« Reconnaissez-vous celui qui vous a fait ça ?« 

Silencieuse, derrière le miroir sans tain, elle observe le petit groupe d’hommes alignés contre un mur, chacun portant un numéro devant eux, inquiets. Certains esquissent quelques mouvements en direction du fonctionnaire non loin d’eux, s’indignant silencieusement de leur présence en ces lieux, mais sans obtenir, à leur grand désarroi, de réaction de l’intéressé. Pour certains, le geste est légitime : ils ignorent tout des raisons pour lesquelles la maréchaussée peut bien leur faire subir pareil sort. Pour d’autres, le doute les gagne peu à peu : est-ce un crime passé qu’ils croyaient oublié dont la procédure vient finalement de reprendre ? Ou bien ont-ils fréquenté les mauvaises personnes une fois de trop ? En tout cas, pour l’un d’entre eux, une chose est sûre : il sait. La peur au ventre, il espère encore secrètement qu’il s’agisse d’une autre enquête, d’une coïncidence ou autre, mais au fond de lui, il n’a aucun doute : il est déjà condamné.

Le miroir sans tain tremble légèrement lorsqu’elle désigne le numéro 3. Celui-ci a vu le mouvement, son reflet s’étant légèrement agité lorsque sa victime a, depuis l’autre côté, pointé sa personne.

« Numéro 3, vous restez. Les autres, dehors.« 

Il rentre la tête dans ses épaules, regardant les autres suspects lui jeter un regard méprisant et dégoûté alors qu’ils sortent sous la surveillance du policier de faction. Il n’a pas à attendre longtemps pour que paraisse l’imposante silhouette du lieutenant Hémont, frottant sa barbe aussi rase que ses cheveux tout en s’approchant du jeune homme d’un air circonspect. Il prend son temps, savoure la différence de corpulence entre lui et le frêle garçon de 17 ans qui roule des yeux paniqués tout en tirant sur les pans de son t-shirt démesuré.

« Assieds-toi.
- Ecoutez Monsieur, je…
- Assieds-toi trou du cul.« 

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L’officier lui désigne du bout du doigt une chaise usée un peu plus loin, et attends qu’il se soit assis pour aller lui-même prendre place de l’autre côté de la table.

« Alors…. hmmm, Ludovic. C’est bien ton prénom ?
- Oui…
- Tu es bien né le 21 mai 1995, Ludovic ? »

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Le garçon observe l’officier sortir de son veston un bloc-note qu’il commence à soigneusement remplir d’une écriture raide.

« Je t’ai posé une question je crois.
- Heu, oui Monsieur.
- Est-ce que tu sais pourquoi tu es là Ludovic ?
- Je… je… quelqu’un a porté plainte contre moi ?
- A toi de me le dire.
- Ecoutez Monsieur je… je ne sais pas, et puis vous savez, j’aimerais prévenir ma famille que je…
- Ta famille est déjà prévenue. On est allé chez toi, on a fouillé ta chambre. Et regarde ce qu’on a trouvé, espèce de petit dégénéré !« 

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L’homme jette nonchalamment sur la table une photographie qu’il vient de tirer de son veston. A sa simple vue, le garçon se plie en deux, instantanément en pleurs.

« Ho mon dieu, non ! Vous savez ! Vous savez tout !
- J’en ai connu des monstres, mais des comme toi ? Une Wii ! Il faut être un sacré pervers. Et sous ton lit, on a aussi trouvé une Playstation 2 ainsi qu’une paire de manettes ! Tu inities tes amis à tes déviances, crevure ! Ta famille est dévastée. Elle pensait que tu étais un brave garçon, et qu’est-ce qu’on a dû lui annoncer ? Que tu jouais aux jeux vidéo.  Que tu étais devenu un violeur, et que tu avais abandonné ta victime dans la paille avant de disparaître. C’est vraiment… immonde, mais tu vois, la justice rattrape toujours les détraqués dans ton genre. »

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Le policier observa quelques instants le jeune homme en pleurs, puis se retenant de peu de cracher par terre pour signifier son dégoût, il décida de lui laisser quelques instants pour réfléchir à ce qu’il avait fait. Sortant de la salle d’interrogatoire, il se risqua à jeter un nouveau coup d’oeil à la photographie de la console. Dans un soupir, et alors que la lourde porte de la salle se refermait derrière lui, étouffant les sanglots du jeune homme il murmura :

« Foutus jeux. Sans eux, le métier serait plus facile« 

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On l’oublie trop souvent, mais Adolf Hitler était super fort à Transport Tycoon.

Les chasses aux sorcières, c’est sympa.

