Cher éditorialiste politique,

Ce lundi matin, pour toi, c’est la grosse fête. Il faut dire que tu vas passer une bonne journée : tout le monde va vouloir lire ta chronique. Avoir ton opinion. La comparer avec celle du journal d’à côté. Bref, ce matin, tu vas être un larron drôlement important ! Puisque bon, il faut le reconnaître : tu ne fais pas un métier facile, tu es un peu le commentateur sportif de la politique. Quand il ne se passe rien sur le terrain, tout le monde se fout de ce que tu racontes, toi y compris, mais alors parbleu ! Quand ça remue, c’est ton heure de gloire ! Tu peux t"agiter, crier tel Eugène Saccomano, bondir en tous sens, tu as enfin de la matière, et tous ceux qui t’ignoraient jusqu’alors entendent clairement ce que tu dis, les yeux rivés sur l’action !

Et c’est dommage, parce que ce que tu vas dire n’aura probablement aucun intérêt.

Je publie ce post avec un peu d’avance sur toi, tu me pardonneras, juste pour te montrer à quel point tu es tristement prévisible et appuyer brièvement ce que j’ai dit ici-même la semaine dernière avec des petits dessins. Tu vas parler de l’abstention, ça oui ! On en parlait ici-même la semaine dernière. C’est bien, l’abstention. On peut se poser tout un tas de questions que l’on va résumer à "Le camp qui a perdu n’a pas su mobiliser son électorat". "Mobiliser l’électorat", ça fait bien, ça fait sérieux, ça fait même un petit peu technique. Et puis comme ça, ça permet aussi de répondre en une ligne à toutes les questions sur l’abstention sans trop y penser. Faire les questions et les réponses, c’est pratique (je le fais moi-même, je confirme). En même temps, que peux-tu faire d’autre ? Parce que contrairement au commentateur sportif, toi, les équipes sur le terrain se foutent un peu de ta gueule au sortir du match : certes, elles te disent peu ou prou que "l’important, c’est les trois points" , mais surtout, l’équipe qui a pris sa branlée t’explique très tranquillement que si elle a perdu, c’est qu’elle "n’a pas assez expliqué sa stratégie". C’était donc ça ! Et tu feras tous tes poncifs : tu parleras de "contexte national", de "déroute", de "montée du FN"… mais tout ça, je l’ai déjà dit. Toi aussi remarque, mais à ta différence, moi je ne suis pas payé pour faire du copier/coller. Mais histoire que ça ne se voit pas, tu qualifieras la situation "d’historique". Après tout, si c’est historique c’est que ça n’a jamais été fait avant. Et si ça n’a jamais été fait avant, comment t’accuser de te répéter ?

Tu es un malin, toi. On ne te la fait pas.

J'accuse !

L’éditorialiste politique tel qu’il se voit.

Mais, éditorialiste, ne t’inquiète pas ! Il va quand même y avoir de l’originalité dans ce que tu vas dire à la télé, dans les journaux et à la radio. Parce qu’on va te proposer ce qu’il y a de mieux : un remaniement ! Tu sais, ce truc qui n’a jamais répondu en rien à quoi que ce soit mais que tout le monde attend quand même. Bon, ça tu ne le diras pas, parce que le remaniement, c’est un sujet tellement bon qu’il ne faudrait pas s’en priver. Bref, tu vas pouvoir commenter une grosse partie de chaises musicales. Et comme tu es d’une folle originalité, éditorialiste, quand on te parlera de la nomination de Laurent Fabius, tu feras un laïus sur "l’expérience". Moi, à ta place, je ferais plus tôt laïus sur le fait que vouloir incarner le renouveau en nommant un type qui a déjà été premier ministre il y a trente ans, c’est quand même vaguement du foutage de gueule, mais toi, tu t’en fous : tu commentes sans trop te mouiller, même si tu prétends le contraire. Tu ne vas pas en plus souligner les absurdités, merde ! Tiens, et puis tu sais quoi ? Peut-être qu’ils vont aussi ramener l’amie Aubry ou l’amie Royal ? Ça aurait de la gueule, un gouvernement supposé endiguer la fameuse "montée du FN" dans lequel on rappelle des gens qui étaient déjà aux commandes, eux, il y a douze ans (comme le temps file, n’est-ce pas ?) et qui, justement, s’étaient pris une branlée "historique" lors d’une "poussée du FN".

Je ne sais pas toi éditorialiste politique, mais moi, quand je perds la guerre, j’évite de rappeler les généraux qui s’étaient mangés échec sur échec ou ceux qui commencent à sentir le raisin sec.

