Il existe bien des moyens de crier au monde que vous êtes seul.

Vous enfermer pour écrire de brûlants poèmes sur le monde qui va mal, vous retirer dans un monastère pour vous trouver dans la prière ou plus prosaïquement, utiliser Google +, bref, ce ne sont pas les méthodes qui manquent. Pourtant, depuis quelques temps, une pratique solitaire qui n’est pas – encore – réprouvée par le Pape fait son chemin : le selfie. Jour après jour, jeunes gens et vedettes se prêtent à ce hobby innocent et inondent le net de photographies toutes plus relayées les unes que les autres alors que le phénomène n’a de cesse de prendre de l’ampleur.

Aussi, et comme mon éducation de gentleman me pousse à aider mon prochain, particulièrement quand il s’agit de faire une connerie, aujourd’hui je vous propose d’apprendre à réussir votre propre selfie, tout seul comme un grand.

Inutile de me remercier : je sais que vous l’espériez secrètement.

Prêts ? Alors en route.

Réussir son selfie (sans aide)

Définition du selfie

Le selfie, prononcez "Sel-fi", est un nom masculin qui désigne l’art de se prendre en photo seul, de préférence devant un fond inintéressant au possible, pour ensuite partager le tout avec le maximum de monde via les réseaux sociaux. A noter que le selfie peut aussi être pratiqué à plusieurs, ce qui est un contre-sens complet, mais comme c’est un concept déjà très con en soi, on ne va quand même pas lui demander de tenir la route au moins le temps de sa propre définition.

Exemples :

"Bonjour Madame de la propriété intellectuelle, j’aimerais déposer un concept consistant à partager des photos plus ou moins ratées de soi sur un fond moche. Ça s’appellerait le selfie.
- Désolé Monsieur, un certain Jean-Jacques Photomaton est passé avant vous et a breveté le concept, il faut partir maintenant."

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"Ce qui est bien avec les selfies, c’est que le jour où je réussis mon coup d’état, j’ai toutes les photos des gens à éradiquer."

"Je déteste les gens égocentriques, putain. Tiens au fait, j’ai refait des photos de moi, tu en veux ? J’adore les selfies !"

Histoire

Une légende urbaine voudrait que le selfie soit une activité récente née avec l’arrivée des smartphones et de Twitter, permettant ainsi de poster aisément des photos entre deux messages portant sur les retards du RER B, le programme télé ou autres messages essentiels qui font de Twitter un site incontournable pour s’informer ou subir une lobotomie, c’est selon. Pourtant, il faut savoir que le selfie est une pratique bien plus ancienne qu’on ne veut bien le croire. Ainsi, récemment, le cardinal Gianfranco Ravasi déclarait depuis le Vatican (et c’est véridique) que Jésus était "le premier utilisateur de Twitter puisque celui-ci s’exprimait principalement par des phrases concises de moins de 140 caractères". Ce serait sous-estimer l’homme au périzonium (c’est le nom latin de son slip, ignorants) puisque rappelons qu’il faut ajouter à ces phrases courtes le fait que Jésus parlait souvent dans le vide, avait des followers et que le jour où son compte s’est fait bannir pour non respect des conditions d’utilisation de l’époque, ses dernières paroles furent "Je quitte, j’appuie sur la croix #lol #xptdr". Ne manquait plus à son palmarès qu’un selfie : l’homme nous a livré le premier de l’Histoire, et accessoirement le plus relayé.

A noter que tant qu’à parler de créatures magiques qui reviennent d’entre les morts, d’autres tenteront de copier le succès du fameux pionnier du selfie mais sans jamais égaler son succès.

Par la suite, bien évidemment, l’évolution de la technologie permettra à de petits nouveaux de se lancer, comme Gustave Courbet (à ne pas confondre avec Julien) et son célèbre autoportrait, nom technique donné au selfie quand on a que de la gouache sous la main, puis avec l’arrivée de la photographie, chacun pourra se prendre en photo chez soi dans une sorte d’onanisme pictural des plus impressionnant. Mais le phénomène n’explosera tel un pétard dans une bouse que lorsque les réseaux sociaux s’ouvriront et ne seront plus, par exemple, uniquement réservés aux fils de Dieu, ces gros chouchous.

Méthode

Comment faire pour vous aussi rejoindre la communauté des pratiquants de cet art étrange ? Comment réussir, à votre tour, à vous humilier publiquement ? Rassurez-vous, aucun talent particulier n’est nécessaire. Aucun talent tout court d’ailleurs. C’est même souvent à cela que l’on reconnaît les pratiquants.

1. Trouver le sujet

Il est dit qu’en matière d’art, trouver son sujet est la partie la plus difficile. Heureusement, il existe une méthode simple pour trouver le sujet de son selfie, un questionnaire permettant de se dépatouiller. Allons-y donc.

1) Sais-je qui je suis ?

A) Oui, je suis plutôt certain.

B) Tout le monde sait qui je suis.

C) Non : je pensais par exemple être quelqu’un de gauche, mais je viens de découvrir que j’étais au gouvernement.

2) Suis-je un sujet intéressant ?

A) Non.

B) Oui.

C) Je viens de vous dire que j’étais au gouvernement, je pense que ça répond à la question.

3) Ai-je quelque chose de particulier à montrer ?

A) Non.

B) Oui : blessure de guerre, chirurgie faciale ou habile cadrage qui montrera par accident mon décolleté fourni.

C) Plus depuis mai 2012.

Si vous avez un maximum de A :

Vous n’avez rien à dire et rien à montrer ? Bravo, vous êtes le candidat idéal pour un selfie. Avec un profil pareil, vous êtes probablement particulièrement actif sur les réseaux sociaux par ailleurs, ce qui ne fait de vous qu’un meilleur sujet pour cette pratique solitaire. Vous êtes donc prêt pour faire des photos de vous-même vous-même, si je puis dire.

Si vous avez un maximum de B :

Vous avez quelque chose à montrer, du coup, on pourrait vraiment penser que vous avez de bonnes raisons de prendre une photo de votre personne. Ce qui retire une grande partie de l’intérêt du selfie, qui est, pour rappel, qu’il n’en a aucun. Réfléchissez donc bien à ce que vous allez faire.

Si vous avez un maximum de C :

Vous n’avez franchement pas de bol.

Si vous avez un A, un B et un C :

Vous êtes probablement un lecteur qui se fout de la gueule du monde. Je note votre nom.

Ici, un selfie de 1914 raté : en effet, un fantôme y a fait du photobombing, donnant de l’intérêt à l’image. On peut donc parler d’un échec.

2. Trouver l’endroit

Maintenant que vous avez décidé de vous prendre en photo, encore faut-il trouver l’endroit où le faire. Il existe plusieurs grandes écoles :

  • Le lieu incroyable

Monument historique, manifestation populaire ou rencontre au sommet : autant d’endroits où une photo pourrait intéresser des gens de manière générale, ce qui en fait une excellente raison pour à la place, prendre une photo de vous qui cache la moitié de ce qu’il y a à voir. C’est vrai, quoi, entre votre binette et l’endroit où vous êtes, qu’y a-t-il de plus important ? Rappelons l’argument phare des amis du selfie : "Oui mais je prends cette photo pour montrer que j’y étais à mes amis." Certes, mais d’habitude, les amis sont généralement des gens qui n’exigent pas de preuve photographique quand vous leur annoncez être allé quelque part. Sinon, n’hésitez pas à leur fournir la vidéosurveillance du supermarché quand vous leur racontez être allé faire les courses, hein.

Logique

Récapituler, c’est important.

  • Le chez vous

Quand on a nulle part où aller, chez soi, c’est pas mal non plus (d’où une pratique du selfie très limitée chez les SDF, CQFD). Le selfie peut alors prendre tout son sens, puisqu’à partir du moment où vous vous photographiez à domicile, et étant donné le peu d’intérêt de votre personne, tout l’Internet va jouer à son jeu préféré : chercher le détail qui tue dans l’image. Poster de Garou, ordinateur de 1997 ou slip qui traîne, le selfie devient simplement une nouvelle page du grand "Où est Charlie ?" quotidien du web. N’hésitez donc pas à disposer sur l’image divers objets plus ou moins discrets qui feront la joie de tous ces travailleurs qui, au lieu de faire leur tableau Excel, sont en train de ne rien branler sur Facebook. Vous illuminerez leur journée. Avec un peu de bol, ils vous enverront un Powerpoint avec des oursons pour vous remercier avec en objet "Fw : Fw : Fw : A lire absolumant !!!!". Vous serez entre gens qui se comprennent.

