Raymond a des nuits somme toute assez classiques.

Il ne ronfle que peu, produit à peine un léger sifflement lorsqu’il se tourne dans les draps, se lève parfois pour aller aux toilettes troubler le silence nocturne d’un délicat bruit de ruisseau et jure ses grands dieux que c’est la dernière fois qu’il dort chez Lulu-les-petits-pieds, et que ça finira par lui attirer des ennuis. Bref, c’est un type comme les autres. Seulement voilà, à la différence de vous et moi (surtout vous, j’insiste), lorsque le jour se lève et que Batman va se coucher, c’est lui qui prend la relève pour aller veiller sur vous, citoyens.

Raymond n’est ni militaire, ni policier, il est bien mieux que ça : Raymond est ministre.

A peine l’astre céleste a t il caressé de ses rayons le doux visage du républicain endormi que ce dernier bondit, fait rouler ses muscles et d’un pas leste s’empresse, tel Clark Kent, de se rendre à la cabine téléphonique la plus proche pour y enfiler son costume de travail : une formidable écharpe tricolore.

Debout sur les toits de Paris, son écharpe battue par le vent lui claque sur les flancs alors qu’il n’entend qu’à peine la voix lointaine de Lulu qui lui crie "Mets au moins un slip !". Raymond est prêt, la France est en sécurité.

Rentre chez toi, sale immigré de Krypton !

Alors évidemment, vous le sous-estimez, petits béotiens : "Et il a même pas de cape !" ; "Et pis il connait même pas Spiderman !" et l’inévitable "Où qu’ils sont ses supers pouvoirs ?" ; mais diable, il en a ! Rien que quand il était député… tenez, vous par exemple, pouvez-vous dormir sur votre lieu de travail sans que votre chef ne vienne vous caresser le visage à coups de parpaings ? Raymond, oui. Pouvez-vous brailler comme un écolier colérique debout sur votre siège sitôt que l’un de vos collègues avance une proposition qui vous déplait ? Raymond, oui.  Pouvez-vous lire le journal de Mickey ou envoyer des sms au vu et au su de tout le monde sans que quelqu’un vous fasse remarquer que vous n’êtes pas payé pour ça  et que vous mériteriez un bon coup de pied au cul ? Raymond, oui. Et pouvez vous remplir 7 poches à urine en une seule journée ? Raymond non plus. Par contre Michel, oui. mais Michel est sénateur, c’est différent. Enfin, je m’égare, mais la réalité est là : Raymond peut faire des choses proprement impossibles pour vos petites personnes : il est un héros, un surhomme, tout simplement.

Prenons à tout hasard une situation classique : deux braqueurs de banque, Jean-François et Danko, sont aux prises avec la police. Ils échangent quelques tirs et se replient dans un vieil entrepôt où ils se croient en sécurité. Superman ira t-il les en sortir au mépris des balles ? Batman s’infiltrera t-il dans les lieux afin de ligoter les brigands ? Raymond, lui, observant la scène depuis iTélé se contente de s’exclamer "Saperlipopette !" avant de se diriger vers ce qui est un peu sa batcave : le Palais Bourbon.

Raymond est très porté sur le sujet de la sécurité ; il aime savoir qu’il participe à la protection de ces concitoyens en proposant des lois si terribles qu’elles décourageront les plus vils terroristes de passer à l’acte. Aussi, il soumet à ses petits camarades un super projet de loi  : et si on alourdissait les peines pour les gens qui tuent des porteurs de l’autorité publique ? Et pour ce faire, on ajouterait qu’on retirerait leur nationalité française à tous les brigands qui le feraient quand même ; français ou voyou, il faudrait choisir, nom d’une pipe en bois (Raymonde jure comme pas deux).

On ne déconne pas avec Raymond : d’après le dernier sondage Ifop-Le Figaro, il est considéré à 33,5% comme un homme d’action, 47,8% des français ont confiance en ses décisions, et 52,2% pensent qu’il s’agit en fait d’un plat de céleri-rémoulade avec une cravate.

