Le juge consulte une fois encore le dossier placé devant lui, ne s’interrompant que de temps à autres pour jeter un regard distrait par-dessus ses lunettes vers le banc des accusés, avant de se replonger dans sa lecture.

Dans la salle, une sorte de curieux silence semble s’être abattu, à peine troublé par les craquements du parquet sous les pas de quelque fonctionnaire de police, ou par les échos étouffés d’une lointaine conversation se tenant de l’autre côté de la porte de la salle d’audience. Dans cette atmosphère pesante, je me contente d’observer le haut plafond du lieu où des moulures de l’Ancien Régime peinent à survivre au manque d’entretien de l’antique palais de justice. Mon attention est hélas vite détournée vers le juge, qui vient de prononcer mon nom.

"Bien, Monsieur… alors je lis ici que vous êtes accusé d’avoir agressé de multiples personnes sur leur lieu de travail, sans compter les nombreux dégâts mobiliers que votre assaut a engendré.
- En effet Monsieur le Président. Mais, sachez que c’était pour le bien de tous puisque…
- Le bien de tous ? Vous vous êtes frayé un chemin au travers des locaux d’un magazine pour adolescentes équipé d’un… attendez, je consulte le rapport de l’expert ; oui, voilà : d’un lance-flammes type Lifebuoy Mark I. Vous pourriez nous expliquer ?
- Bien sûr : je trouve la forme de ce lance-flamme plus originale que celle des autres modèles. Ça donne un petit côté casual, comme on dit.
- Je… Monsieur ! Réalisez-vous que de nombreux témoins assurent vous avoir vu vider le réservoir de votre arme sur tout ce qui s’opposait à vous, avant de brûler intégralement le studio photographique des locaux ainsi que toute l’équipe qui s’y trouvait ? Une secrétaire terrorisée a même expliqué que vous vous étiez saisi de son stylo-plume avant de le planter entre les deux yeux d’une pigiste en hurlant, je cite le rapport "La botte de Nevers !" !
- C’est que je n’avais plus d’essence, il fallait bien que je poursuive mon oeuvre avec les moyens du bord !
- Votre oeuvre ? Mais quelle oeuvre ?
- Ils faisaient des romans-photos Monsieur le Président ! DES ROMANS-PHOTOS ! Ils méritaient les flammes de la purification ! Il le fallait !"

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Le juge prend le temps de retirer ses lunettes avant de se masser les tempes en fermant les yeux. Il ne les rouvre que pour me jeter un regard noir avant de faire un signe de tête aux policiers chargés de mon escorte.

"Pour votre crime, Monsieur, je vous condamne à la pire des peines…
- La perpétuité ? Ah, je me gausse, nulle forteresse ne saurait me retenir, tant je…
- Non. Je vous condamne à bien pire : vous irez voir le dernier film de Nicolas Cage !
- Je… non ! Non ! NOOOON !"
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Alors que les fonctionnaires de police se saisissent de moi, je tente de profiter de la liberté de mes jambes pour leur apprendre une ou deux techniques de l’art de la savate ; hélas, ma futile résistance ne tient pas lorsqu’un coup de tonfa vient s’abattre sur mon crâne : je m’effondre, inconscient.

A mon réveil, il est déjà trop tard : ces sagouins ont profité de mon absence pour m’attacher solidement à un siège de cinéma, et ont placé à chacun de mes côtés un gardien de l’ordre public pour me surveiller. Là, devant moi, publicités et bandes-annonces viennent de s’achever ; je vais être condamné à regarder…

Le Dernier des Templiers !

 

L'affiche : à noter que le titre n'a rien à voir avec le sujet du film, comme de bien entendu.

Notre histoire commence dans le village de Vilach, un très joli vilache, comme le dit si bien ma femme de ménage. Là, un prêtre à l’air sévère fait mener trois donzelles vers un pont de pierre surplombant la rivière longeant le hameau. Du ton le plus autoritaire qu’il puisse trouver, il explique à nos dames ce qu’il en est : accusées de sorcellerie, voici venu pour elles le temps de se repentir ! Car si elles confessent leurs crimes, elles seront sauvées. La première, une jeunette fort niaise & apeurée, s’exclame "Je serai sauvée si je confesse tout ? Vous me laisserez la vie sauve ? Alors je confesse tout : oui, j’ai pactisé avec le démon ! Oui, je suis une sorcière ! Oui, j’achète des livres d’Eric Zemmour !" ; fort bien, dit le prêtre, encore sous le choc de cette dernière confession. Maintenant, à la suivante : qu’as-tu à avouer, donzelle ? Une femme brune explique alors qu’elle a vendu des onguents aux villageois crédules, onguents qui n’étaient en fait que des concoctions à base de saindoux, alors certes, elle est une bougresse d’arnaqueuse, mais pour sûr, pas une sorcière ! Soit, dit le prêtre. Enfin, la plus vieille du groupe, édentée et borgne, décide d’être plus directe, et invite le prêtre à aller brûler en enfer, ce que ce dernier décline, car il ne peut pas : ce soir, il a ping-pong.