Contrairement à bien des loisirs, la chasse aux sorcières permettait à qui pratiquait celle-ci de développer tant son corps que son esprit : il fallait être bon en athlétisme pour courser la suspecte, avoir quelques notions de lutte et savoir correctement faire des noeuds (être scout ou marin, par exemple, pouvait aider à la pratique de cette activité riche en émotions). L’esprit n’était pas en reste, puisqu’à l’occasion du procès de la suspecte, on apprenait moult choses concernant la théologie, le satanisme et même le latin, puisqu’à la grande époque de ce hobby, on lisait la Bible dans la langue de Pline. Tous les camps profitaient par ailleurs des effets bénéfiques de l’exercice, puisque si la sorcière pouvait à cette occasion elle aussi s’améliorer en athlétisme, on lui proposait en général aussi gratuitement des cours de natation. Un loisir sain et respectable, donc, contrairement à ces gros bâtards (mais oui) de jeux vidéos.

Car figurez-vous, même si nombre d’entre vous sont déjà au courant et m’ont même écrit à ce sujet, que les jeux vidéo sont au coeur de la dernière chasse aux sorcières en cours. Il fallait bien que leur tour arrive : il y a quinze ans, c’était plutôt les jeux de rôles qui occupaient le rôle du suspect idéal, Mireille Dumas recevant sur son plateau quantité d’experts pour dire que comme on avait déjà vu des criminels pratiquer ledit loisir, c’était donc que ledit loisir créait les criminels, les poussant à faire tout ce que les jeux de rôles peuvent proposer, à savoir tenter un backstab‘ audacieux sur une vieille, mettre un coup de pelle vorpale à une gourgandine, ou plus simplement, faire des échecs critiques à tous ses jets de séduction.

Oui mais voilà : maintenant, les jeux vidéo offrent des suspects plus intéressants, puisque plusieurs faits divers ayant défrayé la chronique avaient été réalisés par des gens qui, dans leurs loisirs, avaient entre autres le jeu vidéo. Il n’en fallait pas plus pour Le Point (encore eux), pour frapper un grand coup grâce à un bien bel article subtilement intitulé : Jeux vidéo : permis de tuer rédigé par Claire Gallois, écrivaine de son état. Vous êtes prêts ? Alors allons-y.

Commençons donc avec l’accroche :

Breivik, Merah et beaucoup d’autres en étaient accros. Un passe-temps qui peut se révéler mortel…

On commence donc fort, avec deux tueurs d’un fort beau calibre (hem), parce qu’on aurait pris Rémi et Jean-Paul qui ont tiré deux canettes de Red Bull chez Auchan après avoir joué à Deus Ex, ça aurait forcément moins claqué. Mais bon, c’est vrai que c’est plutôt pratique comme accroche : beaucoup de gens jouent aux jeux vidéo, qui se sont largement démocratisés, du coup, statistiquement, nombre de criminels sont joueurs. Bon, des enseignants, des médecins et des avocats aussi, mais bon, hein, si on commence à chipoter avec des détails !

Alors que les marionnettistes de l’UMP offrent un spectacle lamentable, notre gouvernement ne sait même plus comment il s’appelle. Entre les reculades de ses annonces – la dernière, le mariage pour tous – et les dérobades au sein de sa majorité, il en néglige l’essentiel : la nouvelle génération. Notre espoir. On lui a, vite fait, bien fait, passé une couche de maquillage pour dissimuler sa mauvaise mine – réforme supposée de l’éducation, emplois d’avenir (sans avenir) et puis basta. On la laisse s’amuser dans son coin, ou désespérer, au choix… avec les jeux vidéo dont la croissance est exponentielle.

Jeune, on ne s’occupe pas de toi. Jeune, on te méprise. Jeune, tu ne joues pas au jeux vidéo parce que ça t’amuses, non tu y joues parce que… tu désespères.

Ah ? Attendez, ce ne serait pas un loisir, en fait ? Que les gens pratiquent parce qu’ils ont ENVIE de le pratiquer ? Non : c’est par désespoir.

« Je… Thomas, je me sens mal.
- Hein ?
- Tout ce mal être, cette impossibilité à trouver des repères dans notre société je… je crois que tout cela, c’est trop dur pour moi. Je songe à faire une connerie.
- Arrête !
- J’hésite entre me tuer et acheter une WiiU. 
- Ho bordel. Je suis ton ami, je peux pas te laisser faire n’importe quoi : tiens, prends mon rasoir et fais vite. »

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C’est tout de même inquiétant. Mais alors, on se tournerait vers ce genre de loisirs par désespoir, dites-vous ? Du coup, la télévision, c’est un peu le même combat ? Et la lecture aussi ? Sachant que Claire Gallois a pour principal métier l’écriture, on saluera donc qu’elle le fasse pour occuper les dépressifs. Madame, merci.

