Je profite de cette belle journée pour baptiser une nouvelle catégorie (j’ignore si elle vivra) : "Ho, le beau site". L’objectif est de découvrir ensemble un site d’une qualité qui daigne attirer mon attention.

Or, comme vous le savez tous et toutes, une députée UMP, Edwige Antier, pédiatre de son état a proposé une loi visant à interdire la fessée ; nenni de prison ou de sanction pour les contrevenants, cette loi vise avant tout à en finir officiellement avec cette pratique en la faisant entrer dans le code civil.

Cette pédiatre avait déjà brillé par le passé par ses propos sur l’adoption homosexuelle, et sur l’homosexualité en général qui ont fait la joie de bien des associations, hurlant aux raccourcis faciles. Mais nous nous éloignons du sujet, car toute cette actualité m’incite à vous parler d’un site d’un fort beau gabarit :

Le site de l’association "Ni claques ni fessées"

Je leur fais de la pub au passage, hop. Notez à l’arrivée sur le site ce merveilleux tableau de Jean Bruegel de 1560, "Les Jeux d’enfants". Tableau qui me rappelle, allez savoir pourquoi, "Le Massacre de la Saint Barthélemy" de François Dubois. Mais ce n’est pas le sujet.

Ce beau site, chers lecteurs, propose de découvrir l’éducation sans violence, en arrêtant les châtiments corporels sur nos bons chérubins. Alors, nous n’allons pas ici débattre de la fessée ou non, de la bonne claque dans la gueule ou pas, mais plutôt de ce site et du fond. Car, que vous le croyiez ou non, sachez qu’il y a de terribles conséquences à coller un pan sur le cul des bambins. Cliquons ensemble sur le premier lien "Pourquoi supprimer les fessées ?"

La fin des fessées risque de faire des malheureux

C’est vrai ça, pourquoi ?

Et bien, mesdames messieurs, sachez que c’est la science qui le dit ! Preuve en est, nous trouvons sur le site cette affirmation bien mystérieuse  :

"Romain, j’en ai assez, couche-toi ou tu vas avoir ta fessée" dit la maman,
mais en aparté elle confie
"il lui faut sa fessée tous les soirs sinon il ne veut pas se coucher".

Comme nous le voyons ici, les fessées n’ont aucune efficacité à long terme puisqu’il faut redonner chaque soir la fessée

Effectivement. En sortant un exemple unique de nulle part, on peut tout de suite en tirer des conclusions sur le fait qu’une bonne fessée est inefficace. Du coup, moi aussi je veux jouer :

"Romain, j’en ai assez, couche-toi ou je te marave la gueule avec un parpaing" dit la maman
mais en aparté, elle confie
"Depuis que je le lui ai éclaté le nez avec ce bel objet de maçonnerie, il est drôlement plus obéissant".

Comme nous le voyons ici, le parpainguage d’enfants est une méthode efficace sur le long terme.

Comme quoi, affirmer n’importe quoi, c’est vraiment formidable. Heureusement, le paragraphe suivant vient à notre secours pour mieux comprendre pourquoi les parents battent leurs enfants. Là encore, voilà qui donne envie de se poser les poings fermés sur les hanches en s’exclamant très fort "Ha bin oui, hé, pourquoi ?"

Pas de panique, le site répond à cette interrogation :

Beaucoup de parents ne sont pas instruits des possibilités de leur enfant en fonction de son âge. Ils auront alors des exigences que l’enfant sera incapable de satisfaire.
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Par exemple, trop souvent, on demande à Mattéo, 4 ans, de bien vouloir garer la R19 dans le garage familial. Et jamais il ne le fait, ou pire, il abîme le véhicule ! Aussi, ses parents lui mettent une fessée pour avoir endommagé les enjoliveurs en alu neufs de papa. Un bel exemple de parents qui fessent leur progéniture par manque d’instruction sur les possibilités de leur enfant. On nous explique que plus loin, on va nous enseigner les bons réflexes pour mieux communiquer avec l’enfant. Que je suis impatient !  Cependant, à titre indicatif, on nous rassure :

Portons un autre regard sur l’enfant. Aucun enfant ne naît méchant, agressif, diabolique, démoniaque, pervers ou chargé d’un péché originel.
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Que nenni, le Président de la République a affirmé le contraire, en expliquant que tout cela, c’était dans les gênes. D’ailleurs, qui mieux que lui pourrait affirmer que l’on peut naître méchant agressif, diabolique, démoniaque et pervers ? (Mais pas porteur du péché originel, ça ce sont les filles, c’est le pape qui l’a dit).

