Le docteur Maugrin se redressa nerveusement dans son fauteuil, éclaircissant sa voix de quelques toussotements avant de soigneusement joindre ses mains pour prendre la posture qui était la sienne lorsqu’il avait des nouvelles importantes à délivrer à ses patients. Face à lui, le jeune couple sentant qu’il se passait quelque chose sembla rapetisser quelque peu dans les chaises mises à sa disposition, attendant que tombe la sentence de l’homme de science. Maugrin leur jeta tour à tour un regard grave, puis prit la parole.

"Bien, nous avons fait le tour de vos résultats d’examens… je pense que nous savons ce que Madame ici présente a.
- Ho ! Ne nous faites pas languir docteur, que se passe-t-il ? C’est une tumeur c’est ça ? Je peux déjà la sent…
- Hmmm, je crains que ce ne soit un peu plus compliqué que ça. 
- Que voulez-vous dire ?
- Hé bien… cette légère déformation du ventre, ces vomissements, moi aussi je pensais à quelque chose du genre, mais c’est bien plus grave. Je ne sais pas comment vous l’annoncer je… Madame je… je crois que vous attendez un enfant.
- Comment ? Non, c’est impossible ! Je… je n’ai rien fait pour mériter ça !
- Du calme ma chérie, je suis sûr qu’il y a une solution. Docteur, comment est-ce qu’elle a pu attraper ça ? 
- C’est assez compliqué. Pour ma part, j’ai longtemps pensé qu’il s’agissait d’une maladie tropicale : il n’y a qu’à voir Angélina Jolie, à chaque fois qu’elle met un pied en Afrique, elle en attrape deux.
- Mais nous n’avons jamais mis les pieds en Afrique !
- C’est bien ce qui m’inquiète."

0

Le médecin se leva en faisant craquer son siège de cuir, ses patients le suivant du regard alors qu’il se dirigeait vers la fenêtre pour prendre un air philosophe.

"Je crains qu’il ne s’agisse plus d’une maladie tropicale. Le virus a évolué. 
- Mais alors…"

0

Maugrin pivota sur ses talons, les yeux plissés.

"Oui : nous avons affaire à une pandémie."

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Si un jour vous vous voyez exactement cela, c’est qu’ils s’apprêtent probablement à vous bouffer le foie

Alors que nos divers médias continuent de bruisser de diverses informations plus ou moins pertinentes sur le mariage gay (l’âge des premiers mariés ou leur destination de vacances, du grand journalisme), il convient de traiter d’un sujet revenu régulièrement dans l’actualité tout au long des derniers mois et dont ces nouveaux couples vont bientôt pouvoir profiter : l’enfant.

Sujet de bien des débats, celui-ci reste profondément mystérieux : qui est-il ? D’où vient-il ? Peut-il servir de projectile face à des CRS ? Autant de questions auxquelles il convient de promptement répondre.

L’enfant

L’enfant, aussi appelé bambin, chérubin ou petite crevure est un parasite de la femelle homo sapiens. On le trouve dans la plupart des régions peuplées, bien qu’il arrive aussi de retrouver des enfants dans des zones plus sauvages, comme l’indomptable rivière, le majestueux fossé ou le fabuleux congélateur. L’enfant est présent depuis fort longtemps dans l’histoire de l’humanité, et est connu pour son caractère à la fois bruyant et casanier. La plupart des scientifiques s’accordent cependant à reconnaître que l’enfant connait bien des variations de caractère comme de forme, ce qui laisse supposer que la souche du virus est particulièrement évolutive et donc d’autant plus dangereuse.

Définition

L’enfant désigne le parasite vaguement anthropomorphe de l’homo sapiens qui tel la chenille, connait bien des évolutions au cours de sa courte vie. Telle une grosse tique, l’enfant débute sa vie dans le corps de la femme (elle-même parasite de l’homme, mais là n’est pas le sujet) où il pompe tout ce qu’il peut de ressources tel un gros goinfre vampirique. Après neuf mois à se taper un gros banquet dans maman, l’enfant décide en général de se détacher de sa réserve de nourriture pour pouvoir commencer à pomper de nouvelles ressources, à savoir le pognon et la patience d’autrui. Longtemps, l’enfant a été la victime de quantité de préjugés, puisque son apparence généralement chauve, sa grosse tête, son incapacité à se mouvoir proprement et sa volonté manifeste de manipuler autrui ont laissé penser à quantité de gens que leurs femmes venaient juste d’accoucher du professeur Xavier.

Histoire

On retrouve trace d’enfants bien avant l’invention de l’alphabet : ainsi, dès la préhistoire, alors que nos ancêtres prenaient grand soin de réaliser de fières œuvres sur les parois de leurs grottes pour raconter leurs journées, le problème des finitions se posait puisque peindre avec les mains, c’est quand même pas pratique pour les détails. L’enfant servait donc de pinceau RO #20 pour finir les cornes de l’auroch, la trompe du mammouth, ou pour faire des pénis sur le visage de Grülk pendant qu’il dormait (on estime que le niveau culturel d’une soirée d’intégration d’école d’ingénieurs a cessé d’évoluer environ 750 000 ans avant notre ère).

Toutes les civilisations ont connu des problèmes avec les enfants. En Egypte, la tradition voulait que pour être un peu tranquille, on leste les enfants avec des parpaings avant de les emmener à la rivière. Hélas, un soldat inattentif lestant le sien avec une pierre ponce par erreur provoquera un drame national, puisque l’enfant dérivant sur le fleuve local sera trouvé par une princesse Egyptienne qui l’appellera Moïse. La suite, on la connait : c’est le peuple d’Egypte qui finit sous l’eau. Les Romains subiront à peu de choses près la même chose lorsqu’un enfant échappera à leur traque et créera une nouvelle religion où, en hommage aux aventures de Moïse, son exemple, on passera aussi les enfants sous l’eau à la naissance.

Bien sûr, tous les enfants n’ont pas forcément donné de religions, à commencer par ceux de vos voisins dans le train qui s’ils continuent comme ça, vont recevoir votre châtiment divin à coups de pompe dans la margoulette avant de savoir écrire un livre saint. Cependant, la tradition ne s’est pas perdue, et de nos jours encore, l’enfant est souvent considéré comme un demi-dieu, tantôt par ses parents, tantôt par les pédagogues, créatures persuadées qu’elles sont les parents de tout le monde. Heureusement, le corps enseignant, toujours sur la brèche, continue de lutter contre ces demi-dieux en herbe en leur rappelant leur place : de petits étrons qui ne savent même pas leur table de 7.

Laissez un enfant se prendre pour un demi-dieu et voilà ce que ça donne : Percy Jackson. Vous le sentez monter, le remords, là ?

Biologie

De prime abord, l’enfant ressemble à un être humain, beaucoup plus petit, potelé, et disposant d’un énorme crâne dont ne sortent que des idées contestables et des questions stupides (en bien des choses, il ressemble à un spectateur de talk-show), on considère que l’enfant peut porter ce titre jusqu’à la puberté, sujet sur lequel nous reviendrons plus tard.  L’enfant est peu mobile, a des caractéristiques de force, de dextérité et d’endurance qui laissent supposer qu’il se rapproche plus du mage que du guerrier, mais son principal tour consiste à générer des quantités de matière fécale qui défient l’entendement, et parfois même la gravité. La légende raconte qu’ainsi, en 1191 au siège de Saint-Jean-D’Acre, Richard Coeur de Lion aurait, pour décourager l’ennemi, gavé des enfants de Nutella et de Mr Freeze pour ajouter du liquide au mou avant de les faire envoyer par trébuchet par-dessus les murailles. Si dans un premier temps, cela sembla provoquer un certain chaos dans les lignes des sarrasins, ces derniers ripostèrent en tirant une Françoise Dolto en plein milieu des tentes anglaises. Tout le monde s’accorda pour dire que les enfants devraient être interdits dans tous les conflits, politique encore bien connue aujourd’hui.

L’enfant dispose d’un système immunitaire différent du nôtre, puisqu’il s’adapte plus facilement aux différentes menaces bactériennes. Ainsi, si lorsqu’un adulte fait tomber quelque chose par terre, il invoque souvent la règle dite des "3 secondes", l’enfant est plus proche des 30 secondes, voire des 30 minutes. En même temps, l’enfant est un peu con, ce qui pose quantité de questions sur ce que peut contenir un si gros crâne. Certains érudits prétendent que celui-ci ne servirait en fait qu’à ennuyer maman durant l’accouchement, ce qui est relativement crédible tant emmerder le monde semble être l’activité favorite de l’enfant, juste après se mettre à pioncer n’importe où.

