Non, je n’irai pas voir Resident Evil 3D dans l’immédiat.

Ce n’est pas que je ne sois pas attiré par ce fabuleux nanar, et vous avez été quelques-uns à m’écrire pour le réclamer, mais voyez-vous, non, c’est plutôt l’aspect 3D qui me rebute. Passer près de deux heures avec des lunettes spéciales, accessoire disgracieux et inconfortable qui ne sied guère à mon auguste appendice nasal, cela m’ennuie quelque peu ; par ailleurs, un film avec Milla Jovovich en 3D est tout de même d’un intérêt limité, tant il y a un manque de relief à mettre en valeur d’entrée de jeu.  Est-ce que j’essaie de vendre "Jane Birkin 3D" moi ? Non. Alors !

Et pourtant, Resident Evil… ah, Resident Evil ! Quelle série ! Lecteurs, si vous ne souhaitez pas être honteusement spoilés, si vous souhaitez garder vos yeux chastes pour pouvoir visionner ces films en toute tranquillité par la suite, arrêtez ici votre lecture, et retournez dans le royaume béni des innocents. Pour les autres, spoilons un peu, et parlons de cette fabuleuse série, parce que mine de rien, il y a quand même eu 3 films avant celui-ci.

Resident Evil, ce que nous pourrions traduire par "Vilain résident", c’est l’histoire d’Alice, chef de la sécurité pour un centre d’Umbrella Corporation ("Corporation Parapluie", ha, ça sonne moins exotique, hein ?), qui un beau matin, se réveille à moitié nue, dans un lieu qu’elle ne connait pas, sans aucun souvenir de la veille et avec un gros mal de tête. Alors que tous les indices laissent à penser qu’Alice a simplement fait une fête un peu trop appuyée la veille, et qu’elle devrait donc bientôt ressentir quelques douleurs dans son fessier avant de retrouver sur elle un carton du carré VIP du Copa Cabana, elle réalise un fait bien plus terrible : elle est amnésique ! Ho bin hé, non alors !

Aidée d’un commando d’élite qui passait par là, elle découvrira que le manoir où elle s’est réveillée n’est qu’une planque pour accéder à un immense laboratoire souterrain d’Umbrella Corporation, où visiblement, quelqu’un a fait le zazou avec les produits chimiques, ce qui a transformé toute la population scientifique locale en zombies mangeurs de cervelles. C’est donc ainsi que débute la fabuleuse série des Resident Evil, série qui mettra dans chaque épisode Alice aux prises avec des zombies, des gens idiots d’Umbrella Corporation, et quelques alliés qui finiront tous à un moment ou à un autre par dire "Crotte ! A été mordu !".

 

Imaginez le casting "Votre rôle, c'est le zombie 988, il est habillé en motard du 3e âge et sa seule réplique du film c'est "Gruuu greuuu grogo".

Bien que n’ayant aucune passion pour les zombies, créatures qui fascinent les geeks & moult blogueurs pour des raisons qui m’échappent totalement (j’imagine que leur rapport à l’hygiène et leur côté monomaniaque doit leur donner un aspect familier), je suis un fan inconditionnel de la série des Resident Evil. Parce que l’univers même de cette série est probablement formidable ; mais laissez-moi plutôt vous parler de quelques points redondants de cette dernière :

La Société Parapluie n’a pas tout compris

Dans Resident Evil I, on apprend donc qu’un virus, le virus T, qui tue les gens avant de les transformer en vilains zombies, est fort dangereux comme vous vous en doutez. Or, figurez-vous que nos amis d’Umbrella Corporation avaient décidé d’installer leurs locaux d’expérimentation top secrets JUSTE à côté d’une mégalopole, Racoon City ("Raton-Laveur Ville", non mais sans rire ?). Alors le jour où il y a un accident, ha bin crotte alors ! Ils se rendent compte que dis-donc, hein, Michel, pourquoi qu’on s’est pas installés dans le désert, là où non seulement c’était moins cher niveau terrain, mais où en plus c’était plus sûr et plus facile pour garder nos projets secrets ? Ah, flûte alors, on a pas été malins. Ah ça non. Maintenant, notre virus se propage à toute la ville, ça complique un peu les choses. Zut. Heureusement qu’on est une corporation super intelligente spécialisée dans le secret et les technologies de pointe pour avoir des idées pareilles.