Alors évidemment, mon bon, tu me diras "Oui, mais si je parle pas de ça, je parle de quoi ?"

Hé bien tu sais quoi ? Après avoir prédit ton édito, je vais aussi te prédire ce qu’il va se passer cette semaine dans les mairies qui viennent de changer de main. C’est un joli spectacle : tu pourrais y assister simplement en prenant ton vélo et une heure de ton temps.

Tu sais quel est le service le plus débordé après un changement de camp au sein d’une mairie ? Celui des élections ? Celui des équipes juridiques ? Non : c’est le service informatique.

Entre celui qui a installé Angry Birds ou maté Youporn sur l’iPad du boulot et qui préférerait que ça ne se sache pas, et celui qui a vraiment besoin de faire disparaître tous ses mails sans exception, ça bosse dur. D’ailleurs, la nouvelle équipe s’étonnera en arrivant aux commandes d’avoir des ordinateurs si rapides : ils auront une installation toute propre, ça aussi je le prédis. Oui, je suis très fort. Certains auront même un disque dur neuf. C’est fou, n’est-ce pas ? Tu aimes ce genre de petits détails ? Je vais t’en filer un autre à commenter : regarde bien le site de ta région. Tu ne sais pas pourquoi ? Allons, réfléchis : toutes ces villes qui changent de mains, tous ces élus qui ne vont plus toucher une indemnité de maire ou d’adjoint, tous ces cabinets qui vont changer du jour au lendemain… ça en fait des gens sur le carreau ! Surtout qu’il y a un truc de vieux singe quand on est élu qui marche bien : prendre un prêt que l’on rembourse avec son indemnité. Tu sais pourquoi c’est malin ? Parce que quand on constitue des listes – ce moment critique auquel tu ne t’intéresses jamais, c’est dommage – les élus qui se représentent peuvent utiliser cet argument pour garder leur place : "Si vous ne me redonnez pas au moins la même position, c’est comme si vous preniez sa maison à ma famille !". Et quel candidat veut se mettre à dos un ancien colistier qui en plus, pourrait le faire passer pour un salaud auprès de ses petits camarades ?

Sauf que quand la mairie change de mains, que se passe-t-il à ton avis, mon bon ami ?

Parce qu’il est toujours là, le prêt. Et la maison. Et la voiture. Et le chien.

Hé bien il faut trouver du travail : les élus qui perdent ne se transforment pas en vapeur d’eau avant de réapparaître juste avant l’élection suivante (même si c’est ce que l’on pourrait croire de prime abord, j’en conviens), il faut qu’ils mangent et qu’ils paient. Oui mais ! Quand on est dans une ville qui est restée des années à gauche par exemple, dans un contexte de branlée générale, et que du coup on doit partir de son poste, que fait-on ? On trouve du travail ? Tu as vu le marché du travail ? Je suppose que oui, tu es supposé commenter les chiffres. Et puis pour quoi faire, d’abord ? Certains élus ont commencé en tant qu’attaché à un élu avant de le devenir eux-même, regarde leur CV. Quelles compétences ont-ils à proposer et à qui ? A leur parti ? Celui-ci touche du pognon en proportion de ses élus, donc en cas de branlée, au contraire, c’est régime Et puis où aller d’abord ? Si les perdants veulent se représenter pour récupérer leur place encore chaude la prochaine fois, ce n’est pas la mobilité qui les étouffe, tu y as pensé ? Il y aura bien une ou deux mairies du coin qui pourront recueillir une paire de naufragés en leur confiant des placards, mais les autres ?

Il faudrait qu’ils trouvent, au hasard, une collectivité, disons de la même sensibilité politique. Disons de préférence, qui n’a pas froid aux yeux parce que les règles électorales ont changé et qu’elle sait qu’elle a de bonnes chances de ne pas repasser. Et qui, du coup, aurait à la fois un budget, un va-tout à jouer et besoin de mecs pour l’aider à faire du réseau et de la campagne lors de ses prochaines échéances propres.

Vraiment, si j’étais toi éditorialiste politique, je regarderai les ouvertures de postes à paraître dans ma région prochainement. Histoire de voir si, mystérieusement, des élus battus y deviennent chargé de mission aux champignons. En tout cas, je prédis – encore ! – une mystérieuse vague de recrutement. Et tu sais quoi ? Je pourrais même presque mettre le nom des futurs recrutés dans une enveloppe cachetée, tiens. Mais bon, chacun sait que je suis de mauvaise foi : ça n’arrivera sûrement pas, pas vrai ?

