Il pleut.

Une de ces pluies froides d’hiver qui glace jusqu’au travers des vêtements, chutant en une titanesque constellation de gouttes molles depuis un ciel d’un gris invariable ; de l’aube au crépuscule, jamais le soleil n’est paru. Le temps s’écoule différemment lorsque qu’il n’y a aucun disque lumineux pour parcourir l’azur ; il semble comme suspendu, patientant jusqu’à la délivrance du crépuscule, promesse d’un lendemain que chacun espère meilleur.

Sous le porche d’un magasin proposant divers produits supposés eux aussi suspendre le temps cette fois sur le derme de la gent féminine,vous regardez votre montre pour la dixième fois en deux minutes. Oui, vos amis sont en retard, comme toujours. Lorsqu’ils donnent un rendez-vous, on pourrait légitimement supposer qu’ils ont choisi une heure qui leur convenait, mais il n’en est rien. Un signe de ponctualité chez eux serait une trahison de tout ce qu’ils sont depuis bien des années. Leur manque de respect pour Chronos et son domaine mériterait presque de figurer sur leur passeport à la rubrique "signes distinctifs", mais l’administration  – elle aussi très douée en matière de gestion du temps – s’y refuse obstinément depuis des années, malgré vos courriers répétés.

Fiche 1 : en arrivant à l'heure, par exemple

Et puis, finalement, au travers du rideau aqueux, vous les avez aperçus se dirigeant à grands pas vers vous, regroupés sous quelques parapluies peinant à conserver leur forme sous le vent. Quelques saluts, une bise ici, une virile poignée de main là… les formalités peuvent commencer : ça va ? Oui et toi ? Bin oui, oui. Quoi de neuf ? Rien et toi ? Rien. Ha (en effet, il semblerait qu’il n’arrive rien aux gens. Jamais. Mais ils aiment quand même le demander, des fois que.). Et sinon, on mange où ?

Les avis s’échangent, certains veulent ceci, d’autres cela, d’autres votent contre telle ou telle idée parce qu’ils en ont mangé cette semaine… et puis il y a ceux qui font les flans, qui n’ont pas d’avis ; on a beau leur demander "Non, non, choisissez" répondent ils en agitant la main d’un vigoureux signe de désistement. Et les autres choisissent, innocemment ; une fois leur choix arrêté et le restaurant choisi, celui qui avait laissé les autres décider de la destination attend d’être assis et d’avoir commandé pour se plaindre : c’est pas super ici. Et puis le service et pas top. Puis la déco, j’aime pas trop trop. En plus j’étais venu une fois, et la se…

J’étais là. Je me suis levé, j’ai pris ma chaise et je lui ai abattu sur la gueule. Une fois. Deux fois. Trois fois. Je ne compte plus les coups répétés avec ce fabuleux assemblage de menuiserie qui me permet de transformer la tête de l’importun en une sorte de pulpe mêlée d’os fragmentés dont plus aucun son ne sort, si ce n’est celui que produit la rencontre entre le bois de pin de mon siège et la sorte de masse glaireuse qui se dresse là où était autrefois son visage.

Une fois cela fait, je me rassois sur mon écarlate assise avec la satisfaction du devoir accompli et fait remarquer que tout de même, il est vrai que le service est relativement lent ici.

Attention à bien choisir votre chaise : ici, les pieds sont trop fins pour une bonne prise en main.

Oui, en toute circonstance, les abstentionnistes me font chier.

Non pas rapport à une quelconque leçon sur qui s’est battu pour quoi, ou quelle importance a ceci ou cela : je n’ai pas une tête à enseigner l’Histoire ou l’éducation civique de toute manière.

C’est juste que, comme le savent les lecteurs de ce blog, j’aime ce qui est cohérent est ordonné d’où mon goût pour le IIIe Reich. Aussi, lorsque l’on demande à quelqu’un de s’exprimer et qu’il refuse de le faire et préfère laisser les autres choisir, il ne faut pas derrière qu’il se plaigne des décisions d’autrui. Comme le disait Pline le Jeune en constatant une forte abstention sur le forum un jour de Jeux "Qui ne se prononce pas ferme sa gueule".

Alors évidemment, c’est ici que certains me diront "Ha oui ? Et si aucun choix ne me convient, hein, dis, gros malin ?". Je leur répondrai que je n’aime pas trop qu’on me tutoie comme ça, au pied levé, et qu’accessoirement, dans ce cas il faut le dire. C’est pour ça qu’on a inventé le vote blanc. Certes, il n’est pas comptabilisé (ce serait bien qu’il le soit, mais c’est un autre débat qui avait déjà eu lieu il y a quelques temps dans les commentaires, et qui reprendra sûrement dans ceux de cet article), mais il est tout de même plus utile sur deux points :

  • Vous vous êtes exprimés pour dire qu’il n’y avait que des choix de merde. Vous pourrez donc par la suite librement dire "Vous avez choisi de la merde" sans risquer de vous prendre quelque objet contondant sur l’arête nasale.
  • Vous pouvez mettre ce que vous voulez dans l’enveloppe : un petit mot gentil, la couverture d’un livre des frères Bogdanoff, un doigt de la femme du dépouilleur (il faut alors bien calculer son coup)… en plus, ça vous fera quelque chose à raconter quand on vous dira "Quoi de neuf", la prochaine fois. Attention cependant à ne pas glisser de cartes Pokémons, la carte Rondoudou (numéro 39) peut ainsi être considérée comme une voix pour certains candidats dans quelques cas.

Je sais qu'il est tentant, mais prudence.

Pour rappel, voter ne prend qu’entre 5 et 10 minutes, soit approximativement :

  • une vidéo pas drôle sur youtube
  • une douche
  • un gros caca
  • un passage à la machine à café
  • la préparation complète d’un pain d’épice perdu
  • l’écriture d’un scenario (source : Luc Besson)
  • la lecture de cet article

Bref, puisqu’il n’est pas ici question des personnes qui comptent aller voter (pour ou contre quelqu’un, c’est vous qui voyez), je résume : si vous avez envie de vous plaindre, soyez un peu cohérent : plaignez vous aussi quand on vous le demande.

Pour ma part, c’est une photo dédicacée de Jean Roucas que je glisserai dans l’enveloppe. Autant vous dire que j’assisterai au dépouillement.

Bon week-end les enfants.

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