être humain est très mal conçu pour respirer de la terre. Sur son torse on peut lire, marqué au fer rouge, le mot "Terre". Vittoria et Robert sont bien embêtés d’arriver trop tard et Roro martèle le sol de désarroi. Mais sa petite colère ranime en lui la flamme du combat : l’enquête doit continuer, il y a encore trois mecs à sauver ! Et le prochain meurt dans une heure ! Vite, un indice !

Pas de problème : dans la chapelle, il y a une statue qui montre quelque chose du doigt. C’est FORCEMENT un indice, ça ne peut pas être juste une statue : n’oubliez pas qu’on a affaire à des spécialistes de l’histoire de l’art, la lie de l’humanité qui voit des messages, des codes et des interprétations dans la moindre ligne droite. Alors, que peut bien pointer ce doigt ? Forcément un monument, ou un objet ! Jamais un artiste n’aurait idée de faire autrement. Et si on suit le doigt en ligne droite sur 3 kilomètres (véridique), il montre… la place Saint Pierre ! Vite, direction le Vatican, le prochain meurtre aura lieu là-bas ! Et sur place, il faut trouver une statue ou un bas-relief réalisé par le même sculpteur selon Langdon (car non, le sculpteur ne pouvait pas désigner une oeuvre faite par un autre, il était trop égocentrique) ; or, à quelle heure nos héros arrivent ils sur la place ? 20h58 (non, j’insiste : je n’invente pas, c’est marqué sur l’écran) : "Vite, on a deux minutes pour sauver le cardinal" s’exclame Robert sur la place bourrée de pèlerins. Oui enfin Robert, sans vouloir te vexer : le dernier cardinal, il avait l’air mort depuis un bail, hein, donc je suis pas sûr qu’ils tuent à heures fixes, les malandrins : ce sont des assassins, pas des horloges parlantes.

A noter que Richter, qui jusqu’ici, refusait simplement de rouler vite en voiture lorsqu’il conduisait Langdon pour "ne pas attirer l’attention de la presse" (car la presse surveille probablement toutes les voitures noires de Rome) ne trouve aucune incohérence à faire entourer toute la place de snipers bien en évidence pour rechercher dans la foule le cardinal et son ravisseur. Discret, en effet. Langdon, trouve au sol, malgré la foule,  un bas-relief d’Eole faisant donc référence à l’air, le prochain élément après la terre ; il subodore ainsi que le meurtre devrait se passer dans le coin… et effectivement, lorsque 21h sonne, la foule découvre, car personne ne l’avait remarqué, au pied de l’obélisque de la place, un cardinal se vidant de son sang, les poumons perforés et "Air" au fer rouge sur le torse : Vittoria en déduit que ça doit être un fan du groupe. Mais sinon, oui, le mec est le seul dans un rayon de 5 mètres autour de l’obélisque, pisse le sang, meugle un peu, et sur les milliers de pèlerins et la cinquantaine de snipers, personne n’a rien vu. Ce n’est plus un tueur qui opère, c’est David Copperfield.

Quelques temps plus tard, nous retrouvons Patrick McKenna dans ses bureaux, qui a regroupé autour de lui Langdon, Vittoria, le commandeur de la gendarmerie Jim et le chef des gardes suisses Richter. Il explique que sur le corps du cardinal, une lettre a été trouvée, expliquant que le pape n’était pas mort naturellement et que les Illuminati revendiquaient en plus son décès ! D’après eux, ils auraient surdosé les médicaments qu’il prenait. Hmmm, c’est très vilain ! Et ce qui est plus curieux, c’est que personne ne savait que le pape prenait des médicaments, à part son chambellan, Richter et quelques autres personnes dans la confidence.

 

Vous voyez la foule derrière ? Et bin personne n'a rien vu.

Attention : sachant que dans le précédent volet, le flic passait pour le méchant tout au long du film, avant que tout le monde ne s’aperçoive que le vrai traître était le type paraissant sage qui conseillait le héros, sauras-tu retrouver qui feinte tout le monde, sachant que Richter est flic et que McKenna parait sage et conseille notre héros ? Mais chut, je ne dis rien. Je ne voudrais pas spoiler : ce n’est vraiment pas mon genre.

Mais Langdon n’en est pas à ses futiles considérations : il cherche d’ores et déjà à savoir où aura lieu le prochain meurtre. Pour cela, il se base sur le bas-relief qu’il avait trouvé sur la place Saint Pierre, représentant l’air, pas trop trop loin de là où le cardinal est mort (oui, le cardinal n’est pas mort pile là où il l’avait prévu, mais un peu plus loin : ça ne l’empêche pas de considérer que son indice reste le bon. Et le pire : c’est qu’il a raison ! C’est quand même formidable d’avoir raison même quand on a tort.) En tout cas, sur ce bas-relief, on trouve Eole soufflant ; et 5 petits traits représentent l’air s’échappant de sa bouche. Robert choisit l’un des traits (comment ? On ne sait pas. Comme toujours, le pouvoir de la ganja le guide), et subodore que celui-ci doit indiquer une église contenant encore une autre sculpture du même artiste que le bas-relief (coup de bol : jamais il n’y a plusieurs sculptures du même mec dans une église, jamais les statues n’ont bougé au cours des siècles, bref : l’Histoire obéit à notre larron). Pour savoir de laquelle il s’agit, il retourne donc aux archives du Vatican, où il compulse quantité d’ouvrages ancestraux sans gants ni précautions, prenant bien soin de lire avec son gros doigt plein de gras, et tapotant sur la page dès qu’il pense avoir trouvé quelque chose (alors que c’est censé être un pro – autant vous dire que j’ai pleuré des larmes de sang en voyant cela) ; et en effet, il y a bien un indice sur une des pages d’un ouvrage présentant les différentes commandes de statues à différents sculpteurs au cours des siècles, puisqu’il découvre que l’Eglise Sainte-Thérèse contient une statue du même artiste ("Boniface VI pétant le feu") que celui des précédents indices, et faisant référence au feu qui plus est, le prochain élément que les Illuminati vont mettre en avant selon l’ordre sacré de ceux-ci (terre, air, feu, eau).