Ce n’est pas un souci au ministère de la Culture. On ne perd pas son temps avec des distractions qui ne contribuent pas à la promotion des arts. Call of Duty, Dishonored, Assassins Creed, Grand Theft Auto, Manhunt ? C’est qui, c’est quoi ?

« Aziz !
- Oui professeur ?
- Amène la lanterne ! Regarde ce que je viens de trouver mon garçon ! C’est splendide !
- Qu’est-ce que c’est ? 
- Une perle ! Un article en ligne d’un journal sur un sujet moderne écrit comme il y a 2 000 ans !
- Comment ça ?
- Hé bien, sois attentif ! Cette personne écrit sur un sujet concernant les dernières technologies sans même les utiliser ! Il lui aurait suffit de taper « Jeux vidéo ministère culture » et en 0,46 secondes dixit Google, elle aurait eu 2 530 000 résultats qui lui donnaient tort ! 
- Vous voulez dire qu’elle n’a même pas pris 1 seconde pour vérifier l’idée qu’elle s’était faite du sujet ? Et qu’on la publie quand même ?
- C’est ça Aziz ! Ho, quand le British Museum va savoir ça ! Vite, continuons à fouiller : sa momie ne doit pas être bien loin ! »

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Bon, je caricature un peu : c’est vrai qu’il faut ajouter aux 0,46 secondes le temps de taper sur son clavier et de cliquer sur un lien, et c’est un peu long, il faut bien le reconnaître. Après, c’est vrai qu’il n’était pas évident de déterminer, même sans lien, que le ministère de la culture pouvait avoir un certain intérêt pour les jeux vidéo : une industrie qui brasse autant de pognon, ce serait bête de l’oublier, puisque, allez savoir pourquoi, le grand public a souvent tendance à acheter plus de Super Mario que de Picasso.

Enfin bon, hein : si maintenant il faut vaguement s’intéresser à un sujet pour en traiter, où va le monde, je vous le demande. Je devrais demander au Point de me proposer d’être l’invité d’une tribune intitulée « Journalisme : permis de dauber« .

La WiiU, où la console dont personne n’a compris l’intérêt.


À défaut, la ministre Aurélie Filippetti pourrait prendre connaissance des jugements en cour d’assises pour les joueurs qui sont passés à l’acte.

C’est vrai ça ! Je veux dire, gérer la culture, en France, ça prend quoi ? Une heure ? Deux par jour, peut-être ? Non : elle ferait mieux de demander les rapports des jugements en cour d’assises pour savoir si les criminels jouent au jeux vidéos. Je propose que le ministère des transports étudie aussi la question, pour savoir si les criminels prennent parfois le métro, ou que le ministère du tourisme fasse la corrélation entre Disneyland et meurtre avec barbarie.

Bon, après, je pourrais être un peu vicieux et faire remarquer que c’est rigolo de demander à quelqu’un d’étudier un sujet pour savoir de quoi il retourne, quand on a soi-même pas pris 4 secondes pour faire une recherche Google alors qu’en plus on écrit dessus. Mais ce n’est pas du tout mon genre : ce serait un peu un tacle à la jugulaire, et ça, moi, jamais. Pas plus que je ne ferai remarquer que si on lisait lesdits jugements en cour d’assise, on remarquerait que d’autres facteurs vaaaguement plus causant que le jeu vidéo sont impliqués, ce qui reviendrait à dire que Claire Gallois se tire des balles dans le pied.

Non, n’insistez pas. Il suffit. Passons plutôt à la suite.

 Le processus est simple : une dépendance grandissante à la violence. À côté de ces jeux, le cannabis, c’est « la santé par les plantes », comme le disent certains habitués. Le premier Permis de tuer a été attribué au seul James Bond, en 1989. Deux ans plus tôt, le même 007 s’illustrait dans Tuer n’est pas jouer. Maintenant, c’est l’inverse : jouer, c’est tuer, plus besoin d’être James Bond.

Si quelqu’un voit le rapport avec James Bond, à part pour avoir son article qui ressort auprès des gens cherchant à en savoir plus sur l’actualité cinéma du moment (mais non, ce ne serait pas ça tout de même, rhooo, ce serait si petit), je veux bien qu’il m’aide parce que là, je n’ai pas. Encore : la bougresse aurait tenté un parallèle avec la violence sur les écrans et s’était appuyée sur tous les travaux sur le sujet depuis plus de 20 ans, on aurait peut-être eu quelques éléments un peu sérieux et expliquant cette curieuse invocation mais…

… non.

