Comme souvent après les élections, je suis grognon.

Non pas à cause des résultats des élections – c’est mon côté beau joueur et mon amour des chansons bavaroises – mais des réactions indignées et des commentaires constructifs de tout et tout le monde, avant de recommencer comme avant. Et puisque se répéter ne semble déranger personne, en sus du dernier article post-électoral, je propose  donc un petit complément que voici.

Comme d’habitude : on clique.

Europclick

Il faut croire que ça m’amuse : c’est probablement le plus inquiétant.

Et on s’indigne, bien sûr.

Hier soir en France, c’était soirée électorale.

Pour celles et ceux qui auraient loupé ce merveilleux moment et seraient bien embêtés, pas de panique : votre serviteur a prévu le coup et vous propose une crypto-spoil graphique résumant 97% de ce qui a été dit, ainsi que, grâce à mes grands pouvoirs d’ancien des cabinets politiques (rappelons que pour une somme tout à fait respectable, ami élu, je rôde dans votre ombre et souffle mon haleine parfum cigare à votre oreille), ce qui sera dit lors des prochaines soirées électorales.

Aperçu

Cliquez donc sur l’image, mes bons !

On se retrouve donc dans cinq ans pour voir si l’on donne tort à l’Odieux Connard que je suis.

Ça vous est tous arrivé un jour.

Alors que vous étiez en train de lire un quelconque ouvrage, ou de réviser on ne sait quelle leçon, arrivé en bas de la page vous avez réalisé que vous n’aviez pas la moindre idée de ce que vous veniez de lire. L’inquisition espagnole aurait pu défoncer la porte et vous sommer d’expliquer le sens de ce que vous veniez de consulter en vous menaçant de quelconques abominables tortures, comme de vous faire assister à une conférence de Bernard-Henri Lévy, vous n’auriez su trouver le moindre mot pour résumer ce que vos yeux étaient supposés avoir assimilé.

Pourtant, en relisant, tout cela vous disait bien quelque chose : vous l’aviez lu, mais votre cerveau n’y avait trouvé aucun sens.

C’est exactement le métier des experts, non pas ceux de la série à base de caméra qui zooment suffisamment pour pouvoir accuser Cricri la fourmi du meurtre de Crocro le haricot, mais bien de ces abominables créatures dont la vie consiste à rédiger des textes imbitables et des Powerpoints qui attaquent la rétine (mais si, ceux où chaque changement de diapo a une animation différente, souvenez-vous), et dont l’objectif ultime est de se faire payer pour intervenir lors d’interminables réunions auxquelles tout le monde assiste mais personne ne trouve d’intérêt (à part de faire avancer la cause de l’euthanasie).

Et bien, parfois, il arrive que l’un de ces experts soit pris sur le vif : c’est le cas de Jacques-Alain Miller, psychanalyste hantant les colonnes du Point pour expliquer longuement aux lecteurs en quoi sa science et son expertise lui permettent de disséquer la situation politique française mieux que personne. Et si cela fait trop longtemps que vous n’étiez pas tombé sur un texte capable de vous anesthésier le cerveau dès le premier paragraphe, alors régalez-vous : l’article complet est . Aussi, plutôt que de critiquer le quelconque baratin d’un expert classique lors d’une réunion, observons tous ensemble le propos d’un de ces fameux larrons pour avoir ainsi une référence commune à bâcher.

Pour ceux qui n’auraient pas suivi la situation politique française de ces dernières semaines, puisque vous étiez trop occupé à chercher un article capable de vous expliquer quel était l’intérêt de la WiiU (à ce qu’il parait qu’on peut en trouver sous le sabot des licornes) ou simplement que vous habitez une contrée sauvage et reculée comme le Québec (ne nie pas, ami trappeur), permettez-moi de résumer la semaine dernière :

L’UMP, principal parti de droite de l’échiquier politique français, organisait des primaires pour désigner son prochain patron. Hélas, les deux candidats arrivés au coude à coude, Jean-François Copé et François Fillon, ont eu bien du mal à se départager, se proclamant tour à tour vainqueur et accusant l’autre d’avoir triché comme de vulgaires équipes d’Intervilles. Finalement, diverses commissions ont proclamé Jean-François vainqueur d’une poignée de voix, et François a décidé de faire tous les recours possibles puisque continuant de douter des résultats. Finalement, et après s’être bien bagarrés, François a fait appel à Alain Juppé, éminence grise locale, pour qu’il vienne essayer de trouver une solution diplomatique en s’interposant tel un petit casque bleu (ou une vachette, si l’on reprend la référence précédente).

Vous avez compris ?

Jean-François et François se chamaillaient pour savoir qui avait gagné, et Alain a été appelé pour une mission bisous.

Rien de bien compliqué.

Dans le monde des experts, tout le monde s'éclate en réunion et meurt d'envie de les entendre un peu plus analyser les choses

Dans le monde des experts, tout le monde s’éclate en réunion et meurt d’envie de les entendre un peu plus analyser les choses

Du moins, jusqu’à l’intervention de Jacques-Alain Miller, expert et psychanalyste, rien que ça, qui à défaut de vous expliquer la situation a… heu… bon, regardons ensemble la puissance de notre expert local ! Et attention, parce que là, on peut carrément parler d’artiste. Lisez plutôt.

Le jour se lève, le cessez-le-feu tient toujours. On respire. On attend le « teafortwo-plus un » prévu dimanche à 19 heures, qui doit réunir à Paris Jean-François Copé et François Fillon à l’initiative d’Alain Juppé.

Premier paragraphe et première ligne : on reconnait l’expert à sa capacité à caser des anglicismes pour un oui ou pour un non. Par exemple, ici c’est plutôt pour un non, puisqu’en fait, ça n’a rien à voir avec un tea for two puisqu’ils sont trois et que notre homme lui-même l’admet. Mais bon, il avait envie, alors il l’a mis parce qu’il trouvait ça rigolo.

C’est à cela que l’on reconnait les pros.

On voudrait s’y introduire, n’est-ce pas, comme une petite souris. Une journaliste politique, Geneviève Tabouis, est restée célèbre pour ses émissions de radio, les Dernières nouvelles de demain, qui débutaient sempiternellement par la formule : « Attendez-vous à savoir… » Nous n’avons ici ni ses dons de pythonisse, ni ses réseaux d’informateurs privilégiés. Voyons si nous pouvons risquer quelques prévisions en prenant les choses comme Rouletabille, par « le bon bout de la raison ».

L’expert aime aussi le name-dropping, le name-bombing (oui, moi aussi je sais mettre des anglicismes partout) et autres petits bonheurs qui servent ici à dire « Vous vous souvenez de Machine ? Ouais, Machine et son émission et tout… vous voyez ? Non parce que moi, je connais bien. Et bien en fait rien à voir ! ». Je ne sais pas vous, mais quelque chose me dit que le Monsieur est payé au caractère. A défaut de rouler ses billes, autant les placer.

[...] La Maison Fillon sera dépecée. Une négociation s’entame. Demandons-nous quel est, pour chacun des protagonistes, son impératif majeur.

Nous dit-on quelques lignes plus bas. C’est rigolo de mettre dès le début de l’article sa conclusion « Fillon a perdu« . Savourons le type qui commence son analyse par un constat sorti de nulle part pour s’appuyer dessus par la suite. Mais c’est vrai que c’est pratique, tout de même puisque du coup on a toujours raison. On appelle ça un axiome, c’est très rigolo comme principe. « Mais non, je n’ai pas tort puisque j’ai dit que j’avais raison !« .

Mais ne nous arrêtons pas là, car après quelques paragraphes de vent à répéter la même chose, notre homme décide de continuer sa fine analyse dans ce qui, je le rappelle, prétend être un site de journalisme :

Le principe de Jean-François Copé fait-il la preuve de son égoïsme ? Mérite-t-il une censure morale ? Est-ce le fait d’un « voyou », comme le suggère Marianne ce matin ? Non, pas nécessairement. Le président en exercice de l’UMP soutient que ce n’est que justice que de lui reconnaître sa victoire, et, dit l’adage, « Fiat justitia, et pereat mundus », traduit par « Que justice soit faite, quand bien même le monde devrait en périr ». Ce fut la devise de Ferdinand Ier, empereur du Saint-Empire germanique, et Kant la commente dans l’une des annexes de son Projet de paix perpétuelle de 1795. Cette sentence, juge-t-il, est cavalière, mais elle est vraie, et elle témoigne de « l’idée, rationnelle et pure, d’un devoir-être inconditionnel » (J. Boulad-Ayoub, « La prudence du serpent et la simplicité de la colombe… », 1997).

Si vous regardez bien, sur un paragraphe de 7 lignes, seules les deux premières ont un rapport avec le sujet. A partir de la 3e, notre puissant psychanalyste se contente de coller lui-même un adage puis de l’analyser en balançant des références et citations pour faire mec qui a travaillé son sujet. Sauf que ça n’a aucun rapport avec la choucroute. La choucroute est un plat typique du Saint Empire Romain germanique, et comme le disait Léopold-Guillaume d’Hasbourg « Ch’est bon« . Cette sentence, certes cavalière mais bien vraie, témoigne du fait que la choucroute est à la fois « délicieuse, fournie bien que parfois bourrative, et du genre à parfumer le lit conjugal » (A. Misou-Misou, « Musique de chambre et pétomanie, ode aux plus grands airs »). Hooo bon sang, je ne sais pas ce qui m’a pris je… je… je crois que je suis fin prêt à écrire pour le Point.

