La rentrée approche.

Alors que derrière les fenêtres, les enfants soupirent longuement en regardant papa ranger le barbecue, sous le ciel se teintant de gris, la nostalgie de l’été s’installe doucement. Finis, les châteaux de sable bâtis à la marée montante pour résister à l’assaut des flots. Terminées, les boissons fraîches à l’ombre à l’heure de la sieste. Oubliées, les cachettes des trésors enterrés sous le Club Mickey, comme par exemple ce cadavre d’étudiante anglaise (oui, bon, hein, j’étais un enfant précoce, mais on m’avait laissé seul avec ma première pelle en plastique, nous savions tous que ça devait arriver).

Cependant, les marmots ne sont pas les seuls à souffler à l’idée de l’été qui se termine. Ailleurs en France, on ajuste sa veste, serre ses lacets et range sa carte du SNES : une nouvelle génération de professeurs s’apprête à monter au front. A vous, jeunes engagés qui allez vous élancer à l’assaut des hordes sauvages pour tenter de les civiliser, à vous qui allez connaître le feu des questions et le roulement de l’artillerie parentale, bref, à vous qui venez de faire une énorme connerie en choisissant comme carrière de rester à l’école quand enfant vous ne rêviez que d’en sortir, permettez à cet humble blog de vous préparer à cette épreuve. Car à l’heure où tous les objectifs sont tournés vers les caddies afin de savoir combien coûte en moyenne la rentrée pour un élève de telle ou telle classe, ou savoir quel cartable est plus solide, il est de bon ton de s’intéresser à celles et ceux qui vont affronter l’enfer.

Le principe est simple, comme au code de la route : une question, 4 réponses, une seule est la bonne.

On se retrouve à la fin de ce test pour voir si vous êtes prêts.

On y va ? Fort bien.

Question1

La bonne réponse était la réponse D

On sous-estime trop souvent l’agenda. Si pour la plupart des pédagogues, l’agenda est un "outil pédagogique d’organisation permettant de donner des repères à l’élève dans le cadre extra-scolaire facilitant son apprentissage", propos en général tenu avec une seringue d’héroïne dans chaque bras, le tout debout sur une licorne, l’agenda n’en est pas moins, en effet, un excellent allié du professeur. Non pas pour les devoirs, non, ceux-ci sont toujours faits la veille au soir et terminés aux alentours de minuit, au son de petits couinement paniqués (l’élève stressé ressemble en de nombreux points au cochon d’inde, le côté kikinou en moins) mais pour d’autres raisons.

En effet : il vous suffit de le consulter au prétexte de "vérifier que les devoirs sont bien notés" et de vous rendre directement aux pages des vacances de Noël pour découvrir, écrit généralement au fluo, quantité de messages personnels à base de "Je t’<3 ma Brenda, je te kiff" ou "T ma besta pour la life BB" ou autres déclarations enflammées ou blague sur tel ou tel enseignant. Vous disposez dès lors d’une mine d’information pour faire chanter n’importe quel trou du cul (c’est une métaphore, hein, pensez à autrui) pour les siècles des siècles.

Vous pourrez alors, dès que le larron s’agitera quelque peu en classe, marmonner quelque chose comme "Vous ne vouliez pas dire quelque chose à Brenda ?" pour voir l’individu changer de couleur et se ranger à votre charisme naturel.

Pensez pratique, que diable.

Question 2

La bonne réponse était la réponse B

"It’s a trap", disait l’Amiral Ackbar en découvrant que ses espions Bothan lui avaient fourni des informations erronées. En hommage au plus célèbre des héros de Mon Calamari, n’hésitez pas à laisser traîner des sujets des futurs contrôles sur votre bureau en évidence, puis de temps à autres, sortez brièvement de la classe pour un prétexte X ou Y, comme par exemple, avoir abusé des pois chiches à la cantoche.

Le jour de l’examen, présentez des sujets différents de ceux que vous avez laissé traîner : vous aurez alors la joie de voir des visages se décomposer, incapables de se plaindre de l’échec de toute leur ruse, puisque cela reviendrait à se dénoncer. N’hésitez pas à lancer quelques commentaires aux plus dégoûtés d’entre eux comme "Ça va ? Vous avez l’air d’avoir un peu chaud." Logiquement, à ce stade, le nombre de petits malins dans votre cours baissera drastiquement, et tous auront l’impression que votre classe est une annexe du Vietnam, booby traps inclus.

Bon par contre, vous n’aurez peut-être pas de cadeaux en fin d’année, du coup. Mais la victoire n’a-t-elle pas une saveur bien plus délicieuse qu’une vulgaire boîte de chocolats ?

Question3

La bonne réponse était la réponse A

N’oubliez pas que l’élève pense être le plus malin : il vous guette et cachera discrètement les objets illicites à votre approche, sauf si vous prétendez ne rien voir, auquel cas le gourgandin ricanera, glissant à son voisin quelque chose comme "Woh l’aut’, comment il a rien capté !". Tournez dans la classe tel un grand fauve, vous rapprochant toujours plus de votre cible, qui, ayant l’impression que vous ignorez tout de son activité, se montrera de plus en plus imprudente.

Au moment où l’andouille ne cache plus sa console (à part si c’est une WiiU, mais là c’est normal, il a juste honte), bondissez et saisissez-vous-en. C’est là que commence le passage le plus doux de tous : vérifiez où se situe le petit bouton à presser à l’aide d’une mine sur la console pour en effacer toutes les sauvegardes, et pendant que le brigand ment comme un arracheur de dents avec des "C’est pas à moi" "Je regardais juste l’heure" ou "Vous avez pas l’droit, faut me la rendre", faites descendre tout doucement la mine d’un critérium vers le bouton "Reset". Peu à peu, le brigand va de moins en moins argumenter et pousser des cris de plus en plus porcins, jusqu’à se rouler par terre alors que vous ne serez plus qu’à un millimètre du bouton en question, gardien de toutes ses parties passées, son propos quelque part entre le rire maladif et la supplication.

Par la suite, vous verrez peu de consoles en classe. Vous pouvez bien évidemment profiter de cette séance de torture psychologique pour faire avouer au bougre tout ce que vous voulez, comme par exemple qui a vidé l’extincteur de la salle de SVT. C’est un peu le procès des templiers, mais en plus rigolo, et sans malédiction ou adaptation de Maurice Druon avec Jeanne Moreau. Vous en sortez gagnant, tout de même.

Question4

La bonne réponse était la réponse C

Lorsque le pédagogue est fatigué d’avoir trop chevauché sa licorne, parfois, il revient en surfant sur un arc-en-ciel pour prodiguer de nouveaux conseils comme "L’importance de la confiance dans le rapport élèves-enseignants". Et en bon enseignant, à vous de suivre son exemple. Et d’en abuser, comme de bien entendu.

Ainsi, lors d’un contrôle, annoncez bien que vous ne voulez voir aucun téléphone portable et qu’ils doivent être dans les cartables, et les trousses sur la table autorisées uniquement si fermées, ce qui peut paraître évident, mais tout de même. Soulignez que c’est faire preuve de confiance envers vos élèves que d’agir ainsi, parce que vous êtes décidément trop sympa, puis laissez l’épreuve se dérouler.

Après environ 20 minutes histoire de laisser la méfiance décanter, saisissez-vous d’une trousse au hasard et faites-la sauter en l’air en sifflotant et en ne rattrapant l’objet que de justesse à chaque fois, marmonnant des choses sur votre maladresse proverbiale. Poursuivez ainsi, et savourez le visage du pauvre propriétaire de la trousse, décomposé, craignant à chaque seconde de voir jaillir de la trousse qu’il avait laissée habilement entrouverte son précieux téléphone portable pour aller s’écraser sur un mur ou une table voisine.

Si jamais la chose arrive, réagissez vite : posez vous en victime blessée moralement, expliquant que vous faisiez tellement confiance à vos élèves que pareille trahison vous paraissait inimaginable malgré vos consignes. Avec un peu de bol, et en cas de procès, c’est peut-être même la famille qui vous devra des sous, tel un Bernard Tapie ayant besoin de quelques millions pour se remettre du drame qu’il a traversé.

Question5

La bonne réponse était la réponse D

Ne réagissez pas : ça encourage le cabotin à poursuivre son oeuvre maléfique. Si le bougre essaie ainsi de se démarquer principalement parce qu’il est à un âge où il a envie d’être distinct des autres, de sortir de la masse, et accessoirement, d’attirer l’attention de Sabrina, la 4eB avec de gros seins, vous ne devez en aucun cas rentrer dans son jeu en réagissant de quelque manière que ce soit. Vous l’inciteriez à rebondir sur votre réaction pour tenter de se présenter, tantôt, en amuseur public, tantôt en martyr, nardinamouk.

Si l’humour local vole généralement à la hauteur d’un flacon d’eau précieuse, il n’en est pas moins que ce genre de blagues vole en escadrille : pour les stopper, inutile de grogner : vous devez tout simplement les mépriser. Avoir une aura de haine, irradier le dédain. Pour ce faire, et dès à présent, n’hésitez pas à répéter votre meilleure Poker Face comme le disait une mauvaise artiste pour qu’à chaque calembour estudiantin, l’auteur d’icelui ait l’impression d’être dans un duel Philippe Bouvard – Tywin Lanister.

Si vous ne savez pas quelle tête faire, je suis sympa, je vous file un modèle : ici, Pitch le chien, dont l’expression pleine de tristesse, de désarroi, de dédain et de haine mêlés sauront vous inspirer, je n’en doute pas. Voyez plutôt :

Mepris

Pitch le chien, ici juste après avoir entendu une blague de Laurent Ruquier

Éventuellement, si vous n’y arrivez pas, filez une image de Pitch le chien à chaque mauvaise blague d’un élève, et au bout de 10, c’est un poster de Nicolas Cage.

Ça va vite le calmer, croyez-moi.

Question6

La bonne réponse était la réponse B

La salle des profs est l’ultime repaire de l’enseignant. C’est là qu’il s’isole des hordes estudiantines qui viennent gratter à la porte (la réponse D est applicable en permanence, et pour les plus farceurs, vous pouvez même déféquer dans le casier de Monsieur Mérichoux : lorsqu’il demandera en classe qui a "mis une surprise dans son casier", un formidable quiproquo devrait naître, ainsi qu’une plainte pour élève battu, mais bon, vous n’avez jamais aimé Mérichoux) pour trouver un peu de calme. Pourtant, parfois, une ombre furtive et généralement bleutée est aperçue du coin de l’œil avant de disparaître : ce sont les professeurs de sport qui, après avoir hiberné dans leur gymnase, se décident à aller finir la cafetière discrètement en salle des profs avant de regagner leur repaire.

L’œil habile peut parfois en surprendre un, fuyant le gobelet à la main (le professeur de sport est le kobold local).