Mais, la logique de Raymond est-elle crédible ? Essayons une étude de cas selon celle-ci.

Retrouvons nos deux braqueurs, Jean-François et Danko, quelques jours plus tôt en train de préparer leur plan. Soit. L’un d’entre eux se dit "Tiens, si on braquait une banque, jeudi, ce serait sympa non ? On pourrait s’enfuir en tirant sur des gens et s’acheter plein de Pringles paprika après, ce serait cool." ; l’autre lui répond "Moi je veux bien, sauf si, on sait jamais, c’est illégal, et pire que tout, que la peine soit lourde !"

Bon, jusque là, ça ressemble à toute conversation normale chez des criminels, rien d’anormal, notre Raymond a toute sa logique pour lui, vous en conviendrez.

Cette loi aurait par exemple pu éviter à Mesrine de... ah ? Ah bin non, il était français de naissance. Rien, en fait.

Là, ça tombe bien, puisque Danko est passé à la Fnac ce midi, et paf, figurez vous qu’il a acheté un code pénal dites donc. Un gros Dalloz (pléonasme ? Amis juristes…) tout neuf. Alors il se dit que ça tombe bien, on va pouvoir regarder dedans. Alors Danko et Jean-François ouvrent tous deux l’ouvrage et, tournant précautionneusement les pages neuves, ils arrivent à la page voulue. "Crotte alors, c’est illégal de braquer des banques et de tuer des gens !" dit Jean-François. "Oh oui, c’est trop dommage, tiens, à la place on pourrait reprendre des études et monter une start-up qui fabriquerait des couverts en plastique à l’effigie du pape pour les piques-niques de scouts ?" propose Danko.

La logique de Raymond tient toujours : tous les criminels se disent que si c’est illégal, on ne le fait pas, parce que ce n’est pas bien, et que ce qui n’est pas bien, c’est mal. Sauf si…

"… la peine est suffisamment légère pour qu’on puisse se la permettre !" crie de joie Jean-François : en effet, tuer des gens est puni de  – seulement – 30 ans de réclusion criminelle. Et ça, c’est connu, tous les criminels peuvent se le permettre, puisque leur espérance de vie est d’environ 750 ans, la plupart d’entre eux ayant en effet été mordus par des christophes lamberts et sont devenus des Highlanders. Danko est bien d’accord : 30 ans de réclusion criminelle, ils peuvent se le permettre ; par contre, une peine plus lourde, houlala, ils ne pourraient pas, hein, là ils diraient "Bon bin non jeudi on va plutôt faire du point de croix".

C’est peut-être là que la logique de Raymond commence – vaguement, hein – à vaciller. Connait il beaucoup de gens qui "Peuvent se permettre" 30 ans au trou ? Non car j’insiste : lorsque l’on veut alourdir une peine, c’est qu’on la trouvait trop légère et pas assez dissuasive. 30 ans de prisons, il y a des gens que ça ne dissuade pas ? Si c’est le cas, qu’est-ce qui pourrait bien les dissuader alors ?

"Retirer la nationalité aux naturalisés !" ; les larmes salées de Danko roulent sur ses grosses joues roses  à la lecture de cette ligne ; pour bien distinguer Français de souche et Français de bouture (je vous invite à acheter mon livre "France & jardinage : la culture du melon", aux éditions du Front Editorial) , nous partirons donc de l’indiscutable théorie suivante : Jean-François est français de naissance et d’origine indiscutable, puisque son père était Clovis et sa mère Georges Clémenceau, alors que Danko est français par naturalisation et d’origine discutée, puisque son père était Lénine et sa mère Boris Eltsine. Danko pleure car autant il n’avait pas peur de 30 ans de prison, autant ça, ça le paralyse vraiment : plus de droit de vote, plus de passeport français pour aller draguer à Montréal, besoin d’un visa pour aller faire du tourisme à Limoges ou Melun… non, vraiment, c’est insupportable. Ça, ça le dissuade. Jeudi, il ira donc s’inscrire au Pôle Emploi plutôt que de tirer sur les forces de l’ordre. L’alourdissement de la peine marche donc bel et bien, un crime vient d’être évité, la sécurité de la France, assurée.

