Il existe bien des moyens de crier au monde que vous êtes seul.

Vous enfermer pour écrire de brûlants poèmes sur le monde qui va mal, vous retirer dans un monastère pour vous trouver dans la prière ou plus prosaïquement, utiliser Google +, bref, ce ne sont pas les méthodes qui manquent. Pourtant, depuis quelques temps, une pratique solitaire qui n’est pas – encore – réprouvée par le Pape fait son chemin : le selfie. Jour après jour, jeunes gens et vedettes se prêtent à ce hobby innocent et inondent le net de photographies toutes plus relayées les unes que les autres alors que le phénomène n’a de cesse de prendre de l’ampleur.

Aussi, et comme mon éducation de gentleman me pousse à aider mon prochain, particulièrement quand il s’agit de faire une connerie, aujourd’hui je vous propose d’apprendre à réussir votre propre selfie, tout seul comme un grand.

Inutile de me remercier : je sais que vous l’espériez secrètement.

Prêts ? Alors en route.

Réussir son selfie (sans aide)

Définition du selfie

Le selfie, prononcez "Sel-fi", est un nom masculin qui désigne l’art de se prendre en photo seul, de préférence devant un fond inintéressant au possible, pour ensuite partager le tout avec le maximum de monde via les réseaux sociaux. A noter que le selfie peut aussi être pratiqué à plusieurs, ce qui est un contre-sens complet, mais comme c’est un concept déjà très con en soi, on ne va quand même pas lui demander de tenir la route au moins le temps de sa propre définition.

Exemples :

"Bonjour Madame de la propriété intellectuelle, j’aimerais déposer un concept consistant à partager des photos plus ou moins ratées de soi sur un fond moche. Ça s’appellerait le selfie.
- Désolé Monsieur, un certain Jean-Jacques Photomaton est passé avant vous et a breveté le concept, il faut partir maintenant."

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"Ce qui est bien avec les selfies, c’est que le jour où je réussis mon coup d’état, j’ai toutes les photos des gens à éradiquer."

"Je déteste les gens égocentriques, putain. Tiens au fait, j’ai refait des photos de moi, tu en veux ? J’adore les selfies !"

Histoire

Une légende urbaine voudrait que le selfie soit une activité récente née avec l’arrivée des smartphones et de Twitter, permettant ainsi de poster aisément des photos entre deux messages portant sur les retards du RER B, le programme télé ou autres messages essentiels qui font de Twitter un site incontournable pour s’informer ou subir une lobotomie, c’est selon. Pourtant, il faut savoir que le selfie est une pratique bien plus ancienne qu’on ne veut bien le croire. Ainsi, récemment, le cardinal Gianfranco Ravasi déclarait depuis le Vatican (et c’est véridique) que Jésus était "le premier utilisateur de Twitter puisque celui-ci s’exprimait principalement par des phrases concises de moins de 140 caractères". Ce serait sous-estimer l’homme au périzonium (c’est le nom latin de son slip, ignorants) puisque rappelons qu’il faut ajouter à ces phrases courtes le fait que Jésus parlait souvent dans le vide, avait des followers et que le jour où son compte s’est fait bannir pour non respect des conditions d’utilisation de l’époque, ses dernières paroles furent "Je quitte, j’appuie sur la croix #lol #xptdr". Ne manquait plus à son palmarès qu’un selfie : l’homme nous a livré le premier de l’Histoire, et accessoirement le plus relayé.

A noter que tant qu’à parler de créatures magiques qui reviennent d’entre les morts, d’autres tenteront de copier le succès du fameux pionnier du selfie mais sans jamais égaler son succès.

Par la suite, bien évidemment, l’évolution de la technologie permettra à de petits nouveaux de se lancer, comme Gustave Courbet (à ne pas confondre avec Julien) et son célèbre autoportrait, nom technique donné au selfie quand on a que de la gouache sous la main, puis avec l’arrivée de la photographie, chacun pourra se prendre en photo chez soi dans une sorte d’onanisme pictural des plus impressionnant. Mais le phénomène n’explosera tel un pétard dans une bouse que lorsque les réseaux sociaux s’ouvriront et ne seront plus, par exemple, uniquement réservés aux fils de Dieu, ces gros chouchous.

Méthode

Comment faire pour vous aussi rejoindre la communauté des pratiquants de cet art étrange ? Comment réussir, à votre tour, à vous humilier publiquement ? Rassurez-vous, aucun talent particulier n’est nécessaire. Aucun talent tout court d’ailleurs. C’est même souvent à cela que l’on reconnaît les pratiquants.

1. Trouver le sujet

Il est dit qu’en matière d’art, trouver son sujet est la partie la plus difficile. Heureusement, il existe une méthode simple pour trouver le sujet de son selfie, un questionnaire permettant de se dépatouiller. Allons-y donc.

1) Sais-je qui je suis ?

A) Oui, je suis plutôt certain.

B) Tout le monde sait qui je suis.

C) Non : je pensais par exemple être quelqu’un de gauche, mais je viens de découvrir que j’étais au gouvernement.

2) Suis-je un sujet intéressant ?

A) Non.

B) Oui.

C) Je viens de vous dire que j’étais au gouvernement, je pense que ça répond à la question.

3) Ai-je quelque chose de particulier à montrer ?

A) Non.

B) Oui : blessure de guerre, chirurgie faciale ou habile cadrage qui montrera par accident mon décolleté fourni.

C) Plus depuis mai 2012.

Si vous avez un maximum de A :

Vous n’avez rien à dire et rien à montrer ? Bravo, vous êtes le candidat idéal pour un selfie. Avec un profil pareil, vous êtes probablement particulièrement actif sur les réseaux sociaux par ailleurs, ce qui ne fait de vous qu’un meilleur sujet pour cette pratique solitaire. Vous êtes donc prêt pour faire des photos de vous-même vous-même, si je puis dire.

Si vous avez un maximum de B :

Vous avez quelque chose à montrer, du coup, on pourrait vraiment penser que vous avez de bonnes raisons de prendre une photo de votre personne. Ce qui retire une grande partie de l’intérêt du selfie, qui est, pour rappel, qu’il n’en a aucun. Réfléchissez donc bien à ce que vous allez faire.

Si vous avez un maximum de C :

Vous n’avez franchement pas de bol.

Si vous avez un A, un B et un C :

Vous êtes probablement un lecteur qui se fout de la gueule du monde. Je note votre nom.

Ici, un selfie de 1914 raté : en effet, un fantôme y a fait du photobombing, donnant de l’intérêt à l’image. On peut donc parler d’un échec.

2. Trouver l’endroit

Maintenant que vous avez décidé de vous prendre en photo, encore faut-il trouver l’endroit où le faire. Il existe plusieurs grandes écoles :

  • Le lieu incroyable

Monument historique, manifestation populaire ou rencontre au sommet : autant d’endroits où une photo pourrait intéresser des gens de manière générale, ce qui en fait une excellente raison pour à la place, prendre une photo de vous qui cache la moitié de ce qu’il y a à voir. C’est vrai, quoi, entre votre binette et l’endroit où vous êtes, qu’y a-t-il de plus important ? Rappelons l’argument phare des amis du selfie : "Oui mais je prends cette photo pour montrer que j’y étais à mes amis." Certes, mais d’habitude, les amis sont généralement des gens qui n’exigent pas de preuve photographique quand vous leur annoncez être allé quelque part. Sinon, n’hésitez pas à leur fournir la vidéosurveillance du supermarché quand vous leur racontez être allé faire les courses, hein.

Logique

Récapituler, c’est important.

  • Le chez vous

Quand on a nulle part où aller, chez soi, c’est pas mal non plus (d’où une pratique du selfie très limitée chez les SDF, CQFD). Le selfie peut alors prendre tout son sens, puisqu’à partir du moment où vous vous photographiez à domicile, et étant donné le peu d’intérêt de votre personne, tout l’Internet va jouer à son jeu préféré : chercher le détail qui tue dans l’image. Poster de Garou, ordinateur de 1997 ou slip qui traîne, le selfie devient simplement une nouvelle page du grand "Où est Charlie ?" quotidien du web. N’hésitez donc pas à disposer sur l’image divers objets plus ou moins discrets qui feront la joie de tous ces travailleurs qui, au lieu de faire leur tableau Excel, sont en train de ne rien branler sur Facebook. Vous illuminerez leur journée. Avec un peu de bol, ils vous enverront un Powerpoint avec des oursons pour vous remercier avec en objet "Fw : Fw : Fw : A lire absolumant !!!!". Vous serez entre gens qui se comprennent.

  • Les toilettes/la salle de bain

Lieu préféré de la plupart des amateurs de selfie, c’est un classique. En effet, on y trouve généralement en miroir qui permet de faciliter la prise de la photo, et il est donc aisé d’y réussir ses plus belles images. A noter cependant qu’il est recommandé d’utiliser des salles d’eau privées, puisque si jamais vous prenez 20 minutes dans des toilettes publiques pour saisir toute la majesté de votre binette, vous risquez d’entendre derrière vous les plus grands morceaux de Bach rejoués par des instruments organiques : cela pourrait quelque peu vous déconcentrer. Ou même votre présence pourrait elle aussi gêner le pauvre homme qui gémit en priant pour votre départ dans l’espoir de pouvoir relâcher ses flancs sans se synchroniser avec des toussotements. Je sais que vous l’avez fait l’autre jour chez des amis. Inutile de nier.

3. De l’importance du cadrage

Vous êtes fin prêt et dans un lieu où vous pensez qu’il sera essentiel de prendre une photo de vous ? Excellent, vous pouvez donc passer à la suite : le cadrage. Là encore : pensez mauvais.

Appareil tenu de travers, bout du menton qui n’est pas dans le cadre, centrage merdé, allez-y de bon cœur et utilisez ce moyen mémotechnique simple : "Que ferait Michael J. Fox à ma place ?". Vous aurez alors tous les secrets d’un cadrage de selfie réussi. Pour vous Mesdemoiselles, vous pouvez aussi penser "Que ferait Sophie Marceau à ma place ?" si votre objectif est juste de montrer, par le plus grand des hasards, un bout de décolleté. Et de le diffuser sur Twitter. Petites prétentieuses, je suis outré (et pas seulement parce que je ne suis pas dans la boucle).

4. Prendre la pose.

Si à l’étape précédente, nous pensions Michael J.Fox ou Sophie Marceau, à celle-ci, la règle est simple : pensez Frères Bogdanov. Bouche en cul de poule, tête qui fait peur ou plus simplement grimace supposément mignonne mais en fait tout simplement du genre à faire se liquéfier les intestins d’un chaton à sa seule vue, faites-vous plaisir, encore une fois, ce n’est pas comme si vous cherchiez à faire une photo réussie, c’est même plutôt l’inverse.

Quelques exemples parmi les plus populaires :

"Je plisse un peu les yeux, la bouche entrouverte, on dirait que je fais de la compta."

"Pfou, je viens juste de me lever, quelle coïncidence, je suis déjà coiffée et maquillée au réveil !"

"Je regarde ailleurs en faisant semblant que je n’ai pas remarqué que ma main prenait une photo. Quelle coquine cette main, elle fait tellement de choses seule que je… je… restons-en là." 

"Je ne sais pas comment j’ai réussi à avoir l’air étonné tout seul, c’est étonnant."

Et bien évidemment, le célèbre "Je suis super pensif, je ne pense déjà plus à ce selfie, je suis bien trop occupé" (aussi appelée "la BHL")

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"Comment ? Un photographe vous dites ? Non, je n’ai rien remarqué : j’étais tellement occupé à penser au concept de liberté, là, tranquillement installé sur cette barricade de Kiev où je passais par hasard…"

5. Partagez !

Vous avez réalisé toutes les étapes précédentes ? Excellent, vous n’avez plus qu’à hurler à la face du monde que vous manquez de talent, d’imagination et de sens commun : les réseaux sociaux n’attendent plus que vous !

F.A.Q

J’ai un ami photographe qui fait d’excellents selfies, puis-je lui demander conseil ?

Oui : s’il en est à se prendre lui-même alors que son métier c’est de faire exactement l’inverse, c’est que ça doit être une sacrée buse en manque de clients. Vous pouvez vous tourner vers lui, je pense qu’il a tout ce qu’il faut pour vous apprendre à être mauvais.

Je suis d’accord avec vous : je déteste les selfies. Je demande toujours à quelqu’un d’autre de prendre la photo.

C’est vrai que le problème de fond, c’est l’empreinte digitale sur le déclencheur, vous avez raison.

Même les stars d’Hollywood font des selfies ! C’est que ça doit être bien quand même, non ?