Une seule solution, que ce soit pour empêcher les élèves de venir vous enquiquiner dans votre dernier sanctuaire, ou plus prosaïquement pour empêcher ces rabouins en jogging de venir vous tirer tout le kawa : barricadez-vous en posant un objet lourd contre la porte, comme par exemple un professeur d’art.

Vous pouvez aussi piéger le café, mais de vous à moi : il y a suffisamment d’arrêts maladie comme ça, non ?

Question7

La bonne réponse était la réponse D

Non pas pour envoyer des messages salaces à vos élèves les plus girondes, non, vous risqueriez en retour d’un "Kikoo" de recevoir un "ASV ?" de la part de la maréchaussée. Non : ce mystérieux rituel pour des centaines de milliers d’élèves consistant à découper de petits morceaux de papier pour  y écrire des renseignements comme leur adresse, la profession de leurs parents ou même leurs hobbys, et ce pour chaque professeur, a des utilités bien plus pratiques.

En effet, loin d’être un outil pour mieux comprendre vos élèves (il ne faut pas déconner : je vous ai dit de les mépriser, suivez un peu, merde), ils ‘agit d’un fameux moyen de vous amuser des heures durant. Ainsi, durant les examens, gardez la liste des numéros à proximité de votre personne, et sitôt qu’un bambin vous parait suspect, envoyez-lui un "Sa va ?" sur le téléphone qu’il est censé avoir rangé et éteint. Vous n’avez plus qu’à discrètement profiter du spectacle, au lieu de vous ennuyer à surveiller l’examen, à savoir observer le galopin chercher du regard à gauche puis à droite à la recherche de la personne qui a bien pu le contacter. Il renverra alors avec toutes les précautions du monde et poussé par la curiosité un "T ki ?" et vous n’aurez plus alors qu’à défoncer le brigand lors des corrections, qui quand on rendra les copies, s’étonnera de comment vous avez pu savoir qu’il avait un téléphone sur lui, sachant qu’il avait fait attention à ce que personne ne le voie.

 Vous gagnerez en mystère en plus, n’est-ce pas beau ? Ah, je sais, ne me remerciez pas.

Question8

La bonne réponse était la réponse C

En effet, tel un capitaine Achab furieux, vous pourrez à l’aide de ce fameux ustensile issu de l’industrie japonaise aller rechercher tous vos élèves lorsque ceux-ci traîneront en arrière ou feront toute ânerie dont ils ont le secret. N’oubliez pas de viser une partie non-vitale, comme par exemple le crâne, afin de ramener l’enfant dans un état qui n’éveillera pas de soupçons chez ses parents (même trépané avec un projectile de 5 kilos propulsé au gaz, ces derniers continueront de penser que leur marmaille est absolument géniale).

Si vous avez répondu D, vous n’avez pas compris le jeu : personne n’a encore saisi à quoi servait un inspecteur d’académie. Certains prétendent qu’il aurait autrefois eu une utilité, d’autres qu’il n’est que le résultat d’une partie de Kamoulox qui aurait dégénérée dans un laboratoire de génétique.

Petite précision pour les instituteurs qui me lisent : le lance-harpon étant un peu gros pour vos bambins, n’hésitez pas à l’échanger avantageusement contre un SPAS-12 avec projectiles en caoutchouc ; non content de vous conférer une certaine classe, ce bel outil permet à chaque tir de faire reculer le plus énergique des enfants sur une distance d’environ 6 mètres sans toucher le sol. Tips : si vous lui tirez sous le menton et ce contre un mur d’escalade, vous pouvez reproduire un flipper avec brio.

Question9

La bonne réponse était toutes les réponses

Parce que sérieusement, il ne faut pas déconner.

Question10

La bonne réponse était la réponse D

Aucun enfant n’est con. Non, même pas celui-là là-bas qui s’enfonce des stylos dans les narines en regardant "Les Anges de la Télé-Réalité". Ils sont simplement malades, et vous feriez bien d’y faire attention bande de gourgandins aux mille préjugés. C’est pourquoi, à chaque fois qu’un parent vous explique que son fils est atteint de mille maladies, et vous regarde bizarrement quand vous dites "Oui, je sais pour les MST, mais que voulez-vous, ça se passe toujours comme ça en classe de neige", demandez-lui un certificat médical.

Puis, échangez-les avec vos amis en salle des profs ! Comme dans les paquets de Magic, il y a des cartes communes (hyperactivité, troubles de l’attention), des moins communes (dyscalculie), ou même des rares (Test de QI supérieur à 70). Bientôt, les réunions parents-prof seront pour vous comme un nouveau Noël, et vous l’attendrez avec impatience les yeux embués de joyeuses larmes.

Mais en tout cas, je suis sérieux : avec autant de maladies, les gamins ont les autorisations de se charger comme des mulets, alors si ce n’est pas pour devenir cycliste, je ne vois pas à quoi ça sert.

Voilà ! Ce test est à présent terminé. Comptez vos points !

Si vous avez 10 bonnes réponses

Quelque part dans le désert éducatif, un homme (ou une femme, personne n’est parfait) roule en Fuego, le collier de barbe au vent, les coudières en cuir aux portières. Sur son pare-choc, un autocollant du SNES, sur son pare-brise, un calendrier avec les jours cochés jusqu’aux prochaines vacances. Vous êtes l’ultime guerrier éducatif. Vous êtes la dernière barrière face à l’ignorance. Quand viendra le jugement dernier et que les utilisateurs d’Instagram seront jetés dans les entrailles de la Terre, vous gagnerez votre place au Paradis. Et vous vous ferez un peu chier du coup, mais c’est un autre problème.

Si vous avez 8-9 bonnes réponses

Vous êtes plein de promesses. Lorsque l’on prononce votre nom dans les salles des profs, la température monte d’un cran alors que les visages rougissent, quand bien même si l’on en fait autant dans les soirées étudiantes, certains s’évanouissent alors que d’autres ne tiennent que grâce aux litres de coca-redbull qu’ils ont ingurgité (mais qui n’ont aucun rapport avec leur activité, rappelons-le). L’éducation nationale envisage sérieusement d’engager des troubadours pour compter vos exploits, avec l’espoir, un jour, de faire de vous le guerrier parfait.

Si vous avez 6-7 bonnes réponses

On ne vous connait pas encore, mais au moins, vous savez ce qu’il convient de faire pour tenir au front. Certains se dressent encore au-dessus de vous, mais vous avez suffisamment de bases pour ne pas vous laisser avoir tout de suite par les hordes en face de vous. Un jour peut-être connaîtrez-vous la gloire, mais en attendant, toute votre énergie est concentrée sur votre tâche. Tout espoir n’est pas perdu, accrochez-vous.

Si vous avez 0-5 bonnes réponses.

Vous savez quoi ? Vous avez bien fait de vous trouver un vrai métier loin de l’école.

Question subsidiaire :

Parmi les méthodes expliquées ci-dessus, l’auteur de ce blog en a appliqué la majorité (véridique) dans sa précédente carrière. Sauras-tu retrouver lesquelles ?

Bon courage. Et bonne rentrée.

Nous voici au premier jour de septembre.

Alors que certains adolescents paressent tristement dans leurs chambres, incapables de savourer les joies de l’été à la simple idée de la rentrée prochaine, d’autres se précipitent en masse dans divers lieux pour tenter d’organiser le dernier barbecue des vacances, la dernière beuverie à grand coup de mélange alcool- Red Bull (pour pouvoir dire que l’on boit de l’alcool comme un grand, mais avec un goût de bonbon sinon c’est pas bon), ou l’ultime baignade alors que déjà, un vent frais a commencé à souffler rappelant à chacun que bientôt, celui-ci viendra balayer les cours de récréations repeuplées.

Même les médias annoncent avec force l’approche de la funeste date : reportages sur la famille Dubranchu faisant ses courses de rentrée, et expliquant que tout cela coûte horriblement cher une fois les livres et le cartable Spiderman achetés (avec pleurs concernant l’inflation touchant aussi les produits de l’homme-araignée), interviews de Théo, 7 ans, pour savoir s’il est content que ses parents l’aient inscrits dans une classe d’été le remettant à niveau durant les deux semaines avant la rentrée ("Ho oui, merci papa et maman, je m’éclate tellement à faire des exercices de maths pendant que mes potes profitent des beaux jours, trop sympa. Dès que vous êtes vieux, je vous étouffe avec vos couches pleines.") et autres joyeusetés, chacun savourera ce dur labeur journalistique, qui sera bientôt complété par Twitter et Facebook, où se multiplieront les statuts comme "Ho non, pas la rentrée !" et "Pfiou, pas envie" avant de revenir à des choses plus concrètes comme par exemple, la météo ou les calembours sur les vedettes mortes (soit 78% de l’activité des réseaux sociaux).

Elève sentant la rentrée approcher : naturellement, son esprit entre en hibernation pour éviter d’apprendre des trucs durant les prochains mois

Mais pourtant, qui parle des principales victimes de cette rentrée ? De ces baroudeurs anonymes qui, une fois encore, iront à la brèche ? Eux qui affronteront l’ennemi droit dans les yeux, et tomberont parfois face à celui-ci sans qu’aucun monument ne soit dressé à leur mémoire, s’effondrant face aux vagues incultes en utilisant leurs dernières forces pour leur jeter des craies à la gueule ?

Aujourd’hui, et à l’approche de cette belle rentrée 2012-2013, parlons-donc d’une espèce particulièrement mystérieuse :

Les professeurs

A l’origine Homo Sapiens, le professeur (homme ou femme) a fini par renier l’ensemble de ceux de sa race après avoir observé l’avenir de celle-ci dans sa salle de classe. Ce terme désigne cependant un groupe relativement large de créatures allant du professeur de chimie (Homo Sapiens en blouse) à celui de sport (Homo Sapiens en jogging) en passant par les professeurs des écoles, quand bien même nous ne nous attarderons pas aujourd’hui sur cette espèce qui enseigne lâchement à de jeunes gens n’étant pas encore entrés dans la puberté afin d’éviter le maximum d’emmerdes. Les historiens s’accordent à dire que les professeurs sont apparus dès l’antiquité, puisqu’aucune trace de leur existence n’a été retrouvée dans les vestiges préhistoriques. On suppose donc qu’à l’époque, lorsqu’un marmot était trop chiant, plutôt que de le scolariser comme on le fait aujourd’hui, on le donnait directement à un tigre à dents de sabre.

A noter que le tigre à dents de sabre a disparu suite à ce régime alimentaire, bien que certains prétendent que dévorer pareilles créatures l’aurait rendu si malfaisant qu’il aurait évolué pour former l’espèce des professeurs d’allemand. Le débat reste cependant ouvert.