En sus de la déchéance, les condamnés recevront un maillot de l'équipe de France 2010. Terrible.

C’est donc ça la logique de Raymond : en rajoutant la déchéance de nationalité à la peine déjà encourue, ça devrait freiner les gens qui, avant, ne l’étaient pas par la perspective de passer la moitié de leur vie en prison. Diantre, mais dans quel monde vit Raymond ?

Tiens, mais j’y pense, et Jean-François ? Pourquoi on alourdit juste la peine pour les étrangers naturalisés ? Une peine moins lourde, ça veut dire que c’est moins grave si c’est un français "de souche" qui en tue un autre ? Parce que ça reste entre gens de bonne compagnie ? Et puis si la peine était trop légère pour dissuader un étranger naturalisé, au point qu’on l’alourdit, ne l’est elle donc toujours pas pour un français de souche ?

Je vous l’avais dit que Raymond avait des supers pouvoirs ; même moi, je n’arrive pas à suivre son raisonnement. En tout cas, je vais prévenir ma copine Carla (une naturalisée française) qu’il ne faut surtout plus qu’elle touche aux dépositaires de l’autorité publiques, fussent ils petits par la taille ou grands par la fonction.

Qui sait, peut être que la prochaine loi sera d’alourdir les peines envers les gens qui en tuent d’autres en tirant avec des armes non fabriquées en France ? Ça serait pas mal dans le plan de relance.

Enfin, ça devient compliqué tout de même. Heureusement que Raymond n’existe pas, tout le monde se moquerait de nous.


Au travers de l’Histoire, la France s’est battue pour se dresser face aux menaces extérieures et subsister indépendante, fière et droite.

Il faut dire que de tous temps, on a voulu nous envahir : romains, francs, anglais, espagnols, sarrasins, teutons… combien d’armées, fussent elles chaussées d’acier ou de cuir, équipées de lances ou de fusils, ont voulu faire plier notre nation sous le joug d’une autorité infâme et dégradante ? Aux heures les plus sombres de notre pays, alors que l’ennemi semblait disposer de nos terres comme si elles étaient siennes, des hommes et des femmes ont su se lever. Au cœur de la tempête, ils ont compris que les vents déchainés ne devaient pas faire plier le drapeau, mais bien au contraire, le faire claquer comme jamais ; le son du pavillon tricolore battu par les embruns résonne dans le cœur des justes comme le mot "espoir".

Moquez-vous, trublions ! Outragez le drapeau (ou un autre, pour les lecteurs étrangers), baissez les yeux face au regard intraitable de Marianne, riez des frontons de nos mairies, mais sachez-le : cela ne durera pas, car en notre pays, des citoyens continuent de lutter face aux envahisseurs.

Brice Hortefeux est l’un de ceux-là. Car grâce à sa dernière proposition sur… attendez…

Pourquoi riez-vous, sales crypto-gauchistes ? Furoncles staliniens, ne réalisez vous pas ce qu’il vient de se passer ? Comment vous êtes désormais mieux protégées des ennemis de notre pays ? Prenons un peu de recul, voulez-vous ? Voilà. Là, c’est bien. Posez-vous maintenant la véritable question :

Pourquoi la France a t-elle si souvent été menacée d’invasion ?

Bonne question, hein ? Que venait chercher l’ennemi chez nous ?

Des terres ? Que nenni ! De l’argent ? Allons donc, si c’était le cas, ils auraient plutôt envahi Monaco (ce qui est faisable avec 6 SDFs, 3 pistolets factices, 4 gourdes de rosé et une super 5)

Non ; la réponse est en train de faire ses courses chez Yves Rocher : nos femmes.