Mais au moment précis où notre héros triomphe dans ses recherches, toutes les lumières du bâtiment basculent au rouge : la sécurité, qui continue de chercher la bombe en coupant le jus dans les différents secteurs du Vatican (en procédant pièce par pièce, et par tranche de 10 minutes à chaque fois alors que 5 secondes suffisent pour voir si la lumière s’éteint sur la caméra de surveillance qui voit la bombe, rappelons-le), vient de faire cesser l’arrivée de courant aux archives. Et comme les portes de chaque aquarium de sécurité contenant quelques rayons d’archives fonctionnent sur secteur : Robert est bloqué ! Ainsi que le garde suisse qui l’accompagnait pour s’assurer qu’il ne vole rien ; et surtout… l’arrivée en air, artificielle, est coupée !

Oui, au Vatican, en cas de coupure de courant, on a des batteries de secours pour faire virer les lumières au rouge, mais pas de quoi continuer de ventiler des pièces où des gens pourraient se retrouver bloqués et mourir asphyxiés. Voilà voilà.

Grosse panique, donc, de Robert, qui décidément aujourd’hui, fait subir mille sévices à ses sous-vêtements : heureusement, il n’est pas sans ressource ; après avoir paniqué un moment, et vu le garde suisse s’évanouir (il est militaire d’élite, il est donc forcément moins résistant qu’un professeur d’histoire de l’art bedonnant), décide de s’emparer de l’arme de celui-ci pour tirer dans les vitres de sécurité et ainsi les affaiblir : une fois cela fait, il parvient, avec ses petits bras, à desceller du sol une étagère d’archives (oui, avec ses petits bras, et alors que le niveau d’air est suffisant pour faire sombrer un militaire dans l’inconscience) et à la faire choir contre la surface précédemment criblée de balles : la chose cède, et notre homme se retrouve à l’extérieur de sa prison de verre à pouvoir à nouveau respirer librement : joie. Mais l’heure, elle, n’a pas cessé de tourner : il faut se dépêcher d’aller à l’église Sainte Thérèse pour y arrêter le prochain meurtre !

De son côté, Vittoria a enfin reçu les carnets de son ami Silvano, le défunt curé biclassé scientifique ; elle commence donc à fouiller ces derniers pour y trouver une trace de la personne à qui son ami aurait pu parler de leurs recherches sur l’antimatière (plus qu’un journal de bord, c’est son journal intime visiblement ; il ne manque qu’un gros poney rose sur la couverture), et qui serait donc lié au vol et à la situation actuelle. Mais Vittoria ayant appris à lire avec Ratus le rat vert, et non Bigoudi le petit chat, elle est foutrement lente (je sens venir la réaction de lecteurs outrés) : elle est donc rapidement dérangée par Patrick McKenna, qui lui propose d’aller faire un tour sur la tombe du pape, pour l’ouvrir, et voir si son corps porte les symptômes d’un empoisonnement, comme le prétend le courrier des Illuminati. De la nécrophilie papale ? Chic se dit le professeur Vetra ! J’espère que la rigor mortis fera encore effet. Galopant donc vers le tombeau de feu le souverain pontife, le duo de choc finit par arriver au bon endroit et, poussant le lourd couvercle protégeant l’ancien pape des potentiels empêcheurs de mourir en rond, découvrent un corps à la langue noire et gonflée : oui, c’est un empoisonnement ! Le pape n’est pas mort de sa belle mort ! Révélation ! McKenna file aussitôt violer, non pas le corps, mais toutes les règles de l’Eglise en faisant ouvrir les portes du conclave pour les informer que leur pape a été assassiné. Et puis, comme il a 5 minutes, il en profite aussi pour leur faire un petit discours sur le fait que l’Eglise est en guerre contre les Illuminati, qui ont donc tué le Saint Père, ce qui est moyennement sympa. Une fois qu’il a fini de leur faire la causette, il prend un coup de pied au cul et est sorti du conclave qui aimerait bien pouvoir élire le prochain pape sans être dérangé, merde. Et Strauss, le grand électeur, profite de cette interruption de séance pour, sous les supplications du bon peuple, accepter d’être déchargé de sa fonction pour pouvoir être candidat à l’élection papale : seul son statut l’empêchait de se présenter, bien que les cardinaux le considéraient comme le meilleur candidat.

 

Attention, il y a peut-être le traître dans cette image, je ne dis pas où.

Non, aucun rapport avec un autre Strauss. Pourquoi dites-vous cela ?

De son côté, Vittoria fait une autre belle découverte : lorsqu’elle remonte du tombeau du pape, elle s’aperçoit qu’en son absence, on lui a volé les cahiers de Silvano !  Dès qu’elle aura 5 minutes, elle ira en parler à Richter, pour lui dire que ses gardes suisses, ils n’ont pas l’air de garder grand chose, vu le nombre improbable de vols au Vatican. Doit y avoir du rabouin qui traine, se dit-elle en serrant un peu plus fort son sac à main contre elle.

Mais et l’enquête dans tout ça, hein ? Parce que bon, nous, c’est Langdon qui nous intéresse. Que fait il ? Et bien, sachez qu’il débarque à l’église Sainte Thérèse avec Jim & Bob les policiers d’élite ainsi que tout un tas d’autres flics à… allez, devinez l’heure… oui ? Oui au fond ? Mais oui : 21:58 ! Et que se passe t-il dans l’église ? Et bien un immense feu de joie a été allumé, sur lequel trône un cardinal rôtissant, le mot "feu" inscrit sur son torse. Comme chacun sait, les églises, monuments historiques, ne disposent pas de détecteurs de fumée, et tous les touristes devant qui voyaient les flammes depuis l’extérieur n’ont pas pensé à appeler les secours : notre petite bande est donc la première sur les lieux.

Mais alors que l’un des policiers se rue vers le premier extincteur en vue, des tirs fusent : le tueur est encore sur place, et il n’a pas envie que l’on éteigne son barbecue : le cardinal pas cuit, c’est dégueulasse, même avec de la béarnaise, c’est dire. Tout le monde sort donc son pétard, et c’est une belle fusillade qui commence, dans laquelle Bob trouve la mort, avant d’être promptement rejoint dans l’Au-Delà par son ami Jim : le Vatican perd le patron de sa gendarmerie. Le tueur, un type à lunettes à l’air tout à fait sympathique, achève donc de massacrer à lui seul tous les policiers qui n’arrivent eux qu’à le blesser à l’épaule, puis s’empare du badge de Jim. Lorsque deux autres policiers, attirés par la fusillade, pénètrent dans l’église, ils se retrouvent donc face à un mec qui leur dit "Cool les mecs, j’ai un badge, baissez vos armes !"