Histoire

Si nous savons que les professeurs sont apparus durant l’antiquité, il faut pour cela remercier les fouilles archéologiques qui ont permis de retrouver les objets du quotidien typiques des enseignants. Ainsi, sur l’acropole d’Athènes, on a retrouvé des restes d’encre rouge, des sacoches en peau de chèvre et bien évidemment, une tablette en marbre de correspondance dans laquelle un professeur avait écrit un mot pour signaler à la maman d’Askeplos qu’il avait encore oublié ses affaires pour le cours d’histoire des Mèdes. A l’époque, il faut cependant rappeler que la principale matière enseignée reste malgré tout la philosophie, avec des professeurs restés célèbres comme Aristote, Socrate ou Platon (dit "le lourd"), tradition parvenue jusqu’à nos jours puisque désormais, la philosophie ne sert plus qu’à former des professeurs de philosophie. Un curieux cercle vicieux.

Evidemment, l’imagerie populaire se souvient surtout, bien plus que des professeurs de l’antiquité, du fait que c’est Charlemagne qui a créé ce corps de métier en inventant l’école. Souvenons-nous en effet que l’empereur à la barbe fleurie, un jour qu’il revenait de la chasse avec son escorte,  découvrit une bande de garnements en train de graver "Prout" (les tags étaient beaucoup plus difficiles à enlever à cette époque) sur sa demeure d’Aix-la-Chapelle. Ni une, ni deux, Charlemagne ordonna à ses cavaliers de courser les fripons et, après les avoir fait encercler, vint s’enquérir des raisons de leur geste : bien vite, et devant les mauvaises histoires bredouillées par les jeunes gens, l’empereur comprit qu’il s’agissait simplement là d’éphèbes oisifs cherchant à s’amuser, et pour éviter que cela ne se reproduise, inventa l’école histoire de les occuper un peu.

"Merveilleuse idée, votre Clémence", ajouta l’un des jeunes gens en baisant le pied de l’empereur ; le même jour en plus de l’école venait donc de naître le premier fayot tête à claques, certains récits ajoutant qu’il s’agissait d’un certain Jean-Eudes Bern, ancêtre du fameux animateur.

L’histoire retiendra que durant des siècles, plus que la fonction de professeur, c’est l’équipement qui évoluera : le marbre deviendra cire, qui se transformera en papier, qui, avec l’imprimerie, permettra enfin de faire des centaines de copies inutiles d’exercices alors qu’il suffisait de les écrire au tableau (là par contre, la craie n’a pas évolué), instaurant une certaine tradition d’utilisation massive et superfétatoire de papier dans la fonction.

De même, le titre servant aux élèves à désigner leur enseignant évolua, allant de "tuteur" à "professeur", puis "hussard noir de la République" avant que ne soient autorisés le "Monsieur" ou "Madame" au XXe siècle (le "Mademoiselle" n’est plus autorisé depuis le XXIe), puis "Ohé enculé", officialisé dans certains établissements sur autorisation préfectorale suite à son utilisation coutumière.

Dans les zones les plus difficiles, des mercenaires contractuels sont envoyés par le ministère. Ici, John Rambo, professeur de français, demandant au petit Léo de réciter Le Corbeau et le Renard

Apparence

Bien loin des coudières en cuir et des colliers de barbe (même pour les femmes, mais oui) restés dans l’imagerie populaire, il faut rappeler que les professeurs sont d’apparence particulièrement variable, ressemblant à tout et n’importe quoi – sauf à Gérard Klein. Certains d’entre eux arborent cependant fièrement les oripeaux de leur fonction, comme la blouse de l’enseignant de matières scientifiques, le jogging du professeur de sport, ou l’odeur de nicotine particulièrement tenace du professeur d’art qui permet à tout observateur averti de savoir d’un simple coup de narine si celui-ci vient de passer ou non en salle des professeurs.

A noter que l’apparence est d’importance chez la caste des professeurs, puisque faisant face à des marmots en pleine puberté, le moindre enseignant un peu soigné sera la coqueluche de ses élèves, quand à l’inverse, le moindre relâchement provoquera moqueries et surnoms divers, du moins, jusqu’à ce qu’un commando cagoulé ne vienne briser les molaires des malotrus à coups de batte (mais si, rappelez-vous de la méthode). Ou un professeur de sport s’étant trompé de salle (c’est assez commun, dans leur oisiveté, ils s’égarent régulièrement).

Il est cependant possible de noter quelques particularités physiques récurrentes permettant d’identifier un enseignant égaré :

  • il a du rouge sous les ongles après avoir passé du temps à chercher comment écrire sur la copie de Dylan "Tu es un étron qui parle" pour résumer sa pensée
  • il compte régulièrement sur ses doigts en marmonnant (il est toujours en train de compter les semaines le séparant des prochaines vacances)
  • il a des traces de craie placées aléatoirement sur sa personne
  • il se plaint pour un oui, un non ou un peut-être (dans l’académie de Normandie)

Le professeur est rarement richement vêtu, et passe son temps à pester lorsqu’il se retrouve bloqué en R19 derrière une monstrueuse berline qui a mis ses warnings pour déposer ce petit merdeux de Kévin-Eudes devant l’établissement local. Parfois, le professeur se dit que bon sang, il aurait sûrement pu être riche s’il avait pris une autre voie, et lui aussi, rouler dans une grosse automobile.

C’est en général à ce moment là qu’il se rappelle qu’il a un diplôme de philosophie et qu’à l’exception de punk à chien, il aurait probablement eu peu d’autres carrières, ce qui lui permet de retrouver promptement la paix intérieure.

Comportement

Bien que souvent considéré comme trop agressif ou passif en fonction des cas, il faut bien noter que le professeur a une qualité rare : il sait conserver une certaine distance avec ses élèves. Non pas par professionnalisme, non, mais tout simplement car il a le plus parfait mépris pour ces créatures qui, jour après jour, tentent de se montrer plus rusées que lui alors que bon, hein, ça fait des plombes qu’il fait ça, ce ne sera jamais que son 249e élève qui cache un smartphone sous la table. Le professeur doit donc s’entraîner jour après jour à faire semblant de s’émerveiller devant la richesse intellectuelle de ses élèves, quand bien même, au fond de lui, il a surtout envie de procéder à une strangulation de masse, ou de manière plus pragmatique, de clouer un quelconque élève à la porte de sa salle de classe avec un panonceau "Je n’enverrai plus de SMS en cours" avec le sang du défunt coupable.

Le métier d’enseignant étant d’aider de jeunes gens à retenir leurs leçons, on peut donc aisément comprendre que le professeur rêve de recourir à des méthodes aussi efficaces (et potentiellement relaxantes).

Le professeur est un être qui doit donc savoir rester stoïque en toutes circonstances, et faire avec les contraintes qui lui sont régulièrement imposées (voir la rubrique Prédateurs) pour tenter de faire semblant que, oui, il apprend bien quelque chose à ses élèves, et non, il ne s’agit pas simplement de les faire bachoter pour qu’ils se barrent enfin de son établissement. Il doit par ailleurs apprendre à maîtriser parfaitement ses 5 sens, afin de par exemple devenir capable de couper son odorat à volonté pour ne plus être enivré de l’odeur de biactol et de vieux pet entourant généralement ses élèves, avoir une vue qui lui permette de repérer une pompe cachée dans une trousse à plus de 25 mètres, et pourquoi pas utiliser son ouïe surdéveloppée pour reconnaître le bruit typique de l’ongle de pouf tapotant sur l’écran de son smartphone. Le professeur est une sorte de sentinelle ultime, bien qu’en fonction des départements, on puisse en trouver de potentiellement plus doués que d’autres : ainsi, par exemple, en Seine-Saint-Denis ou même dans certains quartiers de Marseille, le professeur doit aussi apprendre à développer un 6e sens pour esquiver les balles.

On se souvient par exemple qu’au départ, Matrix n’était autre qu’une biographie d’un professeur de Français de Clichy-sous-Bois.

Lorsque le professeur est las, il se rend à la salle des professeurs, son cimetière des éléphants, où il pourra aller se vautrer avec ses collègues sur quelques chaises en plastique pour maudire le désert éducatif dans lequel ils évoluent. Il trouvera dans cet endroit boisson, nourriture, éventuellement clopes si un professeur d’art traîne, et probablement la photocopieuse qui, comme il se doit, sera encore en rade suite à un bourrage papier dont le coupable ne se sera pas vanté (même si on retrouvera un sujet de physique-chimie sur les lieux du crime).

La meilleure amie de l’enseignant, qui lui permet de pourrir la forêt amazonienne pour se venger de l’humanité

Reproduction

Le professeur se reproduit souvent avec d’autres professeurs, donnant des enfants qui seront un temps élèves, puis professeurs (le basculement de l’autre côté du bureau sera le pivot de leur vie). De fait, le principal lieu de sociabilité de l’enseignant reste la salle des professeurs, où il peut tenter d’observer ses collègues pour essayer de voir s’il n’y aurait pas moyen de moyenner avec l’un ou l’autre. La parade amoureuse de l’enseignant est un phénomène fascinant et étrange à la fois, puisqu’après avoir commencé à baver avec son comparse sur le métier qui est "très difficile, sous-payé et épuisant" (ne leur parlez pas du monde extérieur, l’enseignant est très susceptible), ils se rapprochent en discutant des dernières réformes. Là, généralement, l’un des deux propose une grève ou une soirée romantique correction de copies à l’autre, et partant main dans la main, ils iront échanger leurs fluides (comprendre : leurs cartouches d’encre rouge) chez l’un ou l’autre.

A noter que parfois, un professeur plus chafouin que les autres décide de s’accoupler à une élève que la puberté avait bénie avant l’heure.

Non parce que pour ceux qui ne le sauraient pas, les fiches que le professeur demande à remplir en début d’année avec "nom/prénom/hobby", c’est juste pour avoir le numéro des bombasses de la classe. Et même si le professeur ne s’en sert pas lui-même, il peut toujours revendre les précieuses coordonnées contre espèces sonnantes et trébuchantes. Le professeur est pragmatique. Et personne ne pose jamais de questions sur l’utilité de ces fiches.

Prédateurs

Nombreux sont les prédateurs sur la route du professeur, l’obligeant, jour après jour, à se faire plus fort que ceux qui le pourchassent. Listons-en quelques-uns :

L’élève

Aussi qualifié de "petite fiente", l’élève est le principal prédateur de l’enseignant. Évoluant en groupe allant de 15 à 40, l’élève voit aussi paradoxalement l’enseignant comme son prédateur, et tente donc de s’en débarrasser à tout prix via diverses ruses plus ou moins lamentables, même si cela est généralement plus que moins. On distingue plusieurs sous-catégories parmi les élèves en fonction de leur type d’attaque visant à décourager l’enseignant comme par exemple "celui qui fayotte", "celui qui se croit drôle", "celui qui se croit complice avec l’enseignant", "celui qui est persuadé d’être plus malin", "celui qui arrive automatiquement en retard", "celui qui joue toujours avec un truc sous la table" (attention : dans certains cas, vous ne pouvez pas lui arracher l’objet des mains sans provoquer un hurlement de douleur), "celui qui dort" et "celui qui a déjà eu une vie longue et incroyable et doit donc la raconter à tout le monde". Ces attaques se combinent parfois entre elles, et il faut se rappeler que toutes ces petites créatures agressant ainsi le pauvre enseignant évoluant entre les tables pour distribuer des copies ont ainsi permis à certains observateurs attentifs d’inventer le premier tower-defense.