Les sirènes ont très tôt appris à éviter les vikings, à leur grand désarroi

Souvenez-vous des vikings, terreurs du royaume ! Traversant les mers, remontant nos fleuves, ils débarquaient, mettaient à feu et à sang un couvent, et ne s’enfuyaient qu’après s’être assuré que de la mère supérieure aux novices, toutes avaient eu droit à un peu d’action dans l’ennui de leur vie religieuse. Bientôt, dans toutes les paroisses, le nom de viking devint le synonyme de plaisirs interdits ; ces visages carrés, ces barbes fournies, ces bottes tambourinant les planchers, couvertes de rouille et de sel de mer… on dit que la simple évocation de ce nom provoquait, chez les bonnes sœurs, des soupirs sulfureux qui faisaient rougir jusqu’au plus innocent des enfants de chœur. Évidemment, l’Histoire dans son immensité a fusionné cette période avec les deux qui suivirent ; tout d’abord, celle dite de "La Déchaussée aux moines", durant laquelle les équipages nordiques, attristés de découvrir qu’ils avaient déjà souillé tout ce que le royaume comptait de chaste religieuse, s’en prirent de dépit aux chastes religieux. Après des semaines de mer, lorsque l’on débarquait et que l’on avait plus de nonnes à se mettre sous la main, n’importe quel moine à la tonsure douce et soignée faisait l’affaire. Et lorsqu’enfin le dernier frère fut laissé pour mort, nu comme un vers sur la table du grand réfectoire de l’abbaye de Landévennec après avoir connu les caresses de tout un équipage velu et teigneux, on vit s’ouvrir la troisième et dernière période des invasions vikings, celle dite du "Fléau des caprins", qui, je vous en fais la synthèse, a impliqué quantité de bêlements de bonheur dans tout le royaume.

Au fil des siècles, toutes les invasions visèrent ce même objectif : nos greluches ; les anglais en ayant surtout des moches, ils tentèrent à moult reprises de s’emparer des nôtres, brûlant les moins coopératives. Les teutons, malmenés des centenaires durant par d’imposantes marâtres en costume tyrolien aux tresses blondes et aux bras gros comme des troncs de la Forêt Noire, tentèrent régulièrement de se déplacer de par chez nous pour trouver des compagnes plus coopératives. Les portugais, enfin, pour des raisons que je ne développe pas, firent 7 tentatives méconnues de débarquement sur La Baule afin d’envahir le pays, mais échouèrent à chaque fois suite à des problèmes d’hydrodynamisme de leurs soldats.

Voilà qui explique au moins deux guerres mondiales

Disons le tout net : si la France est le pays de l’amour, c’est parce que nos femmes font rêver le monde, au point que certains matins il a encore rêvé d’elles et que ses draps s’en souviennent.

Attention lectrices : ça ne veut pas dire que je vous estime pour autant, hein. Juste qu’en plus de tous vos défauts (futilité, goût pour les dinderies, amour des enfants), vous êtes la cause de bien des invasions (vous êtes un peu nos Sabines, et je parle plus de celles de Tite-Live que de Paturel), et donc responsables de tant et tant de morts ! Comment pouvez-vous vivre avec le poids de ces péchés, en plus de l’originel ? Non vraiment, vous faites chier quoi, merde.

Bon, que disais-je ? Ah oui, Brice Hortefeux.

Brice Hortefeux l’a bien compris ; face à la force de nos armées (j’en entends qui pouffent au fond, ça suffit), l’ennemi a saisi qu’il valait mieux passer nos frontières individu par individu pour se saisir de nos femmes plutôt que de nous affronter de front ; ça pourrait encore aller si ces petits goinfres se contentaient d’une, mais vous les connaissez, les bicots melons bougnouls rastacouères étrangers, hein, ils en prennent tant qu’ils peuvent.

Le mot est lâché : ils sont polygames. Parce que quand t’as une épouse, ça va, c’est quand il y en a beaucoup que ça pose des problèmes.

