Le monde va mal.

Crise financière, tremblements de terre, glissements de terrains, famine, maladie, neige en hiver, massacres, situation en Côte d’Ivoire, Francis Huster, incertitude en Tunisie… la litanie des malheurs s’abattant sur notre monde ne saurait s’arrêter à ces quelques exemples, mais il serait vain de vouloir se montrer exhaustif dans l’inventaire du malheur mondial. Régulièrement, nous rencontrons des amis au grand coeur qui n’hésitent pas à dire lorsque sont abordés les tracas de nos contrées "Ne nous plaignons pas : c’est pire ailleurs !", car comme chacun sait, à partir du moment où il y a plus malheureux que soi, il ne faut surtout rien faire.

Heureusement, au coeur de ce chaos mondial, un fier étendard rallie les différentes nations vers un objectif commun de paix et de développement à l’échelle planétaire ; ce drapeau est d’azur et on y trouve de blanches figures représentant notre bonne planète entourée de rameaux d’oliviers. Votre expertise héraldique ne saurait vous tromper : il s’agit en effet de l’Organisation des Nations Unies, ou ONU.

Et devant la ruine de notre monde, face au spectacle des braises de l’insurrection rallumant les feux d’hier pour mieux alimenter les incendies de demain, la fière organisation a décidé de frapper du poing sur la table, de mettre fin à cette intolérable situation.

En effet, depuis le 1er janvier 2011, l’ONU a mis en place un nouvel organisme : l’ONU – Femmes.

 

Une candidate potentielle pour représenter les Femmes à l'ONU

Ah.

Bon, j’entends d’ici les esprits chagrins qui n’hésiteront pas à dire que vu la situation mondiale ces derniers temps, la création d’un tel organisme avec un budget de 500 millions de dollars, ce n’était peut-être pas la priorité.

Malandrins ! Oubliez-vous que nous sommes en janvier ? C’est la période des soldes. Et vu comment se comportent les détentrices d’un double chromosome X dès la vision d’un chemisier à moins 50%, il va bien falloir un demi-milliard pour financer les compagnies de casques bleus que l’on va devoir envoyer chez H&M, Jennyfer et autres Camaieu afin d’éviter de nombreux massacres (chaque année au mois de février, on retrouve de discrets charniers dans des cabines d’essayage isolées, dernière demeure de celles qui n’ont pas réussi à vaincre lors de la bataille pour le sac à main à moins 66% imitation vintage). Mais je suis mauvaise langue : comme nous l’indique le site de l’ONU – Femmes, il y a des raisons bien plus profondes derrière cette création, comme nous l’indique la FAQ

L’entité des Nations Unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes — ou ONU Femmes — a été créée par les États Membres pour que l’ONU puisse aider plus facilement ceux-ci à accélérer les progrès en vue de réaliser leurs objectifs en matière d’égalité des sexes

Et c’est connu, pour favoriser la progression de l’égalité entre les sexes, rien de mieux que d’expliquer aux damoiselles que l’ONU ne peut pas s’occuper des hommes et des femmes de la même manière : autant créer un organisme particulier pour ces dames. Si l’on avait décidé de créer l’ONU – Noirs, tout le monde aurait gueulé à la discrimination raciste. Si l’on avait créé l’ONU – Protestants, tout le monde aurait crié à la discrimination religieuse. Si l’on avait créé l’ONU – Nains, tout le monde aurait pleuré à la discrimination physique, avant de proposer un certain Nicolas S. à sa tête. Mais on a créé l’ONU – Femmes, alors on a applaudi.

En juillet dernier, d’ailleurs, on était déjà fou de joie à l’annonce de ce nouvel organisme (qui n’est pas si nouveau : il regroupe en réalité quatre anciennes structures qui ont eu le droit à un coup de peinture avant d’être fusionnées), preuve en est le discours de Mme Tiina Intelmann, ambassadeur estonienne, qui s’est sentie obligée de préciser :

« ONU Femmes, à travers le contrôle à l’échelle du système de ses activités et des rapports de son secrétaire général adjoint, devra être une entité responsable dont les résultats seront examinés scrupuleusement »

Parce que c’est vrai qu’à la base, certains pensaient que ça allait être une entité irresponsable et incontrôlée, qui allait claquer toute sa thune en macarons et louboutins. Très en forme, la bougresse a bien évidemment poursuivi :

le mandat d’« ONU Femmes » prévoit clairement la féminisation des postes de décision au sein même de l’Organisation

Puisque c’est connu, pour gérer ONU – Femmes, il faut des femmes. Et pour gérer des problèmes entre hommes, des hommes. Non, l’égalité des sexes ne peut pas être un combat mené par un homme, c’est comme ça. S’il y en a un qui essaie, son chromosome Y se dissout en libérant du cyanure dans son organisme et il meurt en quelques minutes. Et non, faire de la discrimination positive, ce n’est pas faire de la discrimination, bande d’esprits chagrins. Si vous refusez un homme pour prendre une femme, ce qu’il faut voir, c’est que vous avez pris une femme, et c’est bien. Si vous refusez une femme et que vous prenez un homme, ce qu’il faut voir, c’est que vous avez refusé une femme, et c’est mal. C’est comme ça. Il est important de rappeler aux femmes qu’on ne les recrute pas sur leurs compétences, mais sur leur sexe. C’est ça, l’égalité.