Comportement

Si la plupart des experts s’accordent à dire que le comportement de l’enfant va de "déplorable" à "consternant", il semblerait que les capacités de manipulation du bambin lui permettent de se placer sous la protection d’adultes et ainsi éviter par leur simple présence le courroux qui devrait s’abattre sur lui lorsqu’il saute sur le canapé devant les vendeurs de chez But. Plus narquois qu’espiègle, le caractère de l’enfant est complexe à parfaitement reproduire puisqu’il ressemble à celui d’un candidat de la Roue de la Fortune sous acide : il saute d’une activité à l’autre, et dès que l’on pense qu’il a trouvé de quoi s’occuper 5 minutes sans emmerder le monde, hop, il décide aléatoirement d’une autre activité qu’il veut faire, là, tout de suite, comme l’achat d’un nouveau château Playmobil ou l’assemblage d’un Messerschmitt Me 262 (l’enfant est taquin et pleure très fort lorsque vous lui annoncez que non, papa n’a pas de Messerschmitt au garage). Cette complexité apparente force donc les scénaristes de cinéma à inventer d’autres comportements aux enfants. Ainsi, dans un film, lorsque papa et maman s’enguirlandent, l’enfant et sa coupe au bol blonde apparaissent toujours au milieu de la cuisine pour lâcher une phrase comme "Moi je veux pas que vous vous battiez, vous vous aimez, faites la paix et vivons heureux !" avant de tourner le dos pour courir vers sa chambre, laissant derrière lui les adultes frappés par la belle vérité sortie de la bouche de leur progéniture se réconcilier.

Alors que dans la vraie vie, en pleine engueulade, le petit Théo se contenterait d’arriver avec des traits de feutre sur la gueule pour annoncer qu’il vient d’utiliser son spirographe pour décorer le canapé neuf du salon. Éventuellement, il ajoutera qu’il a faim et mangerait bien des frites, mais ça, c’est uniquement s’il n’a pas été strangulé d’ici là.

Vous le reconnaissez ? Dieu que vous êtes vieux.

Structure sociale

L’enfant étant un parasite, il recherche avant tout la compagnie d’autres êtres. Lorsque ses parents sont trop éloignés pour qu’il puisse tenter de boire leur âme, il se regroupe avec d’autres enfants comme lui pour errer en bande et s’adonner à des activités aussi passionnantes que jouer à trois petits chats ou faire de la balançoire dans un pneu (hélas non relié à un véhicule). L’Etat ayant depuis longtemps pris la mesure des dégâts que pouvaient causer ces petits êtres si laissés en liberté, il a créé des lieux pour les regrouper sobrement appelés "écoles", le terme de "stalag" étant trop connoté. Le principe est pourtant le même : les enfants sont enfermés, surveillés, et quelqu’un leur répète régulièrement que s’ils veulent faire ce qu’ils veulent plus tard, ils doivent travailler dès aujourd’hui : une formulation courtoise, mais ferme du célèbre "Le travail rend libre".

Il n’est pas rare de voir des enfants cheminant sous la garde de professeurs des écoles dans les rues de nos cités, et chacun sait qu’il faut s’en tenir à distance : l’un d’entre eux pourrait décider de s’accrocher à vous, et telle la tique là encore, une fois cela fait, les choses deviennent relativement compliquées. N’oubliez pas qu’il est possible de se prémunir de ce genre d’incidents en vous habillant avec goût : les enfants n’en ayant aucun, ils restent à bonne distance des êtres civilisés.

Ce qui, à côté de ça, explique la relative fécondité des amateurs de tuning et des blogueuses mode, mais là n’est pas le sujet.

Communication

L’enfant hurle. Ses cordes vocales étant probablement aussi disproportionnées que son crâne, il en profite, même si la science ne parvient pas à expliquer comment d’aussi petits poumons peuvent expulser autant d’air (on pense que le même phénomène qui s’applique aux intestins touche d’autres organes). Il communique généralement par questions comme "Pourquoi ?" "Quand est-ce qu’on arrive ?" ou "Tu lis sérieusement le Figaro ?" ou se contente de manifester des besoins comme "Pipi", "Caca" ou "Let me drink your very soul" (si vous lui demandez de répéter, il vous dira "Je veux aller à Vesoul" mais nous savons tous que ce n’est pas crédible, ne vous laissez pas feinter).

Paradoxalement, l’enfant dispose d’une incroyable capacité à rendre con autrui, ce qui donne ce fameux spectacle de l’enfant répétant inlassablement la même chose, parole ou geste, et se son parent à côté répétant "Non, Bichon !" pour la 687e fois des fois que  Bichon n’ait pas entendu les 686 fois précédentes et qu’il suffise en fait de lui dire non pour qu’il arrête de mordre la jambe du Monsieur, et non de lui mettre un coup de clé à molette pour lui apprendre. L’enfant rend aussi autrui très con en le forçant à lui donner plein de surnoms, voire à dire "Oukilémignonlebébéiléhouiléhoulebébé ?" alors que non seulement ledit bébé ressemble à un Shar Pei fraîchement tondu pour avoir couché avec les allemands, mais qu’en plus, tout le monde sait où il est ce foutu bébé, vous croyez vraiment qu’il va vous répondre en vous donnant sa latitude et sa longitude ?

Lorsque l’enfant n’a plus la force de hurler, il pleure. Lorsqu’il n’a plus la force de pleurer, il gémit.

Parfois, il parle, mais c’est extrêmement rare, et uniquement pour vous baratiner : ne vous laissez pas avoir.

Un seul des deux est capable d’apprendre la propreté

Cycle de vie

L’enfant n’a que deux buts dans la vie : vous faire acheter ce putain d’oeuf Kinder quand vous êtes juste venu chercher le pain, et tenter de reproduire son espèce maudite.  Pour ce dernier point, l’enfant dispose de deux options :

  • le rayon gamma

Lorsque l’enfant trouve un couple susceptible d’accueillir un autre parasite comme lui-même, il tente de faire des choses mignonnes pour attirer l’attention sur lui. Puis, sitôt qu’il a l’attention de la femelle, il tire un puissant rayon gamma invisible à l’oeil nu pour influencer les pensées de celle-ci qui se met à marmonner "horloge biologique", "fonder une famille" et "kilémignon". Si à ce stade le mâle du couple n’a pas traversé la fenêtre la plus proche en hurlant "Géronimo", on peut considérer que c’est foutu : l’enfant a accompli sa mission.

  • la métamorphose

Telle la chenille urticante que vous trouvez dans vos plantes et à qui vous ne laissez la vie que dans l’espoir qu’un jour elle devienne un beau papillon (vous êtes faible), l’enfant tente de gagner du temps en faisant croire qu’il est kikinou et laissant l’espoir aux adultes qu’il peut-être plus qu’un ver rosâtre et bruyant. Si son rayon gamma n’a pas suffit à provoquer l’apparition d’autres parasites autour de lui, et que ses parents ne l’ont pas noyé en le lestant avec le collier en pâte à sel qu’il a offert à maman pour la fête des mères, il lui reste donc l’option de se métamorphoser lors de cette phase majestueuse que l’on nomme courtoisement "puberté". Là encore, tel la chenille, l’enfant va se créer un cocon pour y disparaître et commencer sa mue. L’enfant étant incapable de tisser proprement un cocon au sens propre depuis l’interdiction de 1874 de les faire travailler dans les usines textiles, il leur faut donc se draper de toutes les merdes qu’ils trouvent : posters de Justin Bieber, t-shirt "Swag" ou coupes de cheveux contestables. Dès lors, leur corps se met à muter horriblement pour essayer de copier l’apparence d’un homo sapiens classique. Cela fait, ils pourront se lancer à l’assaut d’autrui et l’obliger à porter un parasite, mais nous reviendrons une autre fois sur l’abominable passage que l’on nomme adolescence, lorsque la créature est entre deux stades.

L’enfant ayant accompli sa mission, un nouveau cycle peut recommencer, et une fois encore, le monde trembler.

F.A.Q

Ma femme a des envies de fraises, soupire longuement en me tenant la main et je l’ai vue s’arrêter plusieurs fois au rayon poussette, est-elle atteinte ?

Allez immédiatement vérifier son compte Doctissimo : si elle a une signature pleine d’images abominables, c’est qu’elle est foutue. Sinon, il est en effet possible qu’elle soit juste manipulée par le professeur Xavier. Surtout cette histoire de poussettes, c’est assez suspect.

Un enfant a-t-il vraiment besoin d’un papa et d’une maman ? L’important, n’est-ce pas qu’il ait avant tout de l’amour ?

L’important, c’est surtout que vous ayez une batterie de Super 5 et des pinces crocodiles. Avec ça, vous pouvez cadrer un peu le marmot, sinon à 17 ans, il quittera la maison pour faire une énorme connerie, comme par exemple faire de l’art contemporain. Et ce en portant votre nom, et ça, jamais.

Existe-t-il un moyen de se débarrasser du parasite avant que tel un alien, il ne sorte de moi ? Je ne suis pas le lieutenant Ripley, hein.