« Si vous continuez dans cette direction, vous allez peut-être dire quelque chose d’un peu approfondi.
- Ah ? Bon bin alors je m’arrête là. »

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Ah oui, c’est vraiment impressionnant quand même. Je suis bluffé.

Voyez Andy qui, à 16 ans, abat à coups de fusil ses parents et ses deux petits frères en Corse. Andy, que ses parents appelaient « l’enfant du miracle » parce qu’ils avaient mis 10 ans à l’avoir. Devant ses juges, il ne donne pas d’explication. Il raconte qu’il a entendu une voix à laquelle il n’a pas pu résister. Andy, grand amateur de jeux vidéo.

Ami lecteur, jeu (mais pas vidéo, que l’on se rassure) : retrouvez le problème parmi les deux affirmations suivantes.

A) Andy joue à des jeux vidéos

B) Andy entend des voix qui lui disent de tuer toute sa famille.

Attention, ce n’est pas facile facile ! Heureusement, notre bonne écrivaine nous donne la réponse : c’était bien évidemment la A (raah, arrêtez de dire que c’est faux, vous êtes d’une mauvaise foi, c’est super relou).

Rapport d’un psychiatre à la cour : les jeux vidéo habituent à l’excès. Ils font croire que la mort est une solution et qu’on peut recommencer indéfiniment puisqu’on a plusieurs vies. On a beau colorer le sang en vert, il y a une répétition de la destruction délibérée qui maintient le joueur dans une fascination parfois sans borne.

Du sang vert ? Je… en 1998, peut-être ? Moui, bon. Mais sinon, vous voulez dire que les gens qui jouent au jeux vidéo croient VRAIMENT ce qu’ils voient dedans ?

Au même moment, à la rédaction du Point.

« Putain Maurice ! T’as encore laissé publier un article foireux ! Non mais qu’est-ce que tu fous ?
-Hahaha, nan mais t’inquiète pas, j’ai fait ça pour déconner et voir ce que ça faisait. Nan, j’ai fait une sauvegarde de ma carrière juste avant de publier, je ferai un quick load tout à l’heure. »
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Cela dit, cela rendrait le dialogue de nos amis délinquants un poil plus coloré.

« Hooo mon Dieu, des malandrins armés ! Vous voulez mon sac, c’est ça ?
- Vazy la vieille, donne ton loot ! Donne ton loot !
- Mais enfin, je ne comprends pas ?
- Putain, je suis sûr qu’elle a trop du violet dans son inventaire ! C’est une mémé niveau 60 au moins ! 
- Ecoutez, on entend déjà un gyrophare, je crois que…
- Putain, les modos ! On va se faire kick-ban ! Vazy, prends le scooter et prends l’aggro sur toi, moi je passe en stealth, on se retrouve au respawn ! »

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Ah oui, non attendez : en fait, ça donnerait des mecs avec un vocabulaire proche de celui des consultants en consulting. Oubliez ça.

C’est ridicule cette histoire d’addiction. Chez moi, tout va très bien : tenez, voici une capture de ce que percevaient mes rétines lors de mon rendez-vous d’hier soir, tout est ok.


 

Quant à Breivik, l’assassin de 72 jeunes en Norvège, il s’est déclaré « fan absolu » de Call of Duty et reconnaît avoir passé des semaines à « se former » sur la manière de tuer. Mohamed Merah aussi y consacrait un temps considérable

Breivik a aussi reconnu être un chevalier du temple franc-maçon qui aurait dû devenir régent de Norvège. et Merah revenait de camps d’entraînements où l’on formait les gens à faire des trucs rigolos, comme tirer dans la foule, et un peu de lavage de cerveau pour rigoler. D’ailleurs, personne ne se souvient qu’il ait invoqué son classement à Call of Duty avant ou après ses meurtres. Mais alors du coup, est-ce à dire que si ces deux ânes avaient joué aux Sims, à la place, ils se seraient promené partout avec un losange verre au-dessus de la tête, auraient bouché leurs chiottes 5 fois par jour et seraient morts si jamais quelqu’un avait retiré l’échelle pendant qu’ils étaient à la piscine ?

Il va falloir que j’y pense.

Et il en a, des adeptes. Il suffit de se rendre sur jeuxvideo.com et de découvrir les commentaires quasi pros des amateurs. « Il était plongé dans le noir dans une salle de bains ultrafroide. Il entend les 12 flics s’avancer…, il se lève en mode Fus Ro Dah, tire, met un high kick sur un bouclier. Il aurait pu tenter le 1080… » Même les services secrets ignorent peut-être ce langage codé.

Du langage « quasi-pro« . Sur jeuxvideo.com. A base de Fus Ro Dah et de high kick.