Brice s’est donc mis très en colère (certaines mauvaises langues disent "tout rouge", mais je ne mange pas de ce pain là moi, je respecte mes ministres), et a déclaré que désormais, nos amis polygames pouvaient trembler, puisque l’on pourrait les déchoir de leur nationalité française si jamais ils se mettaient en ménage, de fait (pas forcément besoin d’un mariage), avec plusieurs femmes.

On ne rigole plus ; la polygamie est donc mise au même niveau que le terrorisme ou la haute-trahison. Ceinture d’explosifs ou ceinture de chasteté, même combat.

Prenons par exemple Jean-Jacques. Jean-Jacques a 17 ans lorsqu’il rencontre Géraldine, une jeune bourguignonne à la silhouette gracile entretenue par des années de pratique quotidienne de la danse classique. Après deux ans de relation, ils s’installent ensemble à Nevers, leur rêve, où Jean-Jacques travaille comme assistant administratif dans une entreprise produisant des crayons de papier. Un jour, il y croise Raphaëlle, une petite stagiaire aux ressources humaines tout ce qu’il y a de plus sympathique qui se passionne pour l’équitation, le cyclisme et la vie de  Boutros Boutros Ghali. De jour en jour, il sent bien que Raphaëlle l’attire ; il aime toujours Géraldine (tant qu’elle ne grossit pas en tout cas, restons pragmatiques), et pourtant, au fond de lui, quelque chose semble réagir à la présence de la nouvelle venue (ce n’est pas à prendre au sens littéral, hein). Un soir, se sentant coupable, il va confesser ses sentiments pour Raphaëlle à Géraldine (oui désolé les filles, c’est une fiction, hein, dedans il y a un homme honnête mais j’aurais aussi bien pu mettre une manticore, Pégase ou Arthur disant quelque chose de drôle). Cette dernière le prend assez mal, puis essaie de comprendre la situation. Elle demande à rencontrer la jeune fille, et comprend à son tour pourquoi son mari est tombé sous son charme ; je vous passe les détails, mais 4 ans plus tard, Raphaëlle emménage avec Géraldine et Jean-Jacques. Ils sont heureux, la vie est belle et le soleil brille sur Nevers (je vais vraiment loin dans la fiction, là).

Jusqu’au jour où une rangers du GIPN défonce la porte d’entrée de Jean-Jacques à 6h du matin et va le tirer du lit où il dormait du sommeil du juste entre ses deux compagnes ; après avoir reçu quelques coups de matraque pour avoir résisté (il criait "Laissez moi enfiler un slip !" en s’enfuyant vers la buanderie), il est promptement jugé, passe quelques jours en prison où il découvre une nouvelle forme des joies des partenaires multiples auprès de Slözt, son compagnon de cellule bodybuildé, puis est déchu de sa nationalité française. Il est donc menotté et envoyé par charter vers un pays célèbre pour n’exister qu’en théorie : la Belgique.

Alors que la polyandrie, pas de problèmes.

Maintenant, reprenons la même histoire, sauf que cette fois, Jean-Jacques ne confie rien à Géraldine et préfère "rester tard le soir au bureau pour traiter des dossiers", le dossier en question mesurant environ 1,68 pour 59 kilos, et remplissant fièrement ses bonnets B. Géraldine finit par sentir que quelque chose ne va plus dans son couple, et n’arrivant pas à faire parler Jean-Jacques, elle sombre peu à peu dans la dépression au point de commencer à louer des DVDs de Joséphine Ange-Gardien pour oublier le monde qui l’entoure. Raphaëlle, de son côté, pleure régulièrement que Jean-Jacques est un lâche qui jure qu’il va se séparer de Géraldine alors qu’il n’en fait rien, elle se sent manipulée et n’est pas heureuse dans cette vie. Elle finira donc logiquement par ouvrir un skyblog tant elle sera au fond du trou.

4 ans plus tard, Jean-Jacques a donc deux compagnes, toutes les deux malheureuses, mais lorsqu’il croise le GIPN, on le salue cordialement et on l’appelle "tombeur" (alors que chacun sait que si Jean-Jacques s’appelait Jeannine, elle se ferait appeler "salope").