De toute manière, le fusil à impulsions marche très mal sur ces petits êtres. La méthode la moins douloureuse consiste à l’enfumer tel un renard : attention par contre, lorsqu’il sortira, il tentera probablement de fuir, alors soyez rapide avec le sac en plastique.

Comment dois-je appeler mon enfant à naître ? Théo ? Léa ? Léo ? Téa ? Enzo ? Hugo ? Emma ? 

Vous pouvez aussi commencer par découvrir le monde magique des mots de plus de deux syllabes.

Cet article est un ramassis de conneries. J’ai moi même été un enfant.

Chacun ses problèmes.

Je suis encerclé ! Je… [bruits de tirs] ils sont partout autour de moi ! [détonations] Bon sang, il en arrive d’autres ! J’ai besoin de renforts !

Ah non :  c’est vous qui avez choisi de devenir instit.

Il s’est passé des trucs cette semaine.

Je ne reviendrai pas dessus aujourd’hui : mariage, décès, procès et autres évènements ne sauraient venir piétiner la vraie information du moment : cette semaine, nous avons vécu dans la joie et la bonne humeur la journée contre les violences éducatives. Nul doute que tous et toutes avez célébré l’évènement en ne battant pas comme plâtre votre neveu à l’aide d’un tison, mais il serait bien inconvenant de ne pas parler de la formidable campagne lancée à cette occasion par la Fondation Pour l’Enfance : un spot publicitaire visant à sensibiliser les parents sur les "violences éducatives".

Pour celles et ceux qui seraient au bureau et qui ne voudraient pas se faire attraper par leur supérieur en pleine glandouille, je vous propose un résumé textuel de la chose qui par sa discrétion saura préserver la fragile intimité de votre open-space, aidé en cela par le script du spot disponible dans le dossier de presse qui va bien :

Une petite fille de 8 ans prend son goûter dans le salon d’un petit appartement, le tout en dessinant dans un carnet. Alors qu’elle fait d’incroyables moulinets du bras, probablement car en train de dessiner d’énormes kikis (les enfants sont facétieux), elle renverse très naturellement son verre d’une mystérieuse boisson brunâtre (du slim-fast : on est jamais anorexique trop tôt), entachant ainsi de son contenu la nappe innocente qui se trouvait là. Voyant son précieux bien sali, la mère de famille a une réaction bien normale : défoncer la gueule de sa fille d’une bonne claque dans la margoulette, avant de s’atteler à réparer les dégâts.

Encaissant fort mal le soufflet, la jeune fille éclate en sanglot sous les yeux de sa grand-mère qui a assisté à toute la scène puisque traînant dans le coin. Cette dernière s’empresse donc d’aller réconforter, non pas sa petite fille en pleurs (nan mais quelle vieille peau !) mais bien sa fille en la prenant dans ses bras avant de lui susurrer "Pardon…".

"Aloooooors que l'on reeeeevoit l'action au ralenti, supeeeeerbe !"

Apparaissent alors à l’écran les messages suivants :

"Des parents qui battent ont souvent été des enfants battus"

"Éduquons sans violence"

"Fondation pour l’enfance"

Et donc fin.

On remercie donc bien fort les auteurs de ce clip et de ces messages pour leur subtilité, puisque comme chacun sait : la violence, c’est pas bien, et les enfants sont des êtres gentils et mignons. Car il est vrai que bien des gens s’exclameront "Misère, une claque pour un verre renversé, quelle violence ! Il est vrai que c’est scandaleux.". C’est même exactement pour cette raison que les enseignants n’ont pas le droit aux châtiments corporels, tant l’instruction et l’éducation ne doivent laisser la place à la violence. L’enfant peut être raisonné autrement, par le dialogue, pour comprendre ce qu’il en est, et doit être entouré d’amour et de…

… tiens ? Je viens de voir passer un poney multicolore vomissant de la barbe-à-papa. Curieux.

Non allez, sérieusement, qu’est-ce que c’est que ce message pourri ? Déjà, notons la beauté de la chose : une claque = enfant battu. Tous les parents qui ont un jour mis une torgnolle à leur enfant, ou pire, une fessée, sont des ordures qui méritent une descente du GIPN chez eux. Et le clip, évidemment, souligne bien jusque dans son script que l’enfant "ne fait pas exprès" de renverser son verre : les enfants étant des créatures innocentes, il ne faut pas les toucher, c’est très vilain. C’est important de dire que tout est toujours tout blanc ou tout noir. D’ailleurs, les enfants battus eux-mêmes apprécieront la légèreté de ce message :

"Moi j’ai pris une claque parce que j’ai traité ma mère de pétasse.
- Moi j’ai été fouetté avec du fil de fer barbelé pour avoir oublié de mettre les bières de papa au frais.
- Ouais, on est tous les deux des victimes de parents abusifs !"
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Il faut dire que niveau message, la conférence de presse de la Fondation pour l’Enfance faisait là aussi dans l’invitation de personnalités reconnues pour la subtilité de leurs propos respectifs ; je cite le dossier de l’organisation elle-même :

- Le docteure Jacqueline CORNET, auteur de "Faut-il battre les enfants ?"

Vivement la suite : "Dois-je plonger mon chien dans l’acide ?" et "Tuer mon voisin à coups de sécateur, est-ce bien raisonnable ?". D’ailleurs, derrière cet article se cache une étude dont nous avions déjà parlé dans un précédent billet, dans lequel Jacqueline CORNET faisait la corrélation entre les fessées et les claques reçues durant l’enfance et le nombre de maladies et d’accidents subis par la suite. Non, ce n’est pas une blague : visiblement, vous collez une torgnolle à un morveux, et hop ! Ses globules blancs, humiliés, refusent de combattre les infections (les globules blanc ont leur petit honneur de leucocytes : jusqu’en 1837, nombre d’entre eux s’organisaient des duels au mousquet dans la moelle osseuse pour venger leur réputation salie), et derrière, vous le foutez en l’air : de temps à autres, sur la route, votre marmot aura des flashbacks de fessées, ce qui, encombrant son champ de vision (il ne verra qu’un cul rougi à la place du 36 tonnes qui arrive en face), l’amèneront plus facilement à subir des accidents. Quelle ne sera pas la surprise des urgentistes lorsque découvrant l’accidenté, ils constateront qu’en sus de perdre du sang, ses globules se sont organisé des combat au fleuret pour passer le temps. Et je vous passe le moment où ils verront en plus le docteur Cornet débarquer sur place pour tenter de peaufiner son étude : "Houhou ! Monsieur ! Monsieur ! Je sais que vous êtes en train de mourir suite à cet accident, mais j’aimerais savoir : quelqu’un vous a déjà fessé étant petit ?".

"Vin ! Encore un flashback de fessée, c'est ça ? Dur !"

- Monsieur Olivier MAUREL, auteur de "Oui, la nature humaine est bonne ! Comment la violence éducative ordinaire la pervertit depuis des millénaires" (Robert Laffont, 2009)

En effet, après étude de plusieurs milliers d’années de témoignages (soit ce mec a une Delorean, soit il est le seul à avoir chez lui des tablettes grecques dans lesquelles on explique que "Lacédémon est devenu très méchant depuis qu’Olympos lui a collé un pan sur le cul ; je crois qu’il est parti fonder Sparte, une cité d’hommes en slip qui ne craindront ni claques, ni fessées", soit, dernière option, il pipeaute un peu). Donc, oui, les guerres, les massacres, la xénophobie, les bûchers, tout ça, c’est la faute des claques et des fessées. C’est connu : les enfants qui ne ramassent jamais de torgnolles sont toujours gentils, polis et aimables. Et à l’inverse, tous ceux qui ont déjà reçu une tape sur la joue sont devenus de gros fascistes. On a vu ce qu’a donné la génération élevée au Dolto. Carlos, déjà. Un gros argument en soi.

- Docteure Emmanuelle PIET, présidente du Collectif Féministe contre le viol

Il fallait bien un collectif pour cela, puisque c’est vrai que c’est un truc tellement accepté socialement. Qui n’a jamais entendu parler de l’"Association pour le viol avec barbarie" ou du "Rassemblement pour les tournantes", associations loi 1901 comptant plusieurs milliers de participants. Pour de mystérieuses raisons, les créateurs de ce mouvement se sont sentis obligés de préciser "Féministe", parce que c’est tout aussi connu, si tu n’es pas féministe acharné, tu es pour le viol. J’attends avec impatience une grande soirée de rassemblement avec le "Mouvement contre les meurtres", le "Club des gens qui n’aiment pas qu’on leur vole leur portable" et la "Société des amateurs de lapalissades".

Bref, je vous passe la liste complète des invités, mais diable : quel gratin représentatif de la hauteur des débats ! Tout ça pour souligner ce bien curieux message : les claques et les fessées, ça revient à battre un innocent enfant, et donc, c’est très mal, jamais, nicht, d’où ce clip supposé l’illustrer, ainsi qu’une conférence avec de fameux participants pour l’appuyer.