  • Les toilettes/la salle de bain

Lieu préféré de la plupart des amateurs de selfie, c’est un classique. En effet, on y trouve généralement en miroir qui permet de faciliter la prise de la photo, et il est donc aisé d’y réussir ses plus belles images. A noter cependant qu’il est recommandé d’utiliser des salles d’eau privées, puisque si jamais vous prenez 20 minutes dans des toilettes publiques pour saisir toute la majesté de votre binette, vous risquez d’entendre derrière vous les plus grands morceaux de Bach rejoués par des instruments organiques : cela pourrait quelque peu vous déconcentrer. Ou même votre présence pourrait elle aussi gêner le pauvre homme qui gémit en priant pour votre départ dans l’espoir de pouvoir relâcher ses flancs sans se synchroniser avec des toussotements. Je sais que vous l’avez fait l’autre jour chez des amis. Inutile de nier.

3. De l’importance du cadrage

Vous êtes fin prêt et dans un lieu où vous pensez qu’il sera essentiel de prendre une photo de vous ? Excellent, vous pouvez donc passer à la suite : le cadrage. Là encore : pensez mauvais.

Appareil tenu de travers, bout du menton qui n’est pas dans le cadre, centrage merdé, allez-y de bon cœur et utilisez ce moyen mémotechnique simple : "Que ferait Michael J. Fox à ma place ?". Vous aurez alors tous les secrets d’un cadrage de selfie réussi. Pour vous Mesdemoiselles, vous pouvez aussi penser "Que ferait Sophie Marceau à ma place ?" si votre objectif est juste de montrer, par le plus grand des hasards, un bout de décolleté. Et de le diffuser sur Twitter. Petites prétentieuses, je suis outré (et pas seulement parce que je ne suis pas dans la boucle).

4. Prendre la pose.

Si à l’étape précédente, nous pensions Michael J.Fox ou Sophie Marceau, à celle-ci, la règle est simple : pensez Frères Bogdanov. Bouche en cul de poule, tête qui fait peur ou plus simplement grimace supposément mignonne mais en fait tout simplement du genre à faire se liquéfier les intestins d’un chaton à sa seule vue, faites-vous plaisir, encore une fois, ce n’est pas comme si vous cherchiez à faire une photo réussie, c’est même plutôt l’inverse.

Quelques exemples parmi les plus populaires :

"Je plisse un peu les yeux, la bouche entrouverte, on dirait que je fais de la compta."

"Pfou, je viens juste de me lever, quelle coïncidence, je suis déjà coiffée et maquillée au réveil !"

"Je regarde ailleurs en faisant semblant que je n’ai pas remarqué que ma main prenait une photo. Quelle coquine cette main, elle fait tellement de choses seule que je… je… restons-en là." 

"Je ne sais pas comment j’ai réussi à avoir l’air étonné tout seul, c’est étonnant."

Et bien évidemment, le célèbre "Je suis super pensif, je ne pense déjà plus à ce selfie, je suis bien trop occupé" (aussi appelée "la BHL")

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"Comment ? Un photographe vous dites ? Non, je n’ai rien remarqué : j’étais tellement occupé à penser au concept de liberté, là, tranquillement installé sur cette barricade de Kiev où je passais par hasard…"

5. Partagez !

Vous avez réalisé toutes les étapes précédentes ? Excellent, vous n’avez plus qu’à hurler à la face du monde que vous manquez de talent, d’imagination et de sens commun : les réseaux sociaux n’attendent plus que vous !

F.A.Q

J’ai un ami photographe qui fait d’excellents selfies, puis-je lui demander conseil ?

Oui : s’il en est à se prendre lui-même alors que son métier c’est de faire exactement l’inverse, c’est que ça doit être une sacrée buse en manque de clients. Vous pouvez vous tourner vers lui, je pense qu’il a tout ce qu’il faut pour vous apprendre à être mauvais.

Je suis d’accord avec vous : je déteste les selfies. Je demande toujours à quelqu’un d’autre de prendre la photo.

C’est vrai que le problème de fond, c’est l’empreinte digitale sur le déclencheur, vous avez raison.

Même les stars d’Hollywood font des selfies ! C’est que ça doit être bien quand même, non ?

On parle bien des gens dont le métier est d’apparaître dans des trucs ratés ? Je dis ça comme ça, hein.

Qu’est-ce qu’il y a de mal à poster des photos de soi ?

Ah non mais rien : c’est le fond de commerce des blogueuses mode, c’est donc probablement une excellente idée.

De toute façon, vous êtes juste jaloux.

C’est vrai : je déteste quand on arrive à faire plus égocentrique que moi.

Le mariage gay est magique.

Non pas qu’il nécessite l’intervention d’un enchanteur ou de toute autre profession magique déclarée en préfecture (ex : consultant en consulting), mais tout simplement qu’à tant déchaîner les passions, il permet de révéler des choses extraordinaires. Ainsi, si le camp pro-mariage gay défend avec vigueur l’égalité pour tous, allant souvent jusqu’à l’adoption pour tous les couples, qu’importe les chromosomes des adoptants, les anti-mariage gays n’ont eux guère envie de voir la notion de "mariage" être bousculée et de découvrir deux hommes ou deux femmes échangeant des alliances ou se considérant comme une famille. Non parce que, sait-on jamais, peut-être que si on commence à unir des gays, il pleuvra des grenouilles, les rivières deviendront sang et peut-être même que Christophe Hondelatte sortira un nouveau single. Brrr.

Or, même si les deux camps restent d’accord sur le fait que Christophe Hondelatte chante aussi bien qu’il anime, ils n’en sont pas moins en désaccord sur la question de l’union homosexuelle. Parfois, avec des nuances subtiles du type "Non mais moi je suis pas contre le mariage homosexuel vous savez, c’est juste qu’ils peuvent bien avoir les mêmes droits, mais alors il ne faut pas que ça s’appelle mariage, parce que le mariage c’est entre un homme et une femme et surtout que si un jour je me marie, je veux pas que l’on puisse penser que je suis une grosse tapette". Les accusations d’homophobie vont bon train, mais c’est évidemment faux : l’homophobe, le vrai, ne peut être que pour le mariage gay : il faut être profondément cruel pour souhaiter à autrui de se retrouver à payer une cérémonie qui implique dans 90% des cas un DJ au nom à faire pleurer qui finira forcément, à un moment ou à un autre de la soirée, par diffuser du Patrick Sébastien en demandant à faire tourner les serviettes. Enfin, je dis ça mais je ne suis pas objectif : je préside l’association "L’égalité pour tous : supprimons le mariage et les DJ". Mon association "Supprimons les enfants" sponsorisée par l’amicale des fabricants de parpaings pour régler la question de l’adoption est elle toujours en attente de validation des statuts. Flûte.

Que disais-je ? Oui : qui dit débat sur un quelconque sujet de société dit souvent interventions absurdes. Or, cette semaine, nous avons été gâtés : trois groupes ont décidé d’unir leurs forces pour ruiner à peu près tout ce qui aurait pu ressembler à de la réflexion ou de l’intelligence. Mesdames et Messieurs, merci d’applaudir :

  • L’institut Civitas, sympathique groupe de catholiques intégristes qui n’a évidemment rien contre les gays (comme toutes les personnes contre le mariage gays), mais bon, hein, ho, c’est pas bien naturel tout ça
  • Le FEMEN, joyeux groupe de féministes dont la spécialité est de réaliser des opérations de protestation seins nus, même si les participantes sont bien trop jeunes : ce n’est qu’en vieillissant que l’on peut se servir de sa poitrine comme arme contondante
  • Les Anonymous, des pirates justiciers dopés au Biactol

Il n’y a pas de raison que les homosexuels n’aient pas le droit de faire la chenille avec beau-papa bourré : ça suffit les privilèges

Car pour ceux qui n’auraient pas la chance d’habiter le royaume de France ou qui auraient passé la dernière semaine dans un bureau de vote à Nice, voici un résumé des épisodes précédents :

Dimanche dernier, jour du Seigneur, l’institut Civitas et d’autres organismes trop vite oubliés ont décidé d’organiser une manifestation visant à protester contre le mariage gay, abomination contre-nature. Plusieurs dizaines de milliers de manifestants sont donc allés battre le pavé, mais pas que : car alors que la petite troupe marchait au son de divers slogans du type "Un papa, une maman pour tous les enfants" (les enfants qui vivent par exemple dans des foyers suite à divers malheurs sont bien plus heureux avec des éducateurs qu’avec deux papas ou deux mamans, c’est connu) et autres joyeusetés lorsque soudain, au milieu de la foule, un petit groupe d’infiltrés proches de Sam Fisher s’est révélé : les FEMEN !