Fonctionnaires des services secrets, n’hésitez plus à appeler Claire Gallois, visiblement, elle touche grave sa bille et sait reconnaître de vrais assassins à la solde de la mafia quand elle en voit. J’en déduis donc que quantité de tueurs professionnels doivent faire des « Fus Ro Dah » lors de leur sombre besogne, à savoir, définition du Fus Ro Dah pour ceux qui ne connaîtraient pas : « Projeter les gens en l’air grâce à un cri magique prononcé dans la langue des dragons. »

Hé bah putain. Je commence à comprendre pourquoi elle disait que le cannabis, c’était drôlement cool et sans dangers plus haut. Ça a l’air d’être de la bonne

Il vaut peut-être mieux que les services secrets ne montent pas tout de suite tout de suite une cellule pour étudier quels sont les potentiels terroristes draconiques en activité. Mais peut-être que eux sont au courant du fait que se baser sur les commentaires de jeuxvideo.com n’est que rarement une bonne idée, à part si vous faites une étude sur les retours clients des utilisateurs de Biactol ? Rho.

Parallèlement, un dénommé Vinogradov, en Russie, publie un manifeste sur Internet dans lequel il s’en prend à l’humanité tout entière et dit sa volonté de la détruire. Et puis il tue cinq de ses collègues de travail. Il jouait à Warcraft, dans lequel les héros sont uniquement des tueurs.

Word of Warcraft est un jeu qui a de graves conséquences, c’est vrai : ses utilisateurs ont parfois un langage mystérieux, des rétines en plomb pour résister aux couleurs flashy de l’univers et une sexualité souvent proche de celle de l’oursin, mais en dehors de ça, ils sont rarement dangereux. D’ailleurs, aux Etats-Unis, la plupart des congrégations religieuses prônant l’abstinence avant le mariage vous le diront : abonnez vos enfants à World of Warcraft, logiquement, ils arriveront propres comme des sous neufs au jour J. Pensez juste à préparer un budget chips.

Non, le fait que Vinogradov veuille détruire l’humanité, ça peut être compréhensible : peut-il a -t-il vu un épisode des Ch’tits à Mykonos, Par contre, le fait qu’il tue 5 personnes, ça prouve juste qu’il ne savait pas s’y prendre. Les gens qui veulent vraiment faire du mal à l’humanité sont soit dictateurs, soit vendeurs chez Apple.

Ce garçon était tout simplement très mal documenté.

Probablement que la notice sur l’extermination des humains qu’il avait trouvé était en langue des dragons, et que comme il n’était pas Claire Gallois, il n’a pas tout pigé. Mais si, la langue que même les services secrets ignorent. Raah, suivez un peu, nom d’une pipe.

Sur ce même site, un gentil papa écrit : « Vingt millions de personnes jouent à Warcraft et il n’y a pas vingt millions de serial killers. » Excellent argument. Une gentille maman ajoute : « J’ai quand même dit à mon fils qu’écraser les gens pour le plaisir, cela ne se fait pas dans la vraie vie. » Quel bon sens ! De l’avis unanime des psys et des éducateurs, la plupart des enfants qui abusent de leur console sont plus agressifs et renfermés que les autres.

C’est là que les choses deviennent intéressantes. Rassurez-vous : ça va aussi s’arrêter très vite, il ne faudrait pas que ça dure.

Après ne pas avoir répondu aux arguments qu’elle cite elle-même (c’est du grand art, mais nous verrons qu’elle fera mieux), la bougresse nous explique donc que les jeux vidéos rendent plus renfermé et agressif. Accusations souvent balayées d’un revers de la main par les défenseurs de l’industrie, et pourtant : dire « Ho non mais ça n’a AUCUN impact » est un peu facile. Mais le problème, c’est qu’il n’y a pas que deux côtés à la barrière, à savoir « Non mais ça ne fait rien du tout » et « Si, si, même que les tueurs, c’est parce qu’ils jouents à Counter Strike« . Les jeux vidéos, comme la télévision, cela répond à un principe simple : chaque chose a son public, et chaque public ses limites. Vous n’allez pas coller un marmot de 5 ans devant Alien, sinon, à défaut de devenir un terroriste, il risque de venir vous les briser menues en pleine nuit parce qu’il est persuadé qu’une bestiole va venir lui pondre dans la gorge en pleine nuit. Après lui avoir copieusement pété la gueule pour l’aider à se rendormir, vous regretterez donc (si vous êtes joueur, vous pouvez même revenir à 4h du matin poser  votre main sur sa bouche en hurlant « Attention, il est sur votre tête lieutenant Ripley ! » mais ça, je rappelle que ce n’est rigolo que si vous dormez chez des amis et que ce n’est pas votre progéniture. Des amis que vous ne comptez pas revoir, d’ailleurs). C’est un peu pareil pour les jeux vidéo, la télévision et un peu tout.