A titre personnel, je soupçonne Umbrella Corporation d’être à l’origine du système électrique du Charles-de-Gaulle, ce qui expliquerait pas mal de choses.

Le virus T aime l’eau

Le virus qui tue donc les gens, le virus T, adore emmerder le monde. Par exemple, après Resident Evil I ("Mon dieu, le virus s’est répandu dans tout le labo !"), Resident Evil II ("Mon dieu, le virus s’est répandu dans toute la ville !"), on apprend dans Resident Evil III ("Mon dieu, le virus s’est répandu dans le monde entier, sauf en France, parce qu’ils avaient Roselyne Bachelot qui avait acheté 9 milliards de vaccins") que le Virus T a non seulement tué tous les animaux, mais en plus, il a asséché les rivières.

Ah ?! Mais comment donc ? Il est descendu sur ses petites pattes sur le bord des rivières et il a bu à la paille en faisant de gros bruits de succion jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien ? Il a collé des stocks d’éponges sur les sources ? Il a tué les nappes phréatiques avant de les transformer en nappes zombies, qui errent dans les campagnes en grognant en quête de sels minéraux ? Hein ? Ca serait pas juste pour donner un côté "cool" genre univers post-apocalyptique bourré de zombies, hmmm ?

Personne ne le sait. Mais dans Resident Evil, tout le monde a l’air de trouver ça normal.

Le virus T a lu le script

Entre deux petites rivières à assécher, le virus T s’ennuie, et on le comprend : il n’y a pas grand chose à faire. Alors que fait-il ? Et bien il lit le script. Et ça se sent, puisque dans TOUS les films, il y a toujours une andouille pour se faire mordre. Et évidemment, personne ne dit "Ho, non, merde, Jean-Jacques, tu viens de te faire mordre, on va te mettre une grosse balle dans la tête pour éviter que tu ne souffres trop, ne te transformes, et ne participes à la contamination du groupe !" ; alors tout le monde trimballe Jean-Jacques (qui peut-être une femme, ce n’est pas incompatible) avec soi, en lui chuchotant de temps à autres "Ça va Jean-Jacques ?", ce à quoi il répond "Niquel", malgré sa couleur toute blanche (par deux fois, Jean-Jacques est un noir, le résultat n’est alors pas sans rappeler un célèbre roi de la pop), ses yeux qui deviennent tous fous et sa gueule de pré-zombie. Mais le virus T à l’intérieur de Jean-Jacques, il n’est pas con : il sait que s’il transforme son hôte en zombie agressif au mauvais moment, il va juste se ramasser des balles. Alors à CHAQUE FOIS il attend le moment où il y a une fusillade géante et où il y a quelqu’un à côté de lui pour se transformer pile-poil au bon moment et profiter de la confusion du combat. Comme le virus T a lu le script, il sait quand ce moment va arriver, alors il essaie de bien calculer son coup et paf ! Ça donne toujours la même chose lorsque le nouveau zombie saute sur son voisin, celui-ci s’exclame obligatoirement  "Jean-Jacques, que… qu’est-ce qu’il t’arrive ? Tu ne me reconnais pas ?" ; mais évidemment qu’il ne te reconnait pas, andouille ! Tu l’as vu se faire mordre, et tu lui as même expliqué toi même le risque de se transformer en zombie ! Alors tu t’attends à quoi, qu’il te répondre "Ho pardon, je t’avais confondu avec une fraise tagada de 80 kilos" ? "Ahah, c’était pour déconner, j’adore imiter le zombie au milieu des fusillades" ? Mais bourre le de plomb, enfin, flûte alors !

 

Le virus T s'ennuie tellement qu'on le transporte dans de petits toboggans pour le distraire

La période de transformation (qui varie de 30s à 48h selon les cas, c’est assez curieux) s’achève donc toujours dans un moment critique. Jamais Jean-Jacques ne part faire caca et se retrouve transformé en zombie dans les ouatères, où il est alors devenu trop mort et trop bête pour arriver à ouvrir le loquet et se retrouve ainsi piégé pour l’éternité à gémir à proximité de son ultime étron.

Le zombie aime t-il les surprises ?