 

Casque bleu s'assurant que les femmes restent bien à l'écart des hommes, pour plus d'égalité

Bien que cela n’apparaisse pas dans le compte-rendu de cette conférence, la même aurait d’ailleurs ajouté :

"Et sur la porte de nos bureaux de New York, on mettra "interdit aux garçons !", hi hi hi ! D’ailleurs, on pense faire venir Isabelle Alonso régulièrement pour donner des conférences, et on a déjà demandé à Pénélope Bagieu de nous refaire notre logo : s’il y a un drapeau bleu pour les garçons, on veut un drapeau rose pour les filles ! Mdr !"

A partir de ce mois-ci, donc, Michelle Bachelet, ancienne présidente du Chili et désormais responsable de ONU-Femmes, pourra réunir régulièrement son conseil de décision afin de lancer la grande lutte pour l’égalité des sexes, mais la salle de réunion étant toujours squattée par ces cochons de mâles, elle devra utiliser une solution alternative, comme organiser des soirées pyjama autour d’un DVD de Bridget Jones et, bien évidemment, d’un pot de Häagens-Dazs. Si les deux tiers des présentes ne parviennent pas à une décision, Mme Bachelet pourra utiliser l’article 49-3 de l’organisme :

"En cas de désaccord entre les participantes, et si une majorité constituée à minima des deux tiers des voix n’a pas pu se constituer, une bataille de polochons déterminera le camp qui l’emporte. Si la réserve de polochons de l’ONU est épuisée, ce sera un combat de catch dans la boue équipée du bikini réglementaire qui permettra de connaitre l’issue du débat."

Ce bel exemple de démocratie devrait donc ravir les oreilles de toutes les femmes en difficulté dans le monde, qui sauront désormais que l’ONU, l’UNICEF et l’UNESCO, ce n’est pas pour elles, non, qu’elles, elles doivent s’adresser à l’ONU – Femmes si elles veulent quelque chose. Heureusement, le budget évoqué précédemment pourrait évoluer par la suite pour couvrir les besoins grandissants de l’organisation, car comme le conclue la conférence de presse annonçant la création de cet organisme :

Les États Membres ont reconnu qu’au moins 500 millions de dollars seront nécessaires pour répondre aux besoins initiaux d’« ONU Femmes ».

Et par ce "au moins", on comprend qu’il faudra plus. Car comme en témoigne Silvio B., détenteur d’un siège à l’ONU, "il faudra sûrement plus, surtout si l’on prend en compte le budget SMS et appels entre copines". D’après les premières informations de ce mois de janvier, et afin d’estimer les besoins de l’organisation pour le budget 2012, Michelle Bachelet aurait déjà hérité d’un téléphone de fonction avec forfait bloqué NRJ mobile pour éviter tout débordement.

 

La première ébauche du drapeau ONU - Femmes

Rassurez-vous donc, mesdemoiselles, ce nouvel organisme travaillera donc véritablement à s’assurer que partout dans le monde, les femmes soient respectées. C’est pourquoi l’Iran n’a pas eu le droit d’y siéger, tant la situation des femmes est catastrophique dans le pays. L’Arabie Saoudite, elle, par contre, a eu une place de choix, puisque chacun sait que ce pays est à la pointe des innovations en matière d’égalité des sexes : les femmes n’ont pas le droit d’y conduire une voiture (tout le monde sait qu’elles en chient sur les créneaux), ou même de prendre de décisions sans l’accord de leur mari (par exemple, si l’une d’entre elles prend une balle durant un match de foot, et que son mari veut voir la fin de la rencontre, elle a intérêt à prier pour que les arrêts de jeu ne durent pas trop, puisqu’il faut l’accord du chef de famille pour avoir accès à des soins médicaux). Rassurez-vous, ce n’est pas uniquement pour ce modèle en avance d’un temps sur le reste du monde que l’Arabie Saoudite a eu le droit à un siège, mais aussi – et surtout – parce que le pays a donné quelques sous à l’organisme pour l’encourager (profitant du fait que les femmes sont vénales et ne sauraient refuser, comme chacun sait), et a donc profité d’une place en tant que "donateur". Alors si vous croyez qu’une organisation va faire les gros yeux à l’un des pays qui la finance, mesdemoiselles, vous vous voilez la face (femme, voile, Arabie Saoud… non ? Hoo, allez.)

Bref, sympathiques lectrices, soyez heureuses : le monde applaudit en ce mois de janvier la naissance de cet organisme qui est là pour s’occuper de vous et de votre considération comme étant l’égal des hommes. Mais bien évidemment dans des structures à part de ces derniers, car chacun sait que la mixité est l’ennemie de l’égalité.

Heureusement qu’il y a des blogs comme celui-ci pour lutter contre les préjugés sur les femmes, pas vrai ? Vous pouvez retourner lire Closer ou Public, maintenant, les filles.

 

 

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