Du coup, lorsque l’on parle d’enfants qui « abusent de leur console » (sic), là encore, quel est le problème ? L’abus ou la console ? Le fait que certains publics se retrouvent face à des jeux non-adaptés, au même titre que des films ou bien est-ce que tous les publics sont sensibles de la même manière ? Notre vertueuse écrivaine n’en dit rien. Et alimente donc le moulin de non-arguments de l’autre camp.

On voit bien que chez les jeunes gens, l’interface de séduction est beaucoup plus limitée.

Fin de la partie où il aurait pu se passer quelque chose d’intéressant, et où l’on aurait pu parler du fait que :

- dire que laisser un gamin 6h par jour devant n’importe quelle activité n’a strictement aucun impact sur lui, c’est un peu con

- dire que les jeux vidéos sont des usines à tueur, c’est un peu idiot

Mais encore une fois : s’il faut commencer à s’intéresser à un sujet autrement que de manière manichéenne, où va-t-on ?

En tout cas, suite à tout cela, notre bonne Claire Gallois a vu moult gens sur le vaste internet s’indigner avec plus ou moins de mauvaise foi ; elle a donc décidé, en réponse, de poursuivre le débat au travers d’un second article de qualité, prenant la suite d’icelui. Profitons-en pour en savoir plus !

Rarement une chronique sur les jeux vidéo violents aura déclenché une pareille agressivité. Pourquoi tant de bruit pour une simple question d’actualité, celle de la violence grandissante dans notre société, reflétée par ailleurs dans les jeux vidéo ? Pourquoi ce « bad buzz » répercuté sur les réseaux sociaux par des hommes, que des hommes, très peu de jeunes ? Où se cache donc le nombril de ces messieurs entre 30 et 45 ans ?

Vous noterez qu’alors que le premier article fait régulièrement des généralités sur « le jeu vidéo« , on découvre que pif pouf, en fait, elle ne parlait que des jeux vidéos violents. Aaah, d’accord. Mais alors toutes ces phrases à base de « Rapport d’un psychiatre à la cour : les jeux vidéo habituent à l’excès. » par exemple ? Ça n’a jamais existé, en fait ? D’accord. D’ailleurs, en parlant de choses qui n’existent pas : si vous n’êtes pas un homme entre 30 et 45 ans et que vous n’êtes pas d’accord avec cette dame, sachez qu’en fait, vous n’existez pas (les jeux vidéos ont dû vous rendre fous au point de vous laisser croire le contraire). Femmes : le jeu vidéo n’est pas pour vous. Si vous essayez d’y toucher, vous prenez instantanément feu. Jeunes : vous êtes les premiers à être d’accord avec elle. Vous n’êtes pas du tout le public visé par les Call of Duty & co.

Non. du tout. Chut. Ecoutez-là.

Ce deuxième article a à peine commencé, et il y a déjà beaucoup de talent.

 Le manager de jeuxvideo.com me demande des excuses publiques « pour offense gratuite à son site ». Si cela peut lui remonter le moral, je les lui accorde, sans trop en comprendre le motif, mais bon… Je ne lui en demande pas, même si les internautes dont il a eu la courtoisie de me communiquer les commentaires ne sont pas très positifs. « Va laver les chiottes au lieu d’écrire des articles de merde. » Ou encore : « On va la pourrir, cette morue. » Respectons la liberté de parole. Y compris celle de mes rares défenseurs. Zerok 54 : « Je suis d’accord avec elle. Votre fascination pour les armes, la guerre, la torture fait peur. Heureusement qu’en vrai vous êtes des pas-de-couilles qui rasent les murs. » Un autre : « Le pire, c’est qu’elle n’a pas tort. Combien de fois j’ai vu des mecs vanter les qualités de Breivik. » Fin de ces échanges désarmants.

Je ne sais pas si citer « Zerok 54 » est la meilleure stratégie de défense pour être crédible, mais bon. Au moins, et au travers de la grossièreté des exemples cités, on peut espérer que l’auteure aura saisi la morale de cette histoire : les forums de jeuxvideo.com ne sont pas le meilleur endroit sur lequel baser sa réflexion. Et donc l’article précédent, CQFD. Enfin bon, je dis ça mais j’ignore s’il y avait vraiment quelque chose à prouver, en fait.