Mais honnêtement, mettons que je refasse le clip exactement à l’identique, en remplaçant juste le passage où elle renverse son verre par un autre où elle s’exclame "Putain, la vieille, tu crois qu’il va se ramener tout seul sur la table le Nutella ? J’ai aut’ chose à fout’, j’essaie de capturer un Férosinge ! Remue ton gros cul, radasse !" (voilà une petite fille au vocabulaire certes hardi, j’en conviens). Bizarrement, je ne suis pas sûr que lorsque l’enfant se ramassera une mandale, les gens trouveront ça toujours aussi injustifié. Quoi je caricature ? D’accord, mais qui a commencé ? Vous voulez que je fasse un clip "Les blogueurs qui font des raisonnements caricaturaux ont souvent visionné eux-mêmes des clips avec des raisonnements caricaturaux" ? Dans lequel je renverse mon brandy sur la table du goûter en visionnant leur campagne ? Passons.

En même temps, c'est vrai que c'est Férosinge, quand même

Car ce genre de campagne de culpabilisation a bien évidemment des conséquences. En effet, certains d’entre vous qui me lisent ont décidé d’épouser la belle carrière d’enseignant, et se retrouvent en première ligne avec des enfants qui n’ont pas toujours été cadrés par des parents soucieux de ne pas passer pour de mauvais bougres, et qui donc, ont surtout retenu une chose essentielle : on a pas le droit de les toucher. Rassurez-vous, il existe cependant des solutions simples. Prenons un exemple :

Jean-Bob est un trou du cul. De sa coupe de cheveux à ses baskets flashy, il est une sorte d’allégorie de la bêtise venue s’incruster dans votre classe. Jean-Bob a des parents qui ont peur de passer pour de mauvais parents : aussi ils cèdent à tout, dans le plus grand esprit de la prophète de la non-violence éducative, Françoise Dolto. Jean-Bob a beau être stupide, il n’en a pas moins compris, grâce aux pelletées de clips et documents idiots jamais nuancés qu’on lui a balancé, qu’on n’avait pas le droit de lui faire ceci ou cela. Curieusement, Jean-Bob n’a jamais compris qu’il avait aussi des devoirs. Et ça tombe bien, aujourd’hui, Jean-Bob n’a pas fait les siens.

"Dis-donc Jean-Bob, tu n’as pas fait des devoirs ? Encore une fois ?
- Pffffffff…
- Et on ne souffle pas Jean-Bob ! Ça commence à bien faire ton attitude ; tu ne fais rien !
- Ca va c’est bon, t’arrête de m’agresser !
- Je ne t’…
- C’est bon bâtard vas-y va chier !
- Dis-d…
- Ta gueule, de toute manière, tu peux rien m’faire ! Tu vas faire quoi ? Tu vas faire quoi ? Me punir ?
- Je pe…
- Rienafout’ qu’esse tu crois ! J’viens pas moi faire tes punitions d’merde ! Tu peux t’les fout’ au cul !
- Ça va m…
- Maiiiis tu vas faire quoi bâtard ? Rien ? Alors tu la fermes ta gueule ! T’as pas l’droit d’me toucher j’te dis ! Tiens, j’te nique !"
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Evidemment, si jamais vous en parlez à la brigade de Fondation pour l’Enfance, ils vous expliqueront que Jean-Bob a besoin d’un bon dialogue et de trouver un adulte en qui avoir confiance. Aussi, quand Jean-Bob ne fait pas ses devoirs, vous devez simplement lui expliquer en quoi l’enseignement est bon pour son avenir tant personnel que professionnel. Rassuré par vos paroles, une relation de confiance s’instaurera avec lui et vous pourrez enfin avancer ensemble alors que vous l’encouragerez dans sa progression. Puis, vous irez vous rouler tous les deux nus dans les champs en chantant les vertus de l’amitié et de la gentillesse. Une fois interpellé nu aux côtés d’un mineur, vous chanterez les vertus de l’amour et du savon à Gunthar, votre compagnon de cellule.

L’autre alternative, c’est le Kagoul-Kommando. Vous et les autres enseignants de votre établissement, notez sur une liste commune affichée en salle des profs les noms des élèves que vous voudriez voir châtiés. Puis, demandez aux surveillants de l’établissement de tous aller surveiller le gymnase un mardi entre 14 et 15h, quand il n’y a pas sport. Confiez alors la liste à des profs qui n’ont pas cours le mardi après-midi : organisés en commando et vêtus de cagoules, ils pénétreront alors l’établissement et iront, classe par classe, défoncer la gueule de Jean-Bob et semblables. Un coup de rangers dans le nez, un coup de batte de base-ball (renommée "Petite Souris" pour sa formidable capacité à faire tomber les dents) dans la gueule, l’introduction d’une éponge servant à nettoyer les tableaux (votre établissement a un petit budget) dans un rectum avant d’humidifier le tout avec le matériel d’arrosage des pelouses, autant de petites joies qui auront moult avantages :

La Petite Souris va venir te voir !

- Jean-Bob et consorts réaliseront vite qu’à chaque fois qu’ils perdent une occasion de se taire, ils perdent aussi des molaires

- Lorsqu’ils iront porter plainte au commissariat, les fonctionnaires seront ravis de voir le petit Jean-Bob qui passe son temps à les insulter venir demander leur aide. Nul doute qu’ils seront zélés dans le traitement de la plainte

- Aux parents mécontents qui demanderont comment un commando a pu rentrer dans l’établissement, vous répondrez que bien que tous vos surveillants étaient présents, vous n’avez pas les moyens de protéger vos locaux pleinement. Le ministère, pour éviter un scandale, trouvera soudain du pognon à vous donner

- Les seuls parents qui retireront leurs enfants de l’établissement seront ceux des chérubins tabassés, faisant de votre établissement un lieu incroyablement fréquentable qui verra donc de nouveaux élèves s’y inscrire, tous disciplinés car vivant dans la peur de la "Petite souris"

- Lorsque les médias se demanderont si ce ne serait pas un coup monté de quelques profs vengeurs, vous n’aurez qu’à répondre "Vous sous-entendez que des enseignants, fonctionnaires de l’éducation nationale, seraient venus bénévolement sur leur lieu de travail en dehors de leurs horaires payés ?" : votre réputation de fainéants absentéistes fera le reste.

Comme quoi, à tout problème, il y a des solutions. C’en est à se demander pourquoi je n’ai pas été invité à la conférence de presse de cette journée contre les violences éducatives.

Parents, retenez-bien le message : outre apprendre ce qu’est une "nuance" (mot inconnu à la Fondation pour l’Enfance), si vous ne cadrez pas vos enfants, quitte à gifler ou fesser dans certains cas, alors ce sont les enseignants qui pourraient bien s’en charger par lassitude.

Et , vous auriez des enfants battus.

Pensez-y.

Le train est un endroit maudit : étroit, tremblotant, mal climatisé, bruyant, bref, peu attractif. Même les plus passionnés par le domaine se sentent obligés de l’idéaliser : qui a déjà vu, lors d’un salon de modélisme, une véritable maquette de gare SNCF avec ses grévistes, sa voix qui annonce qu’"en raison d"un accident de personne, le train TER 2987 à destination de Paris-Est aura un retard de 2 heures", son petit monsieur à casquette chargé de rembourser les usagers mécontents ou encore cette petite figurine voûtée supposée représenter la roumaine qui vous aborde pour vous demander 2€ ? Même les petits personnages supposés représenter une équipe de TF1 interrogeant un voyageur déclarant être "pris en otage" par les grèves sont toujours absents des représentations supposément fidèles. C’est dire si l’on se moque du monde, tant tout cela fait partie des accessoires indispensables d’une gare réaliste, en sus des rails, des trains et de l’horloge.

Mais ne nous y trompons pas : vous et moi, malgré tout, finissons parfois par aller de par les chemins de fer, auquel cas nous y croisons toujours les mêmes individus. Aujourd’hui, je vous propose donc deux lettres types, qui, une fois imprimées en quelques exemplaires et complétées au stylo selon les besoins, n’auront plus qu’à être glissées dans la poche de vos cibles, caricatures qui vous accompagnent toujours dans vos trajets ferroviaires. Pensez à être discrets cependant : je vous raconterai peut-être un jour comment j’ai failli me faire prendre en train de déposer discrètement un mot dans la poche de François Baroin (n’oubliez pas les enfants : toujours avoir du phosphore sur soi pour s’enfuir dans un rire diabolique). Faites en bon usage.

 

Affiche de la SNCF, 1943

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Lettre à l’attention de la mère de l’abominable morveux

Madame,

J’ai l’honneur de vouloir m’entretenir avec vous, via ce support épistolaire, de notre voyage du __/__/__, à bord du train numéro _______ en provenance de __________________ et à destination de __________________.