Kant détermine le « mundus » ici en question comme « les méchants en ce monde », et on voit en effet Jean-François Copé prêter à François Fillon des motifs infâmes : ressentiment, envie, mépris du suffrage universel, invitation au suicide collectif… On dira que c’est fort injuste pour François Fillon, et qu’il est dans cette affaire le gentil, l’homme honnête, décent, désintéressé, qui n’a pas d’autre impératif avoué que : « Il faut sauver l’honneur du parti ! » Sans doute. Cependant, l’honneur d’un parti politique, c’est là une notion très aventurée, dont il n’est pas avéré qu’elle ait la moindre traduction pratique. Même à admettre que l’honneur d’un parti politique est quelque chose qui puisse se perdre, rien ne prouve qu’il ne puisse se raccommoder, comme le pucelage des filles de Venise selon Casanova. D’une façon générale, concernant les rapports de la morale et de la politique, les propos de François Fillon et de ses partisans témoignent d’une conception qui les a mis hors jeu, comme on le verra en revenant à la négociation en cours à l’UMP.

Si vous ne vous êtes pas endormi à mi-chemin (mais je sais que vous êtes fort puisque vous me lisez ; très honnêtement, je ne serais pas moi, je ne me lirais pas, je suis beaucoup trop bavard), et que vous êtes toujours en train de chercher ce que Kant et Casanova viennent faire dans cette analyse qui pour l’instant, ne dit strictement rien à part « Vous voyez, je vous l’avais dit que François Fillon s’était perdu, bon, je n’ai toujours amené aucun fait, mais promis, je le fais plus tard« . Et comme vous l’aurez deviné : ça n’arrivera pas. Peut-on raccommoder l’honneur d’un crypto-journaliste ? Qu’en dirait Casanova ? En parlerait-il aux filles de Venise ? Ou est-ce un coup à les faire fuir tant elles ont autre chose à faire que d’écouter du vent ? Quant à Kant, que vient-il faire là, à part sonner de manière rigolote dans « Quant à Kant » ? Mystère.

D'autres adeptes du name-bombing : les hipsters. Un principe rigolo, qui consiste à dire qu'à défaut de comprendre quelque chose, on connait quelqu'un qui sait.

D’autres adeptes du name-bombing : les hipsters. Un principe utile pour eux qui consiste à dire qu’à défaut de comprendre quelque chose, ils connaissent quelqu’un qui sait. Intelligence et éducation, deux choses différentes.

On peut raisonnablement prévoir son issue. Il suffit de s’inspirer de la théorie mathématique des jeux, voire simplement de la théorie des ensembles. Dans le contexte du duel Copé-Fillon, dont l’enjeu était la présidence de l’UMP, nous étions devant un jeu « à somme nulle » : ce que l’un perd, l’autre le gagne, et vice versa ; c’est Fillon le président, ou c’est Copé. Pas de milieu. Tout change avec l’apparition dans le jeu d’un nouveau joueur, Alain Juppé. Non pas que nous ayons maintenant trois joueurs. Comme nous l’avons expliqué, il se substitue au joueur Fillon. Seulement, et tout est là, il ne s’y substitue pas à la même place.

Vous connaissez la théorie des jeux ? La théorie des ensembles ? Non ? Ce n’est pas grave, lui non plus.

La preuve : en fait, il ne va plus en parler, ni même y faire référence, c’était juste pour les caser. Ce n’est pas beau, ça, tout de même ? Mais là encore, personne ne lui a fait remarquer.

Notez d’ailleurs le : « Non pas que nous ayons maintenant trois joueurs. Comme nous l’avons expliqué, il se substitue au joueur Fillon. Seulement, et tout est là, il ne s’y substitue pas à la même place. »

Attention, définition du verbe « substituer » selon le Larousse : Mettre quelqu’un, quelque chose en lieu et place de quelqu’un, de quelque chose d’autre. « Substituer (se) » : Prendre la place de quelqu’un, de quelque chose. Mais ce n’est pas grave, notre expert et journaliste n’a pas froid aux yeux : il vous explique que quelqu’un prend la place de quelqu’un d’autre, mais pas à la même place. Hmmmoui, on peut appeler ça du caca. Aussi. Mais c’est un peu direct, il ne faudrait pas brusquer l’animal. Je rappelle tout de même qu’il écrit dans un journal ayant pignon sur rue, si en plus il faut faire des phrases qui veulent dire quelque chose, mais où va-t-on ?

Le fait capital, c’est que, désormais, l’enjeu n’est plus le même. Alain Juppé a su l’énoncer avec une parfaite lucidité. Jeudi après-midi, dans le communiqué où il posait son premier « ultimatum », il écrivait ceci : « Ce qui est désormais en cause, ce n’est plus la présidence de l’UMP, c’est l’existence même de l’UMP. » Ce dit est transformationnel. Il change la nature même de la situation, et la logique qui l’anime. Nous n’avons plus affaire à un jeu à somme nulle, où les joueurs sont des adversaires se disputant le même gain. À la différence du duel Copé-Fillon, le duel Copé-Juppé est un jeu du type coopératif.

« Coopératif« . Là encore, un mot relativement compliqué, puisque non seulement faire des duels coopératifs est relativement compliqué, mais en plus, rappelons que la « coopération » était tellement amicale qu’au final, elle n’a duré que 25 minutes, mais j’y reviendrai (et moi, je le fais : mais je n’écris pas dans un grand journal, je ne dois pas savoir, enfin je dis ça…). Ah et au fait, sinon, François Fillon là-dedans ? Non parce que qu’il est quand même un peu à l’origine de tout cela, ça vaut le coup d’encore en parler ou bien ? Non ?

Et bien non. Oublions-le.

Quel sens de l’analyse. C’était quand même pas compliqué : il n’y avait que trois personnages à retenir. Dont deux impliqués depuis le début et un qui se proposait de débarquer le temps d’une réunion. Résultat ? Et bien notre expert vire l’un des principaux protagonistes et garde celui qui vient à peine d’arriver. Je… d’accord. Et donc, comme ça, vous êtes expert en analyse politique. Ah. J’espère qu’on vous ne confiera pas la question du Moyen-Orient un jour sinon, j’imagine bien : « Bon, dans le conflit Israël-Palestine, je pense que ça ne vaut pas le coup de parler d’Israël. Les conflits avec plus d’une personne, c’est trop compliqué« .

Simplifions. D’un côté, « sauver l’UMP ». De l’autre, « sauver la présidence Copé, l’UMP dût-elle en périr ». L’impératif Juppé est-il incompatible, antagoniste, avec l’impératif Copé ? Réponse : les deux se recoupent partiellement, il y a une intersection, et c’est précisément « l’existence de l’UMP ». Pour simplifier encore davantage, disons que nous sommes devant une situation de « choix forcé », au sens de Lacan, et qu’il illustre de l’exemple « la bourse ou la vie » (cf. Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, 1973).

En 5 lignes, il y a deux tentatives de simplification, dont une faisant référence à un livre que tout le monde n’aura pas lu, tant Lacan sert plus à caler les bibliothèques qu’à les remplir. Mais c’est pas mal ; « Simplifions et article : il s’agit d’une « bouse à grumeaux » au sens de Diomède, comme on peut le trouver dans mon livre de chevet, Diomède contre Goldorak, 2007« .  Mais rassurez-vous, j’exagère quelque peu : l’homme développe sa « simplification », me laissant là aussi dubitatif quant à la présence d’un dictionnaire à ses côtés.

Vous voilà arrêté sur une route de campagne par des brigands de grand chemin, comme le jeune Barry Lyndon dans le film de Kubrick. Le capitaine Feeney, les armes à la main, vous réclame votre bourse. La lui donner ou pas, vous êtes libre, vous avez le choix. Si vous cédez, vous perdez votre bourse. Si vous résistez, vous perdez et votre bourse et la vie. Dès lors, votre choix est forcé. Vous livrez votre bourse, puisque, dans tous les cas, elle est déjà perdue. Le choix entre les deux termes proposés se limite donc à perdre les deux, ou bien n’en conserver qu’un, toujours le même, la vie, certes écornée d’une perte inévitable..

Après un peu de name-bombing, notre puissant larron nous donne donc un exemple pour vous expliquer la situation… qui là encore, n’a aucun rapport. Puisqu’il vous explique que voilà, dans la bourse ou la vie, vous perdez automatiquement la bourse. Sauf que dans le cas présent, aucune perte n’est automatique, puisque c’est d’ailleurs tout l’objectif des négociations en cours, et celui de tous les participants : il n’y a donc aucun rapport.