Notez aussi qu’est cité en exemple de « défenseur », un internaute qui dit « Le pire, c’est qu’elle n’a pas tort. Combien de fois j’ai vu des mecs vanter les qualités de Breivik. » dedans, là encore, on ne comprend pas non plus le rapport entre jeux vidéos et vanter les mérites Breivik, mais c’est pas grave. Ce n’est pas comme si c’était le thème de l’article. Le type aurait dit « Le pire, c’est qu’elle n’a pas tort. Une fois, j’ai vu une tomate« , c’était la même. Vivement une chronique « Gears of Wars : l’ennemi des radis ?« .

En réponse à ceux qui me reprochent « une documentation inexistante », je dirai qu’ils peuvent facilement vérifier l’exactitude des propos de Breivik face à la presse, l’addiction de Merah à Call of Duty, rapportée par son frère sur BFM, ou le rapport de l’expert psychiatre du jeune Andy, en pleine cour d’assises. L’un des gros malins qui m’ont écrit rétorque : « Ouais, mais il mangeait aussi des frites, Merah, alors c’est peut-être les frites qui l’ont poussé à tuer. » 

Oui non mais d’accord : « J’ai donné trois exemples. Et bien figurez-vous qu’ils sont vrais« . Certes, mais tout le reste du propos, en fait, celui qui montre qu’en fait, même 5 secondes de recherches juste pour s’assurer que l’on ne disait pas d’âneries n’ont pas été prises ? Et qui est celui qui se fait bâcher en boucle ? Non ? Rien ? Mais enfin ?

En même temps, tout le monde sait que les frites poussent à bien des horreurs : il n’y a qu’à voir l’état de la Belgique.

Et là attention, des fois que ça ne suffise pas, on nous remet un peu de puissance :

On me reproche aussi de faire l’amalgame entre jeux vidéo et tueurs. L’argument est recevable, sauf que je n’ai jamais dit ou pensé que les joueurs accros étaient des tueurs en puissance,

Rappel : du titre du précédent article « Jeux vidéo : permis de tuer« . Accroche : « Breivik, Merah et beaucoup d’autres en étaient accros. Un passe-temps qui peut se révéler mortel… » suivi de quantité d’exemples de tueurs dont on explique que dites-donc : ils jouaient au jeu vidéo. Mais à part ça, ça n’a jamais été dit, hein. Allez, mettons : nous sommes un peu con et nous avons mal compris. Pas d’amalgame donc.

Sauf que quelle est la fin de la précédente citation ?

et si un Prix Nobel avait fait partie du lot, cela se saurait.

Ah ? Tiens, on dirait un amalgame pourri du genre « Les jeux vidéos rendent bêtes« . Non, je dois me tromper. Faire un article de justification dans lequel on affirme ne pas faire d’amalgames avant d’en faire un dans la même phrase…. non. Non. Impossible.

Ou alors peut-être bien que ce sont les articles sur le jeu vidéo qui rendent bête, diable.

Maintenant, face à l’ignorance que vous me prêtez sur le sujet, il y a la vôtre, envers les conventions de Genève. Le 13 mars 2012, le Parlement européen a adopté, à la quasi-unanimité, un rapport appelant les États membres à mieux contrôler la vente et l’utilisation des jeux vidéo violents. Il envisage la mise en place d’un bouton rouge qui désactiverait l’accès à un jeu, à certaines heures ou à certaines parties du jeu. Ce bouton rouge serait extrêmement utilisé avec un jeu comme Call of Duty, si l’on en croit l’excellent article de Quentin Girard sur Slate.

Les conventions de Genève n’interdisent pas la guerre ni de tuer. Elles précisent seulement que les prisonniers doivent être traités avec humanité et être protégés contre les actes de violence. Si vous jouez à World of Warcraft dans lequel de nombreuses missions imposent d’assassiner quelqu’un et de ramener sa tête, vous êtes en pleine violation de l’article 3 commun aux quatre conventions de Genève qui précise que « les mutilations, les traitements cruels, tortures et supplices » sont prohibés. Quant à Call of Duty, lors de la Mission Cachette, vous devrez fermer les yeux, pour ne pas être accusé de complicité, lorsque votre capitaine torture et abat froidement un blessé… Peut-être n’est-il pas stupide de montrer que, même dans le virtuel, il peut y avoir une éthique.

Oui. Je sais. C’est odieux : dans les jeux vidéos, on ne respecte pas la convention de Genève. Ni la loi, souvent. Parfois, on joue même des assassins, imaginez donc !