L'éditorialiste politique tel qu'il est.

L’éditorialiste politique tel qu’il est.

Mais je peux me tromper, hein, je suis mauvaise langue. Probablement que tous ces gens qui ont milité pour la relance, le redressement économique et la création d’emploi vont tous mouiller leur chemise, créer une entreprise et recruter des jeunes et des seniors avec le "pacte de responsabilité". C’était dans leur profession de foi, les "valeurs", relis-les et pose leur la question, je serais curieux. On fait bien un "Que sont-ils devenus ?" pour les candidats de télé-réalité, pourquoi pas les élus ? Ça serait intéressant. Et ça pourrait même soulever un lièvre ou deux.

En tout cas, moi je sais deux choses :

Que si tu étais un journaliste politique et que tu voulais un scoop, tu irais dans les mairies qui changent de main en caméra cachée en te faisant passer pour quelqu’un "Qui au nom de l’autre candidat, vient vérifier les numéros de série des disques durs et ordinateurs" ou quelque chose dans le genre. Si tu veux voir des gens courir très vite en faisant de petits bruits de pets liquides, fais-toi plaisir, tu as moins d’une semaine pour le faire. Le vrai spectacle en ce moment est en coulisses.

Mais je sais qu’à la place, tu vas rester à ton bureau à parler d’abstention, de FN, de contexte national et bien évidemment, de remaniement en disant que holala attention, maintenant les Français attendent !

Bref, je sais que tu voudrais être Jaurès ou Zola.

Mais qu’hélas, tu ne seras que Nabilla.

Hier soir en France, c’était soirée électorale.

Pour celles et ceux qui auraient loupé ce merveilleux moment et seraient bien embêtés, pas de panique : votre serviteur a prévu le coup et vous propose une crypto-spoil graphique résumant 97% de ce qui a été dit, ainsi que, grâce à mes grands pouvoirs d’ancien des cabinets politiques (rappelons que pour une somme tout à fait respectable, ami élu, je rôde dans votre ombre et souffle mon haleine parfum cigare à votre oreille), ce qui sera dit lors des prochaines soirées électorales.

Aperçu

Cliquez donc sur l’image, mes bons !

On se retrouve donc dans cinq ans pour voir si l’on donne tort à l’Odieux Connard que je suis.

Sa table était discrète, dans un coin du bar, à peine éclairée par une minuscule lampe. 

Elle était assise sur un petit siège au cuir probablement aussi soigneusement entretenu que le sien. Là, on la voyait lire silencieusement un minuscule ouvrage, probablement un recueil de nouvelles ou de poésies trouvé dans l’une des nombreuses librairies à qui parsemaient la rue. Son visage aux traits fins semblait serein et balançait parfois brièvement au son de la légère musique qui flottait dans l’air de ce coin de zinc réputé du tout Paris. A plus d’une reprise, je surpris l’un des mâles du lieu lui jeter un discret regard lorsqu’elle passait sa main au travers d’une longue mèche de fins cheveux châtains avant de la redéposer avec délicatesse sur sa table, faisant bien attention à ne pas renverser son cocktail ce faisant. La chaleur de ce refuge dans un hiver qui ne semblait jamais finir de l’autre côté de la vitrine l’avait poussée à retirer son manteau pour révéler une tenue choisie avec soin, mariant une veste aux tons sombres et un chemisier clair, où derrière quelques boutons détachés, l’on devinait un ouvrage fort convaincant de Mère Nature. 

Lorsque je me suis assis en face d’elle, son sourire a révélé une rangée de dents d’une blancheur impeccable, contrastant à la perfection avec son discret rouge à lèvres. Nous ne nous connaissions pas réellement, seuls quelques échanges électroniques nous avaient mis en contact, et ce soir, nous nous rencontrions pour la première fois. Elle s’appelait Maud et était belle et douce, comme l’un de ces flocons, là, dehors. 

Nous avons longuement discuté : elle aimait Bach, j’aimais Beethoven. Elle avait fait partie d’une chorale, j’avais chez moi l’intégrale des cantiques latins du chœur de Notre Dame. Elle jouait au golf, je jouais au polo. Elle n’habitait pas loin, je n’avais pas envie de reprendre ma voiture. 

Nous nous sommes levés et sommes retournés dans le froid mordant d’un mois de février à Paris. 

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C’est fou le nombre de personne que l’on peut rencontre sur Gauche Rencontre et Droite Rencontre.