Oui, tu as un badge : mais il y a eu une fusillade il y a encore 5 secondes et il y a des morts partout. Par ailleurs, tu as un pistolet avec silencieux, ce qui n’est pas du tout suspect pour un policier. Et enfin, tu sembles ne rien faire pour aider le cardinal en train de brûler derrière toi, ce qui est encore plus que louche.

Mais non : malgré tout ce bordel, les deux policiers font "Ah bin si tu as un badge, même si ça ressemble à Bagdad là-dedans, on va baisser nos armes et faire comme s’il n’y avait aucun danger" ; ils se font donc cordialement plomber le bidou. Le tueur ferait bien de même avec Langdon, mais dès le début de la bataille, celui-ci s’est planqué comme un lâche, ne faisant que moyennement confiance à son gras pour agir comme du kevlar face aux balles. Et lorsque l’homme au pistolet à silencieux s’est dirigé vers lui pour le faire taire une bonne fois pour toutes, Robert a eu la chance de trouver un passage souterrain où il a pu se réfugier sans être poursuivi ; finalement, ce sont les pompiers, quelques longues minutes plus tard, qui viendront le sortir de son trou. Et là encore, malgré la mort de ses amis, d’une brigade entière de police, de l’immolation d’un cardinal et d’une certaine odeur de vieux cramé, notre professeur préféré ne perd pas le nord et repère instantanément une statue qui lui donne un nouvel indice (nan mais attendez, ce sont des statues ou des Huggys-les-bons tuyaux couverts de plâtre ?!) : le prochain meurtre aura lieu à l’une des places les plus touristiques de Rome : à la Fontaine des Quatre Fleuves, piazza Navona. A court de policiers pour l’escorter et le conduire, Langdon arrive à dégoter deux carabiniers en mal d’aventure et leur propose de l’accompagner sur les lieux ; malgré leur gyrophare et une certaine aptitude pour le pilotage, notre vaillant trio n’arrive sur place qu’à 22h55 (certains trouvent les spoilers redondants : ce n’est pas moi le coupable, hein, ce sont les films, bande de petits jean-foutre). Après quelques instants d’observation, la troupe voit paraître au loin une camionnette suspecte : celle du tueur ! Qui vient se garer juste à côté de la fontaine, alors que bon, c’est interdit : telles des pervenches farouches, les deux troupiers accompagnant Robert s’avancent donc prudemment pour aller coller un PV à l’imprudent malfaiteur. L’arme à la main, ils s’approchent donc et… décident de se diviser en deux groupes de un : c’est vrai, après tout, ce n’est probablement que le tueur qui vient de tuer une bonne dizaine de flics seul contre tous il n’y a pas une heure, il est sûrement facile à attraper. Effectivement, ça ne rate pas : le brigand a tôt fait de coller une balle dans la tête des deux agents des forces de l’ordre, avant de traîner leurs corps et de les charger dans sa camionnette.

Hmmm ? Qu’est-ce que j’entends ? Une des places les plus touristiques de Rome, entourée de cafés encore ouverts à 23h où s’attardent les badauds, ça doit faire plusieurs centaines de témoins ? Non : à part Robert, personne ne remarque deux policiers se faire abattre devant la fontaine avant d’être traînés jusqu’à un véhicule louche. Ce mec doit rendre les ninjas jaloux tant il est furtif.

 

"Laissez ! Il a déjà tué 10 de nos potes à lui seul, mais on va y aller en deux groupes de un et sans renforts, ça parait plus sûr"

Une fois qu’il a fini de planquer les corps, notre loulou ouvre la portière latérale de son véhicule, située juste au bord de la fontaine, et balance à l’eau une énorme civière lestée avec un cardinal ligoté dessus. Là encore, rien, pas une réaction de la foule, même lorsque Langdon se met à courir vers l’eau en hurlant "Aaaaaaa l’aiiiiideuuuuuuuuuh !" (Il aurait gueulé "Ya une fille toute nue dans la fontaine !", la moitié de l’Italie fonçait l’aider). Il franchit donc la distance le séparant du pauvre cardinal, alors que le tueur remonte dans sa camionnette (il n’a pas envie de tuer Robert, visiblement, alors que c’est le mec qui remet toujours les flics sur sa piste) pour la démarrer et s’éloigner paisiblement, et plonge sans hésiter : malgré sa force surhumaine (cf l’épisode des archives du Vatican), il ne parvient pas à soulever la civière hors de l’eau ; heureusement, au bout de longues minutes, des touristes passant par là semblent se lasser de tous ces gens qui font des bulles dans la fontaine, et viennent donc à l’aide de notre héros : le cardinal est sauvé ! Un sur quatre ! Bon, certes, il a "eau" sur le torse marqué au fer rouge jusqu’à la fin de ses jours, mais ça fait baroudeur. Avec ça, il pourra tomber les enfants de choeur, ils adorent les baroudeurs ces forbans.

Mais le vieux n’est pas seulement plein d’eau, il est aussi plein de ressource : il peut témoigner de l’endroit où il était jusqu’ici retenu prisonnier avec les autres : le château Saint-Ange.

C’est donc Robert Langdon et toute une division de policiers d’élite surarmés qui défoncent les portes du château pour aller chercher le vil assassin ; cependant, comme ça manquait de filles, Robert a aussi demandé à Vittoria de le rejoindre sur place. Cette dernière a une révélation à faire à notre héros : elle sait qui lui a volé ses cahiers : Richter. Au prétexte de les étudier dans le cadre de l’enquête sur les évènements en cours : elle le soupçonne donc d’être un traître. Mais halte aux supputations, passons à l’action : le château est vaste, et personne ne sait où le tueur pourrait se cacher… qu’en pense Langdon ? Aaaah mais oui ! Les statues ! Depuis le début du film, il suffit de suivre leurs doigts pour arriver au tueur ! Il guide donc l’escadron d’intervention vers les profondeurs des lieux (j’ai toujours été fan de ces films et séries où les troupes d’élites font toujours passer devant le mec le moins armé et le moins protégé pour servir d’appeau à balles), et la troupe débouche sur une vaste pièce où se trouve la camionnette du vilain, les corps de deux carabiniers encore entreposés à l’arrière.  Mais… c’est tout.