Pour ralentir ces émissaires du malin, le professeur n’hésite pas à les obliger à prendre plein de livres très lourds dans leurs sacs dont seules 11 pages serviront dans l’année alors que tout le cours est pourtant dedans, à leur faire acheter un cahier d’exercice à 26€ qui servira 2 fois (une spécialité des professeurs de langues), ou à leur donner des listes comme "Achetez un cahier petit format grands carreaux 96 pages" alors que là encore, non seulement la moitié suffirait, mais tout élève un tant soit peu véritablement malin réaliserait que la chose n’a d’autre intérêt de les faire chier, puisqu’aux dernières nouvelles, pour écrire des notes, il n’y a pas besoin d’un format particulier.

Le parent d’élève

Si l’élève est parfois qualifié de "petite fiente", le lecteur attentif devinera en conséquence le terme qui qualifie le parent d’icelui. En effet, le parent d’élève est un être qui, fut un temps, fut un des lourds occupants d’une salle de classe. A ce titre, et puisqu’étant allé à l’école lui-même, il a donc automatiquement un avis sur l’enseignement et la manière de le faire. A l’inverse, le professeur irait chez le parent en question, médecin de profession, lui expliquer son boulot parce que lui aussi est déjà allé consulter un mec en blouse, le parent d’élève hurlerait au scandale. Il faut donc, encore une fois, que le professeur fasse appel à tout son sens du zen pour ne pas planter son stylo rouge (son Excalibur à lui, pour devenir prof, il faut l’arracher d’un rocher situé dans la cour du rectorat de son choix) dans l’oeil du mécréant.

A noter que le parent d’élève aime l’élève, puisque partageant souvent une partie de son ADN. A ce titre, il considère que sa progéniture, tout comme lui, est à la fois sage et brillante. Il ne saurait donc être question de nullité ou de branloutisme chez son marmot qui, en cas de difficulté, ne peut qu’être la victime soit d’une maladie aléatoire, soit de circonstances diverses commençant par "C’est pas sa faute".

Le parent d’élève est souvent la preuve que s’il faut un permis pour conduire une voiture, il en faudrait un pour élever un gosse.

N’importe qui peut faire des enfants. N’importe qui. Brrrr.

L’inspecteur d’académie

Confortablement installé dans un bâtiment où un régiment de Stormtroopers empêche l’accès à toute personne âgée de moins de 21 ans, l’inspecteur d’académie vit dans un bureau où il a une grande carte du territoire sous sa juridiction qu’il regarde en riant maléfiquement. Parfois, il plante un petit drapeau sur celle-ci, et décide en conséquence qu’il ira faire une tournée d’inspection d’un établissement, s’installant dans les classes tel un élève pour voir comment se passent les cours.

Curieusement, l’inspecteur d’académie est probablement le prédateur le plus pourri qui soit, puisque mesurant souvent deux fois la taille d’un élève moyen, le professeur le repère tout de suite et, traditionnellement, fera cours en conséquence pour lui donner satisfaction. Ainsi, l’inspecteur d’académie ne verra jamais ce qu’il se passe vraiment dans les salles de classe, mais s’en moque généralement puisqu’après avoir dispensé quelques fameux conseils sur le cours factice auquel il vient d’assister, il retourne généralement dans son bureau à l’abri des hordes d’élèves pour recommencer à ricaner en se demandant quel lieu il ira hanter demain.

Mais d’abord, il prend un café.

Le ministère

Intelligemment nommé "ministère de l’éducation" alors qu’il s’occupe de tout sauf d’éducation, le ministère change régulièrement de direction et n’a donc pour seul but que d’en indiquer toujours une différente. Ainsi, chaque rentrée ou presque connait sa réforme au nom du nouveau ministre, réforme dont le but et le montage resteront obscurs et ne serviront qu’à donner l’excellent prétexte annuel à diverses manifestations de lycéens et d’enseignants.

Cela fait, le ministre derrière la réforme se retirera, et un nouveau prendra sa place, bien décidé à proposer une nouvelle réforme. L’occasion sera donc parfaite pour le corps enseignant de chanter comme à chaque fois en pareille circonstance la chanson phare du Roi Lion, L’Histoire de la vie (l’enseignant ressemblant le plus à Rafiki ayant le droit de brandir le règlement intérieur vers le soleil durant le récital)

Le journaliste

Apparaissant dans un nuage de soufre à chaque grève, le journaliste s’empresse de faire un reportage que certains appelleraient plutôt un "micro-trottoir". On y apprend que Madame Germain s’estime "prise en otage" par ces écoles qui ferment et ne peuvent donc accueillir son enfant pour la journée, que Monsieur Michot "comprend, bien qu’il soit gêné lui aussi" et que Madame Granlot en a vraiment assez, qu’elle ne sait pas ce qu’elle va faire de Léa aujourd’hui du coup.

A la fin du reportage, l’esprit chagrin ne saura toujours pas pourquoi il y a grève, par contre pourra confirmer que Léa est particulièrement moche et que si Madame Granlot ne sait vraiment pas quoi en faire, c’est peut-être l’occasion aujourd’hui de l’emmener à la rivière.

Le pédagogue

Complètement défoncé au LSD, la coke et diverses autres substances lui permettant de faire vivre plusieurs familles de dealers (il a une carte de fidélité chez certains d’entre eux, et a le droit à une bouteille de rosé toutes les 4 doses achetées), le pédagogue vit dans un monde parallèle qu’il explore de son esprit alors que son corps, lui, reste vissé à la chaise de son bureau couvert de vomi et de guimauve. Parfois, lors de l’un de ses trips acidulés, le brigand a une vision : un Bisounours lui apparait et lui donne une idée, lui dictant d’écrire celle-ci sur une quelconque pétition pour qu’il aille trouver des suivants (on peut par exemple considérer que Moïse était une sorte d’über-pédagogue). En général, il s’agit d’un truc à base de "Il ne faut plus écrire les notes en rouge mais en rose pour ne pas choquer l’enfant", "Il ne faut plus renvoyer d’enfants de la salle de classe pour ne pas les exclure du groupe", ou encore "Il est interdit de hausser la voix".

Le pédagogue n’a généralement pas connu de salle de classe et, si on lui demandait d’en tenir une durant 20mn en y appliquant ses idées, vous pouvez être sûr qu’il finirait par faire cours à l’aide d’une M-60.

Parfois, une pétition de pédagogue atterrit dans une salle des professeurs : elle est alors roulée et fumée, afin de faire honneur à son auteur.

Les pédagogues tels qu’ils se voient

F.A.Q

Je crois que j’ai de mauvaises notes car mon professeur ne m’aime pas, ai-je raison ?

Non. En effet, s’il ne vous aime pas, vous imaginez bien qu’il ne va pas risquer de vous faire redoubler, c’est tout à fait incohérent : au contraire, il devrait vous coller des points partout pour ne plus vous voir l’année prochaine. Non, s’il vous met de mauvaises notes, c’est parce que vous êtes un peu con. Mais rassurez-vous : par contre, il ne vous aime effectivement pas ; il vous conchie même tant et si bien que si son mépris prenait forme, ce serait un monolithe de dédain, que dis-je, un Stonehenge de morgue.

Pourquoi les professeurs refusent que les délégués des élèves assistent au début du conseil de classe ?

Parce que le début du conseil de classe est un moment réservé aux professeurs justement pour se moquer ouvertement des malheureux qu’ils vont juger sans que leurs avocats puissent les défendre. Parfois même, ils rient ouvertement des délégués, puis les font seulement entrer. Les professeurs pouffent alors tout du long de la séance, savourant leur revanche : pour une fois que ce sont eux qui sont en groupe et peuvent se moquer de leurs ennemis isolés, autant y aller.

Professeur de sport, c’est un métier ?

Non, c’est une blague.

Mon professeur d’histoire-géographie est furieux ! Comment lui rendre sa sérénité d’antan ?

Faites-lui un calembour nazi. Les professeurs de cette matière adorent cela : pourquoi pensez-vous sérieusement qu’ils ont choisi cette voie ?

Mon professeur ne se plaint jamais, est-ce normal ?

Pas du tout : c’est le signe qu’il est très malade. Le vrai, bon professeur geint régulièrement sur à peu près tout et tout le monde.

Mon professeur dit qu’il a demandé une mutation, qu’est-ce que cela signifie ?

Qu’il en a assez de vos sales gueules. Il a donc prié les dieux du chaos pour qu’ils lui accordent de se débarrasser de vous. Probablement pour qu’ils lui donnent des cornes ou un truc du genre (en fonction, même si les professeurs sont de suppôts de Tzeentch comme chacun sait), ou bien plus simplement, l’envoient évangéliser les masses dans un endroit où l’on a plus facilement recours à un cutter qu’à un dictionnaire pour réussir un examen. Allez savoir.

Mon professeur me dit que demain, il a "journée pédagogique", mais qu’est-ce donc ?

C’est une journée où les professeurs doivent aller à l’école écouter un autre professeur leur donner des clés pour réussir dans la vie. Autant le dire : ils papotent, envoient des textos et se font ouvertement chier, bref : ils se comportent exactement comme les cancres qu’ils haïssent

Mon professeur veut devenir pédagogue, comment faire ?

Filez-lui du crack en intraveineuse. Quand sa bave prend des teintes arc-en-ciel, c’est bon.

Voilà, vous savez tout.

Bonne rentrée, jeunes gens.

 

La réussite sociale passe par d’innombrables voies, plus ou moins obscures selon les points de vue des sociétés qui les contemplent ; ainsi, si dans la nôtre un homme qui brise le crâne de son voisin avant d’uriner sur sa dépouille n’est guère perçu que comme un vulgaire galopin, à l’inverse, les groupuscules vikings (peu répandus de nos jours, leur déclin allant de pair avec celui des monastères francs et de leurs habitants à violer) l’idolâtrent et méprisent l’homme dont la vie consisterait à prendre du poids en faisant masser ses flasques bourrelets par un bain à bulles hors de prix.

C’est en partie pour cela qu’une voie a été plus ou moins fermée depuis des années, considérée comme étant vouée à l’échec (à l’instar de celle de ministre de l’économie), et effacée de tous les cursus qui se respectent (je ne parle donc évidemment pas des Schools of Management & autres crypto-centres de formation où l’on ne gagne même pas sa cravate de chef en se battant dans une arène) : je veux bien sûr parler de la carrière de ninja.