En effet, durant le trajet qui fut le nôtre, j’ai eu la joie de faire la connaissance de votre charmant bambin au prénom d’une originalité digne d’un épisode d’Une Femme d’Honneur. Nonobstant l’énergie caractéristique des enfants, qui n’ont de cesse d’aller par monts et par vaux vivre quelque fantastique aventure, comme taper dans le siège devant eux, parler très fort ou tout simplement emmerder le monde, je dois dire que votre enfant a battu tous les records. En effet : celui-ci m’a cordialement fait chier tout le trajet.

Madame, permettez-moi tout d’abord de vous dire que votre enfant est laid. J’ignore si la sage-femme qui vous a accouchée, voyant le visage du charmant bambin émerger de votre corps disgracieux, s’est exclamée "Mon Dieu, elle accouche en siège décomplété : la bête nous présente son anus en lieu et place de son visage", avant de réaliser sa terrible erreur, mais je dois dire que la seule vue de votre progéniture voguant au milieu de l’allée centrale m’a laissé supputer que la relance dans notre pays devait passer par un investissement massif dans l’industrie du cintre et du tricot. Certes, vos amis et vous-même l’avez toujours trouvé beau, mais voyez : vous n’êtes pas objective et vos amis veulent seulement profiter de votre appareil à raclette à peu de frais, aussi ne cherchent-ils pas le conflit en vous assénant la terrible vérité : vous avez enfanté un moche. Mais il en faut, vous savez, car la beauté ne se jugeant qu’à l’aune de l’apparence d’autrui, votre enfant à lui seul a rendu le monde plus beau. J’ai d’ailleurs profité du voyage pour saisir en photo le visage de votre descendance, et je l’ai envoyée à mes amis Igor et Grichka : grâce à vous, ils se sentent un peu mieux.

Mais là n’est pas le sujet, Madame, car si j’ai eu envie de mettre un sac à vomi, de préférence plein, sur le visage de votre rejeton, ce n’est pas tant pour masquer son physique malheureux à ma vue bienheureuse, mais plutôt pour tenter de l’étouffer. En effet, vous n’aurez pas manqué de remarquer, que de tout le chemin, celui-ci n’a pas manqué d’emmerder à peu près toute la voiture, trottant de-ci de-là dans l’espoir de trouver une nouvelle manière d’énerver son prochain. Et pour toute réponse à ses hurlements nombreux et indistincts, vous n’avez trouvé comme seule réponse que "Chut." ou "Du calme Bichon.". J’ignore par quel raisonnement improbable vous êtes arrivée à la conclusion que lui répéter "Chut" en boucle finirait par le faire taire ou le calmer, mais il me semble, d’un point de vue scientifique, peu probable qu’après avoir énoncé 73 fois le propos, votre morveux, à la 74e se dise en son for intérieur "Mille diables ! Cela fait bien 74 fois qu’elle me demande de baisser d’un ton ; jusqu’ici, je n’en avais rien à foutre, mais là, tout de suite, j’ai une soudaine envie d’obéir.". En fait, j’ose même supputer – voyez mon audace ! – que votre raisonnement était le suivant : "Si je lui torgnole la gueule, je vais passer pour une mauvaise mère". Aussi vous posé-je la question : pensez-vous passer pour une bonne mère en laissant votre ovule dégénéré venir assaillir tous les passagers ? Auquel cas, je vous propose de consulter rapidement, et de cesser de suivre les conseils de Françoise Dolto : à moins, bien sûr, que vous ne considériez Carlos comme un modèle à suivre.

Bien sûr, j’imagine que vous serez outrée à la lecture de ce courrier, vous exclamant que l’éducation de votre enfant ne regarde que vous, et je comprendrais bien volontiers. On a dit la même chose de Tally-ho, mon Rottweiler, peu après que je l’eus lâché dans un jardin d’enfants non sans avoir caché de l’ecstasy dans sa pâtée. Alors que le fier canin me ramenait un bras sanguinolent en frétillant de la queue (bras que je relançais promptement vers le bac à sable voisin où s’ébattaient encore quelques marmots : il ne faut pas frustrer un chien en arrêtant trop tôt le jeu), je me souviens qu’un parent tenant dans ses bras une bouillie rougeâtre vêtue d’un sweat Pikachu déchiré, vint me dire que je ne devrais pas laisser mon chien faire ce qu’il veut. "C’est un pays libre, je fais ce que je veux, et l’éducation que je donne ne regarde que moi", avais-je déclaré, tout comme vous devez probablement être en train de le faire au moment où vous lisez ces lignes.

Sachez cependant, Madame, que la prochaine fois, je ferai comme avec le caniche jappeur de ma voisine : je lancerai une boulette sucrée à votre cher et tendre, chose qui a toujours un grand succès (le sucre cache à merveille l’odeur caractéristique du chloroforme), avant de l’emmener découvrir les différentes techniques permettant de sonder un étang de province. Aussi ne puis-je que vous recommander de trouver moyen de calmer votre progéniture, ou mieux, de faire comme je le fis pour Tally-Ho, de l’attacher à un arbre sur une aire d’autoroute près de Montauban.

Vous étant reconnaissant pour l’attention que vous porterez tant à ce courrier qu’à l’éducation de votre merdeux, je vous prie d’agréer, Madame, l’expression de mes salutations distinguées.

 

Cordialement,

 

La personne assise au siège ______

 

En Inde, lorsque quelqu'un téléphone dans une voiture, on sort par politesse

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Lettre à l’attention de la personne qui téléphonait

Madame, Monsieur,

J’ai l’honneur de vouloir m’entretenir avec vous, via ce support épistolaire, de notre voyage du __/__/__, à bord du train numéro _______ en provenance de __________________ et à destination de __________________.

En effet, durant notre périple commun, que n’ai-je pas noté que vous étiez une personne très demandée, tant vous avez reçu de coups de fil en si peu de temps. Bien que j’aie supposé un temps que vous soyez médecin, pompier ou ministre pour recevoir autant d’appels, j’ai fini par réaliser l’horrible vérité : vous n’étiez qu’une merde.

J’avoue que j’ai eu beaucoup de mal à réaliser comment vous pouviez vous y prendre : qu’est-ce que vous ne comprenez pas dans l’énorme sigle mauve collé 10 fois par voiture sur lequel on peut voir un petit téléphone en train de faire dodo, opposé au sigle jaune au-dessus des sas sur lequel on peut apercevoir un petit téléphone tout sourire en train de capter ? Peut-être avez vous supputé que cela signifiait "Attention, on n’a pas de réseau quand on est assis, mais dans les sas, si", aussi avez-vous été agréablement surpris de voir que vous aviez trois briquettes sur votre appareil malgré ces signes trompeurs ? Quel dessin eût-il fallu réaliser pour que vous comprissiez ce que cela signifiait ? Un sigle mauve avec un téléphone en train de se faire tabasser par des voyageurs mécontents, voire pris à partie dans une tournante impliquant les contrôleurs lui faisant subir rageusement les derniers outrages, opposé à un sigle jaune dans lequel on aurait aperçu le petit téléphone à l’abri de la foule en colère derrière les vitres de sécurité du sas ? Si je l’ignore, permettez-moi de vous l’écrire en toutes lettres : vos conversations téléphoniques nous font chier.

Vous parleriez de physique quantique, ou auriez des débats sur Kant et Spinoza avec vos interlocuteurs, que ne participeriez-vous pas à l’élévation culturelle des personnes alentour, mais non : vous téléphonez au sujet de Roger qui a niqué la portière droite de la mégane sur le rond-point des trois ailettes (un sujet urgent), débattez longuement de la dernière crotte du petit Enzo qui avait une consistance étrange (l’ONU a été saisie du dossier), ou racontez votre vie sentimentale qui, même racontée par vous de manière parfaitement subjective et pleine de mauvaise foi, laisse encore parfaitement paraître que vous êtes complètement en tort (les scénaristes de Plus Belle la Vie ont rejeté la vôtre d’entrée de jeu tant elle ne suscitait d’intérêt chez aucun être vivant, mollusques inclus). Bref, uniquement des conversations d’une importance majeure qu’il convenait d’aborder bruyamment au milieu des passagers assoupis.

De tout le voyage, je n’ai eu qu’une prière : que l’abominable sonnerie de votre téléphone, devenue synonyme pour moi de supplice, de haine et de tortures pluriséculaires, et qui aurait probablement fait choir les murs de Jéricho s’ils étaient encore debout, soit enfin annonciatrice de l’appel de votre médecin qui vous informe que votre cancer de la langue est entré dans une phase critique qui va la faire se nécroser puis choir dans les 2 prochaines minutes. Je ne doute pas que même muet, vous auriez trouvé le moyen d’envoyer des sms avec votre clavier musical et des sonneries à chaque message reçu et accusé de réception pour emmerder le monde, mais j’ai bon espoir que c’eût été plus supportable que le simple son de votre voix. Cependant, point de discrimination : je n’aurais pas pleuré si, à défaut de cancer, votre toubib vous avait annoncé une lèpre galopante des tympans, probablement causée par l’utilisation abusive de votre portable.