Tous les flics se barrent donc pour aller fouiller les alentours du château, ne laissant personne à proximité de la camionnette : après tout, ce n’est que le plus gros indice d’un complot visant à raser le Vatican, pourquoi le surveiller ? Et puis il y a deux corps de policiers fraîchement tués à l’arrière : c’est sans aucun intérêt. Robert et Vittoria se retrouvent donc seuls ; et en tâtonnant les murs, ils ont vite fait de trouver un passage secret : vite, engouffrons-nous y sans armes ni sans prévenir qui que ce soit ! On ne risque que de tomber sur un tueur psychopathe, rien de grave.

Et ça ne rate pas : après quelques mètres de progression dans de sinueux couloirs, nos larrons tombent sur ce qui ressemble à une petite chapelle secrète, visiblement Illuminati ; mais ce que nos héros ne savent pas, c’est que le tueur est dans la pièce, caché derrière un rideau (véridique), à les écouter : il n’ose pas les buter directement avant de se barrer (allez savoir comment, il a deviné que les policiers, très bêtes, n’allaient pas venir dans le passage à la suite de Robert et sa copine, et il ne pense donc pas à fuir). Il a probablement aussi très peur que Langdon le tue en lui envoyant tout l’ennui qu’un enseignant d’histoire de l’art est capable de produire. Nos deux héros, eux, tombent juste sur la boîte ayant contenu les fers ayant servi à marquer les cardinaux, et constatent qu’il y en a un 5e, manquant, représentant les clés de la papauté (oui, c’est marqué sur le couvercle de la boîte avec un petit schéma, comme les boîtes de bricolage). Mais ils n’ont guère le temps de réfléchir au sujet : le vilain parvient à surmonter sa peur et sort de sa cachette en faisant "Ha ha !", et "Ho !" font nos héros, qui s’étonnent : c’est vrai, trouver un tueur dans sa planque, quelle drôle d’idée.

 

"Houuuhouuu, Monsieur le Tueur, tu es là ? On peut te suivre, dis ? Ça te dérange pas ?"

Le tueur est cependant un mec con cool, puisqu’il s’exclame "Bon, je ne vous tue pas : vous n’êtes pas armés, et tant que vous ne me poursuivrez pas, vous ne risquez rien. Adieu !" avant de s’enfuir. Ouiiiii, je ne sais pas si tu as remarqué, petit tueur, mais Robert est juste le type qui te poursuit depuis le début du film, toujours accompagné par des hommes armés chargés de te descendre. Ce que tu as encore pu constater il y a moins d’une heure, près de la Fontaine des Quatre Fleuves, lorsque tu as fui en camionnette en le voyant arriver, après qu’il t’ait envoyé deux flics armés sur le coin du museau. Mais soit, après tout, c’est toi qui vois.

Robert et Vittoria aiment cependant tenter le diable : après que le premier se fut exclamé "J’ai compris là, le fer avec les clés croisées : c’est le fer pour marquer le pape et le tuer ! Et puisqu’il est déjà mort, ils vont zigouiller le chambellan avant de faire sauter le Vatican !", ils décident malgré tout de courser le tueur. Dans quel but, sans armes ? Pour l’arrêter avec des bisous ? Bon.

En tout cas, notez la théorie de Robert : les Illuminati veulent tuer le pape, mais puisque le pape est mort, ils vont tuer son chambellan. Détail : les Illuminati ont DEJA tué le pape. Ils l’ont même dit dans une lettre, en précisant qu’ils ont fait le coup en surdosant ses médicaments. Alors quoi ? Ils ont oublié de le marquer au fer rouge, genre "Ho crotte, quelle bande de têtes en l’air on fait ! Bon bin, faut en tuer un deuxième et le marquer, sinon personne ne va nous prendre au sérieux" ? Et bien encore une fois, même si cette théorie est parfaitement bancale, elle est forcément véridique, puisqu’énoncée par le héros. Ce qui est bien avec Dan Brown, c’est que le héros n’a que des raisonnements nazes, mais que toutes les sociétés secrètes, sectes, religions et tous les assasssins, artistes et hommes influents au monde pensaient exactement de manière aussi stupide. C’est quand même bien fait.

Revenons à notre assassin : lui reste cohérent avec tout le reste du film : il court sur les murailles du château, pourtant grouillant de policiers, mais personne ne le voit : il se permet même une petite descente en rappel, même pas caché, en plein milieu d’une rue passante, sans que personne ne sourcille en voyant un gus jouer à spiderman, une arme à la main et un gros sac dans l’autre. Mais il commet cependant une erreur : juste avant d’être dérangé dans sa planque par Robert et Vittoria, le méchant consultait son PC portable, et avait reçu un message de son employeur lui disant "Au fait, je te fais cadeau d’une voiture, elle t’attend avec les clés planquées sous la carosserie dans une ruelle pas loin. Kiss". Personnellement, je viendrais de participer à un méga-complot au service de gens prêts à tout, y compris à recruter des tueurs, je me méfierais un peu si on m’offrait une voiture.

Et en effet : à peine les clés sur le contact, le tout fait boum. Adieu, assassin-ninja. Parmi toutes les morts que tu as données, seule la tienne aura attiré l’attention des passants.

Langdon et le professeur Vetra, à sa poursuite, sont témoins depuis les murailles où ils le poursuivaient, de l’explosion de son véhicule. Tant pis se disent ils : il a quitté le passage que l’on suivait via sa petite descente en rappel vers la rue où était garé son véhicule, nous, on va continuer pour voir où tout cela nous mène. Et grand bien leur en prend, puisque le passage secret (oui, c’est un passage secret, mais avec des endroits à découverts sur des murailles surplombant des rues passantes : trop secret, vraiment), non seulement contient les cellules où les cardinaux étaient retenus jusqu’ici, mais mène… juste à côté des bureaux du pape (et donc du chambellan), au Vatican ! Et le passage a la forme d’une énorme porte, avec les clés dessus, que personne n’a jamais pensé à ouvrir.