Bien qu’encore présent dans la mémoire collective, et particulièrement au cinéma dont le ninja est un élément redondant (Le Ninja Blanc, Ninja Assassin, le Ninja de Beverly Hills, Les Ninjas se déchaînent ou plus récemment Les trois Mousquetaires – 3D) – et ridicule – le ninja tend à disparaître dans nos sociétés occidentales, même si certains affirment qu’en fait, il ne serait jamais vraiment tout à fait apparu (probablement de bien mauvaises langues, de piètres historiens et de médiocres cinéphiles, voire les trois à la fois).

Heureusement, certains, profitant des embruns de liberté fouettant le visage des internautes surfant sur les flots déchaînes du web ont décidé d’agir, et d’en finir avec cette odieuse injustice. C’est probablement ainsi qu’est né le site "ausujet.com", sorte de wikipédia des tutoriels (souvent tapés par un seul individu visiblement… différent) qui vous permettra d’apprendre très sérieusement, entre autres, à faire pousser vos cheveux plus vite, à construire un igloo, ou encore comment survivre à 2012 (d’où l’igloo). Mais surtout, c’est ainsi que vous allez trouver le top du top des tutoriels, de ceux qui vous font pleurer de bonheur lorsque vous les trouvez :

Comment devenir un ninja ?

N'hésitez pas à demander à votre maman de vous broder votre costume

Une excellente question ; étudions-la ensemble.

Comment devenir un ninja? Qu’est-ce qu’un ninja? Un vrai ninja n’est pas seulement quelqu’un qui est vêtu de noirs, descend du plafond et découpe tout le monde en morceaux! 

C’est vrai. Le ninja a d’autres hobbies  : il aime manger des pâtes avec des baguettes, sauter d’arbre en arbre, et jouer au Trivial Pursuit avec ses amis (même s’il est très mauvais, car il n’est pas facile de répondre quand on a un collant sur la bouche : dure est la voie du ninja). Tous ces raccourcis ne sont que les fruits des préjugés tournant autour de ces sympathiques personnages et grossis par la lentille déformante des médias : on oublie trop souvent que le ninja a aussi une famille, des amis, et parfois même un chien prénommé Scrappy à qui il fait les gros yeux (mais les gros yeux ninjas) lorsqu’il souille le tapis du salon, celui sous lequel il y a la cache d’armes secrètes.

Ho, et je passe sur le "vêtu de noirs" et autres choses du même acabit n’ayant aucun sens à première vue et pourtant, c’est arrivé à des gens très bien comme mon honorable ancêtre, Archibald De Saint-Connard, esclavagiste et tanneur de son état.

Les Ninjas ont été présent depuis au moins le 14ème siècle, quand la guérilla dans le Japon féodal forçait à l’espionnage et aux assassinats – Activités que les samurai ne feraient pas parce que cela étaient interdit par le Bushido, le code samouraï. Les Ninjas étaient formés pour être des maitres espions, des assassins et des guerriers spécialisés, à la fois pour et contre l’ennemi.

Je ne comprends pas bien le concept de "pour et contre l’ennemi". Ou alors, peut-être y a t-il un intérêt particulier à former des mecs "pour l’ennemi", mais je ne le saisis pas bien. Probablement que le ninja peut être offert en cadeau à autrui, un peu comme une sorte de Ferrero Rocher. Mais qui court en slip sur le toit toute la nuit.

Hmmm, je crois que je commence à voir le concept de refiler des ninjas à ses ennemis.

Alors que certains aspects du ninja peuvent être obsolètes de nos jours, les principes et les techniques utilisés restent précieuses pour toute personne qui veut apprendre et émuler la voie du ninja (ninpō). 

C’est vrai que du coup, sans guerre à mener ou d’assassinat à effectuer, le ninja risque en effet d’être vaguement obsolète. Ce serait un peu comme un cadre – tireur d’élite ; au service compta, il ne risque pas d’avoir une grande utilité de ses compétences, à part peut-être pour impressionner Jocelyne, des ressources humaines à la machine à café : "Regardez Jocelyne, je vais jeter mon gobelet dans la poubelle d’ici, hop ! – Hooo Gérard, vous êtes si fort ! C’est tellement excitant, hihihi ! Pas autant qu’un bilan annuel, mais tout de même !".

Mais visiblement, non, nous dit le site : tout cela reste précieux ; on imagine déjà les incroyables avantages qu’il y a à avoir un ninja au bureau : il peut lancer des post-it à toute vitesse tel de véloces shurikens, couvrant l’open-space de messages tels que "Réunion à 11h", "François, le patron veut le dossier Dupontois avant 17h" ou "Maurice, rends-moi l’agrafeuse". Il peut aussi se mettre en tailleur sur sa chaise de bureau, ce qui est quand même trop classe.

Vous devez remplir toutes les étapes pour devenir un maitre ninja.

Nous sommes tout ouïe. Dites nous comment devenir des maîtres ninjas, amis de "Ausujet" ; c’est qu’on ne voudrait pas passer pour des rigolos, ou pire, pour de simples ninjas ; on veut au moins une maîtrise (rappelons que la maîtrise ninja étant alignée sur la réforme LMD, elle équivaut à un Bac +5 à Pôle Emploi).

Comment reconnaître un maître ninja d'un débutant ? C'est facile : sur cette image, un maître vénérable pose pour vous

Commençons, donc à explorer ce bel article plus avant.

Décidez d’une série d’idées, de morale et de philosophies que vous pouvez vraiment utiliser comme guide pour vivre.Contrairement à la croyance populaire, les ninjas n’étaient pas toujours des tueurs au sang-froid qui faisaient les choses que les samouraï refusaient de faire. Dans la plupart des cas les samouraïs sans maître (les Ronin) sont ceux qui ont causé la plupart des crimes dans le Japon féodal. Les Ninjas venaient de tous les horizons. La plupart des ninjas utilisaient principalement leurs compétences pour se maintenir en vie et pour protéger leurs familles. Certaines familles ninja cependant étaient à la solde d’un seigneur, ou se tenaient isolée au sein de leur propre clan. Décidez ce que vous voulez faire en premier.

Ce… que faire en premier ? C’est-à-dire ? Choisir un seigneur par exemple ? Ça va être un peu compliqué.

"Seigneur Bertier ! Je mets ma lame à votre service !
- Robert ? Qu’est-ce que vous foutez en…
- Ne déclinez pas mon offre ! Ma lame, ma vie, je les mets à votre service !
- C’est-à-dire qu’ici, on fabrique des roues de camion. On a pas grand chose à faire d’un nin…
- Je peux tailler des pneus, Bertier-sama !
- Bon allez, cassez-vous de mon bureau, et trouvez-vous des collants plus larges, ça vous boudine mon vieux."

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Bref, on va donc dire que vous allez être un ninja free-lance. Un ninja auto-entrepreneur (profession libérale déclarée à l’URSSAF), si vous voulez. Ne vous reste plus qu’à vous trouver une morale ou une philosophie qui vous guide : vous pouvez ainsi être un ninja amateur de Descartes (ou plutôt amateur de Kant, auquel cas on parle de "ninja-idéaliste-transcendental"), un ninja proudhonien ou même un ninja existentialiste si vous êtes taquin (strabisme non inclus). N’oubliez pas que vous pouvez aussi suivre d’autres voies plus classiques, telles que ninja centriste, ninja nazi, ninja coco, ou même ninja chevènementiste (mais là ça devient vraiment compliqué).

Vous avez choisi la voie que vous allez suivre ? Fort bien ; passons donc à la suite de ce fameux tutoriel.

Ne divulguez jamais que vous êtes un ninja.

D’abord, parce que tout le monde risque, curieusement, de se foutre de votre gueule (le monde est rempli d’intolérants), et ensuite parce que :

Un ninja doit être capable de fonctionner comme un espion, ce qui signifie que vous ne pouvez pas révéler votre statut d’aspirant ninja, ou bien personne ne vous fera confiance.

C’est vrai que ça se tient : personnellement, si un mec venait me voir en m’avouant être un ninja, je serais tenté de ne pas lui faire confiance. Je serais aussi tenté de lui éclater la tête contre mon bureau jusqu’à ce qu’il avoue l’odieux mensonge, avant de le fourrer dans le coffre de ma voiture direction Sainte-Anne, mais bon, sait-on jamais : si c’est un vrai ninja, il pourrait se défendre.

C’est pour ça qu’on a inventé le taser, d’ailleurs, qui est un peu au ninja ce que la kryptonite est à Superman.

"J'aime l'odeur du ninja grillé au petit matin !"

Ne vous habillez pas de manière stéréotypés comme les autres ninjas

Je ne comprends pas : un ninja ne doit pas s’habiller en ninja ? Est-ce à dire que les autres ninjas sont de mauvais ninjas, puisqu’ils s’habillent en eux-mêmes ? Suis-je vraiment en train de lire un tutoriel sur l’art de devenir un ninja ? Autant de questions qui font naître sur mes tempes bien des gouttes de sueur.

Les ninjas se déguisaient généralement pour porter la même tenue que leurs victimes (ils n’étaient donc pas forcément vêtus de noir) afin de semer la confusion.

C’est d’ailleurs comme ça que l’on savait reconnaître les ninjas : quand un type se sentait menacé par ces fameux assassins, il arborait alors une immonde chemise à fleurs ; le ninja s’habillant comme sa victime, il n’y avait plus qu’à attendre de voir se pointer un autre type aussi mal fagoté pour le passer à tabac à coups de bottin. Cette incapacité totale à s’adapter au monde extérieur et leur absence complète de personnalité ont provoqué en grande partie l’extinction des ninjas ; cependant, on retrouve chez certains êtres la trace de l’ADN des êtres de la nuit, puisque l’on constate dans cette descendance qui s’ignore cette capacité à ne pas savoir se fringuer correctement et à porter n’importe quoi pourvu que l’on essaie de ressembler à une personne en particulier. Ces êtres lourdement handicapés socialement deviennent souvent des fans de Claude François ou de Johnny pour les garçons, et des tenancières de blog girly mode pour les filles. L’héritage des ninjas est lourd dans le patrimoine génétique.

Si vous portez des vêtements de ninja, l’idée est de ne jamais laisser personne vous voir avec ceux ci.

Encore une fois, je soupçonne que ça ait un vague rapport avec le fait d’avoir l’air con. Aller au bureau en collant noir et cagoule n’est pas l’idée du siècle. Surtout à l’heure des lois sur la burqa, mais passons (le ninja est persécuté par la justice de son propre pays).

Apprenez à vous déplacer furtivement. Devenez adeptes de l’invisibilité sociale et physique et du silence total.

Beaucoup d’amateurs de ninjas disposent d’ores et déjà de ce pouvoir : personne ne les remarque ou ne leur parle. On les appelle des otakus.