Après avoir entendu ces quelques propos, l’homme d’Eglise décide de passer aux choses sérieuses : il commande aux soldats qui l’entourent de pendre les trois greluches au pont, histoire de faire une petite décoration de bon aloi. La plus jeune des accusées, celle qui avait tout confessé, s’exclame : "Comment ? Mais je croyais que je serais sauvée si je confessais tout ce dont on m’accusait ?" certes, jeune fille, mais seule ton âme sera sauvée, pas le reste, lui répond le clerc (pour ça, il faudrait déjà que les femmes aient une âme, gredin !). Et hop, nos trois larronnes sont balancées par-dessus le pont la corde au cou, et tout le monde s’émerveille de ce fabuleux ajout décoratif à l’architecture locale. Les corps des trois bougresses sont ensuite descendus dans la rivière, pour y être purifiés. Le curé explique alors la suite du plan aux soldats présents : maintenant, il faut remonter les corps, pour que grâce au livre de Salomon, ouvrage contenant toutes les bonnes recettes pour ne pas louper son exorcisme quand on a des invités possédés, il puisse définitivement tuer les sorcières et les empêcher de renaître. Mais les soldats rétorquent "Nan, c’est bon, elles sont mortes, nous, on retourne au village, salut mec".

Oui, les soldats du village trouvent tout à fait normal de laisser trois macchabées de sorcières dans la rivière où ils vont chercher l’eau qu’ils boivent et lavent leur linge. Non, parce que bon, à l’époque déjà, on sait que mettre des cadavres dans l’eau que l’on boit, c’est mal. Preuve en est, on accuse déjà les juifs de le faire (ou les lépreux, ça dépend de qui on a sous la main), et ça sert de motif pour leur péter la gueule, alors bon ; mais je digresse. Revenons à nos moutons.

Notre prêtre donc, décide de remonter les cadavres seul ; aucun villageois ne l’aide, et même le soleil, qui était encore là il y a 15 secondes, est soudainement couché, probablement que lui-même n’avait déjà plus envie de voir la suite du film. Hooo, vous la sentez, cette ambiance, d’un homme seul, la nuit,  avec des cadavres qui… non, pas cette ambiance là, fieffés nécrophiles : l’autre. Voilà. Bref, le clerc remonte le corps de la jeune ingénue, lit dans son bouquin "L’exorcisme pour les nuls" l’incantation qui va bien, et rien ne se passe. Ok. Il remonte ensuite le corps de la vieille, refait son incantation, et là, le cadavre s’anime un peu le temps de se tordre de douleur et de vomir : ah bin oui, c’était bien une sorcière. Enfin, le curé s’attaque à la dernière corde pour remonter la nana morte qui pend au bout et…

Et rien : la corde se met soudainement à le tirer vers la rivière, et il tombe dans l’eau, où en plus, une main tente de le saisir ! Ça fait peur ! Il parvient bien à se sortir de l’eau et à retourner sur le pont pour y reprendre son livre de Salomon pour incanter, mais hélas, la morte sort de l’eau en volant façon X-Men, se transforme en simili-démon et bourre sa gueule au curé. C’est ballot.