Voilà, c’est ça le passage secret par lequel le tueur a réussi à faire 4 allers retours pour kidnapper les cardinaux : une énorme porte, bien en vue de tout le monde, mais qui n’intéressait personne, même pas la sécurité. Et porte située en plein dans un couloir gardé par des hommes armés 24h/24 puisque menant aux appartements du pape. Ce film est vraiment incroyable. Et l’auteur de cette histoire vend à plusieurs millions d’exemplaires. Je suis dubitatif.

 

Photo de famille du tueur

Cependant, vous n’êtes pas là pour pleurer sur le script : votre petit coeur est en émoi à l’idée que l’action ne soit pas encore terminée : que va t-il se passer maintenant ? Et bien c’est simple : Langdon et Vetra, en sortant du passage, tombent nez-à-nez avec la sécurité (comme quoi, ça dépend de qui emprunte le passage), et alors qu’ils s’apprêtent à expliquer d’où ils viennent, entendent des cris étouffés provenant du bureau de McKenna : sans supputer qu’il puisse copuler bruyamment, la sécurité enfonce promptement la porte du bureau, qui révèle un spectacle bien étrange : le chambellan est au sol, marqué au fer rouge et criant, avec au-dessus de lui, Richter, qui avait demandé à s’entretenir seul avec le représentant du pape, une arme à la main ; ni une, ni deux, la sécurité ne crie même pas "mains en l’air" et l’abat comme un sanglier. Le père Siméo, haut cadre du Vatican, qui attendait devant la porte pour avoir l’audience juste après celle de Richter, a cependant une curieuse réaction : il se jette sur le chambellan en hurlant "Je vais te tuer sale chien !" avant d’être lui aussi abattu par la sécurité (qui là encore, ne tente pas de l’arrêter alors qu’il n’est pas armé). Note pour plus tard : ne pas annoncer sa tentative d’assassinat ouvertement devant les gardes du corps de la cible, particulièrement lorsque celle-ci a encore les canons chauds après avoir abattu le précédent assassin.

Le chambellan, lui, va à peu près bien : la chemise à demi-arrachée pour faire rougir cette coquine de Vittoria, il a les clés du pape imprimées au fer rouge sur le torse, ce qui n’est pas vraiment le body art le plus cool du monde. Il se contente donc de dire que Richter et Siméo étaient deux illuminati, tout en essayant de se remettre de ses émotions : on échappe pas à deux tentatives de meurtre en moins de deux minutes tous les jours.

Langdon s’approche de la scène, et trouve Richter agonisant péniblement : celui-ci, dans un dernier souffle, tend la main vers Langdon, et y laisse paraître une petite clé de forme curieuse. Hmmm, qu’est-ce donc ? Robert s’empresse de n’en parler à personne, des fois que ça serve à quelque chose. Histoire de clés toujours, il note que les clés de Saint Pierre ont été imprimées sur le torse du chambellan… à l’envers ! Ça a forcément un sens ! Ça ne peut pas être parce que quand on essaie de marquer au fer rouge quelqu’un de vivant et de non ligoté, c’est pas facile de faire ça proprement ! Et effectivement, McKenna approuve : à l’envers… tête en bas… Saint Pierre, le premier pape a été crucifié la tête en bas ! Vite, il faut aller sur la tombe de Saint Pierre : le dernier élément manquant, celui qui doit arriver à minuit, la bombe, doit être dans la tombe de Saint Pierre, sous le Vatican ! Vite !

Ho, je ne commente même plus ce genre de déductions, moi. Je vous laisse tout loisir de le faire. Langdon, à partir d’une couverture du journal de Mickey, il vous retrouve l’Atlantide.

A 23h51, donc, de manière très originale, nos héros arrivent donc à la nécropole du Vatican, et c’est menés par le chambellan en personne, lampe de poche à la main, qu’ils trouvent les lieux : McKenna a tôt fait de taper le code et… de trouver, dans la tombe, la bombe, éclairée par une lampe de chantier reliée à une grosse batterie (ah bin, la sécurité ne risquait pas de trouver alors. Bon. Surtout avec leur méthode de coupure de jus super longue). Personne ne se dit "Tiens ? Le poseur de bombe avait donc le code d’accès à la tombe de Saint Pierre ?", et Vetra se contente de dire "Bon, j’ai une batterie de rechange pour la flasque, ce qui nous donnera encore 24h pour la garder stable et la ramener à Genève. Il me suffit de 5 minutes pour la changer, et ça tombe bien, vu qu’il reste 6 minutes avant minuit". Mais soudainement, elle sourcille : "Non ! L’air froid de la tombe ! Il a déchargé la batterie plus vite que la normale ! Il nous reste donc moins de 5 minutes : je ne peux rien faire, il faut aller se mettre à l’abri, ça va péter ! On va tous mourir comme de misérables petites merdes !". Ah oui ? Mais c’est sans compter sur McKenna, véritable héros, qui s’empare de la bombe et s’enfuit en courant avec ; mais que va t-il faire avec ? Est-il bombophile ?

On se le demande, mais sachant qu’il reste, je cite "Moins de 5 minutes !", McKenna arrive à sortir de la tombe, quitter la nécropole, retraverser toute la basilique Saint Pierre (qui est toute petite, c’est connu), sortir sur la place, fendre la foule, attraper un hélicoptère qui passait par là et qu’il sait piloter parce qu’il a fait son service militaire en tant que pilote d’ambulance volante, prendre de l’altitude à toute allure, une fois au-dessus des nuages, coller le pilote automatique pour qu’il continue de grimper, fouiller l’appareil, trouver un parachute, sauter, s’éloigner loin de l’hélico, ouvrir son parachute et…

Après qu’il eut fait tout cela, enfin, la bombe saute.

 

"Vas-y, coupe le fil vert !"

Et bé. Pour une bombe suisse, je trouve qu’elle ne respecte guère la montre : on était plus proche des 20 minutes que des moins de 5 minutes. En tout cas, le bougre d’engin explosif ne tue personne, mais malgré son altitude, endommage de son souffle quelques pans de la basilique Saint Pierre, et blesse badauds et agents de sécurité en faisant voler barrières et panneaux dans leurs tronches.