Excellent exemple : l'un des thèmes de Barry Lyndon est

Excellent exemple : l’un des thèmes de Barry Lyndon est « Peut-on baratiner tout le monde » ? Le bougre n’a pas dû le regarder en entier.

Un détail, évidemment. Un de plus.

Sauf bien sûr, si on sort de son chapeau un raisonnement débile pour expliquer que si, si, perte inévitable il y a.

Dès lors que l’impératif d’Alain Juppé est le « primum vivere », la vie de l’UMP (et il n’est entré dans le jeu que pour le promouvoir), les jeux sont faits : Jean-François Copé gardera la présidence. Quant à François Fillon, il est hors jeu. Il est là, mais ce n’est que pour signer sa reddition. La question de savoir si on lui permettra de sauver la face, et de quelle manière, n’intéresse pas notre logique.

Ah. Bon bin, nous dit-on : François Fillon va se faire défoncer quoiqu’il arrive. C’est rigolo parce que l’ensemble des faits semblent donner tort à notre auteur, encore une fois, mais que sont les faits face à une analyse de pareille qualité ? Et puis d’ailleurs, il a bien raison : « savoir si on lui permettra de sauver la face, et de quelle manière, n’intéresse pas notre logique. ». Car oui, là encore, c’est tout à fait clair : cela n’intéresse pas la logique d’un analyste, de savoir si un duel autour de la tête d’un parti, une main sera tendue pour éviter l’implosion dudit parti… là encore thème central de l’article.

On imagine bien le rédacteur en pleine conversation avec son relecteur.

« Attends mais en fait, ton article parle d’une problématique et finalement tu n’en parles pas. Par contre tu cases Kant et le Saint Empire Romain Germanique, tu m’expliques ?
- Ouais c’est un truc intellectuel, tu peux pas comprendre. Tu n’as pas dû assister à assez de réunions.
- Mais c’est malhonnête !
- Pas si je dis… attends, passe-moi mon papier…. gnnn… ça… nous… intéresse… pas. Voilà.
- Ah oui, ça marche vachement mieux maintenant. Z’êtes fort quand même.
- L’expérience petit. J’ai tout appris aux éoliennes. A part la partie productive. »
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Et parce qu’un bon article ne finit pas sans une bonne conclusion :

Bien que purement formelle, notre analyse de ce samedi matin nous amène donc à prévoir que la « médiation Juppé » ne capotera pas, quels que soient les aléas qu’elle rencontrera. Des soubresauts, des affects, il y en aura, mais ils se plieront en définitive à la logique du choix forcé.

Voilà. Donc ça, c’était samedi dernier, la veille de la fameuse rencontre. Notre homme, après avoir pinaillé des heures, expliquait donc que quoiqu’il arrive, c’était plié et tout allait rouler. Résultat ?

Dimanche, Alain Juppé est allé voir François et Jean-François, au bout de 25 minutes, il s’est barré en disant que tout le monde était trop con, et Jean-François a expliqué en coulisses qu’il était bien content de s’être débarrassé de ce fauteur de troubles qui venait tenter de lui piquer la couronne. Et dans la foulée, François est parti en emmenant avec lui une partie des députés du parti, sans compter un bon paquet de militants qui ont rendu leur carte de dégoût.

« Coopératif » et qui « ne capotera pas« , donc ?

Chez les vrais journalistes, quand on raconte n’importe quoi, en général, on s’excuse un peu après. Mais à la rédaction du Point, non. On fait même mieux.

« Hey, salut Michel !
- Salut Gégé.
- T’as vu ce qu’il s’est passé dimanche ? En fait, on a grave raconté n’importe quoi !
- Qui c’est qui s’occupait de l’article ?
- Un expert vaguement médiatisé…  Jacques-Alain Miller. J’ai pas trop compris le rapport entre la psychanalyse et la politique, mais en tout cas il s’est planté comme un gros busard.
- Super, réserve-lui la prochaine tribune sur le sujet. »

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Et ce qui fut dit fut fait. Oui, c’est complètement surréaliste, mais c’est comme ça. Et non, personne n’est allé bâcher ce fameux commentateur : il s’en est même trouvé pour l’inviter et disserter avec lui de l’actualité. D’ailleurs, pour le coup, plutôt que de recommencer l’exercice à nouveau, l’article en question étant aussi consternant – si ce n’est plus – que le précédent,  je vous laisse tout seul profiter du festival : on vous explique que ça y est, c’est fini, qu’il n’y a jamais eu de problème (ah oui, quand même), et que tout cela a été « très adroit« , soit l’exact opposé des faits, mais là encore, ce n’est pas grave, puisqu’après tout, personne ne semble rien dire.

Et là encore, tout une série de professionnels n’ont vu strictement aucun problème à non seulement raconter à peu près n’importe quoi dans ses colonnes, mais aussi à recommencer sans même prendre en compte le fait que c’était complètement à côté de la plaque.

Du vent, des erreurs grossières et une mauvaise maîtrise d’un sujet pourtant connu enrobé d’une teinte de professionnalisme semi-intellectuel étalés sans vergogne à un public à qui l’on prétend analyser la situation, sans compter que le coupable est aussitôt invité à revenir pour recommencer…

Mesdames et Messieurs : on applaudit bien fort les experts.

La communication est un domaine qui m’échappe.

Non pas parce que mes tympans prennent feu à chaque fois que quelqu’un abuse des mots en -ing et autres anglicismes, choses répandues en ce domaine (avec le tutoiement à outrance, car le communicant sitôt qu’il vous a serré la main se prend aussitôt pour votre meilleur pote, y compris quand il s’agit de demander un service, prouvant ainsi que communication et empathie font deux), mais plutôt parce que les mystères produits par les sombres séides qui y travaillent me laissent pantois. La chose serait anodine, bien sûr, s’il n’y avait en ce moment une foire à l’absurde en direct dans tous les médias : les frémissements du début de la campagne présidentielle.

Alors évidemment, on pourra me rétorquer que nous n’en sommes plus ni aux frémissements, ni même au début, mais bon, hein, je vous rappelle que l’UMP n’a toujours pas de candidat et que nous n’avons aucune idée de qui ils vont présenter (même si personnellement j’hésite encore entre Dominique Le Sourd et Jean-Claude Mignon), aussi il parait difficile de dire que la campagne bat son plein. Et de toute manière, là n’est pas le sujet.

Non en fait, le vrai mystère, c’est comment la communication, qui repousse déjà régulièrement les frontières de l’absurde (les publicitaires particulièrement ont un certain don : feuilletez n’importe quel magazine et ensuite demandez-vous comment quelqu’un a pu déclarer « Et là, on mettrait une photo de nana morte de rire parce qu’elle mange une pomme pour dire que c’est sain et que les fruits sont connus pour raconter de formidables blagues » ou quel esprit malade a pu créer les publicités Orangina, truc tellement vide de sens qu’à chaque diffusion de spot, un philosophe meurt quelque part dans le monde. Mais curieusement, ça épargne toujours BHL, je ne comprends pas pourq… ah, si, en fait, je vois), peut parvenir à un tel niveau de n’importe quoi sitôt qu’elle s’engage dans le domaine mystérieux qu’est la politique.

Une image parmi des centaines : on constate clairement que la pomme raconte quand même super bien celle des deux Belges qui entrent dans un bistrot

Mettons-nous d’accord tout de suite : la politique n’est pas le sujet le plus facile à aborder ; chacun sait par exemple qu’en soirée, nombreux sont celles et ceux à dire « Non, on ne parle pas de politique » parce que a), ils trouvent ça chiant, b), ils ont peur de dire une connerie, c), il y a Maurice qui est présent et est toujours partant pour discuter du sujet, mais à condition que tout le monde soit d’accord avec lui parce que son camp a toujours raison et tous les autres sont des cons.

Mais franchement, ce n’est pas une raison pour nous pondre ça ou ça

Certes, je cite deux exemples du Parti Socialiste, mais c’est surtout parce que je viens de tomber sur la nouvelle chanson de campagne, aussi ai-je décidé de la citer en exemple ; croyez bien que si notre président se représentait, sur le thème dont il est friand de la vaillance de l’homme d’état luttant dans les instants difficiles, je serais le premier à lui proposer le thème de Kirikou comme hymne électoral. Or, il n’en est rien, et je n’ai encore rien aperçu des autres candidats, pas même de Marine, dont j’espérais au moins un hymne de campagne (« Marine, nous voilà !« ) ou un geste de ralliement (« Tend ton bras vers l’avenir !« ). Bref, que disais-je ? Ah, oui.