Pendant ce temps, à des milliers de kilomètres de là, quelque part en terre sainte, des milliers de templiers, les fameux moines-soldats (oui, c’est incompatible, comme comptable-sportif ou Ariel Wizman-drôle, mais c’est comme ça) se préparent pour la bataille ; nous sommes en 1330 et… quoi ? Oui, les templiers n’existent plus depuis 1307, je sais. Mais visiblement, ça ne choque personne. Bref, que disais-je avant que vous ne commenciez à pinailler ? Ah, oui : les templiers se préparent à bourrer la gueule aux sarrasins ; ça promet d’être sportif, puisqu’aucune des deux armées ne comporte le moindre archer ou cavalier, probablement pour des raisons budgétaires ; c’est donc évidemment un combat épique qui s’engage, avec combats chorégraphiés, ralentis, et moult passages où les templiers font des moulinets de 3 mètres avec leurs épées, décapitent 12 sarrasins ce faisant, mais où personne ne les touche (les vilains se contentent de se jeter sur leurs épées en faisant "Ouyouyouye !"). Dans la foule des combattants, nous découvrons donc Behmen, un Nicolas Cage plus chevelu que jamais, ainsi que son copain Felson, en plein étripage de mangeurs de kebabs. Ils s’en donnent à coeur joie, et comme tous les héros aux testicules surdéveloppés, ils font des blagues du genre "Moi je vais en tuer 300 avec une main dans le dos !" ; "Non, moi 600, ptdr !" ; "Mort de lol ! Celui qui en tue le plus paie son coup à l’autre !" ; ils font tout cela sous les encouragements de Gégé le curé, patron de la troupe, qui hurle qu’il faut tuer les ennemis de Dieu. Gueuler sur des soldats en pleine bataille, à 300 mètres de lui, en train de s’étriper à coups d’épées à plusieurs milliers : sans mégaphone, j’espère qu’il a des pastilles pour la gorge (mais d’autres en parlent mieux que moi).

 

Felson, le templier subtil & profond. Comme le reste.

Les années passent, et nous suivons nos héros qui vont de bataille en bataille, toujours victorieux, sans cesse responsables de la mort de plus de rastacouères d’infidèles, jusqu’au jour où ils assiègent une forteresse et sont les premiers à investir les lieux après avoir défoncé la porte à grands coups de bélier. Pour des raisons inconnues, la ville est remplie de fumée (mais pas de flammes), et de civils qui se ruent vers les soldats en faisant de grands gestes curieux, probablement sont ils très très cons car en général les gens se cachent plutôt chez eux qu’autre chose en cas d’invasion par des bourrins crasseux intégristes : résultat, Behmen, qui n’aime pas trop qu’on lui fonce dessus en agitant les bras très fort, empale une donzelle désarmée qui fonçait vers lui, probablement pour lui faire un bisou. Elle lui fait donc un regard triste (il lui rendrait bien, mais il est Nicolas Cage : il ne peut pas avoir d’expressions faciales) avant de mourir comme une merde. Constatant qu’il vient de tuer une civile innocente, Behmen décide d’arrêter là ; il va donc voir Gégé le curé et lui annonce tout de go que ça le fait plus marrer les croisades : il s’en va. Ainsi, avec son ami Felson, ils désertent, ce qui est très mal, car c’est une rupture de CDI post-période d’essai et cela pourrait causer un préjudice à leur employeur.

Nos deux bougres, vêtus en voyageurs et dissimulant leurs épées dans des couvertures pour ne pas être reconnus comme déserteurs et se voir inscrit au fer rouge sur le torse "Je suis une grosse tapette de lâcheur" voyagent donc discrètement et à pieds au travers de la campagne, ne croisant âme qui vive sur leur chemin. Jusqu’à un jour, où, apercevant des troupeaux sans bergers, ils tombent sur une maison de paysans isolée : comme tous les voyageurs souhaitant rester discrets, ils rentrent donc dedans en gueulant "Houuuhouuuu ya quelqu’un ?". Personne ne répond, et c’est bien normal, puisque le couple de paysans locaux est au lit, couvert de bubons, et visiblement mort : la peste est passée par là.

Alors attention amis lecteurs : quand je dis "couverts de bubons", ce n’est pas juste le bubon de pestiféré, non : là, c’est le scrofule format XXL, on a l’impression que les mecs ont des pokéballs agrafées sur la gueule. Et évidemment, ça leur donne aussi les yeux d’une couleur bizarre, façon zombies. Hooo, hé, faire un maquillage de zombies à des victimes de la peste, hmmm, je me demande si ça va servir dans ce film, houlala. Genre à faire des gros plans sur les gens supposément morts pour les voir s’animer brusquement façon morts-vivants pour faire peur. Hmmm, je m’interroge.

Ça ne rate pas, la paysanne morte ne l’était pas tant que ça ; elle attend qu’on mette son visage à 5cm d’elle pour faire "Greeuuuuu…" avant de mourir pour de bon. Ils sont chiants ces gens qui agonisent, c’est terrible ! Ils font semblant d’être morts et attendent qu’on s’approche pour crever comme des bouses en faisant peur ! Genre la paysanne en train de mourir, quand elle voit des voyageurs, elle ne se dit pas "Raaah, je vais râler un peu pour demander de l’aide". Non, à la place elle se dit "Hihihihi, je suis en train de mourir, je vais faire une blague aux prochains couillons qui frapperont à la porte de ma ferme isolée en leur râlant à la gueule quand ils viendront me renifler le nez !". Et ça tombe bien, parce qu’il y a des couillons pour tomber sur sa ferme isolée et venir lui renifler le nez. La vie est bien faite.