Les féministes, toujours sur le front pour lutter pour plus d’égalité (du genre la sous-représentation dans les manuels de mathématiques, même si, si demain on inversait la représentation, on hurlerait au sexisme en disant que les manuels dépeignent des femmes qui ont toujours des problèmes pour compter toutes seules), avaient en effet réussi à entrer dans la foule sous la forme d’un petit groupe déguisé en nonnes. Mais telles certaines de mes fans à ma simple vue, il ne leur fallut pas plus d’une seconde pour faire tomber le haut et exhiber leur poitrine au tout venant.  Mais les bougresses avaient elles quelques douces inscriptions comme "Fuck god", "Fuck church" et autres joyeusetés. Comble du bon goût, ces dames avaient par ailleurs fait le choix heureux de s’équiper de petits extincteurs peints en blanc (ce que certains ont pris par erreur pour des bombes lacrymogène semble-t-il) marqués "Sperm" (oui, c’est léger), et dont le contenu a servi à oindre la foule les environnant au son de divers cris impliquant le fait de couvrir les gens de "Sainte Semence".

Vaguement titillés par les déguisements de nonnes mêlés aux seins nus, des divers "Fuck god" et surtout à force de se prendre de l’extincteur dans le museau, des manifestants sont devenus grognons (collégien, si tu ne connais pas le sens du mot "euphémisme", demande à tes parents – même gays – de t’aider à le chercher dans le dictionnaire)

Si.

Et ils leur ont donc pété la gueule jusqu’à ce que la police s’en mêle, mâtinant le tout de "Pute", "Salope" et autres termes des plus joyeux.

En conséquence de quoi, il y a eu indignation générale sur le fait de tabasser de jeunes femmes et de les insulter (c’est bien normal), avec même une proposition pour interdire Civitas suite à ces violences. Le tout suivi de près par, je l’ai découvert ce jour, un piratage du site de Civitas par les Anonymous. Celui-ci est donc désormais parfaitement inaccessible, et après avoir été félicités par FEMEN pour leur action, les Anonymous ont aussi reçu une vague de soutien sur Twitter.

Voilà.

Je…

Je crois que c’est à ce moment là qu’il faut quand même le dire :

Dans cette affaire, il faut croire que tout le monde a été complètement con.

Et pas qu’un peu, plutôt du genre "Tiens, si je m’enfonçais une pied de chaise dans une narine pour voir ce que ça fait ?"

Ce petit moment où les deux camps font des trucs tellement absurdes que vous n’avez envie de soutenir aucun des deux

Je ne vais pas m’étendre sur Civitas : je crois qu’il vous suffit de taper leur nom dans Google pour avoir plusieurs centaines d’articles expliquant pourquoi la violence c’est mal et condamnable, ce que personne ne remet en cause. Mais FEMEN et Anonymous par contre, eux, visiblement, ont le droit aux applaudissements pour s’être opposés à ces gens violents. Et pour avoir défendu l’égalité pour tous. Or s’il y a un truc rigolo chez les défenseurs 2.0 de "l’égalité pour tous", c’est qu’ils ont dû oublier de lire rapidement "égalité" et "pour tous" ; remarquez, ça laisse quand même le L apostrophe, c’est quand même déjà pas mal en soi (mais c’est vrai que c’est déjà un peu long à lire). Mais je m’explique.

L’égalité, c’est proposer un traitement égal. Pour tous, ça veut dire pour tout le monde. Je sais, c’est pas simple-simple, mais si, j’vous jure.

Par exemple, dire aux couples gays qu’ils ont autant le droit de s’unir que les couples hétéros, et ce, via un mariage en bonne et due forme. Sauf que l’égalité pour tous, ça veut aussi dire que l’on se montre égal sur d’autres droits, du genre, et à tout hasard, la liberté d’expression : le principe de celle-ci est que tout le monde a le droit de donner son avis, même si ce n’est pas le vôtre. C’est même le raisonnement invoqué par les FEMEN pour justifier leur action : comme quoi, c’est rigolo la géométrie variable de cette notion.

Du coup, censurer Civitas est probablement l’action la plus stupide qui soit : on applaudit bien fort les Anonymous qui comme toujours ont réussi à marquer contre leur camp en censurant un site au nom de la liberté, et en refusant des droits au nom de l’égalité. Ce qui a d’autres conséquences rigolotes : par exemple, dans un débat, c’est bien de savoir ce sur quoi l’argumentaire des gens qui ne sont pas d’accord avec vous repose. Ça permet de débattre, et ce qui est bien avec le débat, c’est que non seulement c’est une base de la démocratie, mais en plus, ça vous permet de faire grandir votre cause en allant convaincre des gens. En utilisant un truc il est vrai pas simple : le raisonnement.

A partir du moment où vous commencez à censurer, non seulement vous allez empêcher le débat, et donc d’expliquer en quoi untel a tort ou raison, mais en plus, cela permet à Civitas de se poser en victime.

Et donc de se radicaliser (s’il y en avait besoin).

Ce qui les renforce.

C’est beau.

Je pense qu’il y a des mecs qui doivent tremper leurs tartines dans des acides chaque matin pour arriver à ce genre de contresens. Ou alors, ils mangent à la même cantine que Ridley Scott.

Quant au FEMEN je… bon sang. Non seulement il applaudit des deux mains l’acte des Anonymous ("Merci de radicaliser nos adversaires pour qu’ils fassent preuve d’encore moins d’ouverture d’esprit et puissent passer pour des victimes après nous avoir tabassé ! Et merci d’empêcher l’accès à leurs argumentaires pour qu’on ne les démonte pas !") mais il va falloir m’expliquer : c’était quoi le but de l’action à l’origine. Faire de la com’ ? D’accord, mais pour dire quoi ? Il y avait un argumentaire derrière ? Non parce que j’ai cherché et je tombe sur ça :

Pourquoi Femen, un mouvement féministe, se mobilise-t-il pour le mariage pour tous ?

En tant que féministes, nous considérons que nous devons avoir un avis sur tout, pas seulement sur les sujets qui ne concernent que les femmes. Sur la mondialisation, sur le réchauffement climatique, sur tout.

D’accord, je suis votre raisonnement. Allez, on essaie de le tenir sur plus d’une ligne ?

Vous annonciez vous-même vouloir symboliquement«attaquer» la manifestation de Civitas…

Bien sûr, nous voulons attaquer les catholiques intégristes. Le mariage gay est une affaire laïque et on ne comprend pas pourquoi ils s’en mêlent

C’est un échec. Résumons : les féministes peuvent s’occuper de tout, mais les catholiques, non. C’est connu : les croyants ne peuvent pas penser à autre chose qu’à leurs croyances. S’ils tentent de le faire, le sol s’ouvre et ils tombent directement dans le 3e cercle de l’enfer. Comme ça, pouf pouf. Sinon, encore une fois, je rappelle, vous défendiez quoi, déjà, chez Femen ? "L’égalité" ? Quel drôle de concept.

Bref.

Je vous passe aussi les articles où l’on peut lire "Ils criaient "pute", "salope", j’étais choquée". dixit des gens qui avaient écrit "J’encule Dieu" ou "J’encule l’Eglise" sur eux. Je propose que l’on remette Civitas et le FEMEN ensemble sur une scène du Zénith, je suis sûr que ce sera une excellente occasion de faire une Tourette Battle. Quant au fait d’arroser des gens à l’extincteur en leur hurlant "C’est du sperme !", non seulement je pense que même Jean-Marie Bigard aurait réussi à faire plus léger, mais en plus je ne vois pas bien le message. A part "Houhouuuu ça vous dérange pas si on vous énerve un peu, là, comme ça, pour voir ? Il se passe quoi si je vous vide un extincteur dessus ?".

Non parce que si je suis la logique des ardents défenseurs de l’égalité qui ont le courage de militer sur Twitter et Facebook (bravo les enfants), j’imagine que si demain, à l’occasion d’une prochaine manifestation pro-mariage gay avec des gens de FEMEN, des militants de Civitas se pointent au milieu du défilé, se foutent à poil et arrosent la foule à l’extincteur en gueulant "C’est du sperme ! On vous encule !" et que curieusement, ça dégénère, on demandera la dissolution de FEMEN ? Anonymous bloquera leur site, et on dira que c’est bien fait pour les féministes et que Civitas a eu bien raison ?

Une des campagnes soutenues par nos amis Anonymous. Oui, hein ?

C’est vrai que ça serait égalitaire. Mais curieusement, allez savoir pourquoi, je pense qu’on hurlerait plutôt aux "méthodes ignobles et grossières de quelques extrémistes venus faire de la provocation". Ce n’est pas du tout comme si ça s’était déjà vu en plus, pfou. Mais bon, tant que ce sont des extrémistes de son camp, ça va, c’est cool. C’est pas comme s’il fallait se montrer intelligent, juste ou que sais-je pour garder un minimum de crédit.