Oui, donc : QUI peut penser, sérieusement, que l’un de ces trucs sert à quelque chose ? Combien de vis à bois faut-il s’enfoncer dans les narines pour commencer à penser, l’espace d’un instant, que ces créations ont d’autres intérêts qu’à décrédibiliser son propre camp ? Je veux dire : une campagne présidentielle, l’objectif, c’est de faire gagner son candidat, non ? Persuader qu’il est meilleur que les autres, que son programme est plus chatoyant, que la France sera heureuse avec lui et son gouvernement…

Alors quel rapport avec des clips et des chansons ? Non parce que depuis la sortie du premier, on peut lire et entendre un peu partout : « Hou, c’est ridicule » ; certes, j’entends bien, bouger les mains façon « Je scratche un baba-au-rhum, je suis DJ-pâtisser » n’est guère valorisant, mais attendez, la vraie question c’est : « Quelle est l’utilité de cette daube ? » ; imaginons que le signe de ralliement eut été formidable (ce qui, si j’en crois ce que je lis, qui ne s’arrête que sur la qualité de la chose, aurait suffi à faire taire les critiques) ; qu’on eut vu dans ces membres en mouvement une sorte de grâce majestueuse à en faire pleurer les danseuses du Bolchoï, et que chacun se soit levé pour applaudir pareille chorégraphie, mais dites-moi, en QUOI cela aurait eu un QUELCONQUE rapport avec le candidat/le programme/la campagne ?

Ah, bah aucun en fait.

Bon, alors on pourra aussi me répondre que la chose est le fruit des Jeunes Socialistes, qui ont quand même pour président un type qui n’est pas choqué que, d’après ses calculs, la journée scolaire moyenne d’un petit français dure 52 000 heures (ça laisse peu de marge pour les devoirs à la maison après le goûter) et qui peut annoncer sans souci sur Facebook que non, il ne s’est pas présenté à une vraie élection pour être président du mouvement, qu’en fait, c’est la précédente occupante qui lui a proposé le poste (zut, moi qui croyais qu’il y avait une vague histoire de démocratie, tout ça), on comprend quelques trucs, mais quand même : comment les communicants qui encadrent la campagne ont pu laisser passer un truc aussi idiot que ce clip ?

Encore, ils auraient fait leur geste de ralliement un peu plus haut, ça aurait pu éventuellement protéger d’éventuels jets de farine, mais même pas. Heureusement que pour préserver l’équilibre cosmique, en face, chez les Jeunes Populaires, la présidence est à Benjamin Lancar, l’homme du lip-dub (oui, aujourd’hui, beaucoup de liens, mais il faut être documenté pour bien travailler) ce qui donne, en cas de débat présidence jeunes socialistes – présidence jeunes populaires, une sorte de conversation absurde digne de La Ferme Célébrités.

Mais bref ; la vraie question est donc « Comment ces gens peuvent-ils penser que l’on raisonne pour avoir des procédés pareils ?« 

Pour que personne n'oublie jamais les exploits de certains dans le domaine

Je veux dire, oui, effectivement, dans l’antiquité, 50 clampins qui gueulaient sur le forum, ça devait avoir un intérêt (tout le monde se souvient du fameux hymne de campagne de Jules César pour les élections consulaire de -49 intitulé « Pompée, Pompée, enculé« , désormais célèbre dans tous les stades du monde), mais maintenant, honnêtement ? Quel est l’objectif ? Gagner des voix à l’aide de chant et de chorégraphie ? Encore, Shakira se présenterait, je pourrais comprendre parce que bon, un déhanché pareil, ça doit avoir sa petite influence au G20, mais quand même, là, voir des péquins bouger les bras et/ou donner de la voix ? Mais enfin, dans quelle dimension vivent les gens à l’origine de ce genre de trucs ?

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Nous interrompons ce blog pour vous proposer un flash d’une autre dimension.

Au même moment, dans la dimension X.

Le footman #124-B51 s’avança dans la petite salle du Technodrome, observant prudemment les blanches parois alentour sur lesquelles couraient divers câbles plus ou moins entretenus ; après s’être ainsi étonné de ne voir personne dans l’endroit, il s’avança doucement vers la petite table au centre de la salle où trônait une urne à demi-remplie, aux côtés de laquelle reposaient diverses renveloppes et bulletins. Alors qu’il n’était plus qu’à quelques centimètres de l’endroit et que les papiers étaient presque à portée de sa main, une trappe claqua au plafond et un petit écran au bout d’un bras mécanique en sortit ; une voix robotique se fit entendre.

« Bonjour citoyen #124-B51 – vous êtes un citoyen de classe footman – Votre nom civil est Alexander Francis Joshua Roudoudou – Validez-vous cette information ?
- Heu… oui ? – lança timidement le citoyen #124-B51
- Enregistrement validé – Nous vous rappelons que cette élection déterminera qui dirigera la forteresse roulante multi-dimensionnelle de classe Technodrome pour les 8 prochaines années – Validez-vous cette information ?
- Oui je… j’ai compris.
- Enregistrement validé – Vous avez le choix entre deux candidats : Shredder, un ninja qui combat avec une râpe à fromage,  ou Krang, un cerveau parlant qui se déplace à bord d’un robot anthropomorphe en slip – Souhaitez-vous plus d’informations sur les prétendants ?
- Oui, j’aimerais savoir lequel des deux propose de fermer la faille dimensionnelle au travers de laquelle des communicants de chez nous fuient pour se réfugier sur Terre ? Je suis sûr que ça va finir par nous attirer des…
- REQUÊTE ILLOGIQUE – Pour choisir, nous allons diffuser sur cet écran deux clips musicaux – Vous voterez logiquement pour celui qui a le meilleur.
- Moi j’aime bien Shredder quand même. On peut commencer par son clip ?
- Requête validée – CLIP UN : UN FAN DE SHREDDER FAIT DU BREAK DANCE »

Sur l’écran au bout du bras mécanique apparut un type aux cheveux longs s’évertuant à s’agiter en tous sens au son d’une beat box, alors qu’un choeur chantait « Shredder, Shredder, avec lui, ça va le faire« . L’écran s’éteignit finalement et la voix robotique reprit.

« CLIP DEUX : LES JEUNES POUR KRANG FONT DU SMURF« 

Une fois encore, la lucarne électronique s’illumina et apparurent quelques jeunes gens s’évertuant à tourner en tous sens alors qu’entre diverses trompettes on pouvait clairement entendre « Si tu veux pas que ça tangue, choisis Krang !« 

Le footman #124-B51 resta un instant les yeux pleins de larmes, son regard changé sur Krang et son programme : oui, ce clip musical l’avait convaincu de voter pour lui de par la force de ses arguments. Et puis ce refrain… « Ho non, ça tangue ! Viteuh viteuh viteuh : Krang ! » ; il fit un dernier pas vers la table, plia le papier au nom du cerveau amateur de robots géants et le glissa dans l’urne avant de retourner avec impatience travailler dans son secteur de l’immense forteresse mobile errante ; à la seconde où le sas de la salle se ferma derrière lui, il put entendre « CITOYEN SUIVANT !« 

Après ce flash, le blog va reprendre, merci de votre attention.

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Non vraiment, en quoi, à part à dépenser du pognon, ce genre de truc peut bien servir ? Qui pourrait changer d’avis en voyant cela ?

Et comme je l’évoquais plus haut, voilà qui me rend donc d’autant plus perplexe sur la réaction habituelle : « Ho, la chanson/chorégraphie, elle est ridicule » ; non mais en fait ce n’est pas ça le problème, hein, c’est le principe même qui l’est. Et le fait que du coup, à chaque élection, de gens se sentent obligés de pondre ce genre de productions comme un quelconque besoin gastrique soulagé à même nos yeux et nos oreilles.

Evidemment, tout aurait pu s’arrêter là, répétant encore et encore le même modèle incohérent jusqu’à ce que l’humanité connaisse son crépuscule dans le feu nucléaire, si en plus, quelqu’un n’avait pas eu la mauvaise idée d’expliquer à tout ce petit monde qu’il existait un nouvel endroit à souiller à grands coups d’étrons communicatifs : le Internet. Et depuis qu’en plus, on y trouve des réseaux sociaux, le Internet est devenu une sorte de cible formidable que tout le monde vise, mais personne ne sait vraiment trop comment ou pourquoi.