Du ciel, suspendu à son parachute d’un blanc immaculé, c’est donc un chambellan du pape héroïque mais un peu assommé qui retombe, et qui après s’être blessé en se cognant contre le dôme basilical, retombe dans la foule qui le rattrape de ses mains dans d’immenses vivas, tant on ne récupère pas tous les jours du ciel des curés démineurs volants. Je vous laisse relire ces trois derniers mots, ça devrait vous résumer la qualité du film.

Tout le monde est donc heureux, à l’exception des quelques blessés, et plus personne ne cherche à savoir qui avait bien pu placer cette foutue bombe dans le tombeau de Saint Pierre. Le conclave, lui, après avoir gueulé "Hooo, c’est quoi ce bordel dehors, on s’entend plus voter !", apprend que Patrick McKenna, chambellan du pape, a risqué sa vie pour sauver la leur et celle de milliers de pèlerins : les cardinaux, impressionnés, aimeraient donc en faire leur pape, mais comme il est trop jeune et pas assez cardinal, cela semble impossible. Seule une procédure existe le permettant : que tous les cardinaux, en même temps, acclament son nom, auquel cas, il pourra être élu pape tout de même et sans vote. Cela semble bien ennuyer le cardinal Strauss, qui était bien parti dans ces primaires cette élection, loin devant Ségolin Monarque, le célèbre cardinal du Poitou qui se voyait déjà pape. Le conclave fait donc mander McKenna pour qu’ils puissent prononcer son nom tous en choeur ; ce dernier, à l’hôpital pour soigner ses quelques blessures et sa brûlure au fer rouge (mais pas son brushing, qui lui, est toujours impeccable), s’empresse donc de regagner le Vatican.

Mais, et Langdon, dans tout ça ? Et bien lui et Vittoria se rendent dans le bureau du défunt Richter, que là encore, personne ne garde, malgré le fait qu’il soit mort, abattu en tant que comploteur, quelques temps plus tôt, et que son bureau personnel puisse être un lieu intéressant pour l’enquête. Décidément. En tout cas, nos héros trouvent deux choses : les cahiers de Silvano, que Vittoria venait récupérer, et un orifice dans son bureau où insérer la clé qu’il a confiée à Langdon dans son agonie : celle-ci commande son ordinateur et le fait basculer sur les caméras de sécurité des appartements du pape. Y compris le bureau où Richter a trouvé la mort face au chambellan ; vite, petit retour arrière pour voir les enregistrements et comprendre ce qu’il s’est passé juste avant que Langdon et la sécurité ne défoncent la porte pour trouver tout ce petit monde dans une drôle de position (non, pas celle là).

Et en effet, la vidéo est intéressante : on y voit Richter annoncer qu’il a lu le journal du chercheur mort, et qu’entre deux poèmes d’adolescents et d’amourettes débilettes ("J’espaire que Vittoria me montrera ses lolos deumin !"), il a trouvé à qui Silvano avait parlé de ses recherches : au pape. Lors d’un entretien en présence du chambellan (Richter n’avait pas accès à l’agenda du pape depuis le début, en tant que chef de la sécurité ? Il avait besoin de ces cahiers pour savoir que Silvano avait rencontré le Saint Père ?!), il a parlé de ce qu’il faisait, de ses doutes sur les liens entre la science et la religion… et le pape, super progressiste, l’avait encouragé à continuer dans la voie de la science pour mieux comprendre l’univers. Le chambellan, lui, s’y était fortement opposé. Déçu par ce pape laissant la science prendre le pas sur la religion, il l’a donc buté (il était l’un des rares, en tant que confident, à savoir que le pape prenait des médicaments, et à y avoir accès), puis a monté une fausse attaque des Illuminati contre le Vatican pour bien unir tous les cardinaux contre la science et ses dérives. Et enfin, il s’est fait le leader face à cet ennemi qu’il a créé de toutes pièces, pour ensuite obtenir d’être élu pape. Lorsque Richter a fini de dire ce qu’il savait, il a ajouté qu’il avait averti un autre cadre important du Vatican, le père Siméo, par sécurité. Le chambellan a alors sorti son tison en forme de clés papales, et a menacé Richter avec, qui a donc sorti son arme : cela fait, il s’est alors automutilé le torse, puis s’est jeté à terre. Lorsque Langdon et la sécurité ont donc défoncé la porte, ils sont donc tombés sur le spectacle du chambellan souffrant et au sol, mutilé, et Richter l’arme au poing au-dessus de lui : pan pan, donc. Et Siméo, comprenant ce qu’il venait de se passer, car sachant que McKenna était un traître, a préféré, plutôt que de dire "Attendez, c’est une mise en scène ! Je vais vous révéler la vérité sur McKenna ! J’en suis le dernier témoin !" a préféré gueuler comme un putois en se ruant vers le chambellan en passant devant tout le peloton d’exécution des gardes : pan pan. Si Richter avait su, il aurait averti quelqu’un de moins con de ce qu’il savait.

De retour devant l’écran, dans le bureau de Richter, Langdon connait toute la vérité, tout comme Vittoria. Ils font donc visionner la chose à Strauss (je croyais qu’il était en conclave, indisponible pour qui que ce soit ?) ainsi que deux autres cardinaux. De retour au conclave, donc, lorsqu’enfin, McKenna en passe les portes, persuadé qu’il va être fait pape, il comprend aux regards qu’on lui jette qu’on va plutôt le suspendre par les testicules ; bien qu’ayant fait voeu de ne pas s’en servir, et soucieux de les sauver, il s’en va donc en boitillant en sens inverse, poursuivi par la sécurité, qui ne se presse pas de l’arrêter, persuadé qu’il ne pourra pas quitter la basilique.

 

Entre les tenues et la foule, finalement, l'élection d'un pape, c'est un peu comme un concert de Lady Gaga

Cependant, le bougre a encore de la ressource : comprenant qu’il est condamné, bien que mutilé, boiteux et fatigué, il parvient à semer ses poursuivants assez longtemps pour s’arroser de pétrole de lampe, et à utiliser une bougie pour se transformer en torche humaine. Ce soir, il y aura effectivement de la fumée qui sortira de la basilique en plein conclave.

Et quelques heures plus tard, en effet, c’est cette fois une fumée blanche qui sort de la cheminée du conclave : un nouveau pape a été élu ; non pas Strauss, mais le cardinal que Langdon avait sauvé des eaux ; Strauss devient donc chambellan, ce qu’il apprécie malgré tout. En récompense de tous ses efforts, Robert se voit offrir le texte de Galilée qu’il n’avait jamais pu consulter jusqu’ici puisqu’interdit d’archives, pour qu’il puisse écrire son deuxième bouquin chiant sur les illuminati.