Comment ? Vous ne connaissez pas ? Sots que vous êtes, tenez : 

 

Gauche- Rencontre

Droite-Rencontre

 

"On est déjà d’accord sur un point !" vous explique la petite page d’accueil sur chaque site. 

C’est vrai ; bien s’entendre politiquement est un bon début pour les bases d’une relation saine. Du coup, de droite ou de gauche, voilà au moins un centre d’intérêt commun qui vous unira à votre ami(e) et ne sera pas source d’engueulade. 

Essayons de voir ce que cela peut donner, en donnant tout d’abord la priorité à la droite, sécurité routière oblige.

Va faire bosser pour faire avancer la France au lieu de surfer sur le net, non mais

Tout d’abord, sur droite rencontre, les gens sont grands, blonds et aux yeux bleus, ce qui est bien naturel tout de même : mettre Mamadou N’Gomma en tenue de chantier son gros outil à la main aurait pu donner une mauvaise représentation de la frange conservatrice de la population (conservateur, c’est pas moi qui le dit, c’est la presse internationale. Il n’y a que dans le Figaro que la droite est l’aile progressiste du pays, et encore). Et surtout, on peut trouver cette petite légende au bas de la photographie : 

"Rencontrez de gens qui ont la même conception de la vie que vous. La famille, l’éducation, le travail, la culture, la tradition…Construire sur la même base pour se donner toutes les chances de réussites. On est tous responsable de son bonheur, autant s’arranger pour que ça marche.

C’est vrai que c’est important tout ça. A noter que lorsque l’on aime vraiment les traditions, on rencontre son futur époux au bal des débutantes ou en demandant à papa quel est le meilleur parti de la ville ("La petite de chez Darty, elle est bien", disait un célèbre papa à son fiston). Mais bon. 

Cependant, je sens qu’une question vous taraude : "Bon alors, c’est une bonne idée ou pas ce genre de site ?" ; vaste question. Pour ce faire, essayons d’analyser tout ça scientifiquement à l’aide de personnages que nous connaissons vous et moi, évitant ainsi tout parti pris. Bon, il nous faut donc commencer avec un(e) candidat(e) appréciant la famille, l’éducation, la tradit… ha, c’est bon je sais, vous bilez pas. 

Kristine Boot-1 vient de se connecter 

Erik B-Son. vient de se connecter  

Erik : Bonjour Kristine ! Je viens de cliquer sur ton profil : moi aussi j’aime les belles et grandes familles !
Kristine : Bonjour Erik, tu es nouveau ? Je ne t’avais jamais vu ici !
Erik : Oui, j’ai fait une fausse manip’, j’étais sur gauche-rencontre jusqu’ici. Mais me voilà.
Kristine : Bienvenue ! Je note que toi aussi tu parles un français correct. Ca fait plaisir sur internet !
Erik : Oui, c’est le minimum lorsque l’on est en France de parler français, mdr.
Kristine : Pas comme tous ces bicots bougnouls rastacouères sudistes au teint hâlé
Erik : En effet Kristine. Ces gens là, il faudrait les renvoyer dans leur pays. Et leur retirer des droits, ils en ont déjà trop.
- Erik B-Son vient de modifier son statut en "travaille sur un nouveau projet de loi pour réduire les droits des immigrés, ces nantis"
Kristine : J’aimerais bien te rencontrer, tu as l’air intéressant.
Erik : Si tu veux, je serai sur le tarmac de Roissy ces prochains jours ; on pourrait regarder les charters partir ensemble ?
Kristine : Ho, ce serait tellement romantique ! Tu es un vrai français, le romantisme est partie intégrante de notre identité nationale !
Erik : En effet ; et après Roissy, si tu veux, on pourra aller chez moi que je te démonte la boîte à schtroumpfs montre ma collections de Pins UMP ?
Kristine : Si tu penses au péché de chair, c’est non. Pas avant le mariage en tout cas, sans union de nos âmes et de nos coeurs devant notre Seigneur Tout Puissant, il est impossible de concevoir l’idée de se reproduire ensemble.
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Erik s’est déconnecté  

Erik a changé son statut en "Put1 fé iéch’ jvé ancor dormir sur la békille

Erik est en effet fort déçu : les vrais conservateurs ne fonctionnent pas comme ça, ils ne vont pas copuler gaiement sur le premier site de rencontre venu. Ce qui forcément, laisse peu d’intérêt au site. A noter que par ailleurs, il aurait pu tomber sur Navy_Le_pN, et discuter longuement avec elle. Voire entamer un t’chat à trois avec Arlet_it_be-ChabiChabo, mais il a joué de malchance. C’est le jeu, Erik, sur droite rencontre, la réussite ça se mérite. 