Par ailleurs, puisque le FEMEN semblait agir pour défendre le mariage gay, permettez-moi de poser une autre question bête : pensez-vous qu’une seule personne, en France ou dans le monde, après cette action a décidé de passer en faveur du mariage gay ? "Ho mon dieu, elles arrosent les gens à demi à poil en hurlant des grossièretés ! Leur argumentaire a balayé mes préjugés et m’a convaincu !" ? Non parce qu’à mon avis, le seul truc qui a dû passer, c’est que des catholiques en faveur du mariage gay (si, il y en a, mais c’est vrai que c’est plus rigolo de mettre tout le monde dans le même panier quand on "lutte pour plus de tolérance") ont dû trouver fort intéressant d’apprendre que fuck god et fuck church, et peut-être se braquer un peu, voire décider d’arrêter de militer à côté d’andouilles comme le FEMEN. Donc, au mieux, le résultat est nul (ce n’est même pas une action de communication qui cherchait à mettre en valeur un quelconque argumentaire), au pire, ça a fait reculer la cause.

Mais dans tous les cas, ça a permis à chacun de se radicaliser, de mettre un bon coup de cutter à la notion d’égalité pour tous, de liberté d’expression, et même de débat démocratique (sans même parler de la notion de classe).

Alors, vraiment, Civitas, FEMEN, Anonymous : bravo. Grâce à vous, le débat pour lequel vous prétendez vous battre a reculé, et le niveau général est encore descendu un poil plus bas. En tout cas, vous pouvez au moins vous réconcilier sur un point : vous êtes tous "Pour l’égalité des droits pour tous, sauf pour les gens qui n’ont pas les mêmes préférences que moi".

Chapeau.

Et du coup, moi, je suis comme un con ; je voulais faire un "Ho, le beau site" sur Civitas, en montrant qu’ils s’étaient indignés sur le mariage gay avant même son arrivée en France, mais qu’ils n’ont pas réagi aux gens qui se sont mariés avec leur chien parce que "Un labrador okay, mais un gay, non", mais du coup j’en ai été privé. Bande de rabouins.

Il faudra donc que j’attende la prochaine manifestation de l’Alliance Vita sur les animaux, oui, les homosexuels, non intitulée : "Un papa – un teckel" pour enfin pouvoir constater toute la hauteur du débat.

Rah, bravo, je suis impatient maintenant.

Les gens sont lourds.

Aujourd’hui, des millions d’entre eux de par le monde s’apprêtent à trouver quelque pipeau à conter à leurs amis afin de pouvoir, en fin de journée, s’exclamer "Poisson d’avril !" tout en faisant un clin d’oeil appuyé au tout venant qui rétorquera "Ah, moi, j’avais compris dès le début !" ou autres rattrapages pleins de mauvaise foi. Des exemples de poisson d’avril, il y en a pléthore : blogs annonçant leur fermeture, fausses informations cocasses, révélations mythomanes… en un mot comme en cent, internet, télévision et autres médias vont, l’espace d’une journée, se transformer en relais pour charlatans et bonimenteurs avides de bons mots.

Remarquez, dans certains cas, on ne notera guère la différence, mais là n’est pas le sujet.

Lecteurs, lectrices, alors que vos murs Facebook et fils d’informations se remplissent d’imposteurs d’un jour, vous commencez à céder à la pression sociale, comme un vulgaire mâle passant devant chez le fleuriste un 14 février. Que faire ? Quelle annonce fictive relayer en arborant votre plus belle poker-face (celle obtenue après de longues heures autour de tables couvertes de jetons, pas celle de Stefani Germanotta) ?

Toujours serviable, permettez-moi de laisser à votre disposition sur ce blog quelques brefs articles qui vous permettront de feinter à vil prix votre famille, vos amis, l’âme soeur (qui brûlera de désir pour vous en conséquence), ou même Poupoune, le chien du voisin (mais il est un peu con, il croit tout ce qu’on lui raconte). Allez, servez-vous, c’est gratuit.

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Exclusif : Cali a enfin une diction correcte

L’acteur-chanteur-compositeur-interprète-donneur de leçons a enfin réussi à vaincre le mal terrible qui le hantait depuis des années : il a arrêté de coller la lettre "H" de manière superfétatoire dans l’ensemble de ses propos. "C’est une petite victoire", déclare l’artiste en lieu et place de ce qui aurait dû être "hune phetite victhoiare". "Lorsqu’aujourd’hui je m’entends chanter Mille Coeurs Debout, j’ai l’impression de renaître : finis, les "hest-ceu queheu tu sehens l’odeur déliciheuse de la lib’herté", ou les "nous sehommes des mihlliers, un fheulheuve extrahordinaire" ; vous savez, durant des années, j’ai vécu un cauchemar : après chaque concert, j’avais des appels de Bertrand Renard qui contestait mon utilisation abusive de certaines lettres. Mais aujourd’hui, c’est enfin terminé, je me sens bien, j’ai envie de faire changer les choses, de faire changer la France. Vous ai-je parlé de mon grand-père et de mes valeurs de gauche ?". Enfin guéri, Cali pense désormais réessayer une percée dans le domaine du cinéma en réalisant un film retraçant sa victoire face à son problème ; il a d’ores et déjà révélé le titre de celui-ci, hommage à son dernier album et au "Discours d’un Roi", autre film au sujet similaire : "Le discours d’une truite arc-en-ciel qui parvient enfin à articuler correctement grâce à la magie de son coeur". Si Cali a vaincu son problème oral, il n’en reste pas moins les problèmes de drogue qui lui ont valu le surnom de "Petite Jamaïque du Café de Flore", tant ses paroles et titres d’albums sont tout de même révélateurs d’un problème profond. Comme quoi, s’il a vaincu la diction, il lui reste encore à mener bataille contre l’addiction.

 

La vie est une grosse dose de crack qui nage dans mes veines

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Benjamin Lancar : "J’ai fait preuve de mauvaise foi"

Longtemps considéré comme le fruit d’une union interdite (mais populaire) entre Frédéric Lefebvre et Jean-François Copé, le président des Jeunes Populaires, la branche des membres de l’UMP de moins de 35 ans, a reconnu qu’il n’avait pas toujours été de bonne foi, et a même accepté de reconnaître que des fois, il racontait du caca. "C’est vrai, je le reconnais, tout n’est pas parfait en France." déclare t-il en inondant de sueur ses mouchoirs brodés, l’effort de volonté surhumaine à de telles déclaration le mettant dans un état second. "J’ai peut-être même un peu déconné avec le lip-dub", ajoute t-il avant de vomir tripes et boyaux. Une fois le jeune homme remis de ses émotions en contemplant le calendrier "Dieux du Fouquet’s", notre journaliste tente de voir si sa nouvelle bonne foi est prête à tout affronter : à la question "Seriez-vous prêt à reconnaître que Nicolas Sarkozy mesure moins d’un mètre quatre-vingt ?", il s’effondre en convulsant. Quelques heures plus tard, alors qu’il se réveille au Kremlin-Bicetre, il est à nouveau parfaitement lui-même. "Lorsque j’ai perdu connaissance – déclare t-il du fond de son lit – j’ai vu un long tunnel, avec une lumière douce et majestueuse tout au fond ; l’espace d’un instant, j’ai vu un bel ange blond me faire signe de le suivre : à vous, je peux bien le dire : Dieu, c’est Brice Hortefeux." Transmis à toutes les églises d’Auvergne.

 

"Franchement, je vois pas ce qu'ils reprochaient au lip-dub"

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D&Co nouvelle saison : les monuments historiques !

On n’arrête plus la sémillante Valérie Damidot : après plusieurs centaines d’interventions dans d’humbles logis qui n’attendaient qu’un coup de pinceau pour se transformer en formidables lofts modernes aux couleurs chamarrées du meilleur goût, voici qu’une nouvelle mission s’offre à elle : refaire la décoration des Monuments et Musées Nationaux, considérés comme "ringards" par nombre de visiteurs. Frédéric Mitterrand a donné son feu vert à cette mission visant à donner un coup de jeune aux palais nationaux "J’ai toujours aimé les coups et les jeunes", déclare-t-il en faisant un clin d’oeil à Matthéo, qui fait son stage de 3e dans notre rédaction. "Valérie Damidot a ce regard plein d’audace et d’espièglerie qui manque trop souvent à notre nation : mon oncle lui-même avait su donner sa chance aux colonnes de Buren et voyez la levée de boucliers qu’il y eut alors chez les rétrogrades habituels, résidus des temps passés, gardiens vicieux et jaloux refusant de passer le flambeau à une jeune génération qui a tant besoin de chaleur et de feu", explique-t-il en passant sa langue sur ses lèvres au son de ces deux derniers mots. Valérie Damidot, elle, n’a pas perdu de temps pour commencer le travail : d’ores et déjà, les camions de son émission sont à l’arrêt devant le Louvre, qu’elle a commencé à vider : "Tous ces vieux cadres, ça fait tellement cliché ! On se croirait chez une mamie ! Alors hop, on vire, on vire ! Ca partira bien sur un vide-grenier ; regardez-moi ce portrait moche ! C’est qui ? On n’est même pas sûr qu’elle soit en train de sourire la meuf, là-dessus, ça fait plaisir !" dit-elle en mimant dans une abominable grimace l’oeuvre de Leonard de Vinci. "Pour l’instant, je n’ai pas encore parfaitement décidé de comment nous allions réorganiser tout ça : mais je pense remplacer la plupart de ces vieux trucs par des stickers représentant des lettres de l’alphabet : on pourrait marquer "LOVE", "FRIENDS" et autres sur les murs. Hooo, vous allez voir quand vous allez revenir, vous n’en croirez pas vos yeux !". D’ores et déjà, le British Museum a demandé à ce que le tunnel sous la Manche soit clôturé afin de préserver ses trésors de raids éventuels de la bête. "En 96, quand on a eu la vache folle, vous avez refusé qu’on l’envoie chez vous : chacun son tour, les mecs", a commenté laconiquement Edward Vaizy, le ministre de la culture anglais. C’est de bonne guerre.