On parle bien des gens dont le métier est d’apparaître dans des trucs ratés ? Je dis ça comme ça, hein.

Qu’est-ce qu’il y a de mal à poster des photos de soi ?

Ah non mais rien : c’est le fond de commerce des blogueuses mode, c’est donc probablement une excellente idée.

De toute façon, vous êtes juste jaloux.

C’est vrai : je déteste quand on arrive à faire plus égocentrique que moi.

"Ah ! Monsieur le baron ! Nous n’attendions plus que vous et votre génie pour commencer !"

Saluant d’un sourire amusé la remarque de l’empereur, Georges Eugène Haussmann s’approcha de la vaste table entourée des conseillers impériaux pour y dérouler l’immense plan qu’il transportait jusqu’alors dans un tube sous son bras. Pendant que l’honorable urbaniste disposait aux quatre coin du papier divers objets pour en éviter le repli, le reste de l’assemblée se pencha sur la chose d’un mouvement souple pour en étudier le détail.

"Un nouveau Paris digne de sa grandeur", lança le baron en se redressant fièrement, les yeux rivés sur les visages des présents à la recherche de la moindre expression trahissant leurs premières impressions. Il y eut une série de murmures, de regards entendus, et finalement, toute l’attention se porta vers Napoléon III, suivant de son doigt chaque ligne sur le plan.

"Ma-gni-fi-que, baron. Vous avez bien mérité de l’empire : soyez assuré de toute sa reconnaissance. C’est brillant, astucieux, élégant, moderne… nous allons raser cette vieille cité médiévale et enfin emmener Paris au XIXe siècle ! Je vois que vous avez pensé à tout : les rues sont larges, donc difficiles à barricader, les avenues permettent de manoeuvrer canons et chevaux… c’en est fini des soulèvements ! Cette ville sera aussi droite dans sa forme que dans sa tenue ! Excellent, excellent..."

Le baron eut un mouvement de sourcil interrogateur.

"Pardon ?
- Hé bien, je disais tout simplement que vous aviez audacieusement conçu la ville pour enfin en finir avec les révoltes à répétitions qui…
- Mais, heu… non, en fait. Moi je pensais pas du tout aux soulèvements.
- C’est à mon tour de vous demander pardon – l’empereur se redressa, inquisiteur – à quoi pensiez-vous alors ?
- Bin aux meufs."
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Il y eut une volée de soupirs indignés dans l’assemblée

"Que… baron ? Que dites-vous, enfin ?
- Et bin les meufs quoi, ça va ! Attendez, je suis urbaniste, vous croyez que je pense à quoi toute la journée, à observer des bâtiments toujours plus grands, plus massifs, plus hauts… et puis toutes ces avenues, droites et solides ! Et ces gros lampadaires turgescents je… enfin merde, votre altesse ! Tout le monde sait que l"urbanisme est un truc de machistes ! Regardez cette avenue par exemple : je l’ai conçue pour faire passer des chevaux, oui, mais pour de la chasse à courre de gonzesses : on les lâche, et hop ! Voyez, ainsi les rabatteurs peuvent amener les nanas jusqu’à la place de l’Opéra, et là, ha ha ! Nous autres arrivons sur nos montures par les boulevards, et voici les pauvrettes cernées ! A nous, chair fraîche ! Imaginez déjà, ces croupes galbées, ces seins fermes, la sueur de la course perlant le long des courbes tremblantes de ces… Ouch !"

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Le baron s’effondra au sol inconscient, le visage encore tordu dans une expression de douleur alors que derrière-lui, un garde venait de lui asséner un sérieux coup du manche de son sabre sur le sommet du crâne. L’empereur bégaya brièvement avant de se reprendre, observant tour à tour le plan et l’urbaniste étalés devant lui.

Le baron Haussmann, réfléchissant au réaménagement des quais de Paris pour l’organisation de soirées mousse géantes

 

"Bon sang… soldat ! Quel est votre nom ?
- Caporal Roudoudou votre altesse, de la garde impériale.
- Caporal, vous avez agi avec justesse. Maintenant, vous aller me virer ce malheureux de cette salle.
- Et pour les plans ? – demanda timidement un conseiller en toussotant à demi
- Les plans ? Ils sont bons : vous allez me reconstruire Paris en les suivant ; à défauts de justes desseins, l’homme a redessiné cette ville avec goût. Maintenant, tout le monde dans cette pièce oublie ces conneries : si on vous pose des questions, vous direz que oui oui, on fait un nouveau Paris avec des grosses rues pour emmerder les émeutiers, tout ça. Personne ne doit jamais savoir la vérité. Personne. J’ignore ce que nous réserve l’avenir, mais j’espère qu’il ne donnera jamais naissance à un esprit assez brillant pour réaliser quels sombres projets le baron ourdissait."

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Hélas pour l’empereur, il ignorait que près de 150 ans plus tard, pareil esprit existerait. Et qu’avec un brio sans pareil, il prouverait qu’en fait, l’urbanisme a toujours été pensé pour emmerder les nanas, car cet esprit serait celui… d’une féministe !

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Si vous avez rigolé lors de l’utilisation groupée des mots "esprit", "brillant", et "féministe", je me vois dans l’obligation de vous faire les gros yeux, car comme vous allez pouvoir le constater, une fois encore, l’argumentation est tout simplement aussi incroyable que la pertinence du sujet. A l’heure où le magazine Elle explique doctement à ses lectrices qu’une petite pipe, même quand on est pas d’accord, c’est quand même la moindre des choses, et qu’on attend toujours la réaction d’Osez le féminisme sur le sujet, voici qu’un nouveau combat parait pour faire avancer les droits des êtres dépourvus de chromosomes Y. Et pas des moindres, mais, ah ! Assez parlé, passons à l’étude du sujet, qui doit tout de même être bigrement sérieux pour mériter sa place dans le supplément Culture du Monde.

Sur le trottoir ou dans le métro, on croise des vieux, des jeunes, des hommes, des femmes. A première vue, l’espace public est mixte. A première vue seulement. Car l’espace urbain demeure un espace où les déséquilibres entre les deux sexes restent profonds. De jour, ça se voit peu.

Oui : de jour, tout à l’air normal en ville. Mais lorsque vient le crépuscule…

On ne dirait pas comme ça, mais en fait, sachez-le ; sitôt la nuit tombée, à l’heure où les honnêtes gens ferment leurs portes à double tour, dehors, le sabbat machiste peut commencer : on fait péter les bières, tomber les ceintures et tourner les slips ; femme, sache qu’en hiver, passé 17h, la rue n’est plus à toi. C’est Le Monde qui le dit, alors ne rigole pas malheureuse : le prochain combat des féministes du XXIe siècle, toujours à l’avant-garde, sera de prouver que le trottoir est un endroit infiniment sexiste.

On ne sait pas encore trop pourquoi, mais ça doit être super important en tout cas.

Surtout, contrairement [aux hommes], "les femmes ne font que traverser l’espace urbain, elles ne stationnent pas", explique le géographe Yves Raibaud,

Hé bé non.

La femme, des fois, elle arrive en ville, elle essaie de s’arrêter et tout, mais elle ne peut pas. Pourquoi ? Implose-t-elle si elle le fait ? Est-elle poussée par une force mystérieuse, ou bien sont-ce simplement ses semelles compensées géantes qui l’empêchent de tenir en place plus de 15s sans risquer une double fracture des chevilles ? Allez savoir. En tout cas, cela explique pourquoi les femmes et les créneaux ne sont pas amis : stationner, ce n’est pas vraiment leur truc.

Très bien. Et bien, merci Yves (qui a probablement observé le mouvement de migration des femmes en espace urbain depuis le toit de sa maison, ou alors il faudra m’expliquer comment il a noté cela) pour ce rapport à la fois pertinent et audacieux.

"On constate que les femmes traînent moins souvent dans la rue sans avoir quelque chose de précis à y faire et se déplacent rapidement d’un endroit à un autre", confirme Patricia Perennes, d’Osez le féminisme.

Chez Osez le féminisme, on a toujours un regard pertinent sur la société (non, mais ho, ça suffit au fond, je vous vois au fond, mais soyez un peu charitables sacrebleu). On va prendre un exemple précis : mettons une femme, allant d’un endroit à un autre dans une rue sans but précis, du genre de bâtiment en bâtiment le long d’un trottoir. Appelons ce mouvement du… du lèche-vitrine, comme ça, au hasard : et bien sachez que ça n’existe pas. De la même manière, la femme ne se promène pas, ne fait pas de tourisme, ou ne donne jamais rendez-vous à qui que ce soit en-dehors de chez elle. Non : lorsque la femme sort, c’est uniquement en courant, pour rester le moins de temps possible dans la rue, hurlant l’intégralité des dialogues de Braveheart jusqu’à arriver à destination. Si jamais la femme doit s’arrêter pour une raison X ou Y, elle se met à suer très fort, a très chaud, et si jamais elle a une arme sur elle (pour se défendre contre les millions de violeurs qui l’attendent en bas de chez elle), elle la vide dans la foule.

En fait, Osez le féminisme, des fois, j’ai un peu l’impression que c’est une sorte de café du commerce dopé au mojito pêche.

Ou à la ganja de l’espace, mais je sais que je suis lu par les douanes, alors je ne vous dénoncerai pas les filles, pas d’inquiétude.

Femme se rendant chez une amie en tentant de passer le moins de temps possible dans la rue de peur d’y croiser un homme

 

Allez vite pour éviter les ennuis… Car une femme seule est trois fois plus abordée dans la rue qu’un homme. Parfois sympathiques, ces rencontres peuvent s’avérer désagréables et provoquer un sentiment d’insécurité.

Notez bien : on ne vous parle pas d’insécurité mais de sentiment d’insécurité. Vous savez, le genre de truc qui naît par exemple, et à tout hasard, en publiant des articles qui se veulent crypto-scientifiques dans lesquels on explique à ces dames qu’elles DOIVENT avoir peur dans la rue, qu’il y a d’excellentes raisons à cela. Enfin je dis ça comme ça, hein. Moi ça me donne surtout un sentiment de gastro-entérite, mais l’INSEE s’y intéresse encore peu, c’est vrai.

Les parents en tirent des conséquences en disant très tôt à leurs filles comment se comporter et s’habiller. "Toute la journée, on t’explique ce que tu dois être en tant que femme, les télévisions et les journaux font de même, et tu finis par ne plus te définir en tant qu’être humain", explique l’urbaniste

Urbaniste, ma bonne amie, je t’entends.

Du coup, je suis assez d’accord : il faut arrêter avec les articles de supposés grands journaux qui expliquent que l’on est une femme avant d’être un être humain comme les autres, et qu’à ce titre, il est légitime de flipper dans la rue et d’être décrite comme une proie pour prédateurs sexuels à longueur de temps.

Attention à bien éteindre vos détecteurs de non-sens, on pourrait bloquer l’aiguille, là.

Jusqu’à la puberté, on demande aux filles davantage de déplacements que les garçons, car on les considère plus dégourdies. Mais après, le viol devient la peur structurante des femmes en milieu urbain, alors que la ville est bien plus le lieu des incivilités que des agressions physiques.

La nature est bien faite (les explications sans citer aucune source aussi) : les garçons sont moins dégourdis que les filles, c’est comme ça et c’est indiscutable. Par contre, sitôt que les bouboules tombent, paf : le brushing leur pousse, ils rejoignent la fondation Phoenix et en fait, ils deviennent tous Mac Gyver. Alors que dans le même temps, il faut barricader la petite dernière dans sa chambre, devenue un appeau au sexe avec ses yeux de brebis égarée. Continuer de la laisser sortir, c’est la condamner à la découverte de plaisirs exotiques et variés dans une cave quelconque d’une banlieue chaude (ex : Neuilly-sur-Seine).

D’ailleurs, femmes de milieux urbains (je sais, il y en a parmi vous qui ont survécu dans ce milieu machiste jusqu’ici en courant très vite dans les rues), sachez-le : ce qui vous "structure" ce ne sont pas des projets, des idées, ou même le simple fait d’être des membres du genre humain : c’est la peur du viol. La réflexion, tout ça, ce n’est pas un truc pour vous : vous n’êtes unies que par la peur du prochain loup.

Voilà : votre nature, c’est d’être des victimes. Merci, Osez le féminisme et autres fameux intervenants.

Pourtant, et même si la révolution sexuelle a atténué les choses, la représentation sociale fait du foyer le havre de paix et, de l’extérieur, un espace dangereux. Allons plus loin : une femme seule, dans un parc, la nuit ? C’est une prostituée, pense-t-on souvent. Et le jour ? Une mère de famille.