L'homme qui a le mieux compris internet au gouvernement : "C'est une sorte de truc où l'on va discretos au boulot pour poster des conneries sur Twitter"

Par exemple, en ce moment, sur Facebook, c’est un peu le bordel : impossible de vous connecter sans vous retrouver avec des gens relayant des tonnes de trucs sur « Pourquoi mon candidat c’est le plus gentil du monde » ou « Pourquoi les autres sont bêtes et méchants et sentent le prout » , et de préférence, le second (si vous avez un doute sur le sujet, je vous propose deux captures d’écran, l’une des jeunes populaires, l’autre des jeunes socialistes : c’est tellement caricatural que si vous regardez bien, pour savoir qui propose quoi, il faut consulter le site du camp d’en face ; les autres formations politiques me pardonneront de ne me concentrer que sur les deux principales, mais sinon, je risque de ne pas être couché de suite). Du coup, encore une fois, la question se pose :

Qui peut réellement penser que c’est en spammant tout le monde à répétition (oui, spammer à répétition, c’est un pléonasme, je sais mais il fallait appuyer la chose) que d’un coup les gens vont se dire « Ho, merci, à force de me spammer, j’ai envie d’être d’accord avec toi, tu m’as convaincu, et ce n’était pas du tout super lourd au point de me donner envie de tuer toute ta famille » ? Des gens qui au 114e « Enlarge your penis » quotidien, dévalisent toutes les pharmacies du net, désormais convaincus qu’en quelques pilules ils se retrouveront métamorphosés en crypto-éléphants (mais d’Asie, l’éléphant) ? Alors évidemment, on pourrait me dire que « Non non, hein, ça n’a rien à voir avec de la communication, ce sont les militants qui font ça de leur propre initiative !« , mais attendez, ne parle t-on pas des mêmes militants à qui l’on file des « outils de partage » pour faire tourner tout et n’importe sur Facebook ? Qui ont des formations, je cite le programme d’une université d’été de 2011 « Comment devenir influent sur les réseaux sociaux ? » par des gens qui expliquent qu’il y a une formule magique pour ce faire, qu’ils la maîtrisent parfaitement, et qui sont payés pour la présenter, mais qui s’avèrent finalement aussi influents qu’une huître, et en plus, ont des profils Facebook intégralement consultables par le public avec photographies personnelles & co  (véridique) ? Qui ouvrent des sites « réseaux sociaux » qui se disent « copiés sur le modèle de Barack Obama » (la formule magique pour ne pas avoir à argumenter quoi que ce soit « Naaaan mais c’est un truc américain, mais américain cool« ), en oubliant que leur propre camp avait ouvert exactement la même chose, pile deux ans auparavant, et qui oublient donc aussi de l’utiliser, payant donc deux fois la même chose ? Quel est le but ? Faire une campagne axée autour du thème « Regardez comme notre camp est relou, haïssez-le » ? ; « Tenez, si vous pensiez qu’on pouvait gérer un pays, sachez qu’on arrive même pas à gérer un mur Facebook » ?

Aussi, dans la même veine subtile et délicate que ces braves communiquant qui encouragent ces pratiques qui, non seulement n’ont aucun sens, mais en plus sont diablement contre-productives, je vous propose brièvement quelques solutions à des situations fréquemment rencontrées grâce à un habile recyclage de courrier de lecteurs évidemment parfaitement originaux. Jetons donc un oeil.

Cher Odieux,

Une amie à moi n’arrête pas de poster sur Facebook et Twitter des photos de son candidat préféré, mais je n’ai pas envie de bloquer son mur car des fois, elle poste quand même des photos d’elle en bikini, comment faire pour lui demander de cesser sans la froisser ?

Aurélien, 19 ans, Metz

Cher Aurélien,

Il convient d’expliquer à cette damoiselle que non, la politique, ce n’est pas Meetic et que du coup, ça n’a pas grand intérêt son affaire. Puisque c’est sympa un candidat bien fait de sa personne, mais en fait, ça n’a tout simplement aucun rapport avec la choucroute. Par exemple, Lucy Pinder rend mieux sur les photos que Robert Badinter, mais bon, un seul des deux pourrait éventuellement se pencher sur la mallette nucléaire sans que ça ne déclenche un tir vers Moscou d’entrée de jeu.

Et puis de toute manière, en cette saison, elle ne risque pas de poster des photos d’elle en bikini : bloquez-là aujourd’hui, débloquez-là en mai. Et éventuellement, déboîtez-là en juin.

Monsieur Connard, 

Je suis bien embêtée car un ami m’a demandé de participer à l’une des nombreuses campagnes sur les réseaux sociaux des candidats qui veulent le plus de « J’aime » possible. Je n’ai pas bien compris l’intérêt, mais bon, vous savez ce que c’est hein, je n’ai pas de chromosome Y, tout ça, alors je suis sûrement passée à côté d’un truc.

Raphaëlle, 31 ans, Toulouse

Chère Raphaëlle,

Vous abonneriez-vous à une newsletter dont vous ne voulez pas ? C’est le même principe : écrivez donc à Mark Zuckerberg de votre plus belle plume en lui demandant de bien vouloir rajouter l’option, juste à côté du « J’aime » Facebook « Je n’en ai strictement rien à foutre« , avec un gros doigt comme illustration.

Vous découvrirez ainsi que non seulement cela vous permettra de répondre aux demandes insistantes de vos amis, mais qu’en plus, vous aurez enfin une option pertinente pour répondre à leurs statuts « Attends le train« , « En cours de maths » ou « Ah, une bonne douche !« 

Mark, si tu me lis, voici le bouton dont je rêve

Cher Monsieur,

Est-ce vrai que toutes les civilisations ne se valent pas ?

Bien à vous,

Jean-Marie, 88 ans, Paris

Cher Jean-Marie,

En effet : tous les Civilizations ne se valent pas. Surtout le 4 qui rame pas mal en fin de partie.

Cher Connard,

Vous prétendez suivre, mais j’ai bien vu que vous ne suiviez personne sur Twitter ; or, la campagne se passe aussi là-bas ! C’est ça, le Internet ! 

Nadine, 5212 ans, Toul

P.S : Vous ai-je déjà dit que le Président était génial ?

Chère Nadine,

A partir du moment où l’on estime que l’on peut discuter sérieusement de politique sur un site qui limite l’argumentation à 140 caractères, il faut commencer à se poser de sérieuses questions sur la richesse de son propre propos.

Par contre, pour raconter que Truc a dit ceci ou cela sans vérifier les sources avant d’ajouter les mots « Honteux« , « Caniveau » ou « Boue » dans un coin, c’est super.

Cher Monsieur,

Je pense que vous avez tort. Vous n’avez rien compris à la notion de partage sur internet

Maxime, 29 ans, Limoges

Cher Maxime,

C’est faux. D’ailleurs, j’aurais bien répondu avec quelque chose d’argumenté, mais il est vrai que nous sommes sur internet, où les gens sont forcément des cons à en croire ce qu’on leur propose, et où donc on peut leur balancer n’importe quoi  pour faire du « buzz » ; j’aurais pu passer deux jours à élaborer une réponse, à la mettre sous forme de vidéo avec chiffres et schémas à l’appui pour présenter de manière simple et pédagogique ma réponse à votre problématique, voire quelques idées, mais je me suis dit que j’allais plutôt passer ce temps là et l’argent allant avec dans une chanson de la même durée qui ne vous apprendra rien, n’est même pas bonne à écouter et n’est, finalement, ni une chanson, ni un discours, mais juste du rien.

C’est débile et absurde ? Personne de sensé ne pourrait laisser passer quelque chose d’aussi gros ?

Bravo : vous avez compris le problème.

Ha, je sais, c’est facile.

Tout le monde se rue sur le lipdub c’est jeunes de l’UMP, les « Jeunes populaires » pour les moquer. C’est mal.

Aujourd’hui, entre ça et « Johnny Halliday a mangé une fraise« , « Johnny Halliday a dormi » et « Johnny Halliday a eu un gaz à 10:37« , on peut dire qu’il s’en est passé des choses dans le monde d’après les journaux télévisés. Cependant, puisqu’en ces lieux, nous décryptons le cinéma, je ne vois pas pourquoi nous nous priverions d’une vidéo d’une aussi grande qualité que celle réalisée par les jeunes pop’ , comme ces derniers aiment à s’appeler.

Il faut dire qu’ils sont doués : la vidéo est certes ridicule, mais tout le monde en parle. Comme quoi, quelque part, le but recherché est atteint. Alors, devant ce constat, mesdames et messieurs, et pour éviter le supplice du visionnage, décryptons et spoilons cette vidéo (je mets le lien pour les plus aventureux) et ses puissants messages.

Tout commence sur un fond noir…

Un bruit se fait entendre, celui des lettres changeantes annonçant un vol dans un aéroport, alors qu’on perçoit en fond le brouhaha d’une foule. Qu’écrivent ces lettres ? « Bamako », « Kaboul », ou autres destination pour Auvergne’s charters ?

Non ! Il est écrit : « Le pire risque, c’est celui de ne pas en prendre » (00:09)

Et c’est le parti conservateur qui vous le dit ! En tout cas, il est vrai, le risque, là, ils l’ont pris avec ce lipdub. Et probablement dans la g… oui, enfin ils l’ont pris, quoi.

Bref, ça commence ! Chut ! Une petite main masculine tient un Iphone (chez les jeunes pop’, pas de téléphones de prolo) où elle compose de ses petits doigts agiles : « Tu nous rejoins ? » (00:15) l’écran se divise alors, et dans un nouveau cadre apparaissent quatre jeunes visiblement désireux de soutenir l’industrie de la chemise à carreaux qui tapent dans la main de leur nouveau copain qui vient d’arriver : Jojo Four-Wheels, le gangsta en fauteuil de l’UMP (00:21). On suit dès lors au travers d’un plan serré sur ses roulettes son chemin avec ses copains rigolards jeunes et beaux jusqu’à une gare où ils se dirigent vers un TGV.

 

Avec mon Iphone, j'invite tous mes Pop'potes !

A noter que lorsqu’on a le plan sur leurs pieds (c’est cool les plans sur les pieds, Tarantino aussi aime ça) lorsqu’ils franchissent les marches (00:25) de la voiture, pas de roulettes, et plus de Jojo ! Ce petit sagouin a probablement demandé de l’aide pour monter son fauteuil, et ses camarades ont dû lui dire qu’il n’avait qu’à chopper l’ascenseur social, ce sale assisté. Adieu Jojo, tu as bien rempli ton rôle.