 

Classe, élégance, bon goût : D&CO

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Le yéti aperçu en Bourgogne

Domicilié à Charbuy (89), quelle ne fut pas la surprise de Robert Deugret d’apercevoir à moins de 50 mètres de sa propriété, le célèbre abominable homme des neiges. "J’étais là, dans mon fauteuil, à lire l’Yonne Républicaine, quand soudain, j’entends du bruit dehors !", déclare l’agriculteur de 68 ans. "Je regarde par la fenêtre, et je vois un truc qui s’agite dans un buisson, à proximité de mes mûres. Je me dis que ce doit être un renard, parce que figurez-vous que les renards, ces p’tits cons, ils viennent me stresser mes poules ! Et ça, c’est incroyab’, parce que les renards, y a des années, ils avaient peur, mais maintenant, tiens ! Tu parles !". Mais nenni de renard dans le jardin, non : Robert va faire une découverte stupéfiante : "En sortant avec mon fusil, je m’approche et là, j’entends comme des hurlements inhumains, et qu’est-ce que je vois dans mon buisson ? Je vous le donne en mille : le yéti ! Hooo je l’ai tout de suite reconnu, je l’avais déjà vu dans des illustrés comme Tintin, les trucs du genre : cette espèce de grosse cloche de poils sur la tête avec juste des mèches en bordel qui sortent sur le devant, j’ai bien compris ! Alors j’y ai tiré une bonne décharge dans son cul, et ça j’peux vous dire que c’était bin une bête, parce que quand ça a fui, ça a pas juré dans une langue comme la nôtre !". Un évènement rare qui fait le bonheur des habitants de la ville d’Auxerre toute proche qui n’ont de cesse de discuter de la véracité des faits aux terrasses des cafés. La gendarmerie a ouvert une enquête et confirmé que les poils retrouvés sur place n’appartenaient à aucun animal connu, pas plus que le monstrueux étron déposé au milieu des mûres.  "Qu’importe ce qui a produit un rondin pareil, ça a dû avoir le trou de balle comme l’oeil de Sauron quand ça a sorti un baleineau de ce calibre".

Faits divers – Justin Bieber annule son prochain concert à Lyon : alors qu’il se rendait dans l’ancienne capitale des gaules, le jeune canadien a fait arrêter son bus de tournée en bordure de route dans l’Yonne, se plaignant de maux de ventres dus à une choucroute aux fruits de mer qu’il aurait ingurgité la veille. Dans ce coin reculé de la campagne, le jeune artiste aurait été pris sous le tir de cartouches de gros sel, et serait actuellement hospitalisé à Paris en observation. Le pronostic vital ne serait pas engagé.

 

Erreur parfaitement compréhensible.

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Pour le reste, je vous laisse écrire vous-même d’autres articles qui vont bien. Je vous propose quelques brèves tout de même, des fois que vous soyez en manque d’inspiration :

BHL pressenti pour jouer dans The Expendables 2 - Le plus célèbre des philosophes français incarnerait un nouveau mercenaire, capable de tuer n’importe qui à coups de livres rébarbatifs et de réparties sans intérêt.

Science : un chercheur parvient à isoler l’organe générant le mépris chez le chatLe Dr William McBoyle aurait découvert que le seul moyen d’obtenir autre chose que de la pédanterie de la part d’un félin serait de le décapiter

Anne Frank ferme son blog – "Je ne suis plus sûr que le blog ait encore un grand intérêt", dit-elle. "En fait, pour moi, c’était quelque chose de très annexe". Son twitter, lui, reste accessible au public, comme on peut l’apercevoir sur le screenshot ci-dessous.

 

Les derniers tweets de la très internationale Anne Frank

 

Voilà. Sur ces bonnes paroles, bon racontage de bobards.

 

 

Il y a des nouvelles qui font pousser des "Hooo !" et des "Haaa !" dans les chaumières : réduction d’impôts, déclaration de guerre, ou éventuellement, annonce d’un film produit par Jean Roucas. La chose est compréhensible.

Pourtant, dernièrement, c’est plutôt une autre nouvelle qui a fait réagir nos amis internautes, qui comme chacun sait, sont nombreux à passer 30% dans leur journée dans un cycle quasi-infini "mes mails – mon facebook – mes deux sites favoris – un site d’infos"  ; aussi, lorsque la nouvelle est tombée, certains ont chu de leur chaise de bureau en poussant des cris d’orfraie.

En effet, on peut se prendre un coup de pied au cul de la part de son employeur après avoir raconté des carabistouilles sur Facebook. Même si on a mis des smilies.

Il n’en fallait pas plus pour que les Jean Moulin de la Résistance 2.0 sautent sur leurs claviers pour lancer quantité d’actions courageuses : lâcher des com’ à base de "et la vie privée, alors !", "on vit vraiment dans un pays fasciste" (point Godwin obligatoire), ou encore "et la liberté d’expression !" ; tels d’audacieux maquisards virtuels, ils se dépêchèrent donc de souiller ainsi les commentaires de nombreux sites avant de s’en retourner dans leurs cachettes depuis lesquelles ils pourraient s’adonner à des vraies activités de rebelles, comme devenir fan du groupe "contre la torture des animeau dans le monde entié", ou mettre un avatar du Che sur MSN. C’est à se demander ce que fait la milice.

Résumons l’affaire tout de même : trois employés d’Alten, une société d’ingénierie spécialisée dans les conseils en technologies, les services informatiques et réseaux, se décident à baver sur leur employeur sur leurs profils Facebook. Bien que comme son nom l’indique, moult employés d’Alten soient des ingénieurs, c’est-à-dire,  je cite wikipédia (et d’autres sites ayant repris la définition, Google est votre ami) : "L’ingénieur apporte son expertise technique et sa créativité en tenant compte de contraintes de temps, de ressources, d’innovation, d’ergonomie et de respect de l’environnement et des réglementations.", aucun d’entre eux n’a l’idée, même un vague instant, malgré leurs compétences d’ingénieurs-experts-conseils en sécurité réseau, d’aller voir les paramètres de confidentialité de leurs comptes Facebook pour voir si le monde entier ne peut pas lire leur échange.

 

"Bertier, je sais que je ne devrais pas, mais depuis que vous êtes devenu fan de "Mon patron est un gros con", j'ai décidé de ne pas vous augmenter"

Hélas, en chemin, ils sont dénoncés par une tierce personne qui, écoutant le secrétaire d’état aux PME, se souvient que la dénonciation est un devoir républicain, et va donc tout raconter à la hiérarchie, en échange de quoi il reçoit 30 deniers, potentiellement échangeables contre des points cools sur FB tant le denier a un cours relativement bas à Wall Street ces derniers temps.

Je ne sais pas ce qui a dû le plus faire sourciller le patron : ce qui se disait ou le fait qu’à trois supposés spécialistes, ils n’étaient pas foutus de penser à changer leurs réglages de base sur un site grand public (surtout que dans réseau social, il y a "réseau" et "social", soit deux bonnes raisons de supposer que d’autres risquent de lire l’échange). Dans tous les cas, il leur proposa une douce caresse du fessier aidé en cela par ses croquenots fraîchement cirés.

Mais, les employés, tant qu’à prendre un coup de pied au cul, le prirent avec panache et invoquèrent deux motifs pour contrer cette décision : la conversation était privée, et en plus, ils y avaient mis des smilies. Deux points que les Jean Moulin de l’internet n’ont pas oublié de rappeler pour venir en aide des malheureux licenciés. Evidemment, trop occupés à se cacher dans le maquis, ils avaient oublié de lire les conditions d’utilisation de Facebook (mais si, vous savez, ces trucs que personne ne lit jamais et où vous cliquez sur "accepter" pour aller vite), dont vous pourrez, toujours histoire de gagner du temps, constater l’évolution en un coup d’oeil ici et . Bref, si vous ne touchez pas à vos paramètres de base Facebook (comme nos trois champions), les amis de vos amis ont accès à vos données. Soit, sachant qu’en moyenne, chaque personne a 50 amis sur Facebook, un total de 2 500 spectateurs potentiels.