Oui, d’ailleurs c’est pour ça que nous les hommes nous recommandons aux femmes de rester dans la cuisine pour les protéger. Et ainsi pouvoir user de nos préjugés en paix une fois la nuit venue (chez Osez le féminisme, on doit penser que Twilight est un documentaire : les hommes, tout comme Edward, sortent la nuit). Tenez par exemple : saviez-vous que tout homme qui croise une fille dans un parc la nuit pense obligatoirement "Tiens, une prostituée" ? Car non, l’homme ne pense jamais "Tiens, une fille dans un parc la nuit" : il est forcément bourré de préjugés (contrairement aux auteurs de cet article du Monde, donc). Et idem le jour : toute fille qu’il croise est une mère de famille. Même si elle a 6 ans, c’est bon : on cherche la poussette.

Apprenez à reconnaître cette femme : Simone de Beauvoir, suppôt de l’ordre machiste, qui pensait que les femmes pouvaient exister autrement qu’en tant que proies, être unies par autre chose que la peur, et vivre leur vie ailleurs que dans leur foyer. Brrrr, quelle vile créature.

Bon cela dit, il est vrai que depuis l’avènement des blogueuses modes, distinguer la tenue des prostituées de celles de ces maîtresses du bon goût est devenu un exercice complexe et a brouillé par mal de lignes (la CNIL n’a toujours pas accepté ma demande pour la création d’un site "pute ou pas pute"). Mais là n’est pas la question.

Le métro, le soir, est fréquenté en moyenne par deux femmes pour huit hommes. Les parents ont autant peur du métro la nuit pour leurs filles (leur imposant le taxi) que les filles elles-mêmes, y compris majeures

Mesdemoiselles, si vous avez un jour pris le métro pour rentrer de soirée, sachez qu’en fait, tout ça n’est en fait qu’un souvenir implanté artificiellement pour vous faire croire que vous êtes libre. Dans ce cas, faites-moi signe, donnez-moi votre adresse et je viendrai frapper à votre porte avec mes lunettes de soleil et mon manteau en cuir pour vous proposer de sortir de la matrice en avalant une petite pilule.

A ce qu’il parait qu’un effet secondaire de la pilule est de se réveiller dans un terrain vague de la matrice sans souvenirs du monde réel, mais hein, bon, c’est quand même pas grand-chose, non ?

Ah oui, et sinon, notez : penser qu’une femme seule la nuit dans un parc c’est une prostituée, c’est un préjugé à la con, mais penser qu’un homme la nuit soit automatiquement un violeur potentiel, c’est tout à fait normal. Chapeau les enfants

Ces dernières mettent en place des stratégies pour réduire le danger : porter un pantalon, maquillage sobre, se déplacer en groupe, se rapprocher d’autres filles isolées, avoir un baladeur sur les oreilles en fuyant tout regard.

Transporter une baïonnette, disposer d’un drap gris pour se coller contre un mur et disparaître comme un ninja, louer un char Leclerc pour la soirée : lecteur, si vous aussi vous avez déjà croisé des filles en jupe passé 17h sans les retrouver deux heures plus tard découpées dans une poubelle, sachez que vous pouvez appeler le Vatican : miracle il y a eu.

Sinon, avec la description, je ne suis pas sûr tout de même : ils ont observé des femmes ou un troupeau de marmottes ? Est-ce qu’il y a une femme qui siffle à l’approche d’un prédateur ? Diable, ça m’a l’air complexe tout cela. Heureusement que nous avons de grands experts pour nous expliquer comment les choses fonctionnent en réalité.

Ces stratagèmes entraînent une réduction des libertés. "Les filles sont confrontées à une tension entre les attentes placées dans les sorties festives, souvent associées à un habillement plus sexualisé, et un contrôle des parents plus marqué que pour les garçons", constate Clément Rivière, doctorant à l’Observatoire sociologique du changement (Sciences Po). Ainsi, des normes s’imposent, parfaitement intégrées, invisibles et intériorisées.

Dixit l’article qui dix lignes au-dessus expliquait que le monde extérieur était un monde super dangereux, et que rentrez vos filles messeigneurs car voici venir les vikings venus prendre vertus, richesses et troupeaux entre divers gras ricanements, c’est intéressant.

Les décideurs de la ville ne font rien pour réduire ce fossé entre garçons et filles. Ils font même le contraire. Ainsi, 85 % du budget des équipements programmés dans les zones prioritaires vont aux garçons. Pour "canaliser la violence", dit-on. Les skate-parks poussent comme des champignons un peu partout, alors qu’il n’existe presque rien pour les adolescentes.

Ah, les salauds ! Des skate-parks ! Ces structures phallocrates réservées aux garçons ! Ah, si ça continue à ce rythme, on va demander aux filles de jouer au football, au basket, voire au handball ! Enfin, Mesdemoiselles ! Qu’attendez-vous pour réclamer des poneys-parks ou des concours de couture ? Des trucs de fille peints en rose, quoi ! Non mais attendez, si on commence à proposer les mêmes choses aux filles et aux garçons ce serait… rah, ce serait presque les considérer au même niveau ! Vite, Osez le féminisme, il faut agir !

Dans la revue Traits urbains, en mai, Yves Raibaud prend l’exemple de la construction de stades de football, investis presque uniquement par des hommes : "Imaginez un équipement public pour 43 000 femmes !"

Oui, là encore, on ne construit jamais des équipements accueillant des gens de tous les sexes : c’est soit pour 43 000 hommes, soit pour 43 000 femmes, mais alors 43 000 "personnes", ah, ça, plutôt mourir ! D’ailleurs, à l’entrée des stades, on procède à des tests du genre demander aux larrons qui s’y présentent de roter : les femmes étant des princesses, elles en sont incapables et sont donc aussitôt détectées et éjectées. Mais raccompagnées à leurs cuisines, pour ne pas les laisser dehors, puisque comme l’explique l’article, c’est trop dangereux pour elle.

Des ennemies des femmes posant fièrement dans un stade, symbole du pouvoir de l’oppresseur couillu.

 

Est-ce pour des raisons économiques, voire écologiques, ou parce qu’ils imaginent les femmes au foyer le soir, que 5 000 communes de France ont récemment décidé d’éteindre l’éclairage public entre minuit et 5 heures du matin ?

Tout à fait, Le Monde : entre minuit et 5 heures du matin, les hommes enclenchent leur vision nocturne, et pouf, la nuit leur appartient. Éteindre les lumières, c’est forcément un complot pour emmerder les femmes : aaah, quel grand journalisme. Je crois d’ailleurs que le groupe qui milite pour l’extinction des enseignes commerciales la nuit est lui-même dirigé par Henri Désiré Landru.

Pourquoi nombre de lieux festifs et nocturnes sont-ils construits sans toilettes ? Parce que la nuit est un espace jugé masculin.

Et les hommes ne font pas caca. Aucun rapport avec le fait que dans l’évènementiel, certains font des économies en se disant "Allez, les gens se retiendront bien 2h". Non, c’est un type maléfique qui éclate d’un grand rire derrière son bureau en hurlant "Ho ho ho ! Je ne vais pas installer de toilettes, puis je servirai des cocktails de gonzesses à volonté ! La vessie des femmes gonflera, puis, ne pouvant se soulager, elles imploseront toutes l’une après l’autre ! Et alors, elles regretteront de m’avoir appelé "Pieds qui puent" en classe de 6eB, me rejetant au ban de la société !". En général, c’est à ce moment précis que l’auteur de la maxime se met à jouer d’un orgue massif en continuant de rire, mais dans certains cas, il peut aussi juste avoir un xylophone  Bontempi, auquel cas il rigole, mais moins fort sinon ça masque les notes.

D’un autre côté, les décideurs et urbanistes n’oublient pas les couloirs à poussettes, ni d’installer des crèches à côté des lieux de travail majoritairement féminins. "Les urbanistes vont répondre que, lors des réunions, on leur demande ces couloirs à poussettes !", rétorque l’urbaniste.

C’est vrai : d’ailleurs, on ne trouve jamais de papa derrière une poussette (ou alors ils volent 2 à 3 mètres au-dessus du trottoir, un de leurs autres pouvoirs avec la vision nocturne), et ces derniers n’emmènent jamais leur enfant à la crèche : il existe sur le chromosome Y un gène qui permet de phaser l’enfant, l’envoyant dans une dimension parallèle semblable aux limbes durant les heures de travail. Tout ça, c’est vraiment pour les nanas uniquement. Et puis c’est vrai quoi, il faudrait du mobilier urbain pour les femmes comme heu… des… heu… du… enfin voilà quoi, merde ! Des trucs rose bonbon ou des bancs en forme d’arc-en-ciel. Tous avec l’urbaniste (dont le nom a été effacé pour éviter qu’on ne la jette dans un couloir à poussettes) !

Tout le monde est d’accord : la ville est pensée par et pour l’homme,

J’ai toujours eu un goût certain pour les affirmations lancées comme ça, hop, et contenant "Tout le monde est d’accord". Je propose donc, en suivant le même principe journalistique, d’ajouter "Tout le monde est d’accord : cet article du Monde est un étron gras qui ne mériterait même pas d’être publié sur Girls.fr".

Car l’espace n’est pas interdit aux femmes, ce sont elles qui s’interdisent l’accès à une rue, un bar, un lieu de fête… Les interdits sont tels, montre l’étude de Bordeaux, que les lieux qu’elles trouvent répulsifs sont les plus nombreux.

Elles se l’interdisent peut-être aussi parce que, je me répète, il y a des gens assez idiots pour pondre des articles leur expliquant que, holala, tout ça vous savez, c’est des trucs de mecs, faudrait pas s’en mêler, hein, pfiou. Si c’est pas une réunion tupperware ou un cours de cuisine, fuyez Mesdemoiselles, ce n’est pas pour vous ! D’ailleurs, les exemples donnés sont bons : aller boire un verre dans un bar, par exemple, c’est typiquement une activité de mec. Tout comme les rues ou les "lieux de fêtes" : les salles de concerts sont légendaires pour l’interdiction faite aux femmes d’y entrer. Les concerts de Justin Bieber sont d’ailleurs réputés pour être des nids à moustachus, par exemple.

En fait, les femmes érigeraient ce que le géographe Guy Di Méo appelle des "murs invisibles" dans l’espace urbain. Ces barrières sont inconscientes. Elles varient d’une personne à l’autre et d’un jour à l’autre en fonction des émotions. Elles sont le fruit de facteurs comme l’âge, le niveau socio-économique, la situation personnelle ou l’environnement culturel.

Et la connerie ambiante, aussi, un peu. Un facteur vaguement intéressant.

L’homme la nuit selon le Monde

 

Les femmes ne ressentent pas non plus l’insécurité de la même façon selon leur éducation et leur classe sociale. On croit qu’il est difficile pour une femme riche d’aller dans un quartier pauvre. Mais, inversement, les femmes du 19earrondissement de Paris interrogées par Clément Rivière témoignent d’un malaise lorsqu’elles se rendent dans le 16e arrondissement.

J’ose penser que cet article n’est en fait qu’une énième variation de la blague "A Monaco, les milliardaires n’osent plus sortir après 22h : il y a des millionnaires plein les rues".

La mairie de Paris mène des actions pour rendre plus visibles les femmes dans l’espace urbain. Des marches exploratoires ont lieu la nuit (des femmes se promènent en ville pour réfléchir à ce qui exacerbe leur sentiment d’insécurité) et neuf stations de tram porteront des noms de femmes. "Quand nous sommes arrivées à la mairie, seuls 3 % ou 4 % des équipements parisiens et des rues étaient dédiés aux femmes célèbres ; on est a plus de 13 % maintenant ", se réjouit Fatima Lalem, adjointe au maire chargée de l’égalité hommes-femmes.

Ah oui. Quand même. Allez, prenons des exemples :

Germaine est poursuivie par le gang de Stringer Balls, un terrible meneur de troupe. Lui et ses amis sont bien malheureux car depuis plusieurs semaines, malgré leurs habiles techniques de drague à base de "Ho Madmazeule tu suces ?" (ils ont appris ça dans Elle), aucune jeune fille n’a succombé à leur charme. Bien décidés à donner de l’amour, ils ont décidé que ce soir, ils feraient un câlin à Germaine, dont l’attitude à base de tremblement peureux les a confortés dans le fait qu’il y avait là une victime potentielle.

S’engouffrant dans une bouche de métro, voici que Germaine déboule sur le quai d’une station. Lisant le panneau de celle-ci, la bougresse peine à retenir ses pleurs affolés : il s’agit là de Stalingrad. Du coup, Stringer Balls et ses hommes vont probablement la prendre comme tout un régiment de conscrits soviétiques : c’en est fini d’elle.