A noter que sur droite rencontre, on prend soin de cacher tout ce qui ressemble de près ou de loin à un minaret : dans les conditions générales d’utilisation (CGU), vous pourrez trouver un endroit expliquant les différentes applications disponibles, parmi lesquelles le "salam", expression que tous les membres connectés peuvent lire (on le trouve dans le CGU quasi-identique de la version "de gauche" du site). Sonnant un poil trop barbu, le terme s’est mystérieusement mu en "expression" sur droite rencontre. Évidemment, cela n’est qu’une coïncidence. 

Bien, quittons notre droite et allons vers notre gauche en passant par le centre. Pas encore mis en place, je vous propos de découvrir Centre Rencontre, le futur site de rencontre des centristes en quête de rencontres molles (un centriste tout dur devient aussitôt un paradoxe pour lui-même et disparait instantanément). 

Un flan. Je vous assure, cette légende se suffit à elle-même.

"Sur Centre Rencontre, nous prenons le meilleur de Gauche Rencontre et de Droite Rencontre !" ; tout comme en politique, Centre Rencontre respecte le vieil adage qui fait tenir la maison branlante centriste : "Nous, on prend le meilleur de la gauche et de la droite" ; principe un peu nouille, puisqu’on imagine mal la gauche ou la droite se dire "Hey les gars ! On a une idée de merde, il faut absolument qu’on la prenne, puisqu’elle est de chez nous ; ah, et dire que si l’on était au centre, on ne garderait que les meilleures…

La page d’accueil n’est pas encore en ligne, mais nul doute qu’elle représentera tout ce que le centre a de meilleur : un flan au caramel faisant floutch-floutch lorsque vous passez votre souris dessus, un portrait de François Bayrou ou tout autre objet mou et profondément centriste. Mais observons plutôt ce t’chat de 1997 issu d’une version beta. 

VGE Sexyboy vient de se connecter 

Lady :-D vient de se connecter 

VGE : Bonchoir Lady
Lady : Good evening VGE !
VGE : Hooo, mademoijelle, vous êtes très chéduijante chur votre photo de profil.
Lady : Thanks VGE.
VGE : J’adore l’Angleterre et l’anglais. Ch’est une très jolie langue.
Lady : Do you like music ?
VGE : Je joue de l’accordéon. Ch’est funny.
Lady : lol, you’re so nice, and you look sooo cute ! Could we meet somewhere soon ?
VGE : A Paris ?
Lady : Yes !
VGE : Et bien oui… Rendez-vous sur la rive droite de la Cheine ; elle est chi belle en chette chaison.
Lady : Okay ! See you soon !
VGE : Pachez par le pont de l’Alma, vous éviterez bien des embouteillages. Et n’oubliez pas : ch’est pas parche qu’on est chentriste qu’on doit rouler au chentre ! Ho ho ho. Est-che drôle !
Lady : LOL ! Here I come ! <3
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Lady s’est déconnectée 

Cette conversation entre deux anonymes semble démontrer qu’au Centre, la séduction se ferait plus naturellement ; d’ailleurs, si ce t’chat ne le montre pas, Lady a elle même finie très ouverte et relativement molle, comme une vraie centriste de l’extrême ; mais c’est une autre histoire. A noter que dans les conditions générales d’utilisation, les "expressions" ou "salams" sont ici remplacées par des "Pfouiiiit", qui permettent "d’envoyer un message mou à tous les connectés".  J’en conclus donc que Centre-Rencontre aurait bien plus d’avenir que Droite-Rencontre, précédemment étudié.

Maintenant que nous avons abordé le centre, terminons sur notre gauche, avec Gauche Rencontre. On peut y noter que les jeunes de gauche sont des fous qui portent des boucs et refusent de partager jusqu’à la couleur des yeux de leurs ennemis héréditaires de droite. Quelle bande de joyeux rebelles, alors. 