Marchez en silence. Apprenez à revêtir les vêtements appropriés au moment approprié.

Par exemple, quand vous mettre tout nu ou non. J’ai par exemple bien connu un type qui dirigeait un important fonds monétaire, il n’aurait jamais pu être un ninja.

Fondez vous dans le décor, et n’attirez pas l’attention sur vous-même en aucune façon. Parfois, cela signifie être quelqu’un de sociable et amical car dans le monde moderne, une personne qui boude tranquillement dans son coin éveille suspicion et est soigneusement surveillée.

Vous ne le saviez peut-être pas, mais si : quand vous partez bouder, vous êtes soigneusement surveillés ; mesdemoiselles, vous qui appréciez cette attitude, sachez donc que dans nos sociétés, il y a des brigades anti-boudins (mais non, pas ceux-là : sinon, comment expliqueriez-vous la seule existence de Lara Fabian ? Cela dit, attendez, maintenant que j’y pense ; elle existe encore ?), et sitôt que vous commencez à faire la moue dans votre coin, on vous fait surveiller. Essayez ce soir dans votre voiture : faites la grimace dans votre rétroviseur, et voyez comme deux mystérieuses automobiles noires vont surgir, à trois véhicules derrière-vous, empruntant curieusement le même chemin que vous sur de longs kilomètres : les brigades anti-boudins. Qu’est-ce qu’on en apprend avec ausujet.com !

Développez et conservez un corps de ninja. Cela ne signifie pas nécessairement devenir mince et musclé, mais entrainez votre endurance, agilité, votre force et votre flexibilité. Votre corps est un outil – aussi longtemps qu’il peut exercer les fonctions d’un ninja, il est un outil précieux. En fait, devenir trop apte peut être quelque chose de contre productif, surtout si vous vous démarquez comme étant la seule personne mince ou musclée dans la pièce.

Oui, faites bien attention : vous pourriez vite vous faire repérer ; un type mince et musclé, c’est suspect. Surtout quand c’est le seul de la pièce ; en même temps, si vous arrêtiez de fréquenter le concours annuel du plus gros mangeur de kebabs, ça n’arriverait pas. Enfin rassurez-vous : si vous adulez les ninjas et suivez des tutoriels sur internet pour le devenir, il y a peu de chances que vous finissiez trop sveltes ; ouf : votre camouflage est sauf.

Un maître de l'infiltration en plein exercice

Sachez comment vous échapper. Peu importe où vous êtes, vous devez savoir comment sortir de la situation aussi vite et aussi anonymement que possible. Ceci est une compétence essentielle pour un ninja, en particulier lors de l’exécution de missions. 

N’hésitez pas à vous entraîner : balancer des fumigènes dans la queue chez Monoprix, quitter le bureau à l’aide d’une arbalète lance-grappin, ou même jeter des pétards sur les employés de la Poste avant de vous enfuir avec votre colis (pensez à utiliser une mèche durant environ une demie-heure le temps qu’ils retrouvent votre carton) dans un rire diabolique, tous les prétextes sont bons pour devenir un roi de l’évasion. Vous ne devez jamais être pris. Jamais.

Et si vous l’êtes, avalez vos collants. Curieusement, si vous ne mourrez pas étouffé, vous succomberez à un empoisonnement des plus original.

Lorsque vous vous échappez, efforcez vous de ne laisser aucune trace derrière vous. Une façon que les ninjas accomplissaient ceci dans le passé était avec des ashiko, des patins de bois porté sur leur fond de leurs chaussures et sculptée pour ressembler à la patte d’un animal ou d’un pied d’enfant afin que les empreintes du ninja ne soient pas remarqué.

La technique des empreintes d’enfants a été arrêtée tardivement, suite à divers quiproquos impliquant des ninjas rusés en fuite et des pédophiles amateurs de pistage (et souvent eux aussi en fuite). Les ninjas belges ont particulièrement souffert de ces malentendus dans les années 1995-1996.

Apprenez et pratiquez la voie du ninja (ninpō, 忍法) et les ninjutsu (忍術, techniques du ninja):

  • Seishin-teki kyōyō (raffinement spirituel)
  • Taijutsu (combat sans arme, utilisant son propre corps comme seule arme)
  • Kenjutsu (combat à l’épée)
  • Bōjutsu (combat avec le bâton)
  • Shurikenjutsu (combat avec les shurikens)
  • Sōjutsu (combat avec la lance)
  • Naginatajutsu (combat avec la faucille et chaîne)
  • Sui-ren (techniques de combat aquatique et de natation)
  • Bōryaku (tactique)
  • Chōhō (espionage)
  • Intonjutsu (furtivité, camouflage et évasion)
  • Tenmon (météorologie)
  • Kusarigamajutsu (Combat avec le kusarigama)
  • Kayakujutsu (pyrotechnie et explosifs)
  • Hensōjutsu (déguisement & usurpation d’identité)
  • Chi-mon (géographie)
  • Shinobi-iri (furtivité et méthode d’intrusion)
  • Bajutsu (Équitation)

Petit rappel : vous êtes supposés apprendre tout cela tout seul, comme ça, hop, au pied levé, et depuis chez vous pour ne pas vous faire repérer. On pourrait donc résumer cette étape par "devenez un ninja". Quel puissant tutoriel.

Amis étudiants, vous progresserez plus vite que les autres : apprendre l’équitation et maîtriser les explosifs depuis votre studio de 9m² ou votre chambre chez vos parents sans vous faire repérer par ces derniers (qui font partie des brigades anti-boudins en plus, c’est connu) vous formera à la dure aux arts de la furtivité et du mensonge.

"Mais non maman, ce n’est pas un cheval, c’est… heu… ma copine. Voilà.
- Ho, excusez-moi, je vous avais pris pour un équidé. Désolé mademoiselle ; mais je vous ai déjà vue, non ? J’adore ce que vous faites dans Sex & The City !"

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Et, non, je n’exagère pas, puisque l’on lit bien plus bas :

Le silence est d’or. Votre décision de vivre selon le ninpo et de pratiquer le ninjutsu n’est pas et ne devrait pas être connus du public. Une première responsabilité est d’apprendre et de pratiquer le ninjutsu dans le secret, et en privé. Après tout, on ne peut pas être un maître espion si l’on ne peut pas garder quelque chose qu’aussi simple que son identité secrète caché à ceux qui nous entourent (même si on vit avec eux.).

Voilà qui promet, donc.

L'équitation, un sport aisé en intérieur pour qui y met un peu de bonne volonté

Apprenez à contrôler les gens et à manipuler les événements non pas par la force, mais par des mots et des actions. En tant que ninja moderne, vous devriez être en mesure d’obtenir un objectif sans avoir à recourir à toute forme de violence. Utilisez les désirs, besoins des gens contre eux même. Les humains ont besoin de sécurité, richesse, fierté, pouvoir et de voir leurs désirs et leurs besoins satisfaits. Il s’agit d’une capacité clé dans la plupart sinon tous les événements.

Manipulez-les en leur proposant du pognon, ou un CDI par exemple.

Ah, attendez, c’est exactement ce que je fais ; le MEDEF doit donc être un foutu dojo secret qui s’ignore.

Nourrissez votre esprit. Les ninjas étaient souvent très bien instruit. Avec la connaissance vient le pouvoir et cela peut vous aider à devenir plus ingénieux et aussi à vous aider à vous fondre plus facilement dans le décor.

En même temps, avec ce tutoriel, je pense que ça revient à manger du fromage moisi.

Apprenez à ne rien laisser vous distraire. Un ninja doit être calme et concentré, car si quelque chose est autorisé à devenir une distraction, il pourrait probablement être amener à se faire capturer, être blessé ou même tué.

Si et seulement si le monde en avait quelque chose à foutre ; la plupart du temps, quand on attrape un ninja en mission, au XXIe siècle, on se contente de le passer à tabac, de lui voler sa tenue moulante et de le coller dans une poubelle jusqu’à ce qu’il pleure très fort en serrant contre lui ses figurines de One Piece.

Mais comme ce tutoriel n’est point chiche en bons conseils, voici en sus quelques propos répertoriés dans la catégorie "Astuces"

Le Ninpo (la voie du ninja) ainsi que les ninjuts (techniques du ninja) sont une quête permanente. On ne peut jamais totalement maîtriser quelque chose. Il y a toujours place à l’amélioration. Ne vous attendez pas à devenir un vrai ninja en une semaine

Devenir ninja, c’est un travail sérieux. Pas comme devenir un pokémon ou un consultant. Heureusement, même si tout cela ne se fait pas en une semaine, tout tient sur une page de ausujet.com pouvant être parcourue en moins de 3 minutes. Les choses sont tout de même bien faites.

Les femmes sont appelées kunoichi et historiquement, ont été formés différemment,

Le maître ninja derrière ce sujet connait visiblement bien mal les femelles (c’est normal, choisir sa voie demande des sacrifices), qui sont surtout formées différemment génétiquement plutôt qu’historiquement.

Méditez sur ce dicton d’un grand maitre ninja. "La voie du ninja est celle de l’endurance, de la survie et de la victoire sur tout ce qui veut le détruire."

C’est tout le problème avec les dictons des grands maîtres ninjas : on ne sait pas à qui les attribuer, puisque par définition, leur identité est secrète. Cela permet aussi de leur en attribuer toutes sortes, puisque tout le monde peut ainsi potentiellement être un maître ninja. Je vous propose donc en sus les citations suivantes :

  • "La voie du ninja est droite, mais la pente est dure" – Le grand maître des ninjas du Poitou
  • "Un ninja, ça va, c’est quand il y en a plusieurs que ça pose des problèmes" – Un célèbre ninja à la convention annuelle des ninjas de droite (on les reconnait facilement, ils se font des cagoules avec des pulls en cachemire)
  • "Le ninja qui grimpe sur la muraille de Chine obtient la bravitude" – La grande maîtresse des ninjas du Poitou

Oui, il y a beaucoup de ninjas dans le Poitou, tant et si bien que cela a tourné plusieurs fois à la guerre civile et au bain de sang dans l’histoire locale, mais comme ce sont des guerres ninjas, personne ne remarque rien. Quant aux remarques sur les ninjas en surnombre à l’occasion d’une convention de ninjas, on conviendra aisément que ces mystérieux assassins possèdent un certain sens du ridicule de l’ironie.

Dans le Poitou, même les baudets maîtrisent l'art du déguisement

Enfin, passons à la dernière rubrique de ce tutoriel : les avertissements. Car non, devenir un ninja n’est pas dénué de risques, aussi faut-il prendre quelques précautions.

N’utilisez pas vos compétences de ninja pour faire de la violence gratuite!

Ah oui, hein, dites donc, bande de petits fripons ! Le ninja ne s’amuse pas à violenter autrui pour le plaisir ! Non, s’il apprend le métier d’assassin, c’est pour faire de la violence payante. Et ça, c’est vachement plus éthique. Merci, maître ninja derrière ces lignes.