Alors qu’à en croire la logique de cet article, si la station s’était appelée "Larusso", les malheureux assaillants auraient instantanément pris feu, protégeant ainsi la pauvrette.

Non, mais vraiment : est-ce que c’est moi qui suis de plus en plus conservateur ou simplement est-ce de plus en plus con ?

Sinon, les avancées sont presque inexistantes. L’Egypte a mis en place au Caire des rames de métro réservées aux femmes. Mais ça ne résout pas le problème de fond.

Ho oui ! Ça c’est une avancée !  Séparons les femmes des hommes au nom de la lutte contre le sexisme ! Tenez, vous savez ce qui serait encore mieux ? Carrément séparer les villes. Ho et puis on pourrait appliquer ces "avancées" à d’autres trucs du genre "Holala, moi la nuit j’ai peur des gens de couleurs, on pourrait avoir un métro pour les blancs ?" Je suis sûr que le programme de Marine Le Pen est plein "d’avancées" du même genre. Chapeau, vraiment.

Ces réponses sont incertaines tant les collectivités s’attaquent plutôt aux violences domestiques. Aussi, Marylène Lieber invite les femmes au sport de combat.

Personne n’invite juste les femmes à vivre leur vie, en fait ?

Reste que les femmes passant plus de temps "dehors" savent mieux se défendre face aux incivilités. Savoir répondre, avoir une grande gueule, faire le poids face à l’agression, ça ne s’improvise pas…

Le journalisme et les préjugés foireux non plus.

Vraiment, merci le Monde.

Lorsqu’un célèbre journal présente ceci comme une avancée, on peut se poser quelques questions.

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Londres, 10 octobre 1940, 21h52

Au-dessus des toits, elle monte doucement, lugubre ; d’abord vrombissement sourd couvrant doucement le bruit des moteurs en gagnant en intensité, elle devient un hurlement terrible alors que les têtes, unes à unes, s’élèvent dans toutes les rues : ça y est, la sirène d’alerte aérienne résonne au-dessus de la capitale britannique.

En quelques secondes, les rues semblent se vider : quelques cris, mouvements de paniques, dérapages d’automobiles pressées et chacun va trouver l’abri le plus proche. La main serrée dans celle de son amie Lucy, Gisèle s’engouffre dans une station de métro en compagnie de dizaines d’autres civils, découvrant le quai d’ores et déjà couvert de passants, de réfugiés et d’officiers de police. Toutes les têtes sont tournées vers le plafond, la sirène continuant de hurler à la surface, bientôt mêlée à un autre son : celui des bombardiers allemands. Un claquement sec, un étrange sifflement, et ça y est : l’électricité est coupée dans toute la ville. Vue du ciel, Londres vient brutalement de disparaître, ne laissant deviner que la sombre silhouette de quelques ponts lancés au-dessus de la Tamise. C’est le black-out.

"Tu sais Lucy, je commence à en avoir assez.
- Des Allemands ? On les aura Gisèle. On les aura, il faut juste tenir.
- Mais ? Non, je m’en fous des Allemands ! Je parlais du black-out ! Quel truc sexiste ! 
- Qu’est-ce que tu racontes ? 
- Et bien tu sais ! Plonger la ville dans le noir ! Et bin c’est un truc contre nous les filles !
- …
- Parce que après, hop, nous on voit plus rien ! Et puis en plus, tu te rends compte ? On est même pas dans une station de métro avec un nom de femme ! Trop nul !
- … Gisèle, écoute moi bien, il va falloir être forte : je crois que tu es complètement conne."

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Et après avoir copieusement giflé son amie, Lucy continua de tendre l’oreille pour tenter de savoir si les bombes ennemies se rapprochaient ou non de l’abri où elle et d’autres s’abritaient. Elle ignorait, hélas, qu’à quelques mètres au-dessus de sa tête, dans une allée de Piccadilly Circus, un homme s’appuyait contre un mur en ricanant, urinant des restes d’alcool en-dessous d’une affiche invitant à la prudence en cas de bombardement. Il manqua de peu d’arroser les chaussures du type derrière lui lorsque ce dernier lui tapota l’épaule, le surprenant au coeur de l’obscurité.

"Bin alors Roger, qu’est-ce que tu fous ?
- Je pisse, ça se voit pas ?
- Tu viens pas au pub ?
- Si, ça va, j’arrive, j’arrive, merde, j’ai trempé mon pantalon avec tes conneries David. Allez, la ville est à nous !"

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Au-dessus d’eux, les haut-parleurs de la sirène aérienne diffusaient maintenant de faux bruits de bombardements. Les deux hommes regardèrent un véhicule militaire du génie les dépasser, se dirigeant vers un quelconque endroit où simuler l’explosion d’une bombe sur la chaussée.

"Dis David, tu crois que les femmes se rendront compte un jour qu’on coupe les lumières juste pour les emmerder ? Et qu’on fait tout pour que la ville soit à nous ? Merde, on en est à simuler une guerre pour leur faire le coup du black-out !
- Boh, tu sais. Elles croient ce qu’on veut bien leur dire.
- Oui mais… tu imagines si un jour, des journalistes particulièrement brillants et courageux révélaient tout cela ? Genre des vraies féministes décomplexées qui réaliseraient que nous organisons tout cela non pas pour des raisons objectives mais uniquement à l’occasion d’un grand complot mondial machiste contre elles ?"

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David étouffa un petit rire avant de taper un grand coup dans le dos de son ami. "Allez, viens, on va se saoûler dans un pub entre hommes !"

Et plissant tous deux les yeux, ils activèrent leur vision nocturne.

"Odieux ?"

Célia écarta une masse de cheveux bruns du bout du doigt, venant les replacer derrière son oreille alors qu’elle observait son interlocuteur, occupé à lire le journal les pieds sur son bureau dans une forte odeur de cigare.

"Oui ?
- Je me demandais… pourquoi as-tu refusé que je m’achète ce t-shirt "love" tout à l’heure ?
- Parce que c’est un truc de lolita, je l’ai déjà dit. Heureusement que je ne t’ai pas choisie sur ton bon goût. Si tu veux un jour pouvoir être sortie en soirée, il faut que tu puisses officier un minimum en tant que femme-trophée. Avec ce genre d’accoutrement, tu serais plus proche du trophée de chamboule-tout que de celui de golf. 
- Oui mais… c’est quoi une lolita ?"
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Baissant mon journal en sourcillant, j’observais la jeune fille dont le visage paraissait sincèrement désolé par le simple fait d’avoir posé la question. Se mordillant la lèvre inférieure et ouvrant ses grands yeux clairs, elle tenta une opération-charme pour s’éviter de futurs ennuis.

"C’est… comment dire… tu sais quand papa licorne et maman licorne se rencontrent dans la forêt, parfois, il y a beaucoup d’amour entre eux, tu comprends ? Enfin surtout de la part de maman licorne, parce que papa, lui, il a plutôt dans l’idée de vider son arc-en-ciel enchanté, mais passons. Et suite à cela, et bien, il arrive que naisse un bébé licorne ; sauf que parfois, le bébé à un triplet de chromosomes 21. Cela donne alors naissance à une créature qui ne pourra jamais vraiment devenir une licorne comme les autres, et finira plutôt à tenir un blog-mode, tu comprends ? Quelque chose de pas très mature et avec aucun goût. C’est ça, une lolita. Enfin, c’est aussi une chanson d’Alizée, mais tu es trop jeune pour avoir connu cette créature infernale. Et puis ça revient un peu au même, en fait. La chose est entendue ?
- Non.
- Bon, alors attrape ce dictionnaire et ne m’enquiquine pas."

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Durant quelques instants, le silence qui retomba dans la pièce ne fut troublé que par le bruit des pages que l’on tournait, jusqu’à ce qu’une curieuse interjection brise ce trop bref moment de calme.

"Ho, LOL !"

La jeune fille perdit son enthousiasme en entendant le bruit d’une arme que l’on chargeait

"Heu, non, pardon, je disais qu’il y avait "LOL" dans le dictionnaire."

Célia n’eut pas le temps de réagir que déjà, elle sentit un immense courant d’air, et tournant la tête, vit la fenêtre du bureau grande ouverte, le grand siège de cuir encore occupé quelques instants auparavant tournant sur lui-même, vide ; elle soupira, apercevant en contrebas la silhouette de son interlocuteur filant vers son véhicule en hurlant des instructions en direction d’un certain Diego.

En attendant, elle ne savait toujours pas ce qu’était une lolita.

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"Laughing out loud" serait donc une référence de la langue française. C’est intéressant.

Jeunes gens, les choses ne sont pas bien engagées.

Parmi vous, nombreux sont celles et ceux à avoir connu la joie des cours de catéchisme : souvenez-vous de ces longues heures passées à faire des activités aussi passionnantes que colorier un Jésus, donner la définition de la Foi ou détourner l’attention du diacre pendant que vos camarades creusaient un tunnel pour fuir ; pour ceux ayant malgré tout tendu l’oreille, ils doivent sûrement se souvenir de ce texte de l’Apocalypse (6,1-11) :

Et ma vision se poursuivit. Lorsque l’Agneau ouvrit le premier des sept sceaux, j’entendis le premier des quatre Vivants crier comme d’une voix de tonnerre : « Viens ! »  Et voici qu’apparut à mes yeux un cheval blanc ; celui qui le montait tenait un arc ; on lui donna une couronne et il partit en vainqueur, et pour vaincre encore.

Lorsqu’il ouvrit le deuxième sceau, j’entendis le deuxième Vivant crier ; « Viens ! »  Alors surgit un autre cheval, rouge-feu ; celui qui le montait, on lui donna de bannir la paix hors de la terre, et de faire que l’on s’entr’égorgeât ; on lui donna une grande épée.

Lorsqu’il ouvrit le troisième sceau, j’entendis le troisième Vivant crier : « Viens ! » Et voici qu’apparut à mes yeux un cheval noir ; celui qui le montait tenait à la main une balance,  et j’entendis comme une voix, du milieu des quatre Vivants, qui disait : « Un litre de blé pour un denier, trois litres d’orge pour un denier ! Quant à l’huile et au vin, ne les gâche pas ! »

Quand il ouvrit le quatrième sceau, j’entendis la voix du quatrième être vivant qui disait : Viens. Je regardai, et voici que parut un cheval d’une couleur verdâtre. Celui qui le montait se nommait la mort, et le séjour des morts l’accompagnait.

Enfin, il ouvrit le cinquième sceau, j’entendis la voix du cinquième Vivant crier "LOL !". Je regardai, les oreilles sanglantes, et voici que parut un nyan cat. Celui qui le montait se nommait Darkangel_91, et il avait un skyblog, ce qui me fit littéralement me chier dessus.

Evidemment, deux leçons sont principalement à tirer de ce célèbre passage biblique :

  • Le LOL est l’incarnation du mal sur Terre
  • On ne peut pas faire confiance à un agneau deux minutes : vous lui laissez les sceaux de l’apocalypse 30 secondes et voilà que cette andouille les ouvre comme un vulgaire calendrier de l’Avent. Terrible, ça.

Et pourtant, le mois dernier, Le Petit Robert, probablement suite à une cuite au Banga, a choisi d’ajouter au sein de son dictionnaire, au milieu d’autres choses merveilleuses comme "Psychoter", le mot "LOL", dont voici la définition :

LOL – Interjection – acronyme anglais de laughing out loud "éclaté de rire, mort de rire", d’abord dans les SMS. Interjection soulignant le caractère comique, l’ironie d’un propos (surtout écrit). Tu vas te marier toi ? LOL !

La chose serait déjà assez triste en elle même, s’il n’y avait pas en plus des gens pour s’en réjouir, ici ou , commentant l’enrichissement de notre vocabulaire grâce à cette nouveauté intégrée par le dictionnaire pour s’adapter aux nouveaux usages de notre langue, qui, comme toutes les langues, n’a de cesse d’évoluer. Ce serait tout à fait pertinent si ces sympathiques personnages avaient pris le temps de lire ce qui est marqué en gros et en gras un peu partout sur les livres et sites du Robert (ce n’est pas évident, c’est vrai) :

La référence indispensable pour mieux écrire et s’exprimer en français !

On en déduira donc que visiblement, si nos amis des deux magazines cités ici ont un goût certain pour la variété du vocabulaire, ils n’en sont pas moins un peu légers quant à la compréhension d’une phrase basique comprenant des termes aussi complexe que "Mieux écrire" ou "Mieux s’exprimer". C’est vrai que dans le journalisme, ce n’est pas un truc très très intéressant, on peut comprendre. Parce que LOL, qu’est-ce que c’est ?