Il y a donc un nouveau pape, progressiste de surcroît, évidemment, tout le monde est content et…

FIN

_____________________________________________

"… vous noterez par ailleurs, jeune fripon, que le plan de Patrick McKenna reposait, outre les nombreuses incohérences que j’ai évoquées,  sur le fait que la bombe qu’il avait volé et qui par miracle avait une batterie qui devait lâcher à 00:00 exactement, devait se décharger plus vite que prévu pour que lors de sa "découverte", il soit trop tard pour changer la dite batterie, mais encore assez tôt pour l’emmener faire un tour en hélicoptère et ainsi devenir le héros du peuple et des cardinaux, permettant ainsi son ascension à la papauté. Ce qui signifie que ce cureton de bas-étage a estimé uniquement avec son doigt mouillé que l’air froid du tombeau de Saint Pierre accélérerait de 0,0694% la décharge de la flasque. Il se plantait d’un centième de degré, il pétait avec sa bombe, décapitait l’église, tuait des milliers de pèlerins, espèce pourtant en voie de disparition, et ainsi obtenait l’effet exactement inverse de celui escompté. Alors la cohérence et les bonnes intrigues, vous m’excusez, mais ce sont un peu les archnémésis de Dan Brown. Maintenant, j’espère que j’ai répondu à votre question qui n’avait pour seul but que de ramener votre science, elle-même issue d’un roman de gare à succès au contenu indigne de tout être normalement constitué."

Il a perdu son sourire et me jette le regard de celui qui, sans être trop loin des larmes, se contient juste suffisamment pour réfléchir à la manière dont il va aller couiner auprès des responsables de l’établissement pour que plus jamais je ne fasse d’intervention dans leur cursus. Grognon, il exprime sa colère en fermant bruyamment la fermeture éclair de sa trousse, lorsqu’enfin sonne la sirène annonçant la fin de la journée ; quantité de ses petits camarades s’empressent alors de lui emboîter le pas, quand il quitte les lieux pour aller retrouver son foyer.

Ne reste dans la salle que la jeune fille qui avait une question, et que j’avais oubliée.

"Vous désiriez ?
- Je… je me demandais si vous aviez éventuellement des places pour des stagiaires ?
- Hmmm… ça doit être possible, oui.
- Il faut quoi pour travailler chez vous ?
- Rassurez-vous : vous avez déjà tout ce qu’il faut"

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Dis-je en contrôlant le contenu de son débardeur.

 

 

Amis lecteurs, érudits que vous êtes puisque vous avez le bon goût de passer ici, vous connaissez tous et toutes le Point Godwin, théorie expliquant que toute conversation sur internet implique que plus celle-ci dure, plus il y a de chances qu’une référence aux nazis soit amenée par l’un des interlocuteurs.

Cela est convenu ? Fort bien.

Pourtant, il existe certaines conversations qui, elles aussi, disposent d’un passage quasi-inévitable ; vous avez probablement déjà vécu la chose dans votre misérable vie, alors plutôt que de vous énoncer quelque théorie, mettons-nous directement en situation pour faire remonter quelques souvenirs.

 

 

Attention à ne pas mélanger soirée souvenirs & point Godwin

 

Un soir d’automne, vous voilà invité avec quelques autres ribauds chez de vieux amis ; profitant de la soirée, vous vous laissez aller à la discussion autour de quelques verres qui réchauffent tant les corps et les esprits alors que dehors, le vent rafraîchi par l’inévitable approche de l’hiver fait tournoyer les feuilles mortes sur le bitume. Le maître de maison, probablement mis à l’aise par votre agréable compagnie ainsi que par les amuses-gueules qui viennent d’arriver sur la table du séjour, se lance dans un sujet fort classique : le cinéma. Evidemment, comme vous êtes un être bien éduqué, vous feignez un quelconque intérêt pour son propos tout en jetant quelques coups d’oeils à l’immense décolleté de la maîtresse de maison, dont les lourds soubresauts présentent bien plus d’intérêt que l’opinion de vos amis sur le dernier Harry Potter.

Rien de bien étonnant jusque là : j’en conviens ; mais c’est alors que se joue le véritable drame, puisque votre ami lancé dans une diatribe solitaire déclare tout de go qu’il apprécie non seulement Matrix, mais en sus, qu’il convient selon lui de qualifier la chose "d’excellente trilogie".

Bien éduqué, vous ne lui écrasez pas immédiatement votre cigare sur un téton et vous contentez de vous enfoncer dans l’épais fauteuil dans lequel vous avez été installé en feignant une relative indifférence afin de ne pas troubler son exposé sur toutes les qualités de ce triptyque traitant de la vie difficile des amateurs de cuir dans le milieu de l’informatique (un véritable drame). Après avoir longuement écouté votre hôte vanter la philosophie matrixienne et parler les larmes aux yeux de la poésie d’une fusillade au ralenti, vous profitez d’un silence seulement troublé par le bruit de déglutition de quelque martini chez l’un des autres invités pour lâcher laconiquement un : "Personnellement, je n’ai pas aimé."

Auriez vous laissé filtrer une flatulence aussi claironnante que nauséabonde que l’effet en eut été semblable : l’ambiance enjouée jusqu’alors retombe lourdement, la maîtresse de maison laisse choir son plateau de délices à grignoter, et monsieur son mari semble aussi choqué que si vous veniez de lui annoncer que son fils unique avait abandonné ses études d’ingénieur pour se tourner vers une carrière de danseur de tektonik, ou pire, de journaliste au Figaro. Face à votre blessant propos, mortel verbe venu meurtrir ses chairs, il ne voit qu’une seule réponse adaptée :

"C’est passque t’as pas compris, faut que tu les revoies"

Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, nous sommes face à un Point Ciné-Pipeau, du nom du célèbre instrument utilisé par les rhétoriciens à court d’arguments. Je théorise donc celui-ci de la manière suivante : "Lors d’une conversation sur le cinéma, plus le temps passe, plus il y a de chances que quelqu’un explique aux autres que s’ils n’aiment pas un film, c’est parce qu’ils ne l’ont pas compris, et doivent donc le revoir pour réaliser leur faute."