Les zombies, ce sont les rois de la déconne. Ils ont lu l’intégrale de Jean Roucas, se marrent comme des baleines devant les films d’Eric & Ramzy, et réservent leurs places 6 mois à l’avance pour aller voir Jean-Marie Bigard au stade de France. Du coup, le zombie a beau passer tout le film àdéambuler en faisant "Raaah" et "Reeuuug", figurez-vous qu’il sait toujours où et quand se faire discret pour mieux faire une bonne blague aux humains. Par exemple (je prends celui-ci, mais il y en a pléthore), dans Resident Evil II, il y a un moment où des survivants se sont réfugiés dans une église pour fuir les 2000 zombies qui infestaient les rues (un peu comme les jeunes UMP devant un cortège de la CGT); là, ils se rendent vite compte qu’il y a un truc qui ne doit pas vraiment être humain qui a dû rentrer avec eux (au départ, ils pensent à Grishka Bogdanov). Ils tendent donc l’oreille pour localiser l’ennemi dans la pénombre et là…

… rien. Pas même un bruit dans la rue, une sirène, un coup de feu, un zombie qui grogne dehors ou même qui relâche un sphincter par mégarde, rien. Alors forcément, il y a une nana assez andouille pour se mettre à hurler "Hooo mon dieu, noooon, je suis sûr qu’on va tous mourir si on reste ici, viiiiiite !" et elle ouvre donc la porte de l’église pour repartir dans la rue, celle-là même qu’elle avait quitté car il y avait moult zombies dedans.

Et bien lecteurs, figurez-vous que les zombies, ils attendaient tous sagement derrière la porte en embuscade, sans un bruit, limite ils écoutaient à la porte ce qu’ils se passait là-dedans en se jetant des regards interloqués. Il n’y en avait pas un pour faire un bruit, ils patientaient tranquillement en jouant silencieusement à chifoumi que quelqu’un vienne ouvrir la porte ; et dès que c’est fait, ils se remettent tous à faire "Greeuuu !" "Rooooh !" histoire de bien surprendre l’ennemi et ainsi lui jouer un bon tour ; moralité, tout comme l’arbre, si vous mettez un zombie dans les bois et qu’il n’y a personne pour le regarder, le zombie ne fait pas de bruit quand il tombe.

Si je laisse un zombie dans mon bureau, est-il encore là à mon retour ?

Passage formidable, et là encore diablement redondant, il y a toujours un moment où un des personnages rentre dans un bureau ou une pièce quelconque et tombe sur quelqu’un assis qui lui tourne le dos. Attention : à ce moment là, les personnages sont déjà au courant qu’ils sont dans un coin empli de morts-vivants, et ont même une pétoire pour se défendre. Alors, que font-ils, en voyant cette personne parfaitement silencieuse qui leur tourne le dos ?

"Houhou ? Mademoiselle ?"

Et évidemment, mademoiselle, elle ne répond pas parce que c’est… un zombie. Mais ça, le personnage, il ne le devine pas. Il est bien trop bête. Et le zombie, il fait bien exprès de ne pas se retourner, parce qu’il est en train de pouffer de rire à ce moment là. Il repense à Marcel Béliveau, il se dit qu’il va faire une sacrée surprise sur prise. Alors il pouffe, oui, mais silencieusement. Et là, le héros comme un con, que fait-il ?

 

"Haha, je t'ai bien eu, en fait je suis mort ! Surpris sur prise !"

Et bien après avoir répété une ou deux fois "Houhouuu mademoiselle ?", il s’avance bêtement en avant. Bin oui, si la personne ne répond pas, dans une ville envahie de morts-vivants qui peuvent te contaminer en deux coups de griffe, c’est ce qu’il y a de mieux à faire, pas vrai ? Mieux vaut aller lui taper sur l’épaule pour attirer son attention. Alors vas-y qu’on va s’avancer très lentement la main en avant pour aller lui tapoter la couenne sur fond de musique stressante.

Mais le zombie, là, il pleure de rire ! Il a du mal à se retenir, on le comprend, il se dit "Raaah, mais il est trop con ce héros ! Il croit quoi ? Que je lui réponds pas parce que je suis occupé à lire du Baudelaire ? Que je l’entends pas parce que j’écoute du Justin Bieber à fond sur mon Ipod ? Mais quel con !". Et évidemment, dès qu’il sent la main chaude du vivant personnage se poser sur son épaule, le zombie se retourne brusquement en faisant "Reeeuuuh !" et en essayant de le manger. Et ça surprend le héros, qui ne s’attendait pas du tout à ça, flûte alors !