Un exemple de garçon manquant quelque peu d’expression

LOL, à supposer qu’il s’agisse bien d’une interjection et non simplement d’un étron fait acronyme, c’est l’incarnation de tout ce qu’il y a de plus mauvais en matière d’expression française : combien d’entre vous, simplement en consultant leurs mails, Facebook, Twitter ou que sais-je peuvent trouver pléthore de "lol" que les gens mettent à la fin de leurs phrases sans raison aucune ? Du genre "Je passerai manger samedi, lol", ou "C’est qui Maxime ? lol" (je me permets de traduire les choses de l’original, à savoir "Je pacerer mangé samedi lol" et "C ki Max ? lol"), à savoir que ça n’a strictement rien de drôle ou appelant un quelconque laughing out loud, simplement que les créatures les plus abominables en mettent à la fin de leur phrase sans aucune raison. Parce que "l’ironie" vantée par le dictionnaire, en fait, est souvent une figure de style un poil plus élaborée que trois lettres dans un SMS. Mais s’il faut commencer à connaître ses figures de style pour les évoquer dans le dictionnaire, c’est honteux. D’ailleurs, il y a plusieurs figures de style dans la phrase précédente, je laisse aux experts le soin de les identifier.

Dans les cas les plus graves, rappelons qu’il est possible, parfois, d’entendre quelqu’un prononcer à l’oral "lol", ce qui est l’incarnation parfaite du non-sens qu’est ce truc, puisque si quelqu’un a vraiment envie de rire, il rit. S’il dit lol, c’est justement parce qu’il ne rit pas : il mérite donc tout simplement un coup de batte dans la gueule, tant votre calembour était drôle, contrairement à l’interjection utilisée par votre interlocuteur transformée en simple appel de la mort de sa part. Bien sûr, nul doute que désormais, quantité de marmots vont profiter de cette intégration – pas du tout à but commercial, non – pour expliquer à leurs enseignants que si, si, ils ont le droit d’utiliser LOL. Et que d’abord, c’est bien la preuve que le français ça sert à rien, puisque c’est le dictionnaire qui fait des efforts d’apprentissage pour mieux comprendre les élèves, et pas l’inverse.

Ce qui nous rapproche dangereusement d’un précédent article (ou quelqu’un suggérait bêtement que dans une société pervertie, LOL n’entrerait au dictionnaire qu’en 2018, mais visiblement, c’était encore trop peu caricatural par rapport à la réalité). On constatera donc avec bonheur que quelques fameux éditeurs ont donc décidé de précipiter la fin de tout ce qui est juste et bon en actant le fait que c’est la population 12-25 ans qui décide de ce qui est sage de changer dans notre langue. C’est rassurant : je suis impatient de voir rentrer "Bjr" et " :)" dans le dictionnaire au seul motif que des gens les utilisent massivement (même si pour "Bjr", c’est déjà ringard, mais il ne faut pas trop m’en demander). Même si " :)" n’est pas facile à prononcer, j’en conviens, mais hein, bon, la langue évolue, faites un effort, merde.

Bref : nous pourrions parler longuement de la chose, en se demandant pourquoi MDR, la version française pourtant pas fameuse mais plus cohérente, a été écartée au profit de ce truc, mais il faut surtout nous rendre compte d’une chose : les portes des dictionnaires sont ouvertes. Nous pouvons donc, dès à présent, faire nos propres suggestions pour que demain, le monde dispose d’un vocabulaire, plus riche, et "adapté aux nouveaux modes de vie".

Je fais donc quelques suggestions :

Rabouiner – verbe – Acte de parvenir à ses fins en utilisant moult ruses de rabouin. Ex : Je n’ai plus d’idée pour vendre mon dictionnaire tout pourri, je crois qu’il va falloir que l’on rabouine

Nicolas Cage – nom commun – Terme anglo-saxon visant à désigner un mauvais acteur. Synonyme : Francis Huster. Peut aussi servir à résumer la qualité d’un film. Ex : C’est comment ce film ? Bah, c’était du Nicolas Cage, lol.

Cosplay – nom propre – Acte de se suicider socialement en arborant la tenue au goût le plus contestable possible. La personne faisant du cosplay se nomme de "Cosplayeur", et peut se battre avec ses congénères au concours de la plus belle réalisation. Le cosplayeur est souvent confondu à tort avec le castor, petit animal qui, si lui aussi réalise des choses à partir de morve et de matériaux de récupération, ne passe pas pour un nuisible. Ex : Je crois que mon copain aime le cosplay, je pense que je vais plutôt aller trouver quelqu’un de goût, comme l’Odieux Connard

Schlurps – interjection – son produit par une personne déglutissant de manière bruyante et répétitive, voire parlant en buvant. Bien que la chose soit normalement assez rare, on peut trouver son emploi massif dans la saga Twilight, où chaque personnage semble avoir des glandes salivaires grosses comme des melons lorsqu’il parle. Ex : Edward – schlurps – est-ce que – schlurps – tu – schlurps – veux saucer ton sang -schlurps – avec de la mie de pain ?

Chut – interjection – Sert à demander le silence. Ex : Madame, je crois que c’est la 98e fois que vous dites "chut" à votre marmot, mais le problème est que vous n’avez aucune autorité, pas qu’il n’avait pas compris les 97 premières fois. Allez, laissez-le moi : j’ai un parpaing.

Parpaing – Nom commun – Bel objet de maçonnerie, utilisé dans de nombreuses constructions modernes. Accessoirement, solution à près de 85% des problèmes rencontrés sur Terre. Ex : Tenez et prenez en tous, ceci est mon parpaing

Scénario – Nom commun – Terme de vieux français désignant l’intrigue servant à donner une cohérence à un film, un livre ou autre support à récit. Tombé en désuétude. Ex : Michel, c’est toi qui étais chargé du scénario ? Non ? Bon, on a plus le temps : commencez à distribuer Prométhéus.

Républicain – Adjectif – Qui tient de la République. Son utilisation courante implique de le mettre à la fin de n’importe quel discours politique pour tenter de normaliser le raisonnement le plus absurde. Ex : Au nom du front républicain il faudrait que tu fasses un désistement républicain, ça, ce se serait républicain comme attitude.

La liste pourrait être longue, mais vous avez compris le principe : il y a une bonne marge de manoeuvre pour enfin faire rentrer ignomickey chez Larousse (que ceux qui y ont vu un sous-entendu sexuel lèvent la main et sentent la honte s’abattre sur eux).

Résumons : un nom à la con, aucun rapport avec le français, utilisé massivement par la jeunesse et souvent synonyme de nouvelles technologies, Pikachu a toutes ses chances de bientôt rejoindre LOL dans le dictionnaire.

Dans tous les cas, et en suivant ce raisonnement, on pourrait imaginer que tout comme le vocabulaire des SMS entre dans le dictionnaire, celui d’autres domaines numériques pourrait investir notre doux monde ; ainsi, World of Warcraft, par exemple, et ses plusieurs millions d’utilisateurs, pourraient ainsi permettre la migration de leur langage vers le monde réel au nom de l’importance de leur communauté et de son vocabulaire, permettant ainsi à Ludovic, dit L0rd_3lF, d’ainsi raconter sa rencontre avec Cynthia lors d’une soirée chez un ami :

Et là tu vois, je m’approche, et je la débuffe complet en spammant GHB en boucle sur ses potions de Mana ; ça lui a pourri sa will, après je l’ai ramenée, là j’ai fait Mass stab pendant qu’un pote gardait l’aggro de son copain, et ensuite, hop, /rest. Au réveil, je te raconte pas, quand elle a réalisé, elle a fait un vieuuuux ragequit, l’hallu totale. 

Si vous n’avez pas compris, tout va bien.

Enfin : bien évidemment, il ne s’agit que d’exemples ; on pourra certes me répondre que ces définitions sont complètement idiotes, absurdes, voire de mauvaise foi, mais très honnêtement, quelles sont les qualités requises pour insérer "LOL" dans un dictionnaire ?

Vous avez votre réponse.

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Le bruit du papier froissé se fit entendre lorsque le maître des lieux tourna une nouvelle page de son journal, les pieds sur son bureau. On pouvait lire en première page "Massacre de l’éditeur de dictionnaire : le coupable écrit "LOL" avec le sang du personnel avant de disparaître" ; Célia hésita quelque peu en voyant la chose, mais tenta finalement une remarque.

"Je… finalement… je pourrai l’avoir mon t-shirt ? 
- Mais ? Allons… Célia, souviens-toi, pourquoi t’ai-je choisie ? 
- Parce que je suis mannequin pour une marque de lingerie ?
- Oui, certes, mais pourquoi t’ai-je ramenée ici ? 
- … 
- Voilà. Tu sais très bien que je n’aime pas me répéter : les bureaux ne parlent pas."

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Et replaçant confortablement mes deux pieds sur le creux de ses reins, je repris la lecture de mon journal, grommelant contre ce mobilier de maison qui ne savait pas se tenir malgré l’honneur qui lui était fait. A l’avenir, tant qu’à l’envoyer chercher "lolita", je lui ferai aussi lire "lobotomie".

Et lolera bien qui lolera le dernier.

François ajusta son fusil, abrité derrière la portière de la voiture 17.

Au milieu des autres véhicules de police en désordre, lui et plusieurs dizaines de ses collègues scrutaient attentivement les fenêtres du lycée en ajustant carabines et pistolets, guettant le moindre mouvement. Au milieu du brouhaha des radios et talkies-walkies qui crépitaient en bruissant d’informations sur l’évolution de la situation, il peinait à se concentrer, espérant que l’on vienne bientôt prendre sa relève ; ses bras étaient douloureux, son cou tendu : voilà bien deux heures que lui et son coéquipier étaient arrivés là. Ils avaient été les premiers sur place, quelques minutes à peine après le début de l’incident. Et puis, en moins d’un quart d’heure, une dizaine d’autres voitures et fourgons vinrent s’arrêter pour vomir leur flot de renforts et commencer l’évacuation des lieux. Tout s’était passé dans un calme relatif, malgré la tension qui…

"François, voici notre homme"

Le gardien de la paix se retourna en entendant la voix du lieutenant derrière lui ; à côté de ce dernier, un type en costume et trois-quarts avec un badge d’accès réajustait une cravate rouge en plissant les yeux en direction des fenêtres que ses collègues continuaient de braquer. Il regarda brièvement sa montre, avant de gratter une de ses tempes blanchissantes.

"François, voici Monsieur Connard, consultant. Il est là pour nous aider à régler cette situation, il connait leurs faiblesses. Faites-lui un topo."

Le jeune policier gonfla son poitrail, bouffi d’orgueil à l’idée d’être celui qui en savait le plus sur la situation. Prenant une grande inspiration, il fixa le consultant d’un air hardi avant de commencer son résumé.

"Tout a commencé à environ 9h05. D’après les témoignages des élèves évacués, il semblerait que Sophie Talon, 32 ans, professeur de mathématiques, soit arrivée dans l’établissement à 8h55 pour prendre sa première heure de cours en remplacement de Monsieur Geoffray, en stage. A 8h59, elle pénètre dans la salle 105 et fait rentrer sa classe de terminale "TS-2" ; après avoir attendu que les élèves soient installés et que le silence se fasse, elle se présente à la classe en tant que "Mademoiselle Talon". Il est environ 9h03. A 9h05, un commando armé de 6 femmes défonce la porte de sa salle à coups de rangers, avant de battre à mort l’enseignante avec ces mêmes chausses en hurlant "On dit Madame, salope !". L’alerte est donnée par un élève, et mon collègue et moi arrivons sur place à 9h09. De là, l’évacuation des lieux est lancée, et tout le personnel quitte l’établissement, à l’exception de la salle où le commando est retranché. Nous procédons à l’encerclement de celui-ci et à l’interrogatoire des élèves pour les premiers éléments. Jusqu’ici, elles ont refusé tout contact et ont baissé tous les stores."

Le consultant prit une gorgée de thé dans la tasse qu’une jeune recrue venait de lui amener depuis le bâtiment administratif scolaire voisin servant de QG improvisé, contemplant son breuvage dans une moue écoeurée avant de regarder à nouveau François.

"Combien de personnes reste t-il là-dedans ?
- 15. Les 6 membres du commando, ainsi que 9 élèves. De jeunes filles, uniquement, elles ont laissé sortir les garçons. Je crois qu’elles tentent de les convertir à leur cause.
- Bon. Dites à tout le monde de se préparer et amenez-moi le matériel, je vais négocier."
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La même recrue qui avait amené le thé s’empressa de ramener un mégaphone, qui siffla lorsque l’homme l’alluma, provoquant un léger mouvement de tête vers le bas chez l’ensemble des fonctionnaires présents, surpris par l’arrivée impromptue de ce bruit désagréable.