Nos héros constatant que les paysans pestiférés ont vraiment un sens de l’humour de provinciaux, ils foutent le feu à la maison et se barrent avec des chevaux trouvés sur place. Ça doit d’ailleurs être le seul couple de paysans pauvres à avoir des canassons façon concours d’équitation et pas de gros bourrins de trait pour tirer les charrues dans leur écurie. Ils devaient tous les deux avoir passé leur galop 4 juste avant de chopper la peste. Bref ; nos templiers continuent leur voyage, jusqu’à ce qu’ils tombent sur une cité construite tout en hauteur façon Minas Tirith, avec environ 2 millions de corbeaux volant en cercles au-dessus (oui, ça n’a pas du tout l’air suspect) ; Felson explique que ce serait une mauvaise idée de se rendre en ville : on pourrait les identifier comme déserteurs et les enfermer, mieux vaut passer son chemin. Behmen réplique cependant que leurs chevaux sont fatigués et affamés : il faut donc se rendre en ville et en prendre des biens nourris. Mais oui Behmen, c’est vrai, quoi, un cheval, à la campagne, avec des prés à perte de vue, il va sûrement crever de faim. Autant aller en trouver en ville : après tout, tout le monde sait que le cheval est un animal qui s’élève en appartement et se nourrit exclusivement de poulet au curry.

Décision est donc prise de se rendre dans la cité, où la peste fait rage ; sur leur chemin, nos héros rencontrent Eckhardt, un chevalier qui leur explique que cela fait des années que la maladie sévit, la faute à une bougresse de sorcière. Lui-même a perdu toute sa famille face à la maladie. Soit, disent nos déserteurs, avant de poursuivre leur chemin dans les ruelles boueuses du bourg. Hélas, alors qu’ils font l’acquisition de nouveaux chevaux forcément meilleurs que les leurs, puisque vivant dans une ville où ils ne peuvent pas faire 5 mètres sans rencontrer un mur et côtoyant quotidiennement des pestiférés, l’une de leurs épées choit hors de sa couverture, et révèle son pommeau de templier ; ni une, ni deux, le bon peuple écrit à la kommandantur et nos héros sont promptement arrêtés pour désertion.

 

Voilà ce qui arrive aux gens qui nous infligent ce genre de visionnages

Coup de chance : ils croisent le chemin d’un prêtre, Debelzaq, qui a entendu parler de leur arrestation, et demande à voir leurs épées : il identifie immédiatement Behmen et Felson, les deux héros de guerre, parce qu’à l’époque, c’est connu, on peut acheter à la sauvette "le petit guide de l’héraldique templière" où sont représentés tous les pommeaux des templiers d’Europe. Connaissant la valeur des deux hommes (allez savoir comment), il leur dit qu’il a quelque chose à leur proposer, et les fait emmener devant l’évêque de la cité (oui d’ailleurs, un prêtre peut confisquer leurs prisonniers à des soldats du seigneur local sans que ces derniers ne disent rien. Oui oui oui.), un vieux croulant lui même atteint par la peste au point que ses bubons donnent envie de l’appeler Grishka, et donc désormais grabataire tant il est affaibli. L’homme explique la situation à nos pinpins : la peste est due à la "sorcière noire", une très vilaine fille. Il convient donc de la faire emmener jusqu’à un monastère à quelques jours de voyage de la cité, où les moines disposent d’un exemplaire du livre de Salomon, livre dont nous parlions au début du film, et qui permettra d’exorciser la sorcière, et par là même, de faire disparaître la malédiction de la peste dont elle serait à l’origine. Behmen et Felson seraient donc bien urbains d’accepter d’escorter la prisonnière, accompagnés des deux autres volontaires, le père Debelzaq et le chevalier Eckhardt.

Mais Behmen refuse ; déjà, parce qu’il est très bête car ce faisant on va le faire enfermer, et ensuite, au motif qu’il "ne sert pas les gens qui tuent au nom de Dieu". Dixit le mec qui a embrassé la carrière de moine-soldat. C’est ce que l’on appelle "se foutre de la gueule du monde" mon petit Behmen. Felson, lui, qui a autant de personnalité qu’un haricot vert, se contente de ne rien dire et de suivre tout ce que dit son copain. Ils sont donc envoyés au cachot, cachot situé, figurez-vous, pile en face de celui de la sorcière noire, qui n’est autre qu’une jeune fille plutôt kikinoute qui fait de grands yeux innocents façon héroïne de manga. Ils constatent d’ailleurs qu’elle a visiblement été torturée, ce qui est un poil moins choupinou.