D’ailleurs, et en tant qu’experte, notre bonne dame nous cite pour se justifier « l’excellent article de Quentin Girard sur Slate« . pour justifier son propos. Et là, premier paragraphe dudit article concernant un papa pensant comme Claire Gallois : «  Michael Stora, psychologue spécialiste des jeux vidéos, a confirmé mon intuition: «A première vue, ce père n’a pas compris les principes des jeux vidéos. Comme le jeu en général, ce sont des aires de transgression où l’on joue avec les lois et ses pulsions agressives. C’est un excellent espace de récréation, même pour l’adulte.» »

Attendez ? Vous voudriez dire qu’elle a réussi, pour se justifier, à citer un article qui lui donne tort ? Mais ?

Mais enfin Madame ! Saviez-vous que la convention de Genève interdit aussi les mutilations ? Y compris se tirer des balles dans le pied, et surtout à répétition ? Et vous voulez dire que ce serait donc ça, votre article pour justifier du fait que le précédent n’était pas juste une vaste blague ? Mais je… je… oh bon sang, c’est incroyablement mauvais. Je crois que moi aussi, j’ai envie de violence, maintenant. Comme quoi, il n’y a pas que les jeux vidéos qui poussent au crime.

En attendant, j’espère tout de même qu’on nous fera bientôt un jeu respectant ces principes : on y jouera un personnage qui respecte tout, et dont le but est de ne choquer personne. Le gameplay sera un peu mou, c’est sûr, mais on pourra marquer des points en faisant du rien, ce qui sera très gratifiant.

Je pense qu’on l’appellera « Sim François Hollande« 

Maintenant, vous savez pourquoi la photo est coupée à ras du crâne : c’est pour planquer le losange vert.

Bon, enfin, je parle, je parle… mais on pourrait encore continuer un petit moment, mais là, de suite, il faut que je vous laisse, on frappe à ma porte.

« Monsieur Connard ?
- Moui ?
- Nous venons vous parler de Jésus Christ notre sauveur.
- Ah non j’ai pas le temps là. Par contre, ma porte a grand besoin de salut, je vous laisse voir ça avec elle. Méfiez-vous, elle est timide.
- Nenni ! On va vous parler de Jésus que vous le vouliez ou non !
- Je serais curieux de savoir comment.
- Facile : FUS RO DAH ! »

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Appuyé contre l’une des rambardes de l’escalier du commissariat, le lieutenant Hémont regarda la silhouette de Ludovic se courber pour rentrer dans le véhicule qui l’emmenait à la prison la plus proche pour qu’il y prenne ses quartiers. Jamais le garçon n’avait cessé de pleurer, particulièrement lorsqu’on lui avait égrené toute la liste des jeux vidéo que l’on avait retrouvé cachés sous une latte du parquet de sa chambre. Des choses qui lui avaient retourné l’esprit au point de le faire passer à l’acte. Il avait brisé une vie.

« Bravo lieutenant. »

Le commissaire Grodon, pipe à la bouche, était venu s’installer à côté de l’officier pour regarder le spectacle de la voiture de police s’éloignant, le violeur à son bord, les gyrophare balayant de leur triste lumière les bâtiments alentours. Ils restèrent immobiles jusqu’à ce que finalement, tournant au bout de l’avenue, la voiture disparaisse. Durant quelques instants, on entendit plus que le léger son des bouffées de tabac que le commissaire tirait goulûment alors que les deux hommes restaient figés à contempler un spectacle qui n’était plus.

« Merci commissaire mais… pour un d’arrêté, combien encore en liberté ?
- C’est notre métier de le savoir, lieutenant. Et de faire diminuer ce chiffre.
- Mais tout cela n’est qu’un symptôme ! Que fait-on pour la cause ? Les jeux vidéo ? C’est ça, le virus !
- Le temps nous le dira, lieutenant. Le préfet vient de m’avertir que la chose était prise très sérieusement en haut-lieu. Le jeu responsable de ce triste fait divers devrait bientôt être interdit, si tout va bien.« 

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Le commissaire fit quelques pas, observant les rares étoiles visibles dans le ciel de la métropole. Puis se tourna brièvement, l’air toujours aussi placide.

« Ho, lieutenant, j’allais oublier : le Poney Club vous remercie d’avoir rapporté sa Ponette.
- Après ce qu’elle a subi, c’était bien le moins. Sans elle, jamais on aurait arrêté le salaud qui s’infiltrait dans les écuries pour… et qui l’a…« 

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Il serra rageusement les poings, puis jeta au sol la jaquette du jeu ayant causé tant de malheurs, avant de s’en retourner à l’intérieur du commissariat pour s’oublier dans la paperasse. Le commissaire le regarda faire, puis tirant une nouvelle fois sur sa pipe, observa la jaquette à demi-brisée au sol tout en affichant un sourire énigmatique.

« Tes jours sont comptés, engeance corruptrice : bientôt, plus personne ne saura que tu as existé… Léa Passion Cheval ! »