 

Quand on est "populaire", on montre bien qu'on monte en seconde classe

Pour ne pas trop choquer, nos zazous sortis de Neuilly montent en seconde classe (les plans insistent bien là-dessus) : la première, c’est bling-bling. A bord du train, nous retrouvons Jade-Pauline et Marc-Eudes qui cherchent leurs places à bord (00:32). Marc-Eudes, qui joue super bien le mec en pleine conversation dit « Pfff…Franchement, c’est pas le genre de l’UMP, quoi. » ; mais Jade-Pauline est déjà morte de lol (00:36) comme on dit chez Jean-Pierre Raffarin ! La bouche grande ouverte elle enchaine : « Mais pas du tout ! Regarde… tu vas voir ! » et d’un souple mouvement de l’index vers la caméra, elle lance le lipdub maudit. (00:39)

 

Quel jeu d'acteur, c'est bluffant

Enchainement d’un mouvement sauvage de caméra (non, ce n’est pas un travelling, c’est un cochoning, ou « mouvement de porc« )

 

Regardez bien au fond ; ça alors, mais où est donc passée la seconde classe ?

 

Depuis la première classe (00:42) car oui, faut pas rester trop longtemps chez les bouseux, juste le temps de leur faire croire, trois jeunes à qui il ne manque que le célèbre pull sur les épaules entonnent un « Tout ceux qui veulent changer le monde« , alors qu’un nouveau cadre apparait laissant voir Tony, gardien de grosses militantes dans le Morvan (00:44) qui lui aussi pousse la chansonnette. Il laisse rapidement place à un groupe majoritairement constitué de mâles regroupés autour de Rama Yade (00:47), avec probablement à l’esprit bien plus qu’une chanson (le jeune UMP est libidineux : les capotes Nicolas Sarkozy – qui existent – c’est quand même un incroyable tue l’amour). En tout cas « Venez marcher, venez chanter« .

J’aime bien, tiens, encore, le parti conservateur (j’insiste) qui appelle à changer le monde. C’est y pas mignon.

En tout cas, l’image laisse deviner une queuleuleu infernale de militants UMP dans un TGV et une rangée d’entre eux devant la tour Eiffel (00:49) en train d’enchainer tous les gestes les plus ringards du monde (petits mouvements d’épaule et balayage du ciel à coup d’index compris). A noter qu’à bord tu TGV, l’un des militants UMP est en fait un cow-boy (00:58). Et l’identité nationale, petit con !

Mais attendez, que se passe t-il ? L’UMP sort sa brigade d’auvergnates (mais d’auvergnates du Sud, du côté de Puy-en-Velay) coiffées de bonnets frigiens (01:00) ! Ho ! Patrick Devedjian lui aussi se met à chanter (01:01) dans un coin de l’écran, parce que lui aussi c’est un jeune pop’, un jeune, un ouf, à tel point qu’il est arrivé à la limite d’âge de la présidence de l’EPAD, avec les conséquences que l’on connait pour un autre « jeune »; sacré filou !

"Qu'ouis-je ?", s'exclame Françoise-Amélie d'une mimique bien naturelle

Il laisse place à une jeune UMP qui tend l’oreille très fort (elle joue comme Francis Huster) dans un cadre, et dans l’autre Rachida Dati (01:4)qui « entend la révolte qui gronde« . Celles des avocats ? Des juges ? Des directeurs de cabinet ? Car elle en a connu tout de même. Nous ne saurons jamais, puisqu’elle est écrasée par un nouvel écran dans lequel un jeune pop’ tient dans sa main un cœur dans lequel on voit encore d’autres jeunes qui chantent (01:08). Les frontières du kitsch sont allégrement dépassées, diantre !

 

Mes... mes yeux...mes pauvres yeux...

Devant eux se lèvent alors une jeune fille enceinte et un d’jeun’z qui lui met la main sur le ventre alors qu’ils entonnent « pour que la terre soit féconde » (01:13) ; comme c’est beau ! Il est vrai qu’en train d’avorter dans un placard avec un cintre, ça aurait moins bien marché. On sent la communication en marche, chapeau, c’est subtil.

Eric Besson apparait donc pour ajouter « à tous ceux qu’elle a enfanté » avant de se jeter une petite serviette UMP sur l’épaule (01:18) ; ha, le coquinou, des fois qu’on ai oublié qu’il n’était plus socialiste ! Et puis ça a de la gueule, le ministre de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du codéveloppement qui chante ça. Oui, que la terre soit féconde, mais alors qu’on vienne pas sur la notre, merde alors. Comme pour répondre au célèbre tournage de veste d’Eric Besson, une jeune fille dans un cadre voisin soulève son t-shirt (non, n’y pensez pas messieurs, vous allez être déçus) des jeunes socialistes pour mieux révéler celui de l’UMP, son vrai parti (01:21). Ha, la farceuse, voilà qu’elle imite le bon Eric en son temps !

 

Allégorie des tourneurs de veste. Subtil et de bon goût.

Jean-Pierre Raffarin, ajoute qu’il faut fonder une nouvelle société ; comme je regrette alors de ne pas entendre la véritable voix du » Win the yes, need the no, to win against the no !« . Tant pis. En tout cas, il agite sa petite main pour appuyer son propos. A côté, un jeune brandit un marteau, parce que ça fait travailleur, ça fait ouvrier, oui monsieur. Subtil, on vous a dit ! (01:24)

Et c’est parti pour le gros passage, ou passage des gros, où un sympathique bonhomme joufflu coiffé de lunettes géantes en forme d’étoiles (non, je ne l’ai pas inventé) prend le refrain, alors qu’au dessus de lui, David Douillet s’est entouré de militants de petites tailles aux chorégraphies toujours aussi ringardes (mon index fait des ronds, regardez !) pour rejoindre ce chœur fabuleux (01:28).

 

L'UMP, un gros parti

C’est alors Christine Lagarde qui prend la relève, puisqu’elle a bien le temps de se prêter à ce genre d’exercice (01:32), l’économie française se portant à merveille. Puis, Laurent Wauquiez (maire de Puy-en-Velay, et je ne l’ai pas fait exprès, ça doit être le destin), secrétaire d’état à l’Emploi, se prête à l’exercice, (01:38) puisque comme sa patronne apparue précédemment, son domaine d’activité brille particulièrement en ce moment et lui laisse tout le temps de faire des lipdubs kitschs.

Un peu plus loin, une jeune fille avec une plante en pot à bord du TGV magique des jeunes populaires chante « si les racines sont profondes » (01:44), d’où la plante pour bien que l’on comprenne (c’est pédagogique comme truc), avant que Xavier Darcos encadré par deux jeunes pop’ n’ajoute « nous saurons bien les transplanter« . Xavier a toujours été très fort pour planter des trucs (01:49).

 

Vous attendez vraiment un commentaire ?

Une jeune qui occupe beaucoup de place dans le TGV ajoute  « pour laisser fleurir à la ronde… » (01:51); oui, tu m’étonnes, la ronde en fleur, là aussi c’est …heu… disons visuel. Elle est rejointe dans un coin de l’écran par… ho ! Frédéric Lefebvre ! Qui fait un cœur avec la main, ce signe incroyablement ridicule mais terriblement à la mode (01:56). Venant de celui qui est amicalement surnommé le pitbull, c’est beau.

 

Big love, special cassedédi à tous mes UMPotes

Transition magique : il apparait sur un journal que tient l’un des larrons du TGV. Au même moment, alors qu’ils chantent « Nous ne pourrons nous arrêter« , on aperçoit Gilbert Montagné qui… conduit une voiture (02:03) ! Attendez les jeunes pop’ qui chantent « Nous ne pourrons nous arrêter » en montrant un aveugle au volant d’une voiture, qu’est-ce que ça veut dire ? Cette fois, le message est plus obscur. On pourrait presque y voir un message sur le mec aux commandes qui ne sait pas où il va et qui… non, c’est impossible. Oubliez.

 

Attention, ceci est un message subliminable

Un lecteur de ce blog, qui s’est écrit « Sam » sur le front, en hommage la bannière de celui-ci fait non non de la main alors qu’on nous annonce qu’ « il n’y aura pas de fin du monde » (02:06), référence probable à 2012. Merci pour la dédicace mon gars. Et pendant que les jeunes continuent de s’amuser comme des fous dans le TGV, Christine Lagarde réapparait (02:10), parce que, décidément, elle s’ennuie à Bercy. Rachida à son tour revient, vu qu’elle s’ennuyait au parlement européen et au conseil de Paris, pour chanter avec des d’jeun’z (02:14) pendant que d’autres lisent Le Nouvel Observateur.

 

Raël aimerait récupérer son jogging.