Aussi, dès le lendemain, Behmen fait appeler le père Debelzaq et lui propose d’accepter la mission d’escorte. Mais en échange, il demande à ce que la sorcière ait le droit à un "procès équitable". Debelzaq répond sèchement qu’on "ne négocie pas avec l’Eglise", avant d’accepter aussitôt. Effectivement, si on entend "céder à tout ce que l’on demande" par "ne pas négocier", ça se tient. Sinon, c’est idiot. Mais on en est plus là depuis longtemps. Le bon prêtre amène donc nos amis dans une bien belle salle, où les attend déjà le chevalier Eckhardt, afin de consulter les cartes "les plus modernes" (alors que trouver une carte à l’époque, il faut déjà se lever tôt, mais bon : c’est un film avec des sorcières et des démons, ne cherchons pas le réalisme). Behmen est cependant bien embêté : les cartes, c’est naze. Mieux vaut un guide connaissant bien la route pour les emmener au monastère ; or, personne ne se rend jamais au dit monastère ! Alors comment trouver l’oiseau rare ?

Pas de problèmes : Debelzaq connait l’homme qu’il leur faut. Comme ce film enchaîne les poncifs, c’est bien évidemment l’escroc du coin, Hagamar, qui semble tout désigné. Et ils trouvent évidemment l’homme dans une position humiliante, c’est-à-dire, au pilori, couvert des fruits pourris jetés par les passants. Behmen, qui s’est auto-proclamé chef du groupe, explique donc qu’il veut aller au monastère ; si le filou accepte de le guider, il sera libéré du pilori. Et comme il répond par la positive, notre templier donne un grand coup d’épée sur le loquet qui maintenait notre homme en place.

Oui, parce que pousser le loquet avec son doigt, ça fait moins couillu.

L’équipe est donc au complet, et la véritable aventure va pouvoir commencer : c’est donc un chariot pénitentiaire, sous la forme d’une lourde cage montée sur roues, ainsi que trois cavaliers qui s’en vont vers le monastère tant convoité. Mais à peine notre groupe a t-il quitté la ville qu’ils s’aperçoivent être suivis par un mystérieux personnage chevauchant un canasson à quelques distances. Ho oui, mystérieux bougre ; mais comment savoir qui il est ? Pas de problème dit Behmen : on va lui tendre un piège, en laissant le chariot tout seul en plein milieu d’une clairière, et attendre.

 

A noter que la sorcière, malgré son emprisonnement, a toujours accès à un maquillage discret mais propret

Et en effet, le cavalier mystérieux, qui est probablement une huître ou un bulot anthropomorphe pour être aussi bête, s’approche alors doucement du chariot laissé tout seul. Non, il ne flaire pas du tout le piège, il doit subodorer que tous les gardes sont partis faire caca en même temps. Ils ont sûrement mangé un mauvais sushi ce midi.

A peine a t-il approché la cage que Behmen surgit dans son dos et le menace de son épée ; bien vite, il est rejoint par ses petits compagnons de l’escorte qui sortent des buissons alentours pour voir qui est cet inconnu qui s’intéresse à leur convoi : sitôt sa capuche ôtée, Debelzaq reconnaît Frisouille, l’enfant de choeur préféré de l’évêque (je vous laisse deviner comment il a obtenu ce statut, je ne m’abaisserai pas à cela). Celui-ci est un jeune éphèbe, à peu près de l’âge de la sorcière (ça alors ! Un garçon et une fille du même âge dans un même groupe dans un film américain ? Je me demande bien comment cela va se terminer ! Probablement vont ils monter une équipe de belote), qui en a assez de rester inactif : il veut devenir chevalier, comme son défunt père. Et l’évêque venant de mourir de la peste le matin même, le voici qui n’a plus rien qui le retient en ville ; alors s’il prouve sa valeur en accomplissant l’escorte de la sorcière, et participe à lever la peste, peut-être que les nobles du coin le feront chevalier ! Soit, dit Behmen, non sans avoir testé ses compétences en combat lors d’un bref exercice contre Felson (oui, Behmen fait sa chochotte "Prouve ta valeur, combats mon pote ! Je voudrais pas que tu me coupes mes beaux implants capillaires par accident !"). Et tout le monde se remet donc en route. Conduisant l’attelage du chariot, Debelzaq explique comment ils ont su que la sorcière était à l’origine de la peste :

  • c’est une femme (donc suspect)
  • seule (donc doublement suspect : femme sans homme, femme sans âme)
  • tous les endroits où elle est passée ont connu la peste (donc suspect, même si Eckhardt dit "Il y a eu la peste dans mon village, et pourtant, elle n’y est jamais allée" ; ho, le vil, il doute !)
  • les villageois qui l’ont aperçue ont expliqué qu’elle marmonnait dans une langue incompréhensible (elle est donc probablement étrangère, ce qui la rend incroyablement suspecte ; ça sent le renvoi en Roumanie)
  • en confession, elle a avoué que c’était elle la responsable ("Je suis une vraie petite peste, hihihi, j’ai un petit démon en fond d’écran sur mon portable !")