D’ailleurs, la lèpre du tympan, j’y ai pensé un temps car, tout de même, vous parlez foutrement fort (c’est vrai : peut-être que quelqu’un, assis à l’autre bout du train, ne vous entend pas et manque l’opportunité de connaitre votre avis sur la dernière copine de votre pote Mathieu) ; je tenais donc à vous préciser la chose suivante : ce n’est pas parce que vous appelez quelqu’un qui est loin que vous avez besoin de gueuler comme un putois qu’on tabasserait ; en fait, les téléphones, c’est même fait justement pour que l’on puisse communiquer avec les gens sans se soucier de la distance. Je sais, c’est fou. Je comprends qu’un tel concept soit difficile à assimiler, mais je n’ai nul doute que vous finirez par y parvenir malgré vos handicaps cérébraux visiblement fort nombreux.

C’est pourquoi je vous invite, Madame, Monsieur, à bien vouloir fermer tant votre téléphone que votre gueule lors de votre prochain trajet.

Vous étant reconnaissant pour l’attention que vous porterez tant à ce courrier qu’à la découverte du mode silencieux de votre appareil, je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de ma haine viscérale.

Cordialement,

La personne assise au siège ______

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Si les deux personnes à qui j’ai glissé ce courrier dans la poche lisent ce blog, coucou les gens.

Louis-Émilien était inquiet.

Voilà plusieurs heures que Jacques-Xavier aurait dû rentrer du collège Nadine Morano. Que lui arrivait-il ces derniers temps ? Il ne reconnaissait plus son propre enfant : il n’avait ramené qu’un vulgaire 17,5 la semaine passée en latin, prétextant une mauvaise maîtrise du gérondif ; la semaine d’avant, il avait demandé à table s’il lui serait possible d’arrêter prochainement le catéchisme. Et puis, il y avait eu cette fois où il avait demandé à ce qu’on lui achète des baskets pour remplacer les sandales que sa marraine lui avait acheté pour sa profession de foi. Quel toupet ! Vraiment, Louis-Émilien était inquiet pour l’avenir de son enfant ; ne comprenait-il pas que ses parents étaient là pour le guider ? N’avaient ils pas l’expérience de la vie, celle-là qui lui permettrait d’éviter bien des obstacles ? Ingrate descendance, aveuglée par la luxure et l’orgueil adolescent !

Louis-Émilien se décida à employer les grands moyens : il allait géolocaliser son fils grâce au bracelet qu’il lui avait acheté l’an dernier pour ses 11 ans. D’un pas leste, le père de famille se dirigea vers son ordinateur afin de résoudre la mystérieuse absence de son fils.

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L’autre jour, je suis tombé là-dessus, à savoir un article traitant de la possibilité de géolocaliser son enfant où qu’il soit afin d’éviter de le perdre. Mais lisons plutôt ensemble.

Qui n’a jamais eu peur de perdre son enfant dans un magasin pendant les courses ? Ces petits êtres haut comme trois pommes sont peu visibles et très rapides. La solution pour les retrouver rapidement peut se trouver dans un simple GPS

Alors je précise que l’on parle bien d’enfants, hein ; je sais que d’après ce descriptif, on pourrait penser à des leprechauns, mais il n’en est rien : dans mes jeunes années (puisque certains lecteurs s’y intéressent), j’ai bien essayé de voler leur or aux bambins pour voir s’ils me donnaient trois voeux en échange, mais il n’en est rien : quand vous confisquez sa monnaie à un freluquet, tout au mieux, il se met à piailler, et il faut alors l’anesthésier très vite et très fort, en utilisant un objet adapté, comme par exemple un avant-bras doté d’un poing clos (bien que l’on puisse éventuellement se débrouiller avec un moignon, mes lecteurs lépreux sauront de quoi je veux parler).

Mais nous nous éloignons du sujet : oui, quid de perdre son enfant en faisant ses courses ? Comment faire pour le retrouver ? Comment faisait on jusqu’ici ? Faut il l’attacher directement à la proue du caddie, afin d’allier sens pratique et tuning ? Non ! Sachez qu’une nouvelle révolution vient d’arriver : la géolocalisation même si d’entrée de jeu, dans un centre commercial, avec un toit, ça risque pas de marcher.

Pour la modique somme de 129,00€, votre enfant peut donc cacher cet objet "dans son sac" ; ainsi, il suffit d’envoyer un SMS à l’appareil pour que celui-ci renvoie immédiatement sa position. Il dispose de plus d’une fonction "SOS" pour que l’enfant envoie lui-même sa position vers un "téléphone partoble" si jamais il rencontre un soucis, comme par exemple, une tentative de kidnapping.

Ainsi, l’enfant n’a qu’à dire "Attendeeeez agresseurs, ne bougez pas, je pose mon sac d’école. Voilà, permettez, je l’ouvre pépère… hop, je fouille dedans, parce que bon, c’est petit comme objet, mine de rien, ça se perd vite. Voilà, je l’ai. Attendez, j’ai du réseau ? Merde, bon, je lève le bras. Rah, c’est con que je ne mesure qu’un mètre trente-huit, attendez, je grimpe sur la poubelle là. Voilà, j’ai deux barres, bordel, pourquoi papa a pris une carte SIM chez Bouygues ? Hop. C’est bon, message envoyé. Maintenant, mon géniteur va venir me chercher. Vous seriez sympas de ne pas bouger et de l’attendre ici avec moi.", et le voilà sauf. Ou alors, il se prend un gros coup dans les chicots et les agresseurs se débarrassent de tous ses appareils électroniques, parce qu’en général, ils commencent par ça. Ne me demandez pas comment je le sais, vous ne voulez pas savoir.

Alors éventuellement, des parents prudents peuvent en acheter plusieurs pour pouvoir tromper l’ennemi en leur faisant croire qu’ils ont trouvé le seul outil de géolocalisation dont l’enfant disposait, mais, nenni ! En en cachant un dans son rectum, par exemple, on se sent plus en sécurité. Par contre, on risque de traumatiser son enfant à vie. Sinon, faites vous aider par un prêtre. C’est un petit prix à payer pour assurer sa sécurité.

[...] les parents peuvent aussi délimiter des zones de sureté que l’enfant ne doit pas franchir : pratique pour les familles qui vivent dans des maisons avec jardins ou dans des résidences ; mais aussi pour les écoles ouvertes sur la rue (nous avons tous en mémoire l’exemple de ces bébés qui s’étaient faits la malle de leur crèche dans le Sud de la France) Un pas en dehors de ces lignes et un e-mail d’alerte prévient immédiatement les adultes.

Enfants heureux d’être en sécurité

Il est donc possible de délimiter la zone dans laquelle l’enfant peut vadrouiller ; si jamais il tente de s’échapper, un SMS vous est envoyé "Achtung ! Das petit chenapan tente ein flucht ! " ; vous n’avez plus qu’à cliquer sur "Enregistrer comme lu" ou "Lâcher les bergers allemands" pour mettre fin à cette pitoyable tentative d’évasion. Bon, sans vouloir vexer personne : un enfant assez grand pour sortir seul de la maison est en général capable de comprendre qu’il doit virer le dispositif GPS qu’il a autour du cou s’il veut partir à l’aventure ; et un enfant trop petit pour comprendre ça sera souvent arrêté par une simple porte fermée à clé. Dans les deux cas, le bidule est donc inutile.

D’ailleurs, notez un autre paradoxe : l’objet serait fait pour les parents qui veulent surveiller leurs enfants. Et bien, figurez-vous qu’en général, les parents qui veulent surveiller leurs enfants, ils les surveillent. Ils ne disent pas "Tiens, je vais confier mon gamin à un appareil GPS pendant que je vais mater un bon vieux porno".

On retrouve ce type de GPS sous différentes formes et prix. Il y a la clé USB dont le prix s’élève à 100 $, rajoutez à cela 14, 99 $ d’abonnement mensuel. On le retrouve également en format porte clé, une carte Sim y est incorporée et vous pouvez faire une demande de localisation à tout moment par SMS. Le coût s’élève à environ 130 € pour l’objet plus le coût des SMS. On peut l’acheter aussi sous forme de bracelet-montre, qui, disons le, fait étrangement penser au bracelet des prisonniers en liberté surveillée…

Bref, pour 130€ (sans abonnement), voilà le bonheur : votre bambin aura l’air d’un repris de justice. Par ailleurs, en portant bien au poignet son appareil, tous les kidnappeurs éventuels auront bien en vue le premier truc qu’ils doivent virer au marmot. A noter que moi, à 14,99$ par mois, si le gamin ne se fait pas kidnapper au bout d’un ou deux ans, je l’engueule en lui expliquant qu’il pourrait faire un effort, parce que merde, moi pendant ce temps, je paie. Alors, ho, je ne donne pas pour rien, je te paie un abonnement pour les kidnapping, alors tu es gentil petit merdeux, et tu vas trouver des talibans, des corses ou même des ninjas bretons (on les reconnait à la bigoudène au-dessus de la cagoule), et tu te fais emmener. Que je rentabilise un peu, là, ho. Petit con.