Rappelez-vous que le type de ninja que vous voyez dans les films et à la télévision sont souvent pratiquement impossible à devenir. Les ninjas dans les films et dans la réalité sont très différents.

Excellent conseil : n’essayez pas de devenir un ninja comme on en voit dans les films ; visez plutôt les ninjas du monde réel (je suis sûr que vous avez déjà des tonnes de modèles en tête). Par exemple, les ninjas obèses de la japan expo font d’excellents sujets ; mais attention, vous ne pourrez pas leur ressembler en une semaine : il vous faudra au moins 3 années sous perfusion de chips pour atteindre leur niveau !

Si vos motivations pour devenir ninja impliquent une des caractéristiques suivantes: provoquer et s’engager dans des affrontements ouverts physique, pour la notoriété, ou uniquement pour se venger et pour blesser alors vous ne deviendrez jamais un ninja, juste un individu plein de colère dans des vêtements sombres couvrant son visage. Il y a une grande et distincte différence.

Moi qui croyais que les ninjas ne s’habillaient pas dans des vêtements sombres, j’ai dû mal comprendre. En tout cas, oui : ne devenez pas ninja sous le coup de la colère, devenez un ninja parce que vous êtes un gros otaku asocial. Là, c’est possible, il n’y a aucun empêchement.

Au cours de votre formation, il n’y a rien de mieux que de faire un vrai test réel, cependant, si vous tentez de vous enfuir, d’affronter et / ou de combattre les forces de polices ou de vous engager dans toute autre activité criminelle pour tester vos compétences en ninjutsu: ‘il faut être vraiment prêt à accepter les conséquences de vos actions. 

Encore une fois : moi qui croyais qu’il ne fallait pas provoquer et s’engager dans des affrontements ouverts pour devenir un ninja, bon. A noter que le ninja se doit d’assumer ses actions : quand il se fera transformer en passoire par quelques coups de fusil à pompe bien ajusté alors qu’il tentait de courir sur les murs en jetant des shurikens, il ne viendra pas pleurer que c’est pas juste, dans les films, ils parent les plombs avec leur katana. Idem, il faudra être fort lorsqu’il rencontrera Gunthar dans les douches de Fleury-Mérogis, soucieux de découvrir la souplesse légendaire du peuple de la nuit (c’est le côté ethnologue de Gunthar).

La plupart des armes ninja sont définies comme illégales, soyez prêt à vous en débarrasser rapidement. Ne transportez jamais quoi que ce soit que vous n’êtes pas prêt à laisser derrière pour la réussite de la mission, ou pour éviter les ennuis quand vous être pris. S’habiller tout en noir et avec avec le visage cagoulé alarmera tout le monde si vous êtes repéré.

Ainsi, n’emmenez par exemple jamais votre amour propre en mission.

N’utilisez jamais vos compétences ninja pour nuire aux animaux, ou pour vous introduire dans les maisons des gens.

Le ninja aime la nature et respecte la loi. Tuer les gens, c’est bien, les animaux, c’est mal. Il ne s’introduit pas dans les maisons des gens, parce que c’est très impoli ; niveau assassinat et vols, en fait, ça m’a un peu l’air d’être des tanches en fait. "Non mais j’ai pas pu tuer ma victime, elle était chez elle  toute la journée !" ; ainsi, les nerdz et autres associaux sont parfaitement immunisés aux attaques de ninjas.

Les ninjas ne portent pas de couleurs vives (orange, rouge). il est plus avisé que vous portiez des couleurs plus sombres pour vous fondre dans l’obscurité.

C’est vraiment de la discrimination. Les roux sont des gens comme les autres : eux aussi ont le droit de se ridiculiser, nom de nom.

Désolé mec, tu ne pourras pas être un ninja. A la place, tu devras devenir médecin ou avocat, gros nase.

Cela dit, pour terminer, rien de mieux qu’une petite liste des choses nécessaires à tout bon ninja toujours selon le site :

  • Katana
Ok, ça se tient. Même si, bêtement, j’aurais pensé que le ninja utilisait plutôt des armes de son époque.
  • Un costume Noir, bleu foncé, ou gris. Choisissez le bleu foncé ou gris si vous êtes dans des zones sans obscurité complète.
Raaaah, mais alors il faut le porter ce costume ou non ? Je m’y perds, moi !
  • Shurikens
D’accord, le katana pour tataner en combat rapproché, et les shurikens pour la distance. Ok (même si pour le coup, tout le monde saura que c’est un type qui se prend pour un ninja qui a fait le coup)
  • Entraînement en arts martiaux
Ok.
  • Kunaï (Dague)
Des fois que des grands vous rackettent votre katana à la sortie du collège.
  • Nunchaku de combat
Non mais on le range où ?
  • Cours de Nunchaku
Oui parce que le sortir pour se péter tous les doigts, c’est un peu con en fait. Ah, on me souffle en coulisse que se déguiser en ninja aussi.
  • Cours de Self Défense
Parce qu’on ne peut pas se défendre avec des arts martiaux, un nunchaku, une dague, des shurikens et un katana ?
  • Sabre Japonais
Aussi appelé "katana". Avec autant de trucs inutiles sur lui, au moindre mouvement, le malheureux doit faire "KLONG-KLONG" ; l’art de la discrétion m’est définitivement étranger.
  • Cours de Parkour
D’accord.
  • Sabre ninja
Un troisième, des fois qu’un mec vous ait pas encore repéré avec votre quintal de métaux en bazar sur vous façon rappeur west-coast.
  • Ninjatō
Qui, pour information, est encore un sabre. Ça fait 4. Ce n’est plus un ninja, c’est un quincaillier volant.
  • Boken
Une épée en bois. Pratique pour combattre des ennemis en carton, par exemple (je soupçonne certains centre de tris de La Poste d’entraîner des armées entières de ninjas sur leurs colis)
  • cours de kung fu
  • cours de judo
  • cours de freerung
  • cours de karaté

Je ne sais pas ce qu’est du freerung, mais je suppose que ça a un vague rapport avec le free-run ; et pour le reste, voilà qui devrait achever de vous permettre de vous défendre passées vos 36 heures d’entrainement quotidiens dans les différents arts de combats (et encore, on a pas parlé des techniques évoquées plus haut, du genre apprentissage de l’espionnage, des explosifs, et autres folles aventures)

Voilà, fiers lecteurs ! Vous voilà parés à devenir de fiers ninjas, courant sur les toits de nos cités nocturnement en quête d’odieux forfaits à accomplir, alors que le jour, vous feindrez de ne rien savoir de ce vol de collants dans la boutique Dim du centre-ville dont parlent tous les journaux.

D’ailleurs, il se trouve que je…

Je…

Attendez, une ombre à ma fenêtre ; bon sang, je n’aurais jamais dû taper cet article au bureau : ils peuvent m’atteindre !

Il s’est passé des trucs cette semaine.

Je ne reviendrai pas dessus aujourd’hui : mariage, décès, procès et autres évènements ne sauraient venir piétiner la vraie information du moment : cette semaine, nous avons vécu dans la joie et la bonne humeur la journée contre les violences éducatives. Nul doute que tous et toutes avez célébré l’évènement en ne battant pas comme plâtre votre neveu à l’aide d’un tison, mais il serait bien inconvenant de ne pas parler de la formidable campagne lancée à cette occasion par la Fondation Pour l’Enfance : un spot publicitaire visant à sensibiliser les parents sur les "violences éducatives".

Pour celles et ceux qui seraient au bureau et qui ne voudraient pas se faire attraper par leur supérieur en pleine glandouille, je vous propose un résumé textuel de la chose qui par sa discrétion saura préserver la fragile intimité de votre open-space, aidé en cela par le script du spot disponible dans le dossier de presse qui va bien :

Une petite fille de 8 ans prend son goûter dans le salon d’un petit appartement, le tout en dessinant dans un carnet. Alors qu’elle fait d’incroyables moulinets du bras, probablement car en train de dessiner d’énormes kikis (les enfants sont facétieux), elle renverse très naturellement son verre d’une mystérieuse boisson brunâtre (du slim-fast : on est jamais anorexique trop tôt), entachant ainsi de son contenu la nappe innocente qui se trouvait là. Voyant son précieux bien sali, la mère de famille a une réaction bien normale : défoncer la gueule de sa fille d’une bonne claque dans la margoulette, avant de s’atteler à réparer les dégâts.

Encaissant fort mal le soufflet, la jeune fille éclate en sanglot sous les yeux de sa grand-mère qui a assisté à toute la scène puisque traînant dans le coin. Cette dernière s’empresse donc d’aller réconforter, non pas sa petite fille en pleurs (nan mais quelle vieille peau !) mais bien sa fille en la prenant dans ses bras avant de lui susurrer "Pardon…".

"Aloooooors que l'on reeeeevoit l'action au ralenti, supeeeeerbe !"

Apparaissent alors à l’écran les messages suivants :

"Des parents qui battent ont souvent été des enfants battus"

"Éduquons sans violence"

"Fondation pour l’enfance"

Et donc fin.

On remercie donc bien fort les auteurs de ce clip et de ces messages pour leur subtilité, puisque comme chacun sait : la violence, c’est pas bien, et les enfants sont des êtres gentils et mignons. Car il est vrai que bien des gens s’exclameront "Misère, une claque pour un verre renversé, quelle violence ! Il est vrai que c’est scandaleux.". C’est même exactement pour cette raison que les enseignants n’ont pas le droit aux châtiments corporels, tant l’instruction et l’éducation ne doivent laisser la place à la violence. L’enfant peut être raisonné autrement, par le dialogue, pour comprendre ce qu’il en est, et doit être entouré d’amour et de…

… tiens ? Je viens de voir passer un poney multicolore vomissant de la barbe-à-papa. Curieux.

Non allez, sérieusement, qu’est-ce que c’est que ce message pourri ? Déjà, notons la beauté de la chose : une claque = enfant battu. Tous les parents qui ont un jour mis une torgnolle à leur enfant, ou pire, une fessée, sont des ordures qui méritent une descente du GIPN chez eux. Et le clip, évidemment, souligne bien jusque dans son script que l’enfant "ne fait pas exprès" de renverser son verre : les enfants étant des créatures innocentes, il ne faut pas les toucher, c’est très vilain. C’est important de dire que tout est toujours tout blanc ou tout noir. D’ailleurs, les enfants battus eux-mêmes apprécieront la légèreté de ce message :

"Moi j’ai pris une claque parce que j’ai traité ma mère de pétasse.
- Moi j’ai été fouetté avec du fil de fer barbelé pour avoir oublié de mettre les bières de papa au frais.
- Ouais, on est tous les deux des victimes de parents abusifs !"
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Il faut dire que niveau message, la conférence de presse de la Fondation pour l’Enfance faisait là aussi dans l’invitation de personnalités reconnues pour la subtilité de leurs propos respectifs ; je cite le dossier de l’organisation elle-même :

- Le docteure Jacqueline CORNET, auteur de "Faut-il battre les enfants ?"