Bref, pour Debelzaq, il n’y a aucun doute à avoir : c’est une truie de sorcière. Mais malgré tout, il assure à Behmen qu’elle aura un procès équitable au monastère.

Au monastère ? Mais pourquoi au monastère ? Non parce que le procès, autant le faire AVANT de l’envoyer avec une escorte faire un périlleux voyage sur une route à demi-inconnue ; car si elle est innocente, ça serait ballot. D’ailleurs, tant qu’à faire un procès équitable, autant le tenir dans la ville où elle a été arrêtée, et où il y a les témoins & accusateurs qui l’ont menée au cachot… ça pourrait servir.

Mais personne n’y a pensé. Personnellement, je crois que personne ne pense tout court, mais bon.

Cependant, le voyage est bien vite arrêté avec la nuit : il faut faire étape. A cette occasion, Behmen s’en va donner de la nourriture et une couverture à la sorcière, qui lui fait ses grands yeux humides "Ho, toi, je t’aime bien Behmen, tu es gentil, pas comme les autres encul… les autres." ; Behmen prend le compliment, et s’en va faire ce que les hommes font de mieux : se coucher, lâcher un pet sonore, se tourner vers le côté et s’endormir. Pendant ce temps, c’est Eckhardt qui monte la garde et surveille la sorcière assoupie ; alors que la nuit avance, Debelzaq vient le trouver pour prendre la relève, mais une discussion s’engage d’abord : le chevalier doute de la culpabilité de la sorcière, il trouve qu’elle ressemble à feu sa fille, Mila, et ça l’attendrit un peu. En plus, il ne croit pas au procès équitable, car il imagine mal l’Eglise libérer sa seule suspecte et annoncer ça au peuple :

"Hey, le peuple, vous savez la sorcière ?
- Ouiiii ?
- Heuu… Bin en fait, on s’est trompés. La boulette quoi. Elle est innocente. Alors on l’a libérée ; là, elle est partie pour les Seychelles. Bon, continuez à crever de la peste maintenant et nous emmerdez pas."

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Aussi, il a décidé que ce soir, il libérerait la sorcière. Comme ça, hop.

 

Eckhardt, le chevalier au plan pourri

Mais ? Mais pourquoi tu as attendu que l’on vienne te relever pour prendre cette décision ? Tu pouvais pas le faire quand tout le monde pionçait, et ensuite inventer une histoire sur son évasion, pauvre andouille ? Et puis dis-donc, t’étais le premier à vouloir que la sorcière aille au monastère s’en prendre plein les trous de nez, alors pourquoi ce changement d’idée en moins de 15 secondes ? Et non, ne me dites pas "Non mais il voulait l’envoyer au monastère car c’était plus facile de la faire s’évader en chemin !" ; ah oui ? Alors pourquoi ne pas avoir empêché les deux déserteurs de se joindre à la mission en disant à l’évêque qu’il n’y en avait pas besoin ? Pourquoi ne pas avoir protesté lorsque Frisouille a voulu rejoindre la troupe ? Pourquoi avoir accepté qu’Hagamar se joigne à vous, sur demande de Behmen ? Non parce que moins vous étiez nombreux, plus c’était facile de la faire s’évader, gros naze ! Enfin…

Bref, Eckhardt s’approche de la cage, mais un poil trop : la sorcière se saisit de lui avec une force surprenante ; puis, lorsque Debelzaq essaie de l’aider, elle balance le chevalier, attrape la clé de la cage que le prêtre portait autour du cou, et accessoirement, se saisit de sa croix pour lui planter dans la main et ainsi le clouer au chariot. Classe.