Valérie Pécresse, habillée visiblement dans une tenue qu’elle a du piquer à Raël (02:22), reprend le refrain en se déhanchant sur une butte avec ses amis de l’avenir de l’UMP. Soudain, au milieu du TGV magique de la droite, un jeune chante en arborant  un bouc roux immonde et en portant des oreilles de lapin (02:29). J’espère qu’il comptait devenir entrepreneur, parce que là, pour son CV, c’est terminé. Heureusement, Xavier Darcos tente de faire diversion car lui aussi il est revenu : au ministère du Travail, il n’y avait rien à faire (il faut dire que quand ça va à l’Economie et à l’Emploi, c’est logique).

 

Ruiner son avenir en une leçon

Pendant ce temps, dans le train de l’avenir, on joue au Scrabble et on écrit « Jeunes », « Populaires » et « Yallah » (02:34); on s’éclate grave en jouant au scrabble chez les jeunes de droite ; allez, partie de rami pour tout le monde ! Et si après 20h30 on est pas couchés, on se fait un bingo jusqu’à au moins, pfiou, 21h30 !

 

Dis-donc ! Yallah, on a pas le droit au Scrabble, galopins !

Ensuite ça devient confus, puisqu’il y a plusieurs cadres, et que certains acteurs du lipdub portent eux-mêmes d’autres cadres (ha !) où on voit encore d’autres filous chanter de tout cœur…(02:38)

Nadine Morano et Eric Woerth viennent alors chanter « Vivre d’amour et mourir d’espérance » (02:46), ce qui est quand même formidable quand on parle de la secrétaire d’état aux solidarités et du ministre du budget. Ce clip est une improbable publicité pour l’ironie. Dans le TGV, toujours, un jeune malmène une rose, mais on ne sait pas trop si c’est fait exprès (02:50). En tout cas, encore une fois, une bien belle allégorie. Impossible de se poser la question, Chantal Jouanno arrive à vélo (02:55), parce qu’au secrétariat d’état à l’écologie, là aussi, tout va bien. A noter dans le train un formidable personnage qui après le lipdub (faire semblant de chanter), le air guitar (faire semblant de jouer de la guitare), le air drum (faire semblant de jouer de la batterie), etc, invente le air casque, puisqu’il fait super bien le mec qui porte un casque (02:59). C’est tout simplement fascinant.

 

L'air casque, ou "air helmet", une discipline rare puisque navrante

Jean-Pierre Raffarin et Patrick Devedjian reviennent eux aussi faire les fous en attendant au bas de l’écran, (03:00) suivi sd’Eric Besson (juste à côté d’une sud-auvergnate à qui il a du proposer des papiers en échange de sa participation) et d’Eric Woerth (03:03) . On aperçoit brièvement un jeune pop en sombrero, référence probable à la grippe mexicaine (03:06) qui entre en ce moment dans l’identité nationale. Jean-Pierre Raffarin repasse lui aussi pour montrer tout ce qu’on peut faire avec des sourcils (03:12). Dans le train en tout cas, grâce à un effet spécial fabuleux, les jeunes pop’ tiennent dans leurs mains des images de Nicolas Sarkozy serrant la main de Barack Obama (à noter que l’image est découpée juste au niveau des jambes du président, ça alors, quelle coïncidence !) ; Benjamin Lancar, le président des jeunes pop’ fait son show un peu plus loin sous une haie d’honneur avec deux pontes de l’UMP (03:17).

 

Tiens, quelqu'un a découpé les jambes du président pour les cacher. Quel hasard !

 

Pendant ce temps, une militante UMP allongée dans l’herbe apparait, et visiblement elle convulse, s’étouffe, enfin fait tout sauf du lipdub et personne ne vient lui mettre un coup de défibrillateur pour la calmer ; à la place, ils la filment : quelle cruauté. En haut de l’écran, on aperçoit dans le célèbre train un jeune qui doit être déguisé en pirate, en clodo, ou en clodo-pirate. Enfin en clodo-pirate de l’UMP, ce qui est tout de même assez formidable (03:22).

 

On voit mal, mais en fait, en haut, c'est un pirate. Oui, un pirate. Voilà voilà.

Voilà, ça se termine, et là, le globe terrestre qui tournait dans un coin de l’écran depuis le début apparait en grand, et en surimpression apparait :

« Changeons le monde, ensemble » (03:38)

Le tout prononcé par une voix de lycéen d’Henri IV enregistrée probablement sur un Iphone sous une couette  et rajoutée à la va-vite à la fin. Ca fait très pro.

Allez générique ! Avec en cadeau bonus, du moon-walk sur fond de tour Eiffel (03:49), hommage à Michaël qui lui aussi aimait bien les jeunes (mais pas forcément de droite, juste les jeunes).

 

Inutile d'en rajouter, je crois que tout est dit.

 

Je ne sais pas combien ils ont payé ça, sans compter le temps passé à réunir les gens, à les faire répéter les chorégraphies (surtout pour les ministres), mais le résultat est là. Ce clip est une véritable publicité pour l’engagement politique, un vrai clip citoyen. Il incite à agir pour que vite, vite, enfin, on arrête ce genre de choses.

Je profite de cette belle journée pour baptiser une nouvelle catégorie (j’ignore si elle vivra) : « Ho, le beau site ». L’objectif est de découvrir ensemble un site d’une qualité qui daigne attirer mon attention.

Or, comme vous le savez tous et toutes, une députée UMP, Edwige Antier, pédiatre de son état a proposé une loi visant à interdire la fessée ; nenni de prison ou de sanction pour les contrevenants, cette loi vise avant tout à en finir officiellement avec cette pratique en la faisant entrer dans le code civil.

Cette pédiatre avait déjà brillé par le passé par ses propos sur l’adoption homosexuelle, et sur l’homosexualité en général qui ont fait la joie de bien des associations, hurlant aux raccourcis faciles. Mais nous nous éloignons du sujet, car toute cette actualité m’incite à vous parler d’un site d’un fort beau gabarit :

Le site de l’association « Ni claques ni fessées« 

Je leur fais de la pub au passage, hop. Notez à l’arrivée sur le site ce merveilleux tableau de Jean Bruegel de 1560, « Les Jeux d’enfants« . Tableau qui me rappelle, allez savoir pourquoi, « Le Massacre de la Saint Barthélemy » de François Dubois. Mais ce n’est pas le sujet.

Ce beau site, chers lecteurs, propose de découvrir l’éducation sans violence, en arrêtant les châtiments corporels sur nos bons chérubins. Alors, nous n’allons pas ici débattre de la fessée ou non, de la bonne claque dans la gueule ou pas, mais plutôt de ce site et du fond. Car, que vous le croyiez ou non, sachez qu’il y a de terribles conséquences à coller un pan sur le cul des bambins. Cliquons ensemble sur le premier lien « Pourquoi supprimer les fessées ?« 

La fin des fessées risque de faire des malheureux

C’est vrai ça, pourquoi ?

Et bien, mesdames messieurs, sachez que c’est la science qui le dit ! Preuve en est, nous trouvons sur le site cette affirmation bien mystérieuse  :

« Romain, j’en ai assez, couche-toi ou tu vas avoir ta fessée » dit la maman,
mais en aparté elle confie
« il lui faut sa fessée tous les soirs sinon il ne veut pas se coucher ».

Comme nous le voyons ici, les fessées n’ont aucune efficacité à long terme puisqu’il faut redonner chaque soir la fessée

Effectivement. En sortant un exemple unique de nulle part, on peut tout de suite en tirer des conclusions sur le fait qu’une bonne fessée est inefficace. Du coup, moi aussi je veux jouer :

« Romain, j’en ai assez, couche-toi ou je te marave la gueule avec un parpaing » dit la maman
mais en aparté, elle confie
« Depuis que je le lui ai éclaté le nez avec ce bel objet de maçonnerie, il est drôlement plus obéissant ».

Comme nous le voyons ici, le parpainguage d’enfants est une méthode efficace sur le long terme.

Comme quoi, affirmer n’importe quoi, c’est vraiment formidable. Heureusement, le paragraphe suivant vient à notre secours pour mieux comprendre pourquoi les parents battent leurs enfants. Là encore, voilà qui donne envie de se poser les poings fermés sur les hanches en s’exclamant très fort « Ha bin oui, hé, pourquoi ?« 

Pas de panique, le site répond à cette interrogation :

Beaucoup de parents ne sont pas instruits des possibilités de leur enfant en fonction de son âge. Ils auront alors des exigences que l’enfant sera incapable de satisfaire.
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Par exemple, trop souvent, on demande à Mattéo, 4 ans, de bien vouloir garer la R19 dans le garage familial. Et jamais il ne le fait, ou pire, il abîme le véhicule ! Aussi, ses parents lui mettent une fessée pour avoir endommagé les enjoliveurs en alu neufs de papa. Un bel exemple de parents qui fessent leur progéniture par manque d’instruction sur les possibilités de leur enfant. On nous explique que plus loin, on va nous enseigner les bons réflexes pour mieux communiquer avec l’enfant. Que je suis impatient !  Cependant, à titre indicatif, on nous rassure :

Portons un autre regard sur l’enfant. Aucun enfant ne naît méchant, agressif, diabolique, démoniaque, pervers ou chargé d’un péché originel.
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Que nenni, le Président de la République a affirmé le contraire, en expliquant que tout cela, c’était dans les gênes. D’ailleurs, qui mieux que lui pourrait affirmer que l’on peut naître méchant agressif, diabolique, démoniaque et pervers ? (Mais pas porteur du péché originel, ça ce sont les filles, c’est le pape qui l’a dit).