"Un, deux, un, deux, test… test… est-ce qu’on m’entend ? Allô ?"

Il y eut un long silence. François haussa épaules et sourcils, signifiant que le refus de contact des terroristes était prévisible. L’expert repris.

"Houhou, les filles, vous ne voulez pas parler ? C’est étonnant. D’habitude, vous ne faites que ça. C’est parce que vous êtes entre filles à lire Public en vous gavant de Haagen Daz ? Vous ne voulez pas vous montrer à la fenêtre parce que vous êtes dans vos pyjamas en pilou mauve ?"

Une voix résonna depuis une fenêtre entrouverte, faisant rapidement regretter le son strident du mégaphone.

"On t’entend, porc sexiste !"

L’homme tapota sur le haut de son mégaphone, l’air satisfait.

Les négociations allaient pouvoir commencer.

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Mademoiselle Agnès, victime collatérale d'un conflit aveugle

"Mademoiselle" est un gros mot. Une atteinte aux libertés. Un instrument du sexisme moderne.

Vous ne le saviez peut-être pas, mais nos amies les féministes d’Osez le Féminisme (un nom qui sent bon le courage et l’engagement ; la première proposition, "Il faut de big balls pour être féministe" ayant été rejetée lors de l’assemblée générale constituante) et des Chiennes de garde, elles, l’ont bien vite réalisé. C’est pourquoi elles ont mis sur place toute une campagne contre cette scandaleuse appellation, à commencer par un site internet résumant leurs arguments : madameoumadame.fr.

Et là, attention, on trouve de la grande qualité. Lisons donc ensemble, ce que nous y trouvons, voulez-vous ?

Donc, voici le problème, nous dit le site :

Vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi on n’appelait pas un homme célibataire « Mondamoiseau », voire « jeune puceau » ? Pas étonnant, ce type de distinction est réservé aux femmes…
En effet, en France, en 2011, les femmes et les hommes ne sont toujours pas logés à la même enseigne : civilité unique pour les hommes, double civilité pour les femmes !

Osez le féminisme et les Chiennes de garde lancent donc une campagne intitulée « Mademoiselle, la case en trop » pour rappeler que la distinction Madame/Mademoiselle n’est ni flatteuse, ni obligatoire. Et surtout, qu’elle est le signe du sexisme ordinaire qui perdure dans notre société.
Cette campagne a vocation à mettre fin à cette inégalité, mais aussi à informer les femmes de leurs droits et à  mettre à leur disposition des outils pour faire changer leur civilité.

Les femmes et les hommes ont, aujourd’hui, en France, un traitement différencié de leur civilité ! Les hommes sont appelés toute leur vie «monsieur». À l’inverse, les femmes sont «mademoiselle», puis «madame». Et le passage de l’un à l’autre ne dépend ni de leur âge, ni de leur statut professionnel, mais bien de leur statut marital. «Mademoiselle» a donc un caractère intrusif, que «monsieur» ou «madame», plus neutre, n’ont pas. 

Il est vrai que voilà une injustice qu’il est grand temps de combattre. Certes, certains seraient tentés de dire qu’il s’agit là d’un combat gadget, mais ce seraient de bien mauvaises langues : c’est très important. Encore cet après-midi, j’ai appelé une jeune fille Mademoiselle, et elle s’est empressée de se tirer une balle à sanglier dans la bouche pour en finir avec cette vie scandaleuse dans laquelle elle était rabaissée. Imaginez-vous le choc que j’ai subi : j’ai dû attendre 5 minutes de plus à la caisse qu’ils la remplacent. Inconcevable.

Surtout que le combat a l’air aussi sérieux que ses arguments : s’il est vrai qu’il n’y a aucune case "Mondamoiseau" sur les formulaires administratifs, il est normal qu’on y trouve pas "jeune puceau" ; ou alors , il va falloir me trouver le formulaire où l’on peut trouver "jeune pucelle" dans les cases à cocher, puisqu’il est affirmé ici que c’est un traitement réservé aux femmes (en dehors de l’industrie du porno et des formulaires de recrutement des troupes de Jeanne d’Arc) ; commencer une campagne par un argument foireux dès la première ligne est souvent le signe d’un site de qualité. Poursuivons donc notre exploration, puisque diverses rubriques s’ouvrent à nous, chacune argumentant sur les raisons pour lesquelles "Mademoiselle" n’a pas lieu d’être. Je vous les donne de suite :

- Ce n’est pas flatteur

- Ce n’est pas tendance

- Ce n’est pas marrant

- Ce n’est pas obligatoire

- Ce n’est pas une fatalité

et même une rubrique "Nom de jeune fille"

Autant de chapitres de votre nouveau site de chevet qui vous permettront, mesdemoiselles mesdames d’enfin lutter contre ces gros sexistes qui ne vous appellent pas Madame à tout bout de champ, mais Mademoiselle comme de vulgaires petits sagouins sans éducation. Les rustres. Et pour bien comprendre pourquoi ce site est une sorte de gigantesque n’importe quoi, nous allons commencer par un petit tour dans la rubrique "ce n’est pas obligatoire", qui débute ainsi :

Contrairement à l’idée reçue, l’emploi des termes « Madame » et « Mademoiselle » ne repose sur aucune disposition législative ou réglementaire. Il résulte exclusivement de l’usage et ne constitue pas un élément de l’état civil. Aucun document ne peut donc être réclamé à une femme qui souhaite qu’on utilise à son endroit l’appellation « Madame ».

En plus, c’est écrit en gras, pour que tout le monde comprenne bien ; vous avez donc tous lu ? "Mademoiselle" ou "Madame", c’est de l’usage, ça n’a aucune valeur légale (non, vous ne pouvez pas faire un procès à un mec qui vous appelle "Mademoiselle" au lieu de "Madame" pour gagner du pognon, mais s’il est vieux et riche, vous pouvez toujours l’épouser, en plus, tout le monde vous appellera Madame par coutume si j’en crois ce qui est dit ici). Vous pouvez donc être mariée et vous faire appeler "Mademoiselle" dans les formulaires administratifs, ou être célibataire et vous faire appeler "Madame" si le coeur vous en dit. Bref, vous avez le choix et êtes libres de la chose. Retenez bien que c’est votre droit et que c’est ici intelligemment mis en avant, et allons voir le reste du site.

Tenez, la rubrique "Ce n’est pas flatteur" par exemple.

Une distinction bien anodine en apparence

La distinction madame / mademoiselle parait en apparence bien anodine. On va encore dire que les féministes chipotent…

Non, ce n’est pas le genre de la maison. Ne vous inquiétez pas. Ici, on est bien plus rabouin.

Certaines femmes apprécient en effet de se faire appeler « mademoiselle » : c’est flatteur, ça renvoie l’image de la jeune femme jolie, fraiche, séduisante, et peuvent considérer que c’est une marque de politesse et de galanterie de la part de leur interlocuteur. 

En effet ; les filles, vous pouvez avez le droit de penser ça. Mais comme nous allons le voir, d’après nos amies de la liberté, si vous le faites, c’est que vous êtes stupide, non mais :

En vérité, qu’y a t-il de poli à nous intimer l’ordre de dévoiler notre vie privée ? 

Voilà ; l’argument est beau : les filles, vous avez le droit de penser que c’est flatteur, mais si vous le faites, vous faites le jeu du sexisme, parce que ce faisant, vous "dévoilez votre vie privée". Et ça, c’est vraiment dégueulasse, petites dévergondées ! Vous n’avez pas honte ? Ce n’est pas à Madame Bruni que ça arriverait !

Tiens ? Mais que lisait-on en gras ailleurs sur ce site ? Mais oui : que chacun pouvait se faire appeler comme il voulait, donc du coup, on peut être une mademoiselle mariée, ou une madame célibataire ; et encore, je ne parle pas des PACS ! Bref, en disant "mademoiselle", vous ne révélez rien du tout. Et c’est le site lui-même qui le dit en citant la loi, tout en affirmant le contraire en se basant sur du rien 50 mètres plus loin.

Haaa… entre baser mon raisonnement sur la loi ou sur le néant absolu cité ici… j’hésite… hmmm… rah, c’est dur. En tout cas, ça commence fort.

Cela voudrait dire qu’une femme n’ a de vrai statut dans la société que parce qu’elle est mariée  ? Et toutes les femmes qui ne seraient pas mariées – célibataires, pacsées, en union libre, homosexuelles…- ne seraient pas des vraies femmes ?

Là encore, c’est sympa : des féministes expliquant que quelqu’un qui se fait appeler "Mademoiselle" (ce qui est sa liberté) plutôt que "Madame" serait une sous-personne, une citoyenne de seconde zone. Là encore, qui a déclaré ça ? Tiens, personne… personne à part… ho ! Laurence Waki, participante à la campagne et auteure du livre Madame ou mademoiselle ? dont la couverture ci-dessous met bien en évidence le "Madame, c’est une femme, Mademoiselle, c’est un truc pas fini". Combattre un raisonnement que l’on a soi-même mis en place en prenant des airs outrés, ça me rappelle un peu nos amis les pompiers pyromanes. Et les blaireaux ici. Mais je dis ça parce que le blaireau est un animal majestueux, hein, aucun rapport avec une insulte. Non, sinon j’aurais dit "Mademoiselle".

Madame, c'est sérieux, Mademoiselle, c'est pas fini et écrit façon pouffiasse : bravo, c'est subtil. Heureusement que c'est une femme qui l'a écrit.

Bref, vous, femmes qui aimez vous faire appeler "Mademoiselle", vous êtes de vilaines collabos du régime machiste, et si les féministes vous attrapent, elles vous tondront (mais en vous emmenant papoter chez le coiffeur : ça reste des nanas avant tout). Et si vous en doutez, je cite :

L’usage de la civilité « mademoiselle » n’est rien moins qu’une marque de sexisme, un sexisme diffus, accepté… un sexisme ordinaire ! 

Contrairement aux hommes, vous avez le choix entre deux appellations, sans aucune implication légale (souvenez-vous du passage en gras ; raaah, je vous avais dit de le retenir !) mais si vous ne faites pas le même choix que certaines féministes, vous serez une salope de machiste et elles lanceront une campagne avec site internet pour vous retirer ce choix parce que ce n’est pas le même qu’elles. Qu’ils sont bêtes, tous ces gens qui ont le choix mais qui ne font pas le même que le nôtre ! Quelle bande de crypto-anarchistes !

Relevons au passage le paradoxe : être appelée « mademoiselle » rassure sur le fait d’être soit jeune et jolie, alors qu’être appelé « madame » ferait se sentir vieille et moche… Cela en dit long sur la représentation du mariage….

Moi je relève plutôt le raccourci foireux. Mais bisous quand même.

Le terme « demoiselle » vient du Moyen-Age et signifie jeune fille noble, puis à partir du XVIIIème siècle jeune fille vierge, non mariée. Faudrait-il informer le moindre homme qui se trouverait dans un rayon de 10 kilomètres à la ronde de ce qu’on est une « demoiselle », peut-être plus vierge certes, mais du moins célibataire, disponible, en un mot « draguable ». Alors à vos clignotants ! En revanche, pas de possibilité de repérer les hommes célibataires…

Oui, parce qu’encore une fois, une Mademoiselle mariée se faisant appeler ainsi, ou tout simplement, une Mademoiselle pacsée, ça n’existe pas. Si jamais ça arrive, un trou béant vers l’enfer s’ouvre et des démons tirent par les jambes la bougresse jusqu’au fin fond d’un lac de lave en éclatant d’un rire diabolique. C’est soit ça, soit quelqu’un est en train de raconter n’importe quoi. Ho, et non : ce n’est pas moi (je précise parce qu’il y a peut-être des gens qui ont trouvé le site pertinent qui me lisent : il faut les aider un peu).

Au passage, puisque "Mademoiselle" aujourd’hui n’a plus de valeur juridique, et qu’il peut indiquer une jeune fille mariée ou non, l’argument ne tient pas. Non, c’est juste un "Ouais alors à la base c’est classe, mais comme au XVIIIe siècle, ça servait à désigner une jeune fille célibataire, il faut l’interdire parce que c’est insultant". Oui ma louloute ("ma louloute", ça va ? C’est moins méprisant que "mademoiselle" ?), et tu sais d’où vient le mot "tête" ? D’une insulte : testa, en latin, désignant une cruche ou un vieux pot. Vite ! Interdisons le mot "tête", qui est méprisant ! Et là, depuis son origine, pas juste "Au début non, mais à un moment si, mais maintenant non, donc interdisons-le !".

