Les séries françaises, c’est ma grande passion.

Non pas que je les trouves intéressantes pour ce qu’elles racontent, ça, non. Je les trouve passionnantes pour ce qu’elles sont. N’avez vous jamais remarqué ? Non ? Rien, vraiment ? Alors parlons-en.

Les séries françaises dont je veux vous parler, ce sont ces petites choses qui permettent de meubler les première parties de soirées à peu de frais sur les grandes chaînes de télévision qui décident de les produire. Du coup, je ne sais quel complot judéo-maçonique se cache derrière tout ça, mais il manque franchement d’originalité. Regardez :

En France,ces séries ne portent en général pas de nom comme Lost, 24, Miami Vice ou que sais-je encore. En France, les séries sont éponymes et portent le nom de leur héros : Julie Lescaut, Navarro, Les Cordier, Joséphine Ange-Gardien, etc… Bref, en France, une série, c’est avant tout un héros.

De préférence, le héros est incarné par une personnalité plus ou moins connue : soit parce qu’elle a fait le cours Florent et a tourné dans d’autres trucs, soit parce qu’elle est connue comme "people en quête de reconnaissance" : Mimie Mathy, Lorie, les anciens du Loft ou de la Star Ac, etc.

Tiens, pour information la popularité du cours Florent, c’est quand même un truc génial : ces gens ont Francis Huster comme prof de référence. Francis Huster. Pour l’anecdote, un jour que j’étais dans les couloirs d’un théâtre pour de bien obscures raisons, j’entendis sur scène quelqu’un jouer affreusement ; une sorte de cri continu et surjoué qui contrastait avec tous les autres acteurs, qui eux jouaient leurs personnages. Ouvrant la porte, je découvris sur scène Francis Huster en plein dialogue avec une actrice que je ne connaissais pas (qu’elle m’en excuse). Je compris alors que cet homme était non seulement mauvais au cinéma et à la télévision, mais qu’il jouait si mal que ça s’entendait à travers les murs d’un théâtre. C’est, hélas, tristement véridique. On m’expliquera donc que le cours Florent a bien d’autres raisons d’être célèbre, mais je ne m’arrêterais pas dessus aujourd’hui, sinon vous n’êtes pas couchés. Et je fais attention à votre sommeil, bienveillant que je suis.

Hmmmm, si je veux, je peux aussi mal jouer sur une image fixe, je suis très fort
Je suis si fort que je peux mal jouer même sur une image fixe

Revenons à nos moutons… Ha, oui : à mauvaise série, mauvais acteur. Or donc, en France, on glorifie le héros (fut-il incarné par Francis Huster). Mais quel type de héros ? Et bien, pour commencer, un héros gentil. C’est obligatoire. Qu’importe la série, il ne peut être méchant. Parfois, un journal télé claironne que "Haha, voilà une série avec un méchant comme héros", et débarque de nulle part une série dont le héros est gentil mais mal rasé et habillé en noir. Ha, bon.

En tout cas, qu’importe : il faudra toujours que le héros passe une bonne partie de l’épisode à gérer ses problèmes de cœur (famille/ami/amours), parce que bon, c’est aussi un être humain. Et on aime bien les histoires cucu la praline dans les séries françaises, donc ce genre d’intrigues, c’est parfait. Mais ce n’est pas là l’intérêt principal.

Chaque série a en effet un thème, et ces séries se basant autour du héros principal, tout dépend de l’activité de ce dernier. Et là, la liste est juste fantastique pour qui sait savourer : policier, pompier, lieutenant de police, avocat, commissaire, médecin, inspecteur, procureur, officier de police judiciaire, brigadier de gendarmerie, instituteur, capitaine de police, etc.

Oui, dans 90% des cas, le bon héros est fonctionnaire (il semblerait que ça fasse rêver les foules), et de préférence lié de près ou de loin à la justice. Même Joséphine Ange-Gardien a une fichue habitude de s’incarner en ange-gardien-de-la-paix ou autre agent de l’Etat pour accomplir ses mystérieuses missions.

Louis la Brocante emmerde la fonction publique
Louis la Brocante emmerde la fonction publique

Dans chaque épisode, notre bon héros fait face à un problème (oui, j’en entends dire "Si c’était pas le cas, on se ferait chier" mais on se fait chier quand même les gars, hein, faut vous faire une raison). Le problème est souvent lié à un fait divers, à un drame familial, à un méchant ou les trois. Le méchant de série française étant lui aussi original (il est riche et/ou violent/intolérant, palsembleu, mais ce sont des séries de gauche en fait ?). Prenons quelques exemples d’évènements dans des séries françaises lambda :

Si le héros est instituteur :

"M. Bouvier ! J’ai bien vu les traces de fouet sur le dos de votre fils alors qu’il ramassait son taille-crayon en cours de français ! Vous le battez, c’est un crime, j’ai prévenu les services sociaux !"

Si le héros est policier :

"M. Bouvier ! J’ai bien vu les traces de fouet sur le dos de feu votre fils alors que j’étudiais la scène de crime ! Vous le battiez, c’est un mobile, j’ai prévenu le juge d’instruction !"

Si le héros est brocanteur :

"M. Bouvier ! J’ai bien vu les traces de doigts sur la commode de votre fils alors que j’étudiais sa provenance ! Vous l’avez salopée, c’est honteux, j’ai prévenu Mme Michu pour qu’elle m’apporte sa peau de chamois !"