Et, allez savoir pourquoi, il semblerait que des propos tenus devant 2 500 personnes soient considérés comme publics. C’est fou, quand même. En tout cas, ça veut surtout dire qu’il faut que je pense à réduire drastiquement le nombre de personnes que j’invite à mes orgies, mais c’est une autre histoire qui, j’en suis sûr, vous ennuierait profondément. Je vous l’épargnerai donc.

Seconde chose, l’utilisation de smilies rendrait les propos inoffensifs. Ah. Ainsi, il serait donc de bon ton de dire "Allez vous faire enculer :)" ou "Je te conchie si fort que même un scatomancien ne saurait te sauver du golem fécal que je compte poser sur ta tête ;)". L’humour serait plus subtil qu’un smiley ? Zut alors ; ainsi donc, lorsque j’envoie à ma secrétaire "Ce soir, je compte bien te mettre un bon coup de 8===> dans le (Y)", cela pourrait quand même être assimilé à du harcèlement sexuel malgré l’utilisation – habile, vous en conviendrez – de smilies et autres figures artistiques ? Ah nan, mais c’est carrément trop nul en fait.

Attention, donc, les enfants : contrairement à un mur, une cabane ou un Guy Carlier, il est impossible de se cacher derrière un smiley. Soyez prudents.

 

"Je t'avais dit que c'était pas malin de mettre l'évolution de notre désertion quotidiennement à jour sur twitter"

Mais en tant que membre de la Ligue des Enculés de Patrons Extraordinaires, je trouve cette manière d’agir sur internet tout à fait formidable : en effet, Facebook sert à notre classe néfaste à détecter les grosses buses. Parce qu’allez comprendre pourquoi, ces dernières trouvent très important de partager plein d’informations personnelles avec tous leurs amis, tout en supputant que jamais au grand jamais un employeur ne serait assez pervers et fourbe pour aller taper votre nom/votre adresse mail (aaah, combien de curriculum vitae comportent des adresses mails "petite_pipounette78@caramail.fr" ou "19cmdebonheur@gmail.com" ?). Ce qui évidemment, revient à grandement nous sous-estimer. Ainsi, c’est avec bonheur qu’il est possible de constater que certains utilisent la même photo pour leur CV et leur profil : mais si, vous savez, ce genre de photo prise avec la webcam où un appareil tenu à bout de bras sur laquelle on peut lire, derrière ce visage qui se veut simili-sérieux, ce rictus qui signifie "bordel, je suis bien cadré là ou pas ?" ; bien que cette même expression puisse aussi signifier "bon sang, je n’aurais pas dû reprendre de la choucroute aux fruits de mer ce midi, qu’est-ce que j’ai mal au bide". Ca fait toujours plaisir.

De même, quoi de mieux que de constater que les statuts d’une personne sont rédigés dans une langue relativement inconnue, dans laquelle "é" et "er" sont sans cesse confondus ? Comment ne pas sourire en imaginant maman relisant le CV de son chérubin d’un oeil tendre, corrigeant cette ligne où il a écrit "je suit diplomer en science de l’ingénieure" ? Et puis, quel bonheur de noter dans certains cas que l’éventuel salaire que l’on pourrait verser à une nouvelle recrue terminerait dans les poches de quelques épiciers vendeurs de mauvaise vodka ? Car non, avoir accès aux photos d’un candidat en slip faisant la chenille un mauvais-whisky-mauvais-coca à la main ne donne pas particulièrement envie de rêver. Même si vous êtes tout à fait libre de le faire : une passion pour les chorégraphies en slip sous l’emprise de l’alcool ne peut être considérée comme discriminatoire.

Alors vraiment, vraiment, continuez, bonnes gens. Continuez de mettre sur internet tout ce que vous ne voudriez pas que d’autres gens connectés à internet trouvent. Continuez de montrer que vous êtes de grands professionnels, mais que vous n’êtes mêmes pas foutus de lire les conditions d’utilisation des sites que vous utilisez, alors que tout le monde vous met en garde. Et continuez d’invoquer le respect de votre vie privée : c’est vrai que ça fait tellement envie, des gens qui pensent qu’il n’est pas de leur responsabilité de gérer ce qu’ils font sur internet.

Alors évidemment, on me dira que c’est scandaleux de consulter les profils Facebook d’autrui ; que je ferais mieux de changer mes méthodes et de me montrer plus responsable dans ma manière d’agir.

D’accord. Mais si je ponctue cet article d’un smiley, alors je peux faire ce que je veux, pas vrai ?

:-)

Lecteurs, lectrices : aujourd’hui, ce sera un message à caractère informatif.

Guerre, famine, maladie, impôts, nids de poules, Francis Huster, attente à la caisse alors que vous n’avez que 6 produits et que vous payez par carte : votre vie est terne et ennuyeuse. Heureusement, dans ce gris quotidien, un îlot de couleurs persiste pour vous donner la forcer de trimer un jour de plus : ce blog, fabuleux assemblage de bonne foi & de modestie pour l’immense bonheur des petits et des grands.

C’est pourquoi jusqu’alors, vous guettiez les mises à jours en usant votre touche F5 de longues heures durant ; lorsqu’enfin s’affichait au bout de quatre jours l’article tant espéré, après avoir légitimement changé de slip suite à un trop plein d’émotions, vous tentiez de lire les petits caractères qui semblent s’épanouir ici au travers des larmes de joies déversées sur vos yeux rougis par l’attente et la fatigue.

Cette époque est révolue.

Lectrices à l'annonce des améliorations techniques du blog

Suite à des mails de divers lecteurs s’informant de l’apparition ou non de flux RSS ou autres, vous trouverez désormais dans la colonne de droite de nouveaux outils :

- Un gros bouton orange "flux RSS" pour être averti lors de la parution de nouveaux articles ; quelle fantastique technologie.

- Un merveilleux cadre où inscrire son adresse mail, et ensuite, par la Sainte Vierge ! Des mails qui tombent à chaque parution ? Formidable !

- Un compte touitère, le site de non-information à la mode qui donne envie d’investir massivement chez butagaz ; il servira essentiellement à faire paraître sur ce site des messages brefs qui ne méritent pas un article ou informer des prochaines mises à jour (type : pas de billet avant 3 semaines, je suis en vacances en Afghanistan).

Par ailleurs, tout en haut de ce site vous avez toujours à votre disposition un bouton "contacter l’auteur" vous permettant d’envoyer missives tendres ou cruelles, interrogations profondes, offres alléchantes & photographies dignes d’un bon vieux FHM. Il est bon de rappeler que le maître des lieux, s’il ne répond pas à tous les commentaires, répond à tous les courriels (des restes de son éducation jésuite).

Sur ce, après ces modifications bienvenues puisque le blog n’avait pas changé depuis le jour de sa création, l’auteur s’en retourne enseigner son UV "Modestie : un art de vivre" à la Sorbonne.

Bien à vous.

"Les réseaux sociaux, c’est l’avenir."

Une main sur le micro et l’autre sur son ordinateur portable siglé d’une pomme bien connue l’orateur laisse s’écouler quelques secondes pour tenter d’observer les réactions de la salle suite à ce qui est, selon lui, l’une des plus géniales maximes introductives que l’on puisse concevoir pour attirer l’attention de son public. Devant l’absence totale de mouvement et l’écho d’un toussotement dans les derniers rangs, il tente de reprendre son discours en se passant la main dans les cheveux pour se donner un air faussement détendu.

"Aujourd’hui, en vous proposant de vous équiper de votre propre réseau social nous…"

Il s’interrompt en constatant qu’il aurait mieux fait d’éviter de toucher ses cheveux : la quantité de gel effet "saut du lit" qu’il en a ressorti lui laisse supposer que ce matin, il a dû quelque peu forcer, et se retrouve à hésiter quant à l’endroit sur lequel il va bien pouvoir s’essuyer. Il n’y a pas que son air détendu qui est faux : sa coiffure supposément anarchique est en fait un complexe assemblement voulu pour donner cet effet, travaillée quelques minutes chaque matin pour obtenir le meilleur effet "dans le vent" ; son mauvais rasage est soigneusement entretenu pour que sa pilosité suive au mieux la mode ; il en va de même de ses lunettes, ajouts rectangulaires noirs et épais qui n’ont aucun effet sur la vue mais sont les accessoires indispensables de l’année.

Les grands tweets de l'Histoire : 4br4h4m_L1nc0ln - va tro passé 1 bonne soaré o T-atre LOL XPTDR

Il se reprend aussitôt et poursuit son propos comme si de rien n’était, et fait disparaître sa main gluante sous la table. L’essuiera t-il sur son jean troué hors de prix ? Sur son t-shirt aux revendications marxistes acheté dans une grande enseigne ? La réponse ne viendra jamais, puisque profitant qu’un de ses associés prenne la suite de  la démonstration, il sort rapidement de la salle pour aller nettoyer son appendice dégoulinant.