Le site toujours saturé par les hordes d'assistés qui passent leurs journées sur le net

A noter que contrairement à droite rencontre dont le sous-titre est : "Site de rencontre pour ceux qui veulent bien discuter politique, mais pas se disputer toute leur vie !", gauche rencontre se légende "Site de rencontre pour ceux qui veulent bien discuter politique, mais pas au lit !" ; apparemment, ce serait donc une mystérieuse habitude des non-gauchistes que de parler politique au plumard : 

"Ha !
- Ho !
- Haaa !
- Hooo !
- Haaaaaa !
- Hooo… attends…attends pas tout de suite j’y suis pres…
- Haaaaaaaaaaa ! Trop tard, haaa… houuu… pfou….
- Mais ? Petit salopard, et moi alors ?
- Haha, 49-3, je ‘n’ai pas besoin de l’assemblée pour jouir. Et puis le plaisir, ça se mérite, tu n’avais qu’à travailler plus, sale assistée."
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Un monde mystérieux, donc. En attendant, comment se déroule parade amoureuse du gauchiste en rut ? C’est un bien grand mystère, qui tourne autour de notions comme "congrès", "motions", "parti" et "de toute façon t’es de droite" (l’insulte préférée de l’homme sauvage de babord) ; on dit qu’en général, les gauchistes se reconnaissent entre eux lors de grands rassemblements appellés "manifestations" durant lesquels les mâles dominants se font reconnaître grâce à leurs mégaphones. 

Tout se finit bien souvent dans un petit local ombragé, où vautré dans des affiches "Sarko est méchant" (la gauche a souvent de fameux slogans), de longues étreintes se font entre fiers combattants de la liberté, qui n’hésitent pas à vouloir collectiviser tant les entreprises que les femelles lorsqu’ils commencent à avoir faim.

Pourtant, Gauche-Rencontre est inutile car il en existe une version gratuite et tout aussi navrante (bien que très officielle) : 

La CooPol

La CooPol, c’est le Facebook de gauche, nouvelle arme du PS pour rassembler ses troupes et gagner en 2012. Dans la CooPol, tu peux te faire des "CooPains" et des "CooPines" (les jeux de mots sont authentiques, hélas) ; il reprend ainsi tout le principe du plus célèbre des réseaux sociaux, mais en moche (ho, comme le vert fluo se marie bien au rouge pétard !), pas pratique et avec des fautes d’orthographe qui se promènent de-ci de-là. Et uniquement bourré de crypto-marxistes, oui madame, parce que bon, quelle idée d’utiliser Facebook, là où il y a des gens à convaincre pour militer… ils sont forts.

Sur la CooPol, tu pourras donc draguer comme un dingue qui tu le souhaites sans dépenser un euro, tout en te tapant des milliards d’invitation à des évènements aussi passionnants que "Présentation du nouveau tract contre Sarkozy à Tinqueux" ou "Pour une flash-mob devant la mairie de La Française jeudi prochain". Quelle puissant outil quand on y pense tout de même.

Alors mesdames, messieurs, soyez sympas : évitez que la CooPol ne serve à rien à nos amis de Gauche, utilisez la comme un site de rencontre gratuit.

C’est pas dit que ça les fasse gagner en 2012, mais au moins ça leur permettra de se détendre un peu entre deux branlées.

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Lorsque Maud se réveilla, la place à côté d’elle dans le lit était vide ; elle se couvrit chastement d’un simple drap et chercha des yeux des vêtements masculins, parmi les siens trainant au sol. Il n’y en avait pourtant plus. La seule trace du passage de son amant d’une nuit était ce verre de whisky encore plein au tiers qui reposait sur la table basse du salon de son loft du XVIe arrondissement de Paris. Et peut-être un je ne sais quoi dans l’air, une odeur musquée rappelant la nuit agitée qu’elle venait de passer. 

Ce n’est que lorsqu’elle se rendit dans la salle de bain qu’elle constata que l’odeur qu’elle sentait n’avait rien du musc : sur le miroir, là où elle espérait un numéro de téléphone, elle avait trouvé écrit avec quelque matière fécale probablement issue de la litière féline renversée juste à côté du bidet : 

"Une de plus ! Merci droite-rencontre !" 

Dans le cadre de la glace, quelqu’un avait glissé une carte d’un parti politique de gauche. 

Elle fondit en larmes. 

 

"Asseyez-vous, je vous en prie"

Il indique d’un geste élégant à la mère de famille et à sa fille une rangée de chaises maladroitement alignées devant son bureau ; dans la salle de classe vide, sa voix résonne quelque peu, alors que le léger brouhaha des autres parents d’élèves soucieux de le rencontrer se fait entendre dans le couloir voisin. Il jette un discret coup d’œil à l’horloge murale qui lui indique la même chose qu’à chaque rencontre parents-professeurs depuis des années : il est en retard de quelques minutes, et se doit d’accélérer la cadence.