Et puis,  c’est tout de même difficile de gagner en crédibilité dans notre vie professionnelle, quand on est appelée  « mademoiselle ». Bizarrement, on appelle systématiquement une femme "Madame" quand elle est plutôt en responsabilités. Et mademoiselle, est plutôt attribuée aux "jeunes premières" ou moins expérimentées dans son domaine et revêt un caractère souvent condescendant.

C’est tellement vrai et systématique qu’on se souvient qu’en cette époque pas du tout sexiste qu’était le début du XXe siècle, une certaine Coco Chanel se faisait appeler "Mademoiselle". Et il est vrai qu’elle n’a jamais eu de responsabilités ou réussi quoique ce soit. L’honneur est sauf.

Alors aujourd’hui, pensez-vous : c’est tout simplement impossible.

Sinon, pour perdre en crédibilité, je crois que vous avez trouvé un moyen efficace avec cette belle campagne. C’est assez balaise, je le concède.

Si l’on veut résumer, la civilité Mademoiselle perpétue la domination masculine : une femme est ainsi désignée dans sa valeur d’objet, objet « sexuel » ou « ventre porteur », obligatoirement en attente d’un homme pour « accéder à la vraie vie ». C’est pour cela qu’il est important d’être appelée « madame », ça ne fait pas de toute femme une femme mariée, une femme vieille ou moche, dont la vie serait toute tracée ou pour l’essentiel derrière elle mais ça en fait une femme libre. Tout simplement…

Voilà voilà. A part ça, nos amies féministes sont là pour combattre les préjugés. Lectrices, vous qui n’êtes pas choquées de vous faire appeler "Mademoiselle", ou pire, qui préférez, sachez que vous êtes de simples objets sexuels en attente d’être engrossées. Et en demandant à ne plus avoir la liberté de vous faire appeler Mademoiselle, vous serez plus libre. C’est heu… complètement con beau.

Enfin, allons jusqu’au bout du concept pour prouver son absurdité. Donc, je résume (moi aussi, sauf que moi je ne mets pas de mots en gras): il y aurait des gens qui auraient des préjugés sur l’appellation "Mademoiselle" ; il faut donc, pour combattre ces idées, supprimer le mot. Plus de mot, plus de problème ! C’est vrai que c’est une manière intéressante de régler les problèmes sociaux.

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Flashback historique

Munich, 1921

"Aaach… j’en ai assez de l’antisémitisme ! 
- Oui, c’est terrible Adolf, je sais. Les juifs sont victimes de beaucoup d’idées préconçues. Mais nous allons lutter.
- Lutter contre les préjugés ? Non ! Il faut éradiquer les juifs ! Plus de juifs, plus d’antisémitisme !
- Je… mais le problème, c’est plutôt les préjugés, non ? 
- Non, non, c’est génial ! Vite, j’ai un plan pour rendre le monde plus tolérant ! Je vais monter un Reich d’amour !"

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Fin du flashback historique

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"Et che ne tolérerai pas non plus l'homophobie ! Ja ?"

Bon allez, je crois que nous avons déjà fait le plus gros de cet argumentaire absurde. Allons plutôt voir la page "Ce n’est pas tendance".

Notez : comme on s’adresse à des donzelles, on leur parle de "tendances". Ce qui signifie que si c’était la mode, au même titre que les Wayfarer ou les chemises à carreaux, alors il n’y aurait aucun souci sur la question. Diable ? Vous voudriez dire que les revendications évoluent en fonction des modes ? Qu’il en va de même de la place de la femme dans la société que de celle des pantalons slim ?

Ça expliquerait le curieux silence de nos amies sur la question des jeunes filles qui s’appellent entre elles "Bitch" ou "Biatch" : c’est à la mode, et c’est vrai que c’est un terme pas du tout connoté. Petit rappel : les filles, vous pouvez donc vous appeler entre vous "Ma grosse bitch", mais pas "Mademoiselle", parce que Mademoiselle, c’est sous entendre que vous êtes une pute à matelots. Et ça, ce n’est vraiment pas très correct. Vous devriez avoir honte.

D’ailleurs, autre curiosité : parler de "tendances", c’est reconnaître qu’un terme évolue dans le temps. Et donc, se baser, comme ce fut fait précédemment, sur une évolution partant du XVIIIe siècle pour appuyer son argumentaire du XXIe, ça revient à dire "Oui ça évolue dans le temps, mais en fait, c’est figé dans le temps". Ce qui est, comment dire… enfin… disons que même Steevy n’a pas ce genre d’argumentaire.

Autre argument de qualité : Comment fait-on ailleurs ?

Et ailleurs ?

La distinction madame/mademoiselle n’existe pas ou bien est tombée en désuétude dans beaucoup de pays (Allemagne, PortugalDanemark…). Au Québec, ce terme témoigne d’une pensée si archaïque qu’appeler une femme « mademoiselle » est très très mal perçu.

Il est vrai que cela parlera à chacun : si un autre coin, comme par exemple le Québec (prendre le pays qui a produit Garou et Céline Dion comme référence, c’est assez révélateur), utilise le terme de manière péjorative, alors nous devons faire de même. Donc en se basant sur le même argument, on peut aussi se rappeler que dans le reste du monde, "Madame" est le terme qui signifie "patronne de maison close" ; pas sûr que ce soit le truc le plus élégant qui soit.

Vraiment, arriver sur un même site à mettre en avant autant d’éléments visant à se décrédibiliser, c’est de l’art. On dirait un site de campagne de Ségolène Royal.

Autre argument : "ce n’est pas marrant". Non, parce que, ça le serait, il n’y aurait aucun souci. Du coup, j’imagine que les membres des Chiennes de Garde et d’Osez le féminisme adorent les blagues sexistes ; après tout, si l’aspect "rigolade" est un argument en soi, alors ça ne doit pas poser de problèmes.

Cette rubrique est, d’ailleurs, une mine de réflexion, puisque constituée de copiés/collés tirés du site Vie de Meuf, qui tout comme son homologue fécal, est en fait juste une compilation d’anecdotes d’internautes invérifiables. C’est vrai que du coup, c’est un moyen béton d’appuyer son avis que de citer des trucs sortis de nulle part. Je vais créer "Vie de Personne Tout à Fait Objective", avec plein d’anecdotes du genre "L’autre jour, l’Odieux Connard m’a sauvée d’un tigre enragé à Borneo – Elsa21 #VDPTAFO" , "Avant j’étais pauvre et laid. Puis, j’ai connu l’Odieux Connard, qui m’a bidouillé un petit business en ligne pour que je survive. Je suis toujours laid, mais ça va mieux. Mark Z #VDPTAFO" ; "L’Odieux Connard t’aide à trouver l’amour, l’argent, la richesse, fait revenir l’être aimé puis lui pète la gueule pour lui apprendre à partir sans autorisation. Marabou N’Golo #VDPTAFO".

Mais assez digressé ; contemplons un florilège issu de notre beau site féministe :

Premier témoignage, et donc, j’imagine, le plus frappant.

Ce matin, au marché, le vendeur de fruits et légumes m’a alternativement appelée "ma puce", "ma chérie", puis "mademoiselle", avec tutoiement. Quand je lui ai dit que c’était "madame", il est passé au vouvoiement et a arrêté les petits surnoms. En fait, quand on pense que vous n’êtes pas mariée, le respect, c’est secondaire. #viedemeuf

ThB

Pas mal : "ma puce", ça passe, "ma chérie", aucun souci, le tutoiement aussi, mais mademoiselle, ah, ça non, espèce d’enfoiré ! Et c’est là dessus que notre héroïne a réagi. Si ma boulangère m’appelle "ma puce", elle mâchera ses molaires et le bout de ma chaussure droite avant d’avoir fini d’articuler "mon chéri".

J’ai quarante ans et je ne suis pas mariée. Alors suis-je "Mademoiselle" ou "Madame" ?

La question se pose chaque jour. Même l’administration me demande de choisir. C’est usant.
Je suis Madame car je suis majeure. Point. La question ne devrait pas exister.
#viedemeuf
Madame S

Putain, c’est vrai, avoir le choix c’est trop dur à vivre, surtout quand en plus on a la réponse. Comme le disait mon ami Jean-Luc "Les choix sont souvent difficile ; parfois, j’aimerais passer ma vie sur un rail."

Mon ex : "oui, je t’appelle Mademoiselle même si tu trouves ça ringard. Parce que tant que tu n’as pas eu d’enfant, tu n’es pas vraiment une femme"

Oui, ce n’est plus que mon ex… ouf !
#viedemeuf
NO

Ah bin oui, là, clairement, le problème c’est le "Mademoiselle", et pas le Monsieur. Je comprends mieux. Merci, Vie de Meuf, tu es tellement pertinent. En plus, c’est absurde : chacun sait que pour devenir une femme, il faut coucher avec un blogueur autosatisfait.

A l’occasion de mon mariage, j’ai gardé mon nom de naissance comme nom d’usage. Au travail, un collègue m’a interrogée sur mon mari en l’appelant monsieur "mon nom" ; visiblement, il ne pouvait imaginer qu’une femme, lorsqu’elle se marie, n’abandonne pas son identité. #viedemeuf
Sophie

Ou alors il a pensé que vous portiez le même nom sans chercher à savoir qui a donné son nom à qui, puisque le mari peut prendre le nom de sa femme. #viedelobotomisée. Bon, puis soyons positif : il a essayé de connaître ton nom. Personnellement, je n’ai pas compris l’intérêt de cette pratique.

Alors, Madame ou Mademoiselle ? Attention, il y a un piège

Allez, rassurez-vous les filles : tout cela n’est pas une fatalité. Vite, la rubrique éponyme !

Marre d’être appelée mademoiselle et par son nom de "jeune fille" ?

Vous avez le droit d’être appelée madame quel que soit votre âge ou votre situation personnelle. Vous avez le droit de refuser de parler de "nom de jeune fille" pour votre seul vrai nom. Personne ne peut vous l’imposer.

L’administration persiste à privilégier Mademoiselle, quand elle s’adresse à une femme qui n’est pas mariée, malgré les deux circulaires et nombreuses réponses des ministres aux questions de parlementaires.

Ici, le site a tout à fait raison : vous avez ce droit. C’est comme ça. Et oui, l’administration utilise par défaut "Mademoiselle" pour les femmes non mariées. Jusqu’ici, il fallait donc écrire à l’organisme concerné pour lui dire de mettre "Madame" si vous préfériez la chose, qu’importe votre situation, et particulièrement si vous n’avez que ça à foutre.

Heureusement, comme ce n’est pas une fatalité, le site propose un "kit" sous la forme d’un courrier tout prêt pour enfin en finir avec cela ! Et comme le veut la politique du site, il s’agit d’un courrier visant à demander à l’administration d’arrêter de vous appeler Mademoiselle, avec argumentaire sur l’historique du terme à la clé, sur le fait que c’est sexiste, etc, et que le prochain qui vous appelle comme ça, vous allez lui éclater la gueule contre le lavabo.

Bref : cela revient à écrire à l’administration en disant "Tout le monde doit être appelé Madame, et non Mademoiselle, sale sexiste". Oui, et donc, l’appellation par défaut deviendra "Madame". Et celles qui voudront se faire appeler "Mademoiselle" devront écrire à nouveau pour réclamer ce droit qui est le leur… bref : le problème restera là, il aura juste été inversé dans sa manifestation. Et l’administration qui aura été sensibilisée par les courriers de madameoumadame se dira "Tiens, en voilà une qui veut se faire appeler Mademoiselle : quelle petite traînée !", chose que personne ne se disait jusqu’à l’apparition de ce site ; bravo : c’est avec ce discours que le féminisme avance.

Et nul doute que naîtra dans quelques années un site "mademoiselleoumademoiselle", dans lequel des militantes rappelleront que non, on a pas envie de porter un nom allant à l’origine aux femmes mariées passant sous l’autorité d’un homme et servant à désigner les patronnes de maisons à filles de joie, que c’est indécent, dégradant et que c’est avoir "une drôle d’image du célibat". Et elles proposeront même des kits militants pour revenir au terme automatique "Mademoiselle".

Pour le reste, je vous laisse vous-même explorer ce fabuleux site, qui je le rappelle, part du dogme suivant : bien que choisir son appellation civile soit un droit pour les femmes, puisque les deux associations n’aiment pas l’appellation "Mademoiselle", elles veulent tout simplement supprimer cette petite liberté pour imposer leur choix à toutes, au nom du fait de devenir une "femme libre".

Alors non, je ne dirai pas que c’est un combat "gadget".

Je dirais juste que c’est complètement con.

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L’après-midi était bien avancée lorsque la dernière des 9 otages courut depuis le bâtiment désert d’où elle venait d’être relâchée jusqu’aux policiers venant la récupérer dans la cours du lycée.

Cela avait demandé beaucoup d’efforts : les négociations avaient été beaucoup plus compliquées qu’avec les autres terroristes. Là où il était possible en d’autres circonstances de récupérer un otage en échange de quelques pizzas, il avait ici fallu proposer des macarons pour récupérer deux jeunes filles. Nenni d’hélicoptère avec pilote : une Mini Cooper avec un plein garée dans la cour avait suffi à obtenir trois autres otages. L’expert connaissait son métier : il obtint la libération de trois autres filles en donnant sa promesse qu’il y aurait une nouvelle saison de Grey’s Anatomy à la rentrée, mais dut négocier un peu plus dur contre la dernière. Ce fut lorsqu’il menaça de tremper un sac Vuitton dans du goudron que les portes du lycée s’ouvrirent à la volée, laissant paraître la dernière otage.

"Maintenant, il faut encore qu’on aille les cueillir. Elles sont bien barricadées. Si on entre, ce sera une boucherie."

François manifestait vivement son inquiétude ; il voulait que cette histoire se finisse vite, mais sans perdre de copains dans un assaut. Dans l’immédiat, les terroristes étaient bien retranchées et pourvues en macarons : cela ressemblait diablement à une impasse. Peut-être que si ce soi-disant consultant ne les avait pas ravitaillées, elles se seraient déjà rendues.

"Erreur, jeune homme : grâce aux régimes, la femelle est habituée à de longs jeûnesMais pas d’inquiétude : on va régler ça proprement et sans bavures. Donnez-moi votre talkie-walkie, vous allez voir."

Le type s’approcha du lycée, et porta à nouveau le mégaphone à ses lèvres. Il articula avec lenteur et mauvais jeu, tel un Francis Huster :

"Ho ! Ca alors ! Il y a Margaux Motin dans la cour !"

6 têtes apparurent aussitôt à la fenêtre de la salle de classe, se bousculant et criant en cherchant du regard la célèbre blogueuse.

L’expert attrapa le talkie-walkie que François lui avait prêté.

"Dites aux snipers que c’est bon."

"Vous avez 3 nouveaux messages"

La petite alerte de votre boîte mail clignote quelques instants dans le coin inférieur droit de votre écran avant de disparaitre tranquillement. De nouveaux mails ? Qu’est-ce que cela peut bien être, vous interrogez vous en votre for intérieur avant de cliquer sur l’icône adaptée ; la réponse apparait bien vite : vous avez un mail d’un ami concernant un repas à venir, une newsletter et…

Ho ! Ho non ! Pas ça !

La terreur des boîtes mails est là. Elle vous regarde de ses petits yeux invisibles, attendant patiemment que vous cliquiez dessus. Non, il ne s’agit pas d’un spam (un pourriel, rendons à la francophonie ce qui lui appartient) vous proposant une pompe à pénis suédoise pouvant rajouter 5 cm à votre sexe en moins de 2 jours, ni d’un message d’une mystérieuse Natasha vous proposant un lien vers sa webcam (les spams proposent rarement des liens vers des sites de vente d’électroménager, allez savoir pourquoi), mais de bien pire.

C’est un mail de votre amie Caroline.

Et alors ? Et alors l’objet du message commence par "Fw :" et contient des mots comme "important" ou "faites suivre SVP"

Mon dieu, non… Pas ça… Pas une de ces putains de chaîne vous dites vous… Et puis, impossible de mettre l’adresse de Caroline dans la catégorie "Spam" ou encore de lui renvoyer un mail simplement annoté d’un "Caroline, tu m’envoies encore un mail de ce style et je t’éclate ta petite gueule avec la portière de ta Mini de pétasse" ; non, vous ne voulez pas perdre le contact avec elle. Car Caro, elle est quand même sympa (pour vous mesdemoiselles)/elle a de gros seins (pour vous messieurs), alors non, couper les ponts est hors de question.

"Le cri", de Munch, peint en 1893 en réaction à la réception d'une chaîne mail

Caroline fait partie de cette catégorie de gens naïfs qui ont envie de rendre service ; alors quand un message lui parait important, qu’il sert une cause juste et qu’il est recommandé de le faire suivre, elle le fait. Attention, quand je dis cause juste, ça reste les causes des chaînes mails : La semaine du bisous, de l’amitié, un nouveau virus arrive en ville, facebook va devenir payant, le mail qui attire la chance, l’argent, et toutes sortes de choses, ou une cause politique pas du tout caricaturale type "La forêt amazonienne va être transformée en aéroport pour avions livreurs de 4×4" ou quelque chose du même goût. Bref, que du crédible.

Pourtant, Caroline, il est facile de reconnaître les messages piégeux ! Tout d’abord, ils sont toujours indiqués "urgent", "faire suivre à tous vos contacts", "important", de manière trop lourde : si c’était vraiment si important, la simple lecture du message suffirait. Et pour faire plus important encore et être sûûûr que personne ne loupe l’info, ce type de messages est souvent écrit en Comic sans MS taille 22 avec des phrases en rouge, d’autres en vert, d’autres encore en bleu… Ajoutons à cela d’autres rituels variés : quelques bonnes fautes d’orthographe et un tutoiement de rigueur (internet mon amour) sont de la partie, ainsi qu’un sens approximatif de l’utilisation des majuscules et du soulignage.  Enfin, le nombre de ">" avant chaque phrase permet de constater avec effroi le nombre de fois où le dit mail a été renvoyé par d’augustes andouilles. Si c’était si pratique que ça, on imagine que des administrations fortement productrices en documents comme l’Etat s’en inspireraient. Un essai fut d’ailleurs tenté en 1914, avec un succès relativement mitigé, étant donné le peu de personnes disposant d’une connexion à internet à l’époque. Je me suis cependant procuré un extrait de ce mail aux archives nationales :

"De : Etatmajor@gouv.fr
Date : 01/08/1914
Objet : Fw : URGENT : Mobilisation générale !!!
>>>> Attention ! Lis bien ce message ! Il faut absolument que tu le fasses suivre à TOUS tes contacts !
>>>>Sinon, l’armée allemande va déferler sur la Marne et RENDRE FACEBOOK PAYANT !!! Le président Poincaré a demandé
>>>> la mobilisation GENERALE des armées de terre et de mer, et il réquisitionne TOUS LES ANIMAUX !!!
>>>> Si tu as une voiture et un harnais, tu dois AUSSI le DONNER ! Sinon, le génie allemand COUPERA MSN
>>>> DANS TOUT LE SECTEUR DE VERDUN !!
>>>> Il reste peu de temps ! La mobilisation commence le 2 Août 1914 !!!!
>>>> FAIS SUIVRE A TOUS TES CONTACTS c’est important ! Si tes amis ne te croient pas, dis leur que c’est VRAI !!
>>>> Un jeune homme n’y a pas cru et les GENDARMES sont venus le chercher ! Envoie à tout ton carnet d’ADRESSES !
>>>> Merci pour la FRANCE…
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Cet épisode méconnu de notre histoire a pourtant marqué les esprits, bien que ce soit la version papier de ce document (une version plus allégée et plus sobre, il est vrai) qui soit restée dans les livres.

Ca a quand même vachement moins de gueule qu'une bonne chaîne.

Comprends-tu Caroline ? Depuis cet échec (vu le peu de personnes ayant fait suivre le message à l’époque sur internet), plus aucune administration sérieuse ne prend le risque de faire ce genre de messages. Alors, je sais que souvent, il y a des menaces à la fin de ces mails, pour te motiver encore plus, du genre "Attention, si tu ne renvoies pas ce mail, tu auras la malchance et le mauvais œil sur toi / l’amour de ta vie sera écrasé par un bison quai de Javel / Rachida Dati entrera au gouvernement / le fantôme d’un enfant viendra craquer tous les élastiques des slips sur ton séchoir / tes amis te quitteront tous", mais il ne faut pas quand même trop y croire. Enfin c’est ridicule, crois-tu vraiment que quelqu’un pourrait par exemple faire rentrer Rachida Dati dans un gouvernement ? Caroline, sois raisonnable !

Dernièrement, j’ai d’ailleurs reçu d’une lectrice et néanmoins amie, qui voulait me montrer l’absurdité de ces courriers, un formidable  exemple dénonçant les vaccinations contre la grippe A ; il commençait ainsi :

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> > >  > > URGENT.
> > > > A faire suivre.
> > Bonsoir a tous,
> > > > >
> > > > > Je t’envoie un papier qu’il faut faire circuler un
> > > > maximum. Lit le attentivement, et parle en autour de toi.
> > > > > C’est important et avec ce qui se passe, le temps presse.
> > > > > Il faut absolument enrayer la machine qui est en route

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Je vous passe la mise en forme et les couleurs ; retenons déjà toute la beauté de la chose : la personne nous fait circuler un papier par internet (c’est déjà très fort, demain, il essaie avec du carton), et commence son propos par "Bonjour à tous", suivi d’un tutoiement. "Bonjour à tous, tu vas bien ?" ; mais retenons surtout le bel appui sur 8 lignes comme quoi c’est super important. J’imagine le mec à "Qui veut gagner des Millions ?"

"Alors Eric, que décidez-vous de faire ?
- Haaa, c’est compliqué… J’hésite. Je vais appeler un ami Jean-Pierre.
- Vous avez un ami qui s’y connait ?
- Oui, Jérôme, un professeur de physique, au collège Christian Clavier de Melun.
- On appelle Jérôme. N’oubliez pas Eric, vous avez trente secondes.
- Très bien Jean-Pierre.
- Biiiip…. Biiip…. *cling* Allô ?
- Jérôme ?
- Oui ?
- C’est Jean-Pierre Foucault. Je vous passe Eric, il a une question pour vous.
- Bonsoir Jean-Pierre. Très bien, je l’écoute.
- Jérôme ? Bonsoir à toi, vous allez bien ? Écoute moi bien, c’est URGENT, c’est TRÈS important il faut ABSOLUMENT que tu répondes à cette question ! Sinon, je vais perdre, et je viendrai hanter ta maison et stranguler l’amour de ta vie avec un élastique de slip de Rach…
-  Quinze secondes Eric.
- Eric, pose ta putain de question !
- C’est EXTREMEMENT IMPORTANT ! Pose la question à ta famille ! Et dis leur bien de faire tourner autour d’eux cette question ! Et renvoie la question à TOUS tes amis !
- *tûûût*
- Eric, vous avez utilisé vos 30 secondes."
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Même Jean-Pierre Foucault en est dubitatif

Oui, la composition, le renvoi et l’utilisation générale de ce genre de mails est en réalité un véritable handicap, trop peu reconnu en nos contrées. L’auteur du mail dont je vous parle en tout cas expliquait que le vaccin contre la grippe A était en réalité un vaste complot mondial auquel participait "Monsieur Sarkosy" (notez que les gens qui se plaignent le plus de voir son nom partout sont souvent aussi ceux qui l’écrivent le moins bien. Comme quoi, ça ne doit pas encore être assez. Coucou le Parti Communiste.) Par ailleurs, ce complot serait en fait un "génocide" (rien que ça) dans lequel les "élites" vont vacciner d’abord de gré par la manipulation, puis de force, toute la population. Comme en Grèce ou en Suisse, par exemple, où ça a déjà commencé (il ne manquait que la musique de fond à ce mail) ; il est vrai qu’on imagine bien le complot mondial des Chefs d’Etat qui ont décidé de se débarasser de toute la population mondiale, d’un coup, hop, histoire de rester entre gens fréquentables. Excellent plan.

Alors, effectivement, quand on lit des choses pareilles, on pense sérieusement à abattre les auteurs. Mais ce ne sont pas eux, le vrai problème. Le vrai problème, ce sont les gens comme Caroline, qui n’ont pas fini de transformer notre boîte mail en paniette à pipeaux. Pour ceux-là, deux solutions : soit réussir à leur indiquer qu’ils peuvent s’orienter sur un site tel que http://www.hoaxbuster.com , pour distinguer le vrai du faux (puisque dans 0,2% des cas, il y en a quand même ; oui, j’indique le site, je suis bon), soit leur renvoyer une chaîne vantant les mérites de l’euthanasie face au handicap mental lourd.

A vous de voir. Moi j’ai déjà choisi.

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