 

 

"Si vous n'aimez pas le clip des jeunes UMP, c'est que vous n'en avez pas saisi toutes les subtilités : revoyez-le"

 

Puisque c’est bien connu, tout comme votre grand-mère répétait (mais si, souvenez-vous : à chaque fois que vous sentez de l’urine, vous pensez à elle ; c’est un peu votre madeleine de Proust) en vous jetant un regard rempli de mépris et de cataracte que "Si le petit n’aime pas les choux, il faut encore lui en faire manger, il finira par aimer", vous trouvez aujourd’hui quelques énergumènes pour vous expliquer que si vous n’aimez pas un film, c’est parce que vous ne l’avez pas compris, ce qui revient à dire que vous êtes trop bête par rapport à votre interlocuteur pour comprendre à quel point le film est objectivement génial et qu’il est donc impossible de ne pas l’aimer. Imparable.

Car c’est un fait avéré, les préférences cinématographiques n’ont rien à voir avec le goût de chacun, mais plutôt avec la raison pure et la logique mathématique comme chacun sait. Quelle idée : les goûts auraient un rapport avec le goût. Quelle idée saugrenue !

Ainsi, l’argument est par exemple régulièrement ressorti, généralement lorsque vous déclarez (si jamais cela vous arrive), que vous n’avez pas aimé, par exemple, un Tarantino. Vous retrouvez toujours sur votre chemin quelque pinpin pour se mettre sur votre route : "Non, le film est génial ! Si tu ne l’as pas aimé, c’est parce que tu n’as pas vu toutes les références cinématographiques qu’il a glissé dans le film ! Tu dois retourner le voir !" ; ah bin oui, je vais m’infliger ça une deuxième fois : et quand bien même je verrais plus de références (en supposant que j’en ai loupé), ça ne changera rien au scenario, aux personnages, à la réalisation, et de manière générale, au film. Aussi, je verrai juste deux fois un film que je n’aime pas. Et non, le film ne change pas de séance en séance : c’est le même qui est projeté. Compris ou non.

Non, vraiment : qui peut bien sérieusement avoir ce genre d’argumentation à part, éventuellement, un koala défoncé au crack (les koalas aiment la ganja au moins autant que le cinéma, c’est prouvé) ?

Parfois, l’argument est pire encore : tenez par exemple, prenons Avatar. J’expliquais dernièrement à quelques fieffés galopins que voilà, le scenario était tout de même un peu consternant, et qu’à ce titre, le film ne m’avait pas émerveillé. Il s’en trouva tout de même un pour me dire, "Comment, t’as pas aimé ? C’est parce que tu l’as pas vu en 3D, va voir tu verras". J’ignore par quelle puissante trépanation au tournevis mon interlocuteur en était arrivé là, mais qu’on se le dise :

La 3D n’ajoute une dimension qu’à l’image, pas au scenario, ni même aux dialogues (attendez, il y a des dialogues dans Avatar ?!). Un film avec une histoire toute pourrie et des incohérences grosses comme Michel Platini ne change pas d’histoire quand on enfile les lunettes qui vont bien. Pourtant, pour certains, l’argument est ultime : "Si tu n’as pas aimé tel film, c’est que tu ne l’as pas vu en 3D, retourne le voir." Sauf que non seulement on ne me parle pas à l’impératif (c’est un coup à perdre une molaire ou deux, mon passé de champion de savate remontant à fol allure lorsque le besoin s’en fait sentir), mais lorsque je précise que je n’ai pas aimé le fond, inutile de me dire d’y retourner en changeant la forme.

La manœuvre est digne d’un skyblog : "Tiens, puisque ce que je raconte est profondément nul, je vais écrire de toutes les couleurs et rajouter des gifs animés avec des petites fées qui scintillent pour que la forme fasse passer le fond." Hélas, cela ne rattrape en rien les abominables écrits intitulés "12 bone raison d’aimé Justin Bieber". Sans compter que cela pique les yeux des honnêtes gens, voire les amène à pleurer des larmes de sang. Alors par pitié, arrêtez de m’emmerder avec la 3D.

 

 

Justin Bieber prépare un concert en 3D ; ça ne changera rien au niveau de ses chansons, mais bon. D'ailleurs, un concert avec des vrais gens sur une vraie scène, c'est pas déjà en 3D ?

 

Ces conversations prolifèrent de plus en plus, car de nombreux films & séries permettent désormais à chacun de trouver sa propre interprétation des choses : Matrix, matrice dans la matrice ? Inception, et si tout cela n’était qu’un rêve ? Lost, mais diable, que de questions encore en suspens ! De fait, grâce à la magie des scénarios à trous (aussi appelés "scénarios où on ne se fait pas chier à justifier quoi que ce soit, ça fera jaser les spectateurs qui tenteront eux-même de combler les vides avec leur imagination sans limite"), nombreux sont celles et ceux qui pour combler le néant abyssal de certains artifices scénaristiques, s’inventent leurs propres théories ou pire, voient plus de références que le réalisateur du film lui-même (comme un vulgaire prof de français trouvant 260 références à la psychologie profonde de l’auteur par ligne qu’il lit). Aussi se persuadent ils tout seul qu’ils sont face à une oeuvre profonde et magistrale, que seuls des esprits aussi affûtés que les leurs peuvent comprendre : le béotien uniquement pourrait donc connaître quelque désamour avec ces créations.

Alors lecteurs, lectrices, créatures éthérées & vaporeuses qui lisez ces lignes, je vous en conjure : la prochaine fois que quelqu’un vous fait le coup du "Non mais t’as pas compris en fait, c’est pour ça que t’aimes pas, faut que tu y retournes", si vous ne tabassez pas tout de suite votre interlocuteur à coups de barre à mine, soulignez au moins qu’il vient d’atteindre le Point Ciné-Pipeau, sommet de l’incohérence argumentaire utilisé par les ayatollahs du 7e art pour laisser entendre qu’un film est, bien plus qu’une question de goût, une oeuvre objectivement géniale.

Evidemment, certains d’entre vous ne seront pas d’accord avec ce que j’ai écrit.

C’est donc forcément qu’ils n’ont rien compris : relisez-moi.

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