"Madame Mordinot, enchanté, je suis Monsieur Roland, le professeur principal de la classe de première ES. Permettez que je reprenne la liste des notes de ce trimestre pour Eleese, ci-présente…"
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Son discours est rompu : des années d’exercice lui ont permis de se forger une phrase toute faite pour accueillir chaque famille, et gagner les quelques précieuses secondes qui lui permettront d’ouvrir son cahier de notes à la bonne page. Son doigt sali par la craie des cours de la journée finit cependant par s’arrêter sur un nom : Eleese Mordinot. Il lit à haute voix :

"Bien, Eleese a une moyenne de… de 6,5. Elle n’a la moyenne dans aucune matière, et a eu plusieurs rappels à l’ordre pour son attitude en cours qui…
- Oui, à ce sujet, je voulais vous voir."
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Étonné, il relève la tête et jette un regard surpris à la génitrice. Maintenant qu’il y pense, c’est vrai qu’elles se ressemblent toutes les deux : même cheveux bruns, même bouche, même manière d’accentuer les "ou". En tout cas, madame a l’air déterminée, et à côté d’elle, sa fille ne semble pas s’enfoncer dans son siège, ce qui arrive pourtant généralement lorsque l’on annonce si mauvaise moyenne aux familles. Il ne réalise que trop tard qu’il connait d’ores et déjà la suite de cette conversation.

Des problèmes en orthographe ? Dyslexie, c'est évident.

"Je n’ai pas apprécié les mots des professeurs d’anglais et d’espagnol sur son attitude en cours. C’est choquant, ils ne la connaissent pas, et ils se permettent de la juger ! Mais moi, je suis sa mère, et…"
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Il décide finalement que c’est à lui de s’enfoncer mollement dans son assise ; après tout, le dialogue est déjà écrit à l’avance. L’histoire du parent qui explique à l’enseignant qu’il sait exactement comment son enfant se comporte en cours (il n’est pas là, mais il le sait, point barre) et qui a mille et une excuses pour le tout, car il ne serait pas dit qu’il a enfanté un cancre.

"…et je leur ai répondu que ce n’était pas sa faute ! Elle est atteinte de dyslexie, ce qui la handicape lourdement pour l’apprentissage des langues.
- Je vois. Vous l’avez signalé dans son dossier à l’aide d’un certificat médical ?
- Non, nous n’avons pas eu de certificat médical. Mais je peux en avoir un s’il le faut !"
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Évidemment qu’elle peut en avoir un : à partir du moment où elle a décidé que sa fille était dyslexique, il n’y a aucun problème ; le tout reste de trouver le bon médecin. Et si un membre de cette profession refuse de délivrer le précieux sésame, il suffira d’aller voir ailleurs : il finira forcément par y en avoir un pour accepter. Mais il y a de véritables dyslexiques, c’est certain. Eux ont un certificat d’entrée de jeu et sont passés ou passent encore régulièrement chez l’orthophoniste local ; ce n’est hélas pas le cas d’Eleese.

"J’entends bien madame, mais concernant les mathématiques ? Une moyenne de 3 ? Des devoirs jamais faits ? Ce n’est tout de même pas la dyslexie qui…
- Non, c’est la dyscalculie, elle en est atteinte."
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Steevy Boulay n'a jamais rien calculé tout court. A quoi que ce soit.

Il retire ses lunettes sans dire un mot et les essuie à l’aide d’un pan de sa veste. Il prend un air quasi-désespéré en écoutant ces quelques propos. Il réitère sa demande : la chose a t-elle été certifiée par un médecin ? Non. Par qui alors ? Ha, impossible de savoir. Cependant, elle peut avoir un certificat s’il le faut., vraiment Navré, il tente cependant une autre explication. A côté de sa mère, Eleese sourit. Il se dit que sa dyslexie supposée est sûrement liée à l’orthographe honteuse de son nom, qui a probablement fait pleurer quelques officiers d’état civil des années auparavant.

"Vous savez, peut-être est-ce lié à son attitude en cours : d’après son professeur de mathématique, il doit la reprendre entre cinq et six fois par heure, elle a été collée pour un total de 16 heures ce trimestre, et envoie des SMS pendant les heures dévolues aux exercices de mise à niveau.
- La dyscalculie ! Elle ne peut pas comprendre les mathématiques, alors elle ne peut pas s’y intéresser ! C’est honteux de la part des enseignants de montrer si peu de compréhension face à ses difficultés. Je pense la changer d’établissement l’an prochain."