Comme tout cela est fascinant, n’est-ce pas ? En tout cas, ça doit l’être, on en est quand même à la douzième saison de Joséphine Ange-Gardien (oui oui, 12, moi aussi ça me fait cet effet là), série dont le pitch est pour rappel : Joséphine Delamare est un ange gardien que le ciel envoie sur terre. Grâce à sa finesse psychologique, [...] – oui non en fait on va s’en arrêter là, c’est déjà trop, merci Joséphine.

Dans lun des derniers épisodes, Joséphine incarne une ouvrière faisant office de figurante lors dun déplacement du Président de la République
Dans l’un des derniers épisodes, Joséphine incarne une ouvrière faisant office de figurante lors d’un déplacement du Président de la République

Le tout se déroule dans la plupart des cas dans Paris intra-muros (Navarro ne se fait jamais caillasser sa caisse en banlieue), un Paris où il fait beau (sauf si tu es triste, là il pleut), où les gens sont aimables, où tout le monde peut avoir un bel appart’ dans les quartiers Haussmaniens sans vendre les reins de sans-abris au marché noir, où l’on peut circuler vite & bien, bref, un Paris d’un monde parallèle probablement.

Heureusement, tout comme les parties de Time’s Up ! (oui, j’aime faire des blagues auto-référencées), les épisodes de ces séries ont une fin. Fin qui en général se déroule à peu près ainsi : le héros et ses potes regardent le méchant se faire embarquer par la police, ils commencent à se toucher les épaules (la franche camaraderie, il n’y a que ça de vrai), puis l’un d’entre eux sort une blague qui ferait honte à Laurent Ruquier lui-même ; tout le monde se met alors à rire à gorge déployée, et pouf, tout se met en pause : le générique se lance sur cette photo finale de la bande des gentils en lignes la bouche grande ouverte et l’air hilare. C’est abominable.

D’où la création qui va me rendre célèbre :

"Le générateur à séries françaises de 1ère partie de soirée"

(vous aussi les enfants, vous pouvez le monter chez vous en vous faisant aider d’un adulte. Attention cependant à ne pas l’utiliser à des fins lucratives ; en effet, j’ai déposé le brevet et j’enverrai mes serbes vous péter les rotules si vous le faites)

Il comprend :

  • Une liste des inscrits au cours Florent ainsi qu’un annuaire des people
  • Une liste des concours de la fonction publique
  • Un quotidien quelconque contenant une page "faits-divers" (ça c’est pour générer un épisode)

En combinant les trois, j’obtiens par exemple :

"Le Capitaine du XII" – Episode 1 "Les cours s’effondrent"

Romain Burget (Roger Hanin) est Capitaine de Police dans le XIIe arondissement. Il enquête sur la mort d’une jeune fille que l’on a retrouvé étranglée. Romain suspecte aussitôt son frère, Franck, riche trader…

Ha, pas mal. Essayons une autre combinaison

"Maître Aufroy"  – Episode 1 "Amour patricide"

Léa Aufroy (Lorie) est une avocate parisienne à qui tout semble réussir ; hélas, sa passion pour la justice la fait délaisser ses amours, et Léa a bien du mal à trouver l’homme de ses rêves. C’est alors qu’elle rencontre Enzo, son client accusé du meurtre de son père, chef d’une entreprise du CAC 40…

Ha cool. Encore une série où on verra des avocats supposemment français faire le métier de leurs collègues américains (il n’y a pas d’"objections !" ni de "votre honneur !" en France). Encore un ? Allez, une dernière fois, alors.

"Madame Vandrin" – Episode 1 "Séparation"

Madame Vandrin (Evelyne Leclerc) est nommée institutrice dans le Vaucluse (ha merde, j’ai pris une édition d’un journal de province pour le générateur). Dans sa nouvelle classe, elle découvre Téo, un garçon renfermé qui semble cacher un lourd secret concernant le divorce de ses parents. Madame Vandrin enquête…

Hmmm, ça fait rêver. Allez, j’éteins la machine, après on va la casser, c’est pas un jeu.

On approche de la fin de larticle ; vite, touchons nous les épaules en rigolant

On approche de la fin de l'article ; vite, touchons nous les épaules en rigolant

Enfin, c’est donc cela, l’exception culturelle française ; on a même réussi à en exporter, c’est dire ! (nos amis italiens prennent cher en regardant Une Femme d’honneur, avec Corinne Touzet). Tout cela pour résister au modèle américain (même si on a tenté de leur piquer Les Experts avec RIS : Police scientifique). Il faut dire que les séries américaines, c’est plus difficile de les adapter à nos critères :

Une adaptation de 24, ça s’appellerait "6" (je vous rappelle que le héros serait fonctionnaire), et encore, si Jacques Bouyer (le héros) n’a pas posé de RTT ou d’arrêt maladie.

Je terminerai avec une possible adaptation de Lost, "Perdu", l’histoire d’un avion qui s’écrase après qu’une samba aie dégénéré à bord lors d’un vol France-Brésil, et dont voici la liste des survivants : un policier, un pompier, un lieutenant de police, un avocat, un commissaire, un médecin, un inspecteur, un procureur, un officier de police judiciaire, un brigadier de gendarmerie, un instituteur, un capitaine de police, etc.

Et bin. J’espère qu’il y aura au moins un brocanteur pour récupérer les pièces de l’appareil.