Voilà donc la différence fondamentale entre la polygamie et l’adultère : dans le premier cas, tout le monde est supposément d’accord, ce qui est moins malheureux, que dans le deuxième cas, où il y a mensonges et tromperie. Il a donc été convenu fort logiquement que les coupables de polygamie étaient de sombres enfoirés, quand les coupables d’adultères étaient de braves citoyens.

La morale de cette histoire est donc la suivante : messieurs, pour le respect de ces dames, ne les épousez pas : trompez les.

Ah, et dire que parmi ces expressions françaises intraduisibles de la par le monde, comme "coup d’état" ou "rendez-vous", il y a :

"Ménage à trois"

La francophonie vient d’en prendre un sacré coup.

P.S : Message pour Carlita ; cette histoire, c’est vraiment trop dommage, complique tes projets d’emménager chez moi. En tout cas, tu peux quand même passer à la maison ce soir, j’ai les accessoires pour le "tourniquet slave" dont je t’ai parlé. Diego te raccompagnera discrètement Faubourg Saint Honoré avant 6h, comme toujours. Astique tes pommettes ma louloute.

Les séries françaises, c’est ma grande passion.

Non pas que je les trouves intéressantes pour ce qu’elles racontent, ça, non. Je les trouve passionnantes pour ce qu’elles sont. N’avez vous jamais remarqué ? Non ? Rien, vraiment ? Alors parlons-en.

Les séries françaises dont je veux vous parler, ce sont ces petites choses qui permettent de meubler les première parties de soirées à peu de frais sur les grandes chaînes de télévision qui décident de les produire. Du coup, je ne sais quel complot judéo-maçonique se cache derrière tout ça, mais il manque franchement d’originalité. Regardez :

En France,ces séries ne portent en général pas de nom comme Lost, 24, Miami Vice ou que sais-je encore. En France, les séries sont éponymes et portent le nom de leur héros : Julie Lescaut, Navarro, Les Cordier, Joséphine Ange-Gardien, etc… Bref, en France, une série, c’est avant tout un héros.

De préférence, le héros est incarné par une personnalité plus ou moins connue : soit parce qu’elle a fait le cours Florent et a tourné dans d’autres trucs, soit parce qu’elle est connue comme "people en quête de reconnaissance" : Mimie Mathy, Lorie, les anciens du Loft ou de la Star Ac, etc.

Tiens, pour information la popularité du cours Florent, c’est quand même un truc génial : ces gens ont Francis Huster comme prof de référence. Francis Huster. Pour l’anecdote, un jour que j’étais dans les couloirs d’un théâtre pour de bien obscures raisons, j’entendis sur scène quelqu’un jouer affreusement ; une sorte de cri continu et surjoué qui contrastait avec tous les autres acteurs, qui eux jouaient leurs personnages. Ouvrant la porte, je découvris sur scène Francis Huster en plein dialogue avec une actrice que je ne connaissais pas (qu’elle m’en excuse). Je compris alors que cet homme était non seulement mauvais au cinéma et à la télévision, mais qu’il jouait si mal que ça s’entendait à travers les murs d’un théâtre. C’est, hélas, tristement véridique. On m’expliquera donc que le cours Florent a bien d’autres raisons d’être célèbre, mais je ne m’arrêterais pas dessus aujourd’hui, sinon vous n’êtes pas couchés. Et je fais attention à votre sommeil, bienveillant que je suis.

Hmmmm, si je veux, je peux aussi mal jouer sur une image fixe, je suis très fort
Je suis si fort que je peux mal jouer même sur une image fixe

Revenons à nos moutons… Ha, oui : à mauvaise série, mauvais acteur. Or donc, en France, on glorifie le héros (fut-il incarné par Francis Huster). Mais quel type de héros ? Et bien, pour commencer, un héros gentil. C’est obligatoire. Qu’importe la série, il ne peut être méchant. Parfois, un journal télé claironne que "Haha, voilà une série avec un méchant comme héros", et débarque de nulle part une série dont le héros est gentil mais mal rasé et habillé en noir. Ha, bon.