Vivement la suite : "Dois-je plonger mon chien dans l’acide ?" et "Tuer mon voisin à coups de sécateur, est-ce bien raisonnable ?". D’ailleurs, derrière cet article se cache une étude dont nous avions déjà parlé dans un précédent billet, dans lequel Jacqueline CORNET faisait la corrélation entre les fessées et les claques reçues durant l’enfance et le nombre de maladies et d’accidents subis par la suite. Non, ce n’est pas une blague : visiblement, vous collez une torgnolle à un morveux, et hop ! Ses globules blancs, humiliés, refusent de combattre les infections (les globules blanc ont leur petit honneur de leucocytes : jusqu’en 1837, nombre d’entre eux s’organisaient des duels au mousquet dans la moelle osseuse pour venger leur réputation salie), et derrière, vous le foutez en l’air : de temps à autres, sur la route, votre marmot aura des flashbacks de fessées, ce qui, encombrant son champ de vision (il ne verra qu’un cul rougi à la place du 36 tonnes qui arrive en face), l’amèneront plus facilement à subir des accidents. Quelle ne sera pas la surprise des urgentistes lorsque découvrant l’accidenté, ils constateront qu’en sus de perdre du sang, ses globules se sont organisé des combat au fleuret pour passer le temps. Et je vous passe le moment où ils verront en plus le docteur Cornet débarquer sur place pour tenter de peaufiner son étude : "Houhou ! Monsieur ! Monsieur ! Je sais que vous êtes en train de mourir suite à cet accident, mais j’aimerais savoir : quelqu’un vous a déjà fessé étant petit ?".

"Vin ! Encore un flashback de fessée, c'est ça ? Dur !"

- Monsieur Olivier MAUREL, auteur de "Oui, la nature humaine est bonne ! Comment la violence éducative ordinaire la pervertit depuis des millénaires" (Robert Laffont, 2009)

En effet, après étude de plusieurs milliers d’années de témoignages (soit ce mec a une Delorean, soit il est le seul à avoir chez lui des tablettes grecques dans lesquelles on explique que "Lacédémon est devenu très méchant depuis qu’Olympos lui a collé un pan sur le cul ; je crois qu’il est parti fonder Sparte, une cité d’hommes en slip qui ne craindront ni claques, ni fessées", soit, dernière option, il pipeaute un peu). Donc, oui, les guerres, les massacres, la xénophobie, les bûchers, tout ça, c’est la faute des claques et des fessées. C’est connu : les enfants qui ne ramassent jamais de torgnolles sont toujours gentils, polis et aimables. Et à l’inverse, tous ceux qui ont déjà reçu une tape sur la joue sont devenus de gros fascistes. On a vu ce qu’a donné la génération élevée au Dolto. Carlos, déjà. Un gros argument en soi.

- Docteure Emmanuelle PIET, présidente du Collectif Féministe contre le viol

Il fallait bien un collectif pour cela, puisque c’est vrai que c’est un truc tellement accepté socialement. Qui n’a jamais entendu parler de l’"Association pour le viol avec barbarie" ou du "Rassemblement pour les tournantes", associations loi 1901 comptant plusieurs milliers de participants. Pour de mystérieuses raisons, les créateurs de ce mouvement se sont sentis obligés de préciser "Féministe", parce que c’est tout aussi connu, si tu n’es pas féministe acharné, tu es pour le viol. J’attends avec impatience une grande soirée de rassemblement avec le "Mouvement contre les meurtres", le "Club des gens qui n’aiment pas qu’on leur vole leur portable" et la "Société des amateurs de lapalissades".

Bref, je vous passe la liste complète des invités, mais diable : quel gratin représentatif de la hauteur des débats ! Tout ça pour souligner ce bien curieux message : les claques et les fessées, ça revient à battre un innocent enfant, et donc, c’est très mal, jamais, nicht, d’où ce clip supposé l’illustrer, ainsi qu’une conférence avec de fameux participants pour l’appuyer.

Mais honnêtement, mettons que je refasse le clip exactement à l’identique, en remplaçant juste le passage où elle renverse son verre par un autre où elle s’exclame "Putain, la vieille, tu crois qu’il va se ramener tout seul sur la table le Nutella ? J’ai aut’ chose à fout’, j’essaie de capturer un Férosinge ! Remue ton gros cul, radasse !" (voilà une petite fille au vocabulaire certes hardi, j’en conviens). Bizarrement, je ne suis pas sûr que lorsque l’enfant se ramassera une mandale, les gens trouveront ça toujours aussi injustifié. Quoi je caricature ? D’accord, mais qui a commencé ? Vous voulez que je fasse un clip "Les blogueurs qui font des raisonnements caricaturaux ont souvent visionné eux-mêmes des clips avec des raisonnements caricaturaux" ? Dans lequel je renverse mon brandy sur la table du goûter en visionnant leur campagne ? Passons.

En même temps, c'est vrai que c'est Férosinge, quand même

Car ce genre de campagne de culpabilisation a bien évidemment des conséquences. En effet, certains d’entre vous qui me lisent ont décidé d’épouser la belle carrière d’enseignant, et se retrouvent en première ligne avec des enfants qui n’ont pas toujours été cadrés par des parents soucieux de ne pas passer pour de mauvais bougres, et qui donc, ont surtout retenu une chose essentielle : on a pas le droit de les toucher. Rassurez-vous, il existe cependant des solutions simples. Prenons un exemple :

Jean-Bob est un trou du cul. De sa coupe de cheveux à ses baskets flashy, il est une sorte d’allégorie de la bêtise venue s’incruster dans votre classe. Jean-Bob a des parents qui ont peur de passer pour de mauvais parents : aussi ils cèdent à tout, dans le plus grand esprit de la prophète de la non-violence éducative, Françoise Dolto. Jean-Bob a beau être stupide, il n’en a pas moins compris, grâce aux pelletées de clips et documents idiots jamais nuancés qu’on lui a balancé, qu’on n’avait pas le droit de lui faire ceci ou cela. Curieusement, Jean-Bob n’a jamais compris qu’il avait aussi des devoirs. Et ça tombe bien, aujourd’hui, Jean-Bob n’a pas fait les siens.

"Dis-donc Jean-Bob, tu n’as pas fait des devoirs ? Encore une fois ?
- Pffffffff…
- Et on ne souffle pas Jean-Bob ! Ça commence à bien faire ton attitude ; tu ne fais rien !
- Ca va c’est bon, t’arrête de m’agresser !
- Je ne t’…
- C’est bon bâtard vas-y va chier !
- Dis-d…
- Ta gueule, de toute manière, tu peux rien m’faire ! Tu vas faire quoi ? Tu vas faire quoi ? Me punir ?
- Je pe…
- Rienafout’ qu’esse tu crois ! J’viens pas moi faire tes punitions d’merde ! Tu peux t’les fout’ au cul !
- Ça va m…
- Maiiiis tu vas faire quoi bâtard ? Rien ? Alors tu la fermes ta gueule ! T’as pas l’droit d’me toucher j’te dis ! Tiens, j’te nique !"
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Evidemment, si jamais vous en parlez à la brigade de Fondation pour l’Enfance, ils vous expliqueront que Jean-Bob a besoin d’un bon dialogue et de trouver un adulte en qui avoir confiance. Aussi, quand Jean-Bob ne fait pas ses devoirs, vous devez simplement lui expliquer en quoi l’enseignement est bon pour son avenir tant personnel que professionnel. Rassuré par vos paroles, une relation de confiance s’instaurera avec lui et vous pourrez enfin avancer ensemble alors que vous l’encouragerez dans sa progression. Puis, vous irez vous rouler tous les deux nus dans les champs en chantant les vertus de l’amitié et de la gentillesse. Une fois interpellé nu aux côtés d’un mineur, vous chanterez les vertus de l’amour et du savon à Gunthar, votre compagnon de cellule.

L’autre alternative, c’est le Kagoul-Kommando. Vous et les autres enseignants de votre établissement, notez sur une liste commune affichée en salle des profs les noms des élèves que vous voudriez voir châtiés. Puis, demandez aux surveillants de l’établissement de tous aller surveiller le gymnase un mardi entre 14 et 15h, quand il n’y a pas sport. Confiez alors la liste à des profs qui n’ont pas cours le mardi après-midi : organisés en commando et vêtus de cagoules, ils pénétreront alors l’établissement et iront, classe par classe, défoncer la gueule de Jean-Bob et semblables. Un coup de rangers dans le nez, un coup de batte de base-ball (renommée "Petite Souris" pour sa formidable capacité à faire tomber les dents) dans la gueule, l’introduction d’une éponge servant à nettoyer les tableaux (votre établissement a un petit budget) dans un rectum avant d’humidifier le tout avec le matériel d’arrosage des pelouses, autant de petites joies qui auront moult avantages :

La Petite Souris va venir te voir !

- Jean-Bob et consorts réaliseront vite qu’à chaque fois qu’ils perdent une occasion de se taire, ils perdent aussi des molaires

- Lorsqu’ils iront porter plainte au commissariat, les fonctionnaires seront ravis de voir le petit Jean-Bob qui passe son temps à les insulter venir demander leur aide. Nul doute qu’ils seront zélés dans le traitement de la plainte

- Aux parents mécontents qui demanderont comment un commando a pu rentrer dans l’établissement, vous répondrez que bien que tous vos surveillants étaient présents, vous n’avez pas les moyens de protéger vos locaux pleinement. Le ministère, pour éviter un scandale, trouvera soudain du pognon à vous donner

- Les seuls parents qui retireront leurs enfants de l’établissement seront ceux des chérubins tabassés, faisant de votre établissement un lieu incroyablement fréquentable qui verra donc de nouveaux élèves s’y inscrire, tous disciplinés car vivant dans la peur de la "Petite souris"

- Lorsque les médias se demanderont si ce ne serait pas un coup monté de quelques profs vengeurs, vous n’aurez qu’à répondre "Vous sous-entendez que des enseignants, fonctionnaires de l’éducation nationale, seraient venus bénévolement sur leur lieu de travail en dehors de leurs horaires payés ?" : votre réputation de fainéants absentéistes fera le reste.

Comme quoi, à tout problème, il y a des solutions. C’en est à se demander pourquoi je n’ai pas été invité à la conférence de presse de cette journée contre les violences éducatives.

Parents, retenez-bien le message : outre apprendre ce qu’est une "nuance" (mot inconnu à la Fondation pour l’Enfance), si vous ne cadrez pas vos enfants, quitte à gifler ou fesser dans certains cas, alors ce sont les enseignants qui pourraient bien s’en charger par lassitude.

Et , vous auriez des enfants battus.

Pensez-y.

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