Réveillés par les hurlements de l’homme d’Eglise, tout le monde se lève et se lance à la poursuite de l’évadée ; cette dernière semble s’être dirigée vers un village situé quelques centaines de mètres plus loin (ça tombe bien quand même ; c’est vrai que dresser un campement juste à côté d’un village sans y entrer, ça ne doit pas du tout rendre les villageois suspicieux). Nos héros prennent donc la décision qui s’impose pour la retrouver : se diviser en groupes de 1. Et rapidement, ils aperçoivent la fuyarde en train de cavalcader : hardi compagnons, sur leurs chevaux, ils ont tôt fait de la rattraper sur la place du village ; hélas, il s’agit d’une fille pestiférée qui lui ressemblait : zut ! Ils ont été eus !

Oui, oui, à 3h du mat’, dans un village de bouseux, il y avait une fille, incroyable coïncidence, avec la même corpulence, tenue et coupe de cheveux qui faisait son jogging. Et pestiférée en plus : comme quoi, elle ne doit pas être si malade que ça pour faire de l’exercice à de telles heures.

Enfin, bref. Il faut retrouver la vraie sorcière maintenant, où se cache t-elle ? La piste mène nos fiers guerriers vers une fosse commune sur le flanc d’une butte ; et la dite butte a été creusée de curieuse manière, allez savoir pourquoi, en sorte de petits couloirs étroits. Encore une fois, notre groupe qui s’était réuni décide de se re-diviser en groupes de 1. Mais Eckhardt entend soudainement la voix de sa fille décédée, Mila. Il se met donc à chercher l’origine de sa voix en gueulant "Mila, houuuhouuu, c’est toi ma pépéroute ?" ; car là encore, il ne trouve pas suspect le fait d’entendre la voix de sa progéniture morte l’appeler au milieu de la nuit dans une fosse commune. Non, il court plutôt comme un dératé, et finit même par apercevoir sa fille : il court donc vers elle pour l’enlacer mais…

Il s’empale sur l’épée de Frisouille, qui n’a pas compris pourquoi Eckhardt lui fonçait dessus en gueulant "Mila, ma chérie". Et non, quand Frisouille voit un de ses potes lui foncer dessus, il ne met pas sa main pour le retenir, il lui colle son épée dans la gueule. Probablement un réflexe : en entendant le chevalier l’appeler "Ma chérie", ça a dû lui rappeler de douloureuses séances particulières de catéchèse avec l’évêque. Tout le monde arrive donc sur place et découvre le mort ; Frisouille explique qu’il ne comprend pas ce qu’il s’est passé, que Eckhardt semblait ne pas le voir lui mais voir sa fille. Curieux, se disent nos garçons. Mais ils n’ont pas le temps de pousser plus avant : ils trouvent quelques mètres plus loin la sorcière, roulée en boule, en train de dire "C’est le prêtre, il me veut du mal, il fallait que je m’évade ! Je n’ai rien fait de mal !". Elle est ramenée à sa cage manu-militari, et la nuit se termine sans plus d’incidents.

Le lendemain, Eckhardt est enterré, et le convoi reprend la route. Behmen, qui jusqu’ici pensait que la sorcière était innocente, et qu’elle n’avait dû confesser ses pouvoirs que pour en finir avec la torture, commence à douter. C’est que, l’histoire que raconte Frisouille l’a perturbé : aurait elle pu ensorceler Eckhardt ? La sorcière voit bien que Behmen se pose des question, alors elle lui fait un petit numéro de charme, et se propose même de le "soulager". Ha, bravo. Bel exemple pour la jeunesse. Les avances n’iront cependant pas plus loin : le convoi est obligé de s’arrêter, puisqu’il vient d’arriver devant un immense ravin, le genre à faire plusieurs centaines de mètres de profondeur avec de la brume inquiétante au fond, et traversé uniquement par un vieux pont fait de cordes et de planches pourries (original, n’est-ce pas ?). Deux choses :

  • Personne ne s’étonne qu’aucune carte ne mentionne la chose. Pourtant, je serais cartographe, un ravin impossible à contourner et digne du grand canyon, je le signalerais. Mais apparemment, non. Tout le monde préfère engueuler Hagamar qui n’en a pas parlé.
  • Hagamar, justement, explique qu’il n’a plus fait la route depuis 8 ou 9 ans (c’est vous dire si la route est peu usitée : il est l’un des seuls à l’avoir prise, et voyez comme ça remonte), et qu’avant "c’était pas comme ça", c’est pour ça qu’il n’a pas évoqué ce passage compliqué pour un chariot.