En tout cas, sur le site, on a bien des hobbies de pervers, preuve en est quelques lignes plus bas avec cette maxime :

Il est très amusant d’écrire sur une feuille de papier la liste des comportements de notre enfant qui nous ont irrité suffisamment pour que l’envie nous soit venue de le corriger.
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Ho oui, que cela est amusant ! Cela occupe tous nos dimanches après-midi avec nos amis de la paroisse, entre deux parties de bingo ! Pour compléter ce fabuleux passe-temps, on peut l’étendre :

Et puis de faire le même petit travail par rapport à d’autres membres de notre entourage, le conjoint, la belle-mère, le collègue, la voisine… On découvre alors avec stupéfaction que ce sont souvent les mêmes problèmes qui se manifestent, mais qui sont résolus différemment suivant qu’ils sont posés par l’enfant ou par l’adulte.
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Oui tu m’étonnes. Régulièrement, je constate en riant que ma femme, tout comme ma fille d’un an et demi, écrit sur les murs et joue avec son caca ; dans le même temps, ma fille tout comme ma femme claque mon argent dans des chaussures moches et couche avec mon voisin. Effectivement, cet exercice m’a permis de découvrir bien des choses ! Merci, Ni claques ni fessées !

Ni claque, ni fessée, surtout lorsque l'enfant a un M-16

Maintenant que nous savons pourquoi des parents battent leurs enfants, découvrons ensemble la catégorie suivante :

Les "Preuves de la nocivité des fessées"

En effet, messieurs dames, les fessées sont nocives, et grâce à la science, tout cela a été prouvé avec force exemples. On nous annonce d’entrée de jeu que les fessées augmentent d’ailleurs "les risques de conduites agressives, de dépression, de tendances suicidaires, d’abus de drogues, de manifestations anti-sociales diverses pouvant aller jusqu’à l’homicide.". Ho !

Pour commencer, sachez que "deux enfants meurent chaque jour en France à la suite des mauvais traitements de leur entourage". Et on nous explique que par exemple, à force de les tabasser voire de les cogner contre les radiateurs, les conséquences sont néfastes. Attendez, à quel moment est on passé de la fessée/claque au mauvais traitement ? Mystère, le site ne distinguant aucune nuance entre un pan sur le cul et une branlée d’anthologie à coups de batte de base-ball, ou encore avec les "bébés secoués". Rappellons que ces traitements sont eux punis par la loi, justement car dangereux, ce que le site semble mystérieusement oublier, assimilant le tout dans un immense gloubiboulga. Mais attention, on ne s’arrête pas là !

une recherche sur 300 jeunes accidentés de la route, a pu établir une relation très étroite entre la force, la fréquence et la durée des coups reçus en famille à titre éducatif et le nombre des accidents subis [...]
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Effectivement, bien souvent en voiture, on subit un flashback d’une tannée reçue étant jeune, et hop, sortie de route. Il y aurait donc un lien entre les fessées et les accidents de la route (vu qu’on regarde le flashback au lieu de se concentrer sur la signalisation routière). C’est un peu osé, non ? Non, nous dit on, puisque l’étude est très sérieuse. Sérieuse, oui, car on imagine bien l’accidenté sur son brancard aux urgences :

"Monsieur ! Monsieur, vous m’entendez ?
- Haaaa, j’ai maaaal….
- Je sais, mais je ne peux pas vous donner de calmants pour ne pas perturber les résultats de mon enquête, alors…
- Pitié, j’ai maaaal….
- Oui, alors, "Les fessées, j’y suis a) Très favorable, b) favorable, c) plutôt favorable…"
- Haaa ! Arrêtez, aidez-moi ! Je saiiiiigne !
- Réponse A ? Alors, on va passer à la deuxième question : "J’ai reçu des fessées a) très souvent, b) souvent…""
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Bref, il y a un lien visible, nous dit on. Comme tout cela est intriguant. En tout cas, tout cela est suivi d’études sur les enfants battus, toujours dans le plus pur style "Il n’y a pas de nuance entre une fessée un jour et un enfant battu".

De plus en plus fort, on explique que les enfants ayant subi des châtiments corporels tournent souvent mal, comme par exemple (on sent le hasard des choix sur le site) : Hitler, Staline ou encore Saddam Hussein. Parents, attention : la fessée entraine une poussée de moustache et d’envies de conquêtes. Par ailleurs, nous venons de franchir en l’instant le Point Godwin, ce qui sur un site d’association visant à éduquer sans violence, est tout de même assez fort. Chapeau les gars.