En tout cas, qu’importe : il faudra toujours que le héros passe une bonne partie de l’épisode à gérer ses problèmes de cœur (famille/ami/amours), parce que bon, c’est aussi un être humain. Et on aime bien les histoires cucu la praline dans les séries françaises, donc ce genre d’intrigues, c’est parfait. Mais ce n’est pas là l’intérêt principal.

Chaque série a en effet un thème, et ces séries se basant autour du héros principal, tout dépend de l’activité de ce dernier. Et là, la liste est juste fantastique pour qui sait savourer : policier, pompier, lieutenant de police, avocat, commissaire, médecin, inspecteur, procureur, officier de police judiciaire, brigadier de gendarmerie, instituteur, capitaine de police, etc.

Oui, dans 90% des cas, le bon héros est fonctionnaire (il semblerait que ça fasse rêver les foules), et de préférence lié de près ou de loin à la justice. Même Joséphine Ange-Gardien a une fichue habitude de s’incarner en ange-gardien-de-la-paix ou autre agent de l’Etat pour accomplir ses mystérieuses missions.

Louis la Brocante emmerde la fonction publique
Louis la Brocante emmerde la fonction publique

Dans chaque épisode, notre bon héros fait face à un problème (oui, j’en entends dire "Si c’était pas le cas, on se ferait chier" mais on se fait chier quand même les gars, hein, faut vous faire une raison). Le problème est souvent lié à un fait divers, à un drame familial, à un méchant ou les trois. Le méchant de série française étant lui aussi original (il est riche et/ou violent/intolérant, palsembleu, mais ce sont des séries de gauche en fait ?). Prenons quelques exemples d’évènements dans des séries françaises lambda :

Si le héros est instituteur :

"M. Bouvier ! J’ai bien vu les traces de fouet sur le dos de votre fils alors qu’il ramassait son taille-crayon en cours de français ! Vous le battez, c’est un crime, j’ai prévenu les services sociaux !"

Si le héros est policier :

"M. Bouvier ! J’ai bien vu les traces de fouet sur le dos de feu votre fils alors que j’étudiais la scène de crime ! Vous le battiez, c’est un mobile, j’ai prévenu le juge d’instruction !"

Si le héros est brocanteur :

"M. Bouvier ! J’ai bien vu les traces de doigts sur la commode de votre fils alors que j’étudiais sa provenance ! Vous l’avez salopée, c’est honteux, j’ai prévenu Mme Michu pour qu’elle m’apporte sa peau de chamois !"

Comme tout cela est fascinant, n’est-ce pas ? En tout cas, ça doit l’être, on en est quand même à la douzième saison de Joséphine Ange-Gardien (oui oui, 12, moi aussi ça me fait cet effet là), série dont le pitch est pour rappel : Joséphine Delamare est un ange gardien que le ciel envoie sur terre. Grâce à sa finesse psychologique, [...] – oui non en fait on va s’en arrêter là, c’est déjà trop, merci Joséphine.

Dans lun des derniers épisodes, Joséphine incarne une ouvrière faisant office de figurante lors dun déplacement du Président de la République
Dans l’un des derniers épisodes, Joséphine incarne une ouvrière faisant office de figurante lors d’un déplacement du Président de la République

Le tout se déroule dans la plupart des cas dans Paris intra-muros (Navarro ne se fait jamais caillasser sa caisse en banlieue), un Paris où il fait beau (sauf si tu es triste, là il pleut), où les gens sont aimables, où tout le monde peut avoir un bel appart’ dans les quartiers Haussmaniens sans vendre les reins de sans-abris au marché noir, où l’on peut circuler vite & bien, bref, un Paris d’un monde parallèle probablement.