Qui a écrit les dialogues ? "C’était pas comme ça avant ?" et c’est pour ça qu’il n’en a pas parlé ? Non parce que le ravin, vu sa tête, il a quelques siècles, si ce n’est plus. Alors, pourquoi cette réplique ? Auparavant, il y avait un pont en pierre ? Et puis un matin, un des deux péquins utilisant la route tous les 10 ans s’est dit "Tiens, si on virait le pont en pierre pour faire un pont merdique avec de la corde et des planches de récup’ ?" ? Non mais je vous jure. Bref, les faits sont là : il faut passer. Les hommes et les chevaux peuvent passer, mais pour le chariot, il faudra le faire passer sans les chevaux, en le poussant. La chose est ardue (le chariot est lourd et la sorcière a quand même un gros cul, elle doit manger du Nutella en cachette la coquinette), mais le chariot passe de justesse, puisque évidemment, outre les planches qui cèdent sous les pieds des gens en laissant entrevoir le gouffre, il y a le coup du "Mon Dieu, personne ne l’a vu, mais une des cordes du pont est en train de céder !" ; et elle cède, mais pile à la seconde où le chariot est arrivé de l’autre côté. Seul Frisouille a failli choir mais…

… il a été rattrapé au dernier moment par la sorcière depuis sa cage, qui, d’une seule main, l’a saisi par le poignet et l’a remonté sans une goutte de sueur, façon John Rambo. Okay. La route se poursuit quelque peu, mais tout le monde est bien fatigué après cette aventure : il est donc temps de camper. En plus, il y a un formidable brouillard, alors Hagamar commence à ne plus pouvoir guider la troupe, aussi la décision de s’arrêter est-elle sage. Mais justement : dans la nuit, c’est le dit Hagamar qui pète les plombs : équipé de son arbalète, il s’approche de la cage de la sorcière dans le but de la tuer, et ainsi d’abréger la mission pour que tout le monde puisse rentrer chez soi et que la peste s’arrête enfin, ainsi que ce film, si possible. Mais Behmen vient s’interposer, car il l’a senti venir ; les deux hommes commencent à s’expliquer, mais la sorcière, entendant qu’Hagamar voulait la tuer, se met à hurler en imitant le cri d’un loup ; et aussitôt, d’autres cris lui répondent un peu partout dans les bois : autant vous dire que la peur commence à s’emparer des coeurs et à salir les slips.

 

Attention les gars, un loup ! Bourrons lui la gueule !

Behmen ordonne à tout le monde de s’armer et de se regrouper : il faut tuer un maximum de loups.

Oui Behmen. Sinon vous avez du feu. Oh, et surtout, vous avez un chariot pénitentiaire sur lequel vous pourriez grimper. Et là, à moins que ce soit des loups bricoleurs qui se promènent toujours avec un escabeau, vous êtes tranquilles. Non, vous préférez vous battre ? Soit.

La baston s’engage donc, contre plusieurs dizaines d’animaux, qui semble t-il sont ensorcelés : lorsqu’ils s’approchent de nos héros, leur face se défigure en un curieux rictus maléfique, et ils se jettent à l’assaut. Cependant, c’est sans compter sur la coolitude de notre troupe, parmi laquelle Behmen, qui fait du wiki-wiki-wa avec son épée, entendre par là qu’il fait le classique "Je ne bouge pas, je ne tourne pas la tête, et je tue des loups derrière moi sans même regarder, genre je les vois arriver, trop facile". Mais la coolitude ne peut venir à bout de tout, car de plus en plus de loups arrivent : Behmen ordonne que la troupe se replie vers les chevaux et le chariot et commence à fuir : ça parait compliqué, mais il n’a pas d‘autres idées. Finalement, l’opération réussit, principalement grâce à un élément simple : les loups ont réussi à se saisir d’Hagamar, et se regroupent autour de lui pour le bouffer ; quand Behmen s’en aperçoit, il est trop tard pour venir à son aide. Le convoi file donc dans la nuit, désormais sans guide, et ne s’arrête qu’au petit matin.

Et là, notre templier favori, quand il n’a pas eu son Nesquik et qu’en plus il a mal dormi pour cause de course-poursuite, il est un peu grognon : il décide donc qu’Hagamar avait raison, il faut buter la sorcière afin d’en finir avec cette aventure pourrie (on est au moins d’accord là-dessus). Debelzaq et Felson s’opposent à sa tentative, pour lui montrer quelque chose d’encourageant : le monastère est en vue. Ah, oui, se dit Behmen. Je n’avais pas remarqué, c’est fou, halala, quelle coïncidence, ça tombe bien quand même, je ne l’avais pas aperçu alors qu’il était juste en face de moi à 500 mètres. Le convoi se remet donc en branle vers son ultime étape.

Hélas, sur place, personne ne répond à la porte. Ho ? Comme c’est curieux ? Vite, Frisouille, toi qui est jeune et incroyablement souple, comme le