En tout cas, sur le site, on a bien des hobbies de pervers, preuve en est quelques lignes plus bas avec cette maxime :

Il est très amusant d’écrire sur une feuille de papier la liste des comportements de notre enfant qui nous ont irrité suffisamment pour que l’envie nous soit venue de le corriger.
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Ho oui, que cela est amusant ! Cela occupe tous nos dimanches après-midi avec nos amis de la paroisse, entre deux parties de bingo ! Pour compléter ce fabuleux passe-temps, on peut l’étendre :

Et puis de faire le même petit travail par rapport à d’autres membres de notre entourage, le conjoint, la belle-mère, le collègue, la voisine… On découvre alors avec stupéfaction que ce sont souvent les mêmes problèmes qui se manifestent, mais qui sont résolus différemment suivant qu’ils sont posés par l’enfant ou par l’adulte.
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Oui tu m’étonnes. Régulièrement, je constate en riant que ma femme, tout comme ma fille d’un an et demi, écrit sur les murs et joue avec son caca ; dans le même temps, ma fille tout comme ma femme claque mon argent dans des chaussures moches et couche avec mon voisin. Effectivement, cet exercice m’a permis de découvrir bien des choses ! Merci, Ni claques ni fessées !

Ni claque, ni fessée, surtout lorsque l'enfant a un M-16

Maintenant que nous savons pourquoi des parents battent leurs enfants, découvrons ensemble la catégorie suivante :

Les « Preuves de la nocivité des fessées« 

En effet, messieurs dames, les fessées sont nocives, et grâce à la science, tout cela a été prouvé avec force exemples. On nous annonce d’entrée de jeu que les fessées augmentent d’ailleurs « les risques de conduites agressives, de dépression, de tendances suicidaires, d’abus de drogues, de manifestations anti-sociales diverses pouvant aller jusqu’à l’homicide.« . Ho !

Pour commencer, sachez que « deux enfants meurent chaque jour en France à la suite des mauvais traitements de leur entourage ». Et on nous explique que par exemple, à force de les tabasser voire de les cogner contre les radiateurs, les conséquences sont néfastes. Attendez, à quel moment est on passé de la fessée/claque au mauvais traitement ? Mystère, le site ne distinguant aucune nuance entre un pan sur le cul et une branlée d’anthologie à coups de batte de base-ball, ou encore avec les « bébés secoués« . Rappellons que ces traitements sont eux punis par la loi, justement car dangereux, ce que le site semble mystérieusement oublier, assimilant le tout dans un immense gloubiboulga. Mais attention, on ne s’arrête pas là !

une recherche sur 300 jeunes accidentés de la route, a pu établir une relation très étroite entre la force, la fréquence et la durée des coups reçus en famille à titre éducatif et le nombre des accidents subis [...]
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Effectivement, bien souvent en voiture, on subit un flashback d’une tannée reçue étant jeune, et hop, sortie de route. Il y aurait donc un lien entre les fessées et les accidents de la route (vu qu’on regarde le flashback au lieu de se concentrer sur la signalisation routière). C’est un peu osé, non ? Non, nous dit on, puisque l’étude est très sérieuse. Sérieuse, oui, car on imagine bien l’accidenté sur son brancard aux urgences :

« Monsieur ! Monsieur, vous m’entendez ?
- Haaaa, j’ai maaaal….
- Je sais, mais je ne peux pas vous donner de calmants pour ne pas perturber les résultats de mon enquête, alors…
- Pitié, j’ai maaaal….
- Oui, alors, « Les fessées, j’y suis a) Très favorable, b) favorable, c) plutôt favorable… »
- Haaa ! Arrêtez, aidez-moi ! Je saiiiiigne !
- Réponse A ? Alors, on va passer à la deuxième question : « J’ai reçu des fessées a) très souvent, b) souvent… » »
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Bref, il y a un lien visible, nous dit on. Comme tout cela est intriguant. En tout cas, tout cela est suivi d’études sur les enfants battus, toujours dans le plus pur style « Il n’y a pas de nuance entre une fessée un jour et un enfant battu« .

De plus en plus fort, on explique que les enfants ayant subi des châtiments corporels tournent souvent mal, comme par exemple (on sent le hasard des choix sur le site) : Hitler, Staline ou encore Saddam Hussein. Parents, attention : la fessée entraine une poussée de moustache et d’envies de conquêtes. Par ailleurs, nous venons de franchir en l’instant le Point Godwin, ce qui sur un site d’association visant à éduquer sans violence, est tout de même assez fort. Chapeau les gars.

Un peu plus loin encore, nous apprenons que les sociétés non-violentes n’ont pas recours à la violence. Intéressant. Ou encore que les Justes, durant la seconde guerre mondiale, avaient « pratiquement tous » eu une éducation sans violence. On en déduit donc par corolaire qu’après Hitler, voici la fessée qui transforme vos enfants en nazis !

Cette partie s’achève sur un paragraphe tout à fait superbe :

Et cependant, si les troubles du comportement engendrés par les punitions corporelles sont indiscutables, beaucoup de gens disent « j’ai été battu, je ne m’en porte pas plus mal ». Parce que lorsqu’arrivent dépression, alcoolisme, toxicomanie, délinquance, accidents, maladie… aucun ne fait le rapprochement avec son passé.

L’argument ultime : déjà, le site n’hésite pas à affirmer que ce qu’il dit est « indiscutable« , comme ça, c’est réglé, et enchaîne avec « et ceux qui disent le contraire sombreront dans la drogue et l’alcool et seront trop bêtes pour faire le rapport avec ce que nous révélons ici« . Ha oui, rien que ça ? Dites donc.

La catégorie suivante, « Comment agissent les fessées » ne nous intéressera que peu, puisque cela reprend ce qui a été dit auparavant. Cependant, on notera le paragraphe suivant sur les manières d’évacuer sa colère sans frapper l’enfant :

Certaines familles utilisent avec bonheur le « coussin de colère » ou le putching ball sur lequel on va taper lorsqu’on sent une grosse colère monter, que l’on soit enfant ou parent. Une fois la violence physique déversée, un dialogue peut plus facilement s’instaurer.
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Notez déjà le « avec bonheur » ; on imagine le célèbre « Chic alors, le coussin de la colère ! » de toute une famille voyant arriver ce splendide outil en sa maison. Dans le même temps, j’avoue être perplexe sur l’impact psychologique de ce dernier. Car plutôt que d’apprendre à se calmer tout seul pour dialoguer il permet de signifier à tout le monde son énervement. Exemple :

« Ecoute chérie, j’en ai marre que tu ne remettes pas l’eau au frais quand tu débarasses !
- Tu n’as qu’à lever ton cul.
- Ha ! Haaa ! Raaah ! Ho putain, trente seconde, je vais chercher le coussin de la colère.
- D’accord.
- *bruits de coups* raaah saloooope *tabassage en règle* putain connasse de merde *hurlement barbare*
- …
- Me revoilà mon amour. »
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Je ne vois pas trop la logique bénéfique dans l’idée du « Quand je suis énervé, il faut frapper ». Mais si c’est « avec bonheur« , alors…

Pour le reste, je vous laisse découvrir par vous-même.

Brièvement, dans la catégorie suivante « Qui s’oppose aux fessées ?« , on nous cite François Dolto en exemple, qui, pour rappel, engendra Carlos. Ce qui en soi, est déjà une excellente raison de fesser son enfant sur le champ pour éviter qu’il ne finisse obèse à chanter « Big bisou« .

On oublie les fessées, et voilà ce que ça donne

Allons enfin sur la dernière catégorie qui nous intéresse « Sans fesser, comment faire ?« 

(vous pouvez visiter les autres après, ce n’est pas mon problème, hein)

Et bien pour éduquer votre enfant sans fessées, il faut établir des règles (ho !) et savoir dire non (diantre !). Le site d’ailleurs, pour des raisons qui m’intriguent, utilise de nombreux exemples moralisants sur ce qu’est une vraie belle famille (avec une marraine et beaucoup de relations avec la grand-mère à qui il faut rendre visite et faire plaisir en lui achetant des fleurs).  Par ailleurs, comble de l’ironie, les propos tenus en cette dernière catégorie appuient bien l’importance de la nuance entre « la fessée » et « ne rien faire« , en expliquant bien qu’entre les deux, il y a l’éducation, et qu’il ne faut pas tout confondre avec du laxisme.

Ha oui, de la nuance ? Comme celle qui distingue un pied au cul d’un enfant battu ?

Pour conclure, un bien beau site. Et peut-être bientôt une bien belle loi ? En tout cas, si elle ne passe pas, j’espère qu’Edwige Antier n’ira pas se défouler sur un coussin de la colère en pleine assemblée.

Ce serait faire l’apologie de la violence. Quel exemple pour nos enfants.

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