Et cette scène, pareil : on la retrouve plusieurs fois. Tout simplement formidable. C’est à se demander, des zombies ou des héros, chez qui le cerveau est véritablement mort cliniquement.

Ho, Raymond, y te reste des balles ?

A un moment du film, c’est obligatoire, quelqu’un finit toujours par poser l’inévitable question : "Mais dis-donc, il nous reste beaucoup de balles ?" et figurez-vous que la réponse est là encore constante : "Il nous reste juste un chargeur, et 6 balles". Alors là, spectateur, tu te dis que ça va être un peu limite pour défourailler près de 12 000 trucs qui déambulent avec pour seul objectif de manger du cerveau, mais en fait, pas du tout. De tout le film, jamais les héros ne manqueront de balles ; allez savoir comment ils font, mais 45 minutes de film et 260 coups de feu plus tard, il leur reste toujours autant de cacahuètes en stock. Jusqu’ici, ils ont dû tirer des rognures d’ongles ou des flashballs, je l’ignore, mais particulièrement à la fin de Resident Evil I, quelqu’un repose la question, et la réponse est inévitable "Il nous reste encore un chargeur, et 6 balles".

Les balles ressuscitent elles aussi ?!

"Haha, je suis le méchant, et j’ai un plan diabolique !"

Le méchant est forcément un scientifique de chez la Société Parapluie, qui tente toujours de nouvelles expériences visant à créer un monde meilleur. Allez savoir pourquoi, ces expériences comportent obligatoirement des sujets humains qui finissent massacrés à un moment ou à un autre, ou transformés en trucs vaguement bizarres, mais généralement méchants. Leurs théories sont d’ailleurs souvent farfelues, à base de "Je propose que nous faisions nous affronter tous nos monstres pour voir qui est le plus fort !" ou "Les zombies désirent du cerveau, mais en réalité n’ont besoin que d’amour, et je vais leur en donner". Le nécrophile personnage finit donc, curieusement, par toujours vouloir se rendre lui-même sur le terrain, de préférence uniquement entouré par une poignée d’hommes, sans porter de protection, et de préférence, sans arme (ou alors une toute petite qui sera inutile en cas de besoin).

 

Pour donner de l'amour aux morts, mieux vaut partir bien équipé.

Je vous laisse deviner comment finissent les méchants de manière générale.

Non Scrappy ! Ne mange pas la cervelle du monsieur !

Resident Evil, c’est aussi un univers original dans lequel il n’existe que deux types d’animaux : des corbeaux et des chiens. Qui, éventuellement, une fois contaminés, finissent par aller enquiquiner le monde d’une manière un poil plus ennuyante que de simples défécations sauvages. Et encore, quand je dis "chiens", ce sont uniquement quelques dobermans qui, allez savoir pourquoi, une fois transformés en zombies sont toujours totalement écorchés (ils doivent totalement merder leur synchronisation grattapage de papate derrière l’oreille une fois morts et ressuscités et donc s’arracher connement le poil au lieu de se soulager ; la sensation de grattage qui en résulte doit contribuer à les rendre plus agressifs encore).

Alors que dans un vrai univers, avec de vrais animaux zombies, vous imaginez ? Ces enfoirés de chihuhuas pourraient devenir des monstres qui, simplement en essayant de ronger votre cheville ou de s’accoupler avec votre jambe, pourraient vous transformer en misérables morts-vivants ! N’est-ce pas plus terrible de s’imaginer poursuivi par des yorkshires zombies que par de vaillants dobermans ? Et quand bien même, pourquoi pas d’autres animaux ? Chats zombies ? Pigeons zombies ? Hamsters zombies ? Là ça aurait de la gueule, se faire mordiller par un rongeur qui stocke votre chair dans ses bajoues, enfin ce serait profondément pervers, maléfique et réaliste.

Tout cela manque pourtant affreusement ! Mais à chaque épisode, son passage impliquant des dobermans zombies. C’est obligatoire, allez comprendre.

Mais le temps passe, et j’ai quelques occupations. Nous pourrions pourtant encore discuter encore longuement des clichés minables de cette série de films, mais, ha ! Ne faut il pas en garder un peu pour ce dernier volume ? Dans tous les cas, vous voici un peu plus éclairés sur cet univers formidable.

Maintenant, il n’y a plus qu’à voir le dernier.

Attention par contre : pas en 3D. J’insiste : avec Milla Jojovich, c’est de l’arnaque.