Comment peut-on oser mettre ce bracelet de surveillance sur un enfant ? L’idée même peut choquer, mais halte à l’hypocrisie. De nombreuses personnes ont déjà commencé à suivre leurs enfants sans vraiment l’admettre. Comment ? En fournissant un téléphone à son chérubin pour pouvoir le joindre à tout moment, les parents commencent ainsi à suivre leur enfant. Selon une étude du MRI(Mediamark Research and Intelligence), les enfants de 6 à 11 ans seraient 20% à posséder un portable. Grâce à une application sur Iphone, le papa ou la maman peuvent dorénavant situer sur une carte où se situe (l’Iphone de) sa progéniture. Faire croire que l’on a cédé aux caprices peut avoir ses avantages.

"Maman, vite, il y a un gros qui me kidnappe !"

La voilà, la ruse ! Inutile de mettre un bracelet à son gamin : un bon Iphone suffira ; en effet, pour localiser son gamin, on pourra… attendez, de 6 à 11 ans ? Mais bon sang, combien de temps un enfant de 6 à 11 ans peut il garder un Iphone avant de se réveiller nu comme un ver dans une poubelle municipale, dépouillé jusqu’à son slip Spiderman ? En tout cas, confier un Iphone à un gosse de 6 ans, ça doit être plaisant : la bête sait à peine lire et écrire qu’on la colle déjà sur la machine à SMS. Un avenir radieux s’ouvre à elle, plein de "lol", "mdr" et autres "Téo t oo ? Franssoi il é vénerent ke t gagnai son pokémon" Et puis quel bonheur : payer le prix d’un Iphone plus d’un abonnement adapté chaque mois, hmmm… bref, mieux vaut être un enfant riche.

Remarquez, on ne kidnappe que rarement les enfants pauvres. Ou alors, juste pour rigoler.

Il sera bientôt possible de suivre son enfant via Facebook si vous êtes « ami » avec lui. Il suffit pour cela qu’il accepte de divulguer ses données de localisation pour qu’il soit repéré.

Ah oui. Ca me parait être une excellente idée ; surtout sur un réseau où c’est l’enfant qui choisit de publier ou non ses informations (c’est connu, en cas de kidnapping, il trouvera bien un moyen de mettre son statut Facebook à jour) ainsi, vous pourrez suivre toutes les pérégrinations du galopin "Matthéo – est au collège", "Matthéo – est au conservatoire" ou encore "Matthéo – est en train de faire couiner cette coquine de Léa", avec Maman qui clique sur "J’aime" et Papa qui poste en-dessous "Oublie pas ce que je t’ai dit sur la sodomie, fils. A ce soir à table, bisous".

Bref. Kidnappeurs, dormez tranquilles.

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Louis-Emilien fronça les sourcils en constatant la localisation de son fils ; d’après le GPS, il aurait dû être juste devant la maison ; et pourtant, par la fenêtre du bureau, le bon père ne voyait personne. Descendant pour vérifier la chose, le fier chef de famille nota que la boîte aux lettres semblait pleine ; quelle ne fut pas sa stupéfaction lorsqu’il tomba nez-à-nez avec la main gauche de son fils, portant encore son bracelet GPS.

Tremblant, il saisit la lettre qui l’accompagnait.

"Cher Monsieur,

Je vous remercie d’avoir acheté le premier numéro de la collection "Je récupère les morceaux de mon fils", le numéro 1, le fascicule et le DVD "Jacques-Xavier va bien pour l’instant", étant gratuits. Cependant, à partir de la semaine prochaine, les numéros seront plus chers ; afin de vous éviter une trop longue attente et vous éviter la tâche fastidieuse que représente le remontage d’un enfant en pièces détachées, je vous propose de m’acheter toute la collection "Jacques-Xavier" pour la somme de 150 000€."

Il aperçut, griffonné en-dessous du courrier, un petit ajout

"Et rajoutez une caisse de brandy, vous seriez bien urbain".

Louis-Emilien défaillit.

Je profite de cette belle journée pour baptiser une nouvelle catégorie (j’ignore si elle vivra) : "Ho, le beau site". L’objectif est de découvrir ensemble un site d’une qualité qui daigne attirer mon attention.

Or, comme vous le savez tous et toutes, une députée UMP, Edwige Antier, pédiatre de son état a proposé une loi visant à interdire la fessée ; nenni de prison ou de sanction pour les contrevenants, cette loi vise avant tout à en finir officiellement avec cette pratique en la faisant entrer dans le code civil.

Cette pédiatre avait déjà brillé par le passé par ses propos sur l’adoption homosexuelle, et sur l’homosexualité en général qui ont fait la joie de bien des associations, hurlant aux raccourcis faciles. Mais nous nous éloignons du sujet, car toute cette actualité m’incite à vous parler d’un site d’un fort beau gabarit :

Le site de l’association "Ni claques ni fessées"

Je leur fais de la pub au passage, hop. Notez à l’arrivée sur le site ce merveilleux tableau de Jean Bruegel de 1560, "Les Jeux d’enfants". Tableau qui me rappelle, allez savoir pourquoi, "Le Massacre de la Saint Barthélemy" de François Dubois. Mais ce n’est pas le sujet.

Ce beau site, chers lecteurs, propose de découvrir l’éducation sans violence, en arrêtant les châtiments corporels sur nos bons chérubins. Alors, nous n’allons pas ici débattre de la fessée ou non, de la bonne claque dans la gueule ou pas, mais plutôt de ce site et du fond. Car, que vous le croyiez ou non, sachez qu’il y a de terribles conséquences à coller un pan sur le cul des bambins. Cliquons ensemble sur le premier lien "Pourquoi supprimer les fessées ?"

La fin des fessées risque de faire des malheureux

C’est vrai ça, pourquoi ?

Et bien, mesdames messieurs, sachez que c’est la science qui le dit ! Preuve en est, nous trouvons sur le site cette affirmation bien mystérieuse  :

"Romain, j’en ai assez, couche-toi ou tu vas avoir ta fessée" dit la maman,
mais en aparté elle confie
"il lui faut sa fessée tous les soirs sinon il ne veut pas se coucher".

Comme nous le voyons ici, les fessées n’ont aucune efficacité à long terme puisqu’il faut redonner chaque soir la fessée

Effectivement. En sortant un exemple unique de nulle part, on peut tout de suite en tirer des conclusions sur le fait qu’une bonne fessée est inefficace. Du coup, moi aussi je veux jouer :

"Romain, j’en ai assez, couche-toi ou je te marave la gueule avec un parpaing" dit la maman
mais en aparté, elle confie
"Depuis que je le lui ai éclaté le nez avec ce bel objet de maçonnerie, il est drôlement plus obéissant".

Comme nous le voyons ici, le parpainguage d’enfants est une méthode efficace sur le long terme.

Comme quoi, affirmer n’importe quoi, c’est vraiment formidable. Heureusement, le paragraphe suivant vient à notre secours pour mieux comprendre pourquoi les parents battent leurs enfants. Là encore, voilà qui donne envie de se poser les poings fermés sur les hanches en s’exclamant très fort "Ha bin oui, hé, pourquoi ?"

Pas de panique, le site répond à cette interrogation :

Beaucoup de parents ne sont pas instruits des possibilités de leur enfant en fonction de son âge. Ils auront alors des exigences que l’enfant sera incapable de satisfaire.
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Par exemple, trop souvent, on demande à Mattéo, 4 ans, de bien vouloir garer la R19 dans le garage familial. Et jamais il ne le fait, ou pire, il abîme le véhicule ! Aussi, ses parents lui mettent une fessée pour avoir endommagé les enjoliveurs en alu neufs de papa. Un bel exemple de parents qui fessent leur progéniture par manque d’instruction sur les possibilités de leur enfant. On nous explique que plus loin, on va nous enseigner les bons réflexes pour mieux communiquer avec l’enfant. Que je suis impatient !  Cependant, à titre indicatif, on nous rassure :

Portons un autre regard sur l’enfant. Aucun enfant ne naît méchant, agressif, diabolique, démoniaque, pervers ou chargé d’un péché originel.
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Que nenni, le Président de la République a affirmé le contraire, en expliquant que tout cela, c’était dans les gênes. D’ailleurs, qui mieux que lui pourrait affirmer que l’on peut naître méchant agressif, diabolique, démoniaque et pervers ? (Mais pas porteur du péché originel, ça ce sont les filles, c’est le pape qui l’a dit).