Un peu plus loin encore, nous apprenons que les sociétés non-violentes n’ont pas recours à la violence. Intéressant. Ou encore que les Justes, durant la seconde guerre mondiale, avaient "pratiquement tous" eu une éducation sans violence. On en déduit donc par corolaire qu’après Hitler, voici la fessée qui transforme vos enfants en nazis !

Cette partie s’achève sur un paragraphe tout à fait superbe :

Et cependant, si les troubles du comportement engendrés par les punitions corporelles sont indiscutables, beaucoup de gens disent "j’ai été battu, je ne m’en porte pas plus mal". Parce que lorsqu’arrivent dépression, alcoolisme, toxicomanie, délinquance, accidents, maladie… aucun ne fait le rapprochement avec son passé.

L’argument ultime : déjà, le site n’hésite pas à affirmer que ce qu’il dit est "indiscutable", comme ça, c’est réglé, et enchaîne avec "et ceux qui disent le contraire sombreront dans la drogue et l’alcool et seront trop bêtes pour faire le rapport avec ce que nous révélons ici". Ha oui, rien que ça ? Dites donc.

La catégorie suivante, "Comment agissent les fessées" ne nous intéressera que peu, puisque cela reprend ce qui a été dit auparavant. Cependant, on notera le paragraphe suivant sur les manières d’évacuer sa colère sans frapper l’enfant :

Certaines familles utilisent avec bonheur le "coussin de colère" ou le putching ball sur lequel on va taper lorsqu’on sent une grosse colère monter, que l’on soit enfant ou parent. Une fois la violence physique déversée, un dialogue peut plus facilement s’instaurer.
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Notez déjà le "avec bonheur" ; on imagine le célèbre "Chic alors, le coussin de la colère !" de toute une famille voyant arriver ce splendide outil en sa maison. Dans le même temps, j’avoue être perplexe sur l’impact psychologique de ce dernier. Car plutôt que d’apprendre à se calmer tout seul pour dialoguer il permet de signifier à tout le monde son énervement. Exemple :

"Ecoute chérie, j’en ai marre que tu ne remettes pas l’eau au frais quand tu débarasses !
- Tu n’as qu’à lever ton cul.
- Ha ! Haaa ! Raaah ! Ho putain, trente seconde, je vais chercher le coussin de la colère.
- D’accord.
- *bruits de coups* raaah saloooope *tabassage en règle* putain connasse de merde *hurlement barbare*
- …
- Me revoilà mon amour."
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Je ne vois pas trop la logique bénéfique dans l’idée du "Quand je suis énervé, il faut frapper". Mais si c’est "avec bonheur", alors…

Pour le reste, je vous laisse découvrir par vous-même.

Brièvement, dans la catégorie suivante "Qui s’oppose aux fessées ?", on nous cite François Dolto en exemple, qui, pour rappel, engendra Carlos. Ce qui en soi, est déjà une excellente raison de fesser son enfant sur le champ pour éviter qu’il ne finisse obèse à chanter "Big bisou".

On oublie les fessées, et voilà ce que ça donne

Allons enfin sur la dernière catégorie qui nous intéresse "Sans fesser, comment faire ?"

(vous pouvez visiter les autres après, ce n’est pas mon problème, hein)

Et bien pour éduquer votre enfant sans fessées, il faut établir des règles (ho !) et savoir dire non (diantre !). Le site d’ailleurs, pour des raisons qui m’intriguent, utilise de nombreux exemples moralisants sur ce qu’est une vraie belle famille (avec une marraine et beaucoup de relations avec la grand-mère à qui il faut rendre visite et faire plaisir en lui achetant des fleurs).  Par ailleurs, comble de l’ironie, les propos tenus en cette dernière catégorie appuient bien l’importance de la nuance entre "la fessée" et "ne rien faire", en expliquant bien qu’entre les deux, il y a l’éducation, et qu’il ne faut pas tout confondre avec du laxisme.

Ha oui, de la nuance ? Comme celle qui distingue un pied au cul d’un enfant battu ?

Pour conclure, un bien beau site. Et peut-être bientôt une bien belle loi ? En tout cas, si elle ne passe pas, j’espère qu’Edwige Antier n’ira pas se défouler sur un coussin de la colère en pleine assemblée.

Ce serait faire l’apologie de la violence. Quel exemple pour nos enfants.

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