"Twitter et Facebook sont aujourd’hui des outils d’information essentiels…"

Twitter. Si vous aviez un téléphone portable qui envoie un SMS d’une simple touche à tout votre répertoire, l’utiliseriez vous de manière constante et répétée pour signaler les évènements les plus anodins de votre vie, comme "Je reviens du footing" ou "J’ai commandé une pizza au chèvre, j’ai super faim" ? Probablement pas : au sixième SMS (s’ils sont patients), vos amis commenceraient à vous répondre par quelques messages expliquant leur manque de passion pour votre vie, impliquant diverses grossièretés et menaces, dont certaines mettant en scène un ours, plusieurs litres de miel, un déguisement de saumon et bien sûr votre mère. Faire ce genre de choses vous parait absurde ? Apparemment, pas pour les utilisateurs de Twitter, pour qui informer leurs amis et tout l’internet de la consistance de leur dernier étron en 140 caractères (soit environ un SMS) est le top du top du bon goût. Et on peut faire la même chose avec son statut Facebook, si c’est pas formidable.

"Les réseaux sociaux sont devenus des armes politiques majeures ; Barack Obama, prix Nobel de la paix, les a défendu devant la Chine pour que les opposants…"

A son sourire, on sent que cet orateur là (qui n’est qu’une copie du précédent ; dans l’informatique, le copier/coller doit marcher partout) vient de donner ce qui semble à ses yeux un argument majeur. Il a raison : Barack Obama, le défenseur de la veuve et de l’orphelin, à peine débarqué en Chine n’a pas hésité une seule seconde à se battre pour que triomphent les Droits de l’Homme : il a demandé à ce que les opposants au régime aient le droit à Twitter. C’est vrai qu’ils ne devaient attendre que ça ; en 140 caractères, chinois de surcroit, on peut en dire des choses ! Bon, on ne peut pas mettre ou suivre de liens, le régime les censurant, mais ce n’est pas comme s’il y avait quelque chose de mieux que Twitter à lire ; sinon, on imagine que c’est ce quelque chose qu’un prix Nobel aurait défendu. Du coup, amis chinois, à vous la joie des "Je mange du riz, c’est bon pour mon gros intestin", "Aujourd’hui, toute ma famille vient d’être exécutée et j’ai reçu la facture des balles : VDM" et autres tweets tout à fait fascinants.Vivement la visite de Barack Obama en Corée du Nord pour défendre le droit à Facebook, pour qu’enfin les nord-coréens puissent adhérer au groupe "Pour ce qui trouve que la prof de matts et nul".

"J'invite tous les français à me rejoindre dans mon groupe "Adolf tu fais iech' rend la France sale tepu, fais pas ton feuj""

"Twitter a avant tout été créé pour informer le monde de l’actualité, et aujourd’hui, c’est un outil majeur pour le journalisme et les médias en général, qui…"

Ah oui ? Alors comme ça, on aurait créé Twitter dans le but d’informer le monde de l’actualité ? Petit négationniste, va, lis plutôt ce que l’on trouve sur Twitter dans la rubrique "à propos"

D’où est venue l’idée de Twitter ?

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Jack Dorsey s’était intéresé (ndla : Twitter, royaume de l’orthographe) au fait de pouvoir savoir ce que faisaient ses amis. Plus précisément, il se demandait si l’opportunité existait de créer quelquechose (ndla : Tiens, même les messages officiels manquent d’espace ?) de fascinant autour du concept du message d’absence. Quand il suggéra l’idée à ses collègues, il fut décidé qu’un prototype serait construit.

Je traduis : Jack, un amateur de Secret Story qui s’étonnait de sa solitude (jamais il ne s’était dit que ses goûts audiovisuels pouvaient avoir un lien avec cette dernière) se retrouvait régulièrement seul devant son logiciel de messagerie préféré. Mais, lorsque ses contacts étaient "absents", Jack était "fasciné" (je le cite) à l’idée de savoir ce qu’il pouvait bien se passer chez D4rk_L0rd ou Pipinoutedu38 ; c’est vrai, comment pouvait on vivre sans savoir s’ils faisaient le ménage, se grattaient leurs croûtes ou noyaient des  chatons ? Jack créa donc Twitter pour être tenu au courant de tout cela : car oui, l’actualité mondiale, Jack, il n’en avait pas grand chose à carrer. Par contre, savoir que Pénélope avait eu du mal à mettre son soutif ce matin, ça lui paraissait essentiel.

"Les réseaux sociaux sont par ailleurs des lieux de réflexion, d’argumentation, d’information, où circulent de nombreux liens concernant les sujets de votre choix…"

Des lieux de réflexion ? Palsembleu, sur Vega du Centaure, peut-être ; mais sur Facebook, c’est un poil plus compliqué. Quant à l’argumentation (souvent vaguement liée à la réflexion), débattre de fond en 140 caractères sur Twitter, c’est que de fond, il n’y en a guère. D’ailleurs, des tweets profonds, on en cherche encore. D’information, c’est vrai : de nombreux sites utilisent ces réseaux pour faire des articles entiers ; l’équivalent du micro-trottoir, consistant à piocher des avis de ci de là pour en faire des articles où, finalement, l’auteur peut écrire tout et son contraire, puisqu’il n’a qu’à sélectionner ce qui va dans son sens. Et puis, ce n’est pas comme si internet était un nid à pipeauteurs, où l’on trouve par exemple des hordes de gros barbus se faisant passer pour des jeunes filles romantiques adorant jouer aux jeux de rôles en ligne, ça non. C’est vrai que pour avoir de l’information de qualité, le micro-trottoir d’anonymes, on a jamais fait mieux. Quant à l’utilisation de liens, c’est il faut admettre que c’est pratique : on tape des mots clés, et l’on tombe sur des hordes de tweets, certains avec liens, qui permettent donc d’avoir un peu de fond sur un sujet donné. Sinon il y a un gros réseau qu’on appelle internet, qui a déjà ses moteurs de recherche, et qui en sus, permet d’éviter de passer par des sélections subjectives d’internautes. Mais c’est tout à fait secondaire.

Valéry est désormais dans une relation "c'est compliqué" avec Lady Diana

"Les partis politiques eux-même s’équipent actuellement de réseaux sociaux pour pouvoir s’organiser et convaincre…"

Mais c’est vrai ça : quoi de mieux que faire son propre réseau social entre personnes du même camp ? Comme ça, elles pourront se convaincre entre elles de voter pour leur propre couleur. Pourquoi utiliser les réseaux déjà existants, où l’on trouve les non-convaincus, qui par définition, vont rarement s’inscrire sur les réseaux politisés ? Réponse d’un patron d’une boîte spécialisé dans le domaine qui vient de gagner beaucoup de sous en vendant un réseau social à un célèbre parti politique "Oui, mais au moins, sur son propre réseau social, on peut faire des groupes privés ; ce qui est impossible sur Facebook" ; heureusement que c’est un professionnel, sinon, on aurait pu penser qu’il mentait comme un arracheur de dents pour vendre un gadget à un parti politique n’en ayant pas réellement l’utilité. Mais je m’égare, revenons-en à notre sujet.

"Par ailleurs, les réseaux sociaux sont des outils très appréciés des internautes qui…"

Mais pourquoi les internautes aiment ils ces trucs ? Voyons voir si Twitter a la réponse…

Pourquoi tant de personnes semblent aimer Twitter ?

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La simplicité a joué rôle capital dans le succès de Twitter. Les gens ont soif de communiquer et Twitter rend cela possible. Twitter pose une seule question, "Quoi de neuf ?". Les réponses doivent faire moins de 140 caractères et peuvent-être envoyées par SMS, messagerie instantanée ou par le Web.

D’accord, ça a du succès car Twitter s’intéresse aux gens en leur posant la plus célèbre des questions, celle que vous posez à vos amis quand vous les croisez et à laquelle ils répondent "Bwof, rien", en haussant les épaules et en relançant d’un "et toi ?" ; mais alors que vous n’arrivez pas à les faire parler, ils se répandent sur Twitter ; si Klaus Barbie avait eu un accès à ce réseau social, nul doute que Jean Moulin aurait lui aussi tout raconté. Bon, par ailleurs, notez que ce propos plombe un peu Barack Obama, dont nous parlions plus haut, puisque du coup, tout ce qu’il demande aux opposants chinois c’est "What’s up ?" ; c’est profond. Comme un tweet.