En tout cas, sur le site, on a bien des hobbies de pervers, preuve en est quelques lignes plus bas avec cette maxime :

Il est très amusant d’écrire sur une feuille de papier la liste des comportements de notre enfant qui nous ont irrité suffisamment pour que l’envie nous soit venue de le corriger.
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Ho oui, que cela est amusant ! Cela occupe tous nos dimanches après-midi avec nos amis de la paroisse, entre deux parties de bingo ! Pour compléter ce fabuleux passe-temps, on peut l’étendre :

Et puis de faire le même petit travail par rapport à d’autres membres de notre entourage, le conjoint, la belle-mère, le collègue, la voisine… On découvre alors avec stupéfaction que ce sont souvent les mêmes problèmes qui se manifestent, mais qui sont résolus différemment suivant qu’ils sont posés par l’enfant ou par l’adulte.
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Oui tu m’étonnes. Régulièrement, je constate en riant que ma femme, tout comme ma fille d’un an et demi, écrit sur les murs et joue avec son caca ; dans le même temps, ma fille tout comme ma femme claque mon argent dans des chaussures moches et couche avec mon voisin. Effectivement, cet exercice m’a permis de découvrir bien des choses ! Merci, Ni claques ni fessées !

Ni claque, ni fessée, surtout lorsque l'enfant a un M-16

Maintenant que nous savons pourquoi des parents battent leurs enfants, découvrons ensemble la catégorie suivante :

Les "Preuves de la nocivité des fessées"

En effet, messieurs dames, les fessées sont nocives, et grâce à la science, tout cela a été prouvé avec force exemples. On nous annonce d’entrée de jeu que les fessées augmentent d’ailleurs "les risques de conduites agressives, de dépression, de tendances suicidaires, d’abus de drogues, de manifestations anti-sociales diverses pouvant aller jusqu’à l’homicide.". Ho !

Pour commencer, sachez que "deux enfants meurent chaque jour en France à la suite des mauvais traitements de leur entourage". Et on nous explique que par exemple, à force de les tabasser voire de les cogner contre les radiateurs, les conséquences sont néfastes. Attendez, à quel moment est on passé de la fessée/claque au mauvais traitement ? Mystère, le site ne distinguant aucune nuance entre un pan sur le cul et une branlée d’anthologie à coups de batte de base-ball, ou encore avec les "bébés secoués". Rappellons que ces traitements sont eux punis par la loi, justement car dangereux, ce que le site semble mystérieusement oublier, assimilant le tout dans un immense gloubiboulga. Mais attention, on ne s’arrête pas là !

une recherche sur 300 jeunes accidentés de la route, a pu établir une relation très étroite entre la force, la fréquence et la durée des coups reçus en famille à titre éducatif et le nombre des accidents subis [...]
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Effectivement, bien souvent en voiture, on subit un flashback d’une tannée reçue étant jeune, et hop, sortie de route. Il y aurait donc un lien entre les fessées et les accidents de la route (vu qu’on regarde le flashback au lieu de se concentrer sur la signalisation routière). C’est un peu osé, non ? Non, nous dit on, puisque l’étude est très sérieuse. Sérieuse, oui, car on imagine bien l’accidenté sur son brancard aux urgences :

"Monsieur ! Monsieur, vous m’entendez ?
- Haaaa, j’ai maaaal….
- Je sais, mais je ne peux pas vous donner de calmants pour ne pas perturber les résultats de mon enquête, alors…
- Pitié, j’ai maaaal….
- Oui, alors, "Les fessées, j’y suis a) Très favorable, b) favorable, c) plutôt favorable…"
- Haaa ! Arrêtez, aidez-moi ! Je saiiiiigne !
- Réponse A ? Alors, on va passer à la deuxième question : "J’ai reçu des fessées a) très souvent, b) souvent…""
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Bref, il y a un lien visible, nous dit on. Comme tout cela est intriguant. En tout cas, tout cela est suivi d’études sur les enfants battus, toujours dans le plus pur style "Il n’y a pas de nuance entre une fessée un jour et un enfant battu".

De plus en plus fort, on explique que les enfants ayant subi des châtiments corporels tournent souvent mal, comme par exemple (on sent le hasard des choix sur le site) : Hitler, Staline ou encore Saddam Hussein. Parents, attention : la fessée entraine une poussée de moustache et d’envies de conquêtes. Par ailleurs, nous venons de franchir en l’instant le Point Godwin, ce qui sur un site d’association visant à éduquer sans violence, est tout de même assez fort. Chapeau les gars.

Un peu plus loin encore, nous apprenons que les sociétés non-violentes n’ont pas recours à la violence. Intéressant. Ou encore que les Justes, durant la seconde guerre mondiale, avaient "pratiquement tous" eu une éducation sans violence. On en déduit donc par corolaire qu’après Hitler, voici la fessée qui transforme vos enfants en nazis !

Cette partie s’achève sur un paragraphe tout à fait superbe :

Et cependant, si les troubles du comportement engendrés par les punitions corporelles sont indiscutables, beaucoup de gens disent "j’ai été battu, je ne m’en porte pas plus mal". Parce que lorsqu’arrivent dépression, alcoolisme, toxicomanie, délinquance, accidents, maladie… aucun ne fait le rapprochement avec son passé.

L’argument ultime : déjà, le site n’hésite pas à affirmer que ce qu’il dit est "indiscutable", comme ça, c’est réglé, et enchaîne avec "et ceux qui disent le contraire sombreront dans la drogue et l’alcool et seront trop bêtes pour faire le rapport avec ce que nous révélons ici". Ha oui, rien que ça ? Dites donc.

La catégorie suivante, "Comment agissent les fessées" ne nous intéressera que peu, puisque cela reprend ce qui a été dit auparavant. Cependant, on notera le paragraphe suivant sur les manières d’évacuer sa colère sans frapper l’enfant :

Certaines familles utilisent avec bonheur le "coussin de colère" ou le putching ball sur lequel on va taper lorsqu’on sent une grosse colère monter, que l’on soit enfant ou parent. Une fois la violence physique déversée, un dialogue peut plus facilement s’instaurer.
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Notez déjà le "avec bonheur" ; on imagine le célèbre "Chic alors, le coussin de la colère !" de toute une famille voyant arriver ce splendide outil en sa maison. Dans le même temps, j’avoue être perplexe sur l’impact psychologique de ce dernier. Car plutôt que d’apprendre à se calmer tout seul pour dialoguer il permet de signifier à tout le monde son énervement. Exemple :

"Ecoute chérie, j’en ai marre que tu ne remettes pas l’eau au frais quand tu débarasses !
- Tu n’as qu’à lever ton cul.
- Ha ! Haaa ! Raaah ! Ho putain, trente seconde, je vais chercher le coussin de la colère.
- D’accord.
- *bruits de coups* raaah saloooope *tabassage en règle* putain connasse de merde *hurlement barbare*
- …
- Me revoilà mon amour."
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Je ne vois pas trop la logique bénéfique dans l’idée du "Quand je suis énervé, il faut frapper". Mais si c’est "avec bonheur", alors…

Pour le reste, je vous laisse découvrir par vous-même.

Brièvement, dans la catégorie suivante "Qui s’oppose aux fessées ?", on nous cite François Dolto en exemple, qui, pour rappel, engendra Carlos. Ce qui en soi, est déjà une excellente raison de fesser son enfant sur le champ pour éviter qu’il ne finisse obèse à chanter "Big bisou".

On oublie les fessées, et voilà ce que ça donne

Allons enfin sur la dernière catégorie qui nous intéresse "Sans fesser, comment faire ?"

(vous pouvez visiter les autres après, ce n’est pas mon problème, hein)

Et bien pour éduquer votre enfant sans fessées, il faut établir des règles (ho !) et savoir dire non (diantre !). Le site d’ailleurs, pour des raisons qui m’intriguent, utilise de nombreux exemples moralisants sur ce qu’est une vraie belle famille (avec une marraine et beaucoup de relations avec la grand-mère à qui il faut rendre visite et faire plaisir en lui achetant des fleurs).  Par ailleurs, comble de l’ironie, les propos tenus en cette dernière catégorie appuient bien l’importance de la nuance entre "la fessée" et "ne rien faire", en expliquant bien qu’entre les deux, il y a l’éducation, et qu’il ne faut pas tout confondre avec du laxisme.

Ha oui, de la nuance ? Comme celle qui distingue un pied au cul d’un enfant battu ?

Pour conclure, un bien beau site. Et peut-être bientôt une bien belle loi ? En tout cas, si elle ne passe pas, j’espère qu’Edwige Antier n’ira pas se défouler sur un coussin de la colère en pleine assemblée.

Ce serait faire l’apologie de la violence. Quel exemple pour nos enfants.

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