Heureusement, tout comme les parties de Time’s Up ! (oui, j’aime faire des blagues auto-référencées), les épisodes de ces séries ont une fin. Fin qui en général se déroule à peu près ainsi : le héros et ses potes regardent le méchant se faire embarquer par la police, ils commencent à se toucher les épaules (la franche camaraderie, il n’y a que ça de vrai), puis l’un d’entre eux sort une blague qui ferait honte à Laurent Ruquier lui-même ; tout le monde se met alors à rire à gorge déployée, et pouf, tout se met en pause : le générique se lance sur cette photo finale de la bande des gentils en lignes la bouche grande ouverte et l’air hilare. C’est abominable.

D’où la création qui va me rendre célèbre :

"Le générateur à séries françaises de 1ère partie de soirée"

(vous aussi les enfants, vous pouvez le monter chez vous en vous faisant aider d’un adulte. Attention cependant à ne pas l’utiliser à des fins lucratives ; en effet, j’ai déposé le brevet et j’enverrai mes serbes vous péter les rotules si vous le faites)

Il comprend :

  • Une liste des inscrits au cours Florent ainsi qu’un annuaire des people
  • Une liste des concours de la fonction publique
  • Un quotidien quelconque contenant une page "faits-divers" (ça c’est pour générer un épisode)

En combinant les trois, j’obtiens par exemple :

"Le Capitaine du XII" – Episode 1 "Les cours s’effondrent"

Romain Burget (Roger Hanin) est Capitaine de Police dans le XIIe arondissement. Il enquête sur la mort d’une jeune fille que l’on a retrouvé étranglée. Romain suspecte aussitôt son frère, Franck, riche trader…

Ha, pas mal. Essayons une autre combinaison

"Maître Aufroy"  – Episode 1 "Amour patricide"

Léa Aufroy (Lorie) est une avocate parisienne à qui tout semble réussir ; hélas, sa passion pour la justice la fait délaisser ses amours, et Léa a bien du mal à trouver l’homme de ses rêves. C’est alors qu’elle rencontre Enzo, son client accusé du meurtre de son père, chef d’une entreprise du CAC 40…

Ha cool. Encore une série où on verra des avocats supposemment français faire le métier de leurs collègues américains (il n’y a pas d’"objections !" ni de "votre honneur !" en France). Encore un ? Allez, une dernière fois, alors.

"Madame Vandrin" – Episode 1 "Séparation"

Madame Vandrin (Evelyne Leclerc) est nommée institutrice dans le Vaucluse (ha merde, j’ai pris une édition d’un journal de province pour le générateur). Dans sa nouvelle classe, elle découvre Téo, un garçon renfermé qui semble cacher un lourd secret concernant le divorce de ses parents. Madame Vandrin enquête…

Hmmm, ça fait rêver. Allez, j’éteins la machine, après on va la casser, c’est pas un jeu.

On approche de la fin de larticle ; vite, touchons nous les épaules en rigolant

On approche de la fin de l'article ; vite, touchons nous les épaules en rigolant

Enfin, c’est donc cela, l’exception culturelle française ; on a même réussi à en exporter, c’est dire ! (nos amis italiens prennent cher en regardant Une Femme d’honneur, avec Corinne Touzet). Tout cela pour résister au modèle américain (même si on a tenté de leur piquer Les Experts avec RIS : Police scientifique). Il faut dire que les séries américaines, c’est plus difficile de les adapter à nos critères :

Une adaptation de 24, ça s’appellerait "6" (je vous rappelle que le héros serait fonctionnaire), et encore, si Jacques Bouyer (le héros) n’a pas posé de RTT ou d’arrêt maladie.

Je terminerai avec une possible adaptation de Lost, "Perdu", l’histoire d’un avion qui s’écrase après qu’une samba aie dégénéré à bord lors d’un vol France-Brésil, et dont voici la liste des survivants : un policier, un pompier, un lieutenant de police, un avocat, un commissaire, un médecin, un inspecteur, un procureur, un officier de police judiciaire, un brigadier de gendarmerie, un instituteur, un capitaine de police, etc.

Et bin. J’espère qu’il y aura au moins un brocanteur pour récupérer les pièces de l’appareil.

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