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Ce qui est formidable, c’est qu’il n’y a plus – ou quasiment plus – de branleurs à l’école. Désormais, il est possible de se cacher derrière de véritables handicaps à l’apprentissage en affirmant que chaque mauvais résultat est lié à une cause extérieure non liée à l’attitude de l’enfant. Dans de rares cas, c’est la stricte vérité. Dans la plupart des autres, ce sont juste des parents très cons. Un autre handicap, il est vrai. Monsieur Roland note donc sur un bout de papier ce qui vient de lui être dit ; à écouter les familles, il en est à 35% d’élèves dyslexiques, 15% de dyscalculiques et…

Il s’arrête et sourit. Il ne reste qu’une seule tare à ajouter pour que le tableau soit complet, pour que tout soit expliqué. D’autres parents l’ont utilisé, et le plus étonnant est même que Madame Mordinot n’aie pas commencé par là. Il se décide à offrir une excellente ouverture pour que ce dernier sujet soit révélé.

"J’ai bien pris en note la dyslexie et la dyscalculie, cependant, cela n’explique pas ses mauvais résultats en sport ou en arts plastiques… Peut-être qu’elle ne se montre pas suffisamment attent…
- Ha, oui,  mais elle est hyperactive ! La pauvre, elle n’a pas toujours ses médicaments avec elle, et se retrouve alors perdue et peut perturber la classe ; mais il ne faut pas l’accuser, ce serait la culpabiliser alors qu’elle n’y peut rien !"
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L'hyperactivité se soigne aussi avec des méthodes simples

L’hyperactivité. Il n’attendait plus que ça, et en prend bonne note. Si l’on considère ce qui lui a été dit jusqu’ici, 75% des élèves qui se comportent comme des margoulins sont hyperactifs d’après leurs parents. C’est bon à savoir ; avec des statistiques pareilles, les enseignants devraient se voir distribuer des fusils à seringues pour éléphants histoire de calmer ces hordes en furie.

Monsieur Roland regarde Madame Mordinot et sa fille. Il devrait leur dire la vérité.

"Madame, je suis désolé : votre fille n’est atteinte ni de dyscalculie, ni de dyslexie, ni même d’hyperactivité. En fait, votre fille est juste une grosse conne, exactement comme sa mère qui tente d’expliquer ce phénomène à l’aide de maladies diverses & variées histoire de déculpabiliser tout le monde. Non, votre fille n’est pas hyperactive : elle passe juste son temps à rien branler (à part ses voisins de classe, ça, elle n’est pas atteinte de dyspipe) et lorsqu’on a le malheur de lui faire remarquer, vous débarquez dans nos bureaux pour nous expliquer que ce n’est pas sa faute. Du coup, elle n’a aucune raison d’arrêter. Non, votre fille n’est pas atteinte de dyslexie : si je lui colle un magazine de fringues pour pétasses, jamais elle n’inversera ou ne confondra de lettres au moment de commander sa minijupe ras-la-foune, particulièrement utile en ces mois d’hiver. Et non, elle n’est pas atteinte de dyscalculie : elle est tout à fait capable de donner les bons billets à madame la buraliste lorsqu’elle va s’acheter des clopes et comprend parfaitement les mathématiques sitôt que ça implique un gang-bang. Et vous, grosse vache, au lieu de lui donner un nom qui ressemble à quelque chose, vous avez préféré la couvrir pour vous donner l’impression que votre fille est intelligente, alors qu’elle tient visiblement de vous."

A la place, il pose simplement la question habituelle :

"Vous allez la descolariser alors ?
- Hein ? Mais pourquoi ? Une moyenne pareille avec tant de handicaps, c’est qu’elle est très intelligente. Et de toute manière, c’est moi qui choisit si elle passe en terminale, pas vous, donc elle ira, et elle aura son bac.
- Je suis déjà très en retard ; bonne soirée Madame Mordinot. A lundi, Eleese.
- Au revoir Monsieur Roland."
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Monsieur Roland regarde la mère et sa fille passer la porte de sa classe ; à aucun moment, Eleese n’a semblé prêter la moindre attention à ce qu’il se disait, occupée qu’elle était à jouer avec son téléphone en mâchant bruyamment un chewing-gum. Pire, il jurerait l’avoir vu sourire lorsque sa mère a déballé sa pharmacie à tristes excuses qu’elle avait probablement alimenté à l’aide de mauvais reportages télévisés traitant de problèmes véritables.

Et puis finalement, pourquoi n’y aurait-il que des élèves cancres ?

Lundi, Monsieur Roland se découvrira subitement une hyperactivité qu’il ne se connaissait pas. Et il lui mettra sa main dans la gueule, à la petite Eleese, quand elle rira bruyamment dans un long gloussement de dinde mourante.

Il n’y a pas de raisons que seuls les autres en profitent.

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