La démonstration arrive cependant sur sa fin, et les compères présentant les réseaux sociaux, leurs utilisations et l’intérêt qu’il y a à disposer soi-même de son propre outil se mettent alors à sourire tant qu’ils peuvent en se congratulant mutuellement sur leurs performances respectives. Les membres du public, eux, commencent à se disperser en discutant de leurs convictions plus ou moins profondes vis-à-vis des outils présentés. Le premier orateur, celui qui s’était couvert de gel revient finalement dans la salle, l’air soulagé et la main propre, un Iphone dans cette dernière. Notant cet objet et pariant sur la bêtise crasse du jeune homme, je rentre promptement sur l’ordinateur devant moi le nom du malandrin dans Twitter. J’obtiens ce sur quoi j’avais misé, publié quelques minutes auparavant : un bref propos sur sa mésaventure capillaire commençant par "Aujourd’hui" et finissant par "VDM".

En fait, je ne sais toujours pas si c’est bien les réseaux sociaux, mais en tout cas, ça me donne toujours envie d’investir massivement dans les réseaux ferroviaires. La Pologne est si mal desservie.

Laurent a 8 ans.

Laurent est un petit garçon heureux et vif qui aime la nature, les animaux et les parties de football avec les copains. Laurent a aussi un petit lapin, Pipou. Tous les deux aiment courir dans le jardin en faisant la course ; Laurent part alors d’un rire cristallin qui fait plaisir à entendre et donne toujours une bonne feuille de salade à Pipou après l’exercice ; Laurent prend soin de son ami lagomorphe. Laurent est aussi un élève passionné et un excellent camarade. L’autre jour, il avait un paragraphe à écrire sur le thème "Mon avenir, dans 10 ans". Laurent est un garçon à l’esprit agile, et il se dit que pour cela, il pourrait s’aider d’internet. Quelle ne fut pas la surprise de Pipou (en train de pousser comme une bête dans sa litière) de voir Laurent tomber de sa chaise, les yeux révulsés, la langue pendante et pris de convulsion, le tout vomissant des litres de sang alors que ses muscles du bassin se relachaient dans un bruit immonde qui fit rapidement place à une odeur l’étant tout autant.

Laurent venait en effet de taper "avenir" sur Google et avait cliqué par erreur sur le site de Désirs d’Avenir. Le design avait fait le reste, et il avait eu un gros désir d’épilepsie, là, tout de suite.

Pipou le Lapin, orphelin après la perte de son maître. Saloperie de Désirs dAvenir.

Pipou le Lapin, orphelin après la perte de son maître. Saloperie de Désirs d'Avenir.

Pendant ce temps là, chez nos amis journalistes.

Attention ! On ne va pas parler de tous les journalistes (il y en a de très bons, heureusement !), mais attardons nous sur les rois du scoop quotidien, du buzz en chassant un autre.

Bref, chez nos amis journalistes, on commençait à avoir fait le tour de la question Hortefeux & l’Auvergne (en se contentant chaque jour de répéter sa dernière annonce, on allait pas essayer de faire la liste de tous ses changements d’excuses histoire de montrer que ça ne tenait pas debout : depuis quand un journaliste devrait analyser l’actualité au lieu de répéter consciencieusement des communiqués officiels ?), et voilà t-y pas que pour changer un peu d’air, Dame Ségolène avait invité tout le monde à venir voir sa prochaine déclaration sur son nouveau site tout neuf. Grosso modo "Venez chez moi, vous allez voir, c’est superbe et tout neuf, j’ai fait venir Valérie Damidot", et en arrivant "Ha oui, houlà, effectivement, t’as aussi dû faire venir Louis la Brocante apparamment", disent les invités. On appelle ça "chercher la merde", dans le jargon.

Et ce qui devait arriver arriva : toute la presse décida alors de s’emparer de la chose. Un grand quotidien national décida par exemple de dire que bon, ce site, c’était vraiment un manque total de crédibilité et de professionnalisme. Et sur quoi se basait-on pour faire cet article ? Mais sur des Twitters bien sûr ! Un journaliste donnant des leçons de professionnalisme en se basant sur des statuts twitters, c’est quand même beau. Les autres quotidiens le lendemain reprirent les informations de ce premier quotidien, etc.

Twitter, Facebook & co, nouveaux outils du journalisme moderne.

Il fut un temps, on vérifiait ses sources avant de publier quoi que ce soit. A ce qu’il parait que ça s’appelait du "journalisme" (un truc ésotérique pseudo-intellectuel) ; bon, et puis plus le temps a passé, plus on s’est dit "Bon, là on a le choix : soit on balance l’info avant tout le monde et on a un scoop, soit on vérifie nos sources (on fait notre métier, quoi) mais on prend le risque que quelqu’un d’autre nous grille pendant ce temps". Et le second choix est souvent resté dans un placard. Souvenez-vous, entre autres :

  • Pujadas expliquant qu’il y avait eu des suicides d’adolescents au Japon par absorption de poches de silicone suite à une sortie repoussée de jeu vidéo (en réalité, une simple blague faite sur un site de geeks en rapport avec l’imposante poitrine des jeunes filles du jeu en question)
  • Elkabbach annonçant la mort de Pascal Sevran (en fait, une pauvre intoxication informative de base non recoupée, qu’il tenta de rebalancer sur un stagiaire qui passait)
  • La horde de journalistes demandant du sang et déterrant des témoignages bidons au procès d’Outreaux (avec les conséquences dramatiques que l’on a connu)
  • Et les mêmes, le jour où ils présentaient leurs excuses (c’est suffisamment rare pour être noté) pour avoir raconté n’importe quoi à cette occasion, remettaient le couvert avec le juge Burgaud (en chargeant le mulet avec des faits qu’il n’avait pas commis, encore une fois non vérifiés). Ils ne s’en sont pas excusés, cette fois-là.
David Pujadas est un grand journaliste : debout sur sa chaise, il peut en effet toucher le haut de son écran

David Pujadas est un grand journaliste : debout sur sa chaise, il peut en effet toucher le haut de son écran

Bon, et je vous passe le Kosovo, la Géorgie, et autres pays pauvres où on va pas aller vérifier nos informations, nom d’une pipe, c’est encore un coup à se prendre une rafale de kalachnikov ou à filer de la thune à des laveurs de pare-brise aux feux. Et ça, jamais, casse toi salopard de yougo, tu vas me rayer la carosserie.

Et pourtant, déjà que c’était pas brillant, voilà que l’on se met à utiliser les "réseaux sociaux" pour faire l’information. Un jeune sociologue avait d’ailleurs tenté sa chance en mettant sur son twitter une information bidon. Le lendemain, il retrouvait dans de grands quotidien ses propos repris dans divers articles. Intéressant n’est-ce pas ? En tout cas, moi je trouve ça plutôt révélateur. Dans tous les cas, ça n’a pas empêché le cirque de continuer.

Il faut dire que ça vaut le coup : lire que GroGollum87 pense que "C-golène elle pu du Q", que Dar]<_VadORoXoR trouve "Sarko daimago" ou que Lapetitepucedouce affirme "On paie déjà trop d’impôts, ça suffit", ça c’est du putain de journalisme,, quasiment le micro-trottoir d’internet. Une sorte de Néo-Poujadisme version Web 2.0 qui affirme que le "Bon sens des internautes" vaut toutes les enquêtes poussées du monde. Quid de l’enquête ? Des sources ? Quid du fond et non de la forme ?

Déjà que je ne suis pas fan des aventures rocambolesques de Facebook et Twitter ("Je suis dans le train" ; "Je suis à table" ; "Je vais au travail" ; "Je suis en train de chier un étron d’anthologie" ; "Je lis Harry Potter dans mon bain" ; "Je suis en train de me faire agresser, au secours"), mais faut reconnaître que ça en fait des informations, dites donc. Moi, là-dedans, je ne sais pas laquelle je prendrai pour faire mon article. Remarquez, il y en une qui me tente pas mal. Je ne vous dis pas laquelle, je vous laisse chercher, petits oisifs.

Par ailleurs, de grands sites d’information en ligne, ont laissé de plus en plus de places à des spécialistes du genre, comme Le Post, sorte de sous-journal qui a toujours des titres chocs : "Du nouveau dans l’enquête sur la mort de la jeune lycéenne, son amie témoigne en exclusivité", et un contenu qui l’est moins comme "En effet, son amie affirme que son facebook est toujours ouvert, vous pouvez y lacher vos coms". Le Post, le site qui monte, bien qu’étant au journalisme ce qu’un soutien-gorge est à Jane Birkin.

Je suis assez impatient de savoir quand les Skyblogs seront couverts dans les lois sur la protection des sources.

D’ailleurs, au moment où j’écris ces lignes, j’ai sur mon bureau un dossier intitulé "La crise de la presse". Attendez, des mecs qui créent des infos pourries (à base de Twitters) puis les refilent aux autres, c’est pas ce qu’on fait les banques avec des crédits il y a peu ? Vivement que l’Etat renfloue les journaux pour qu’ils surmontent la crise.

Et surtout, vivement que notre Président moralise le journalisme. Il est plutôt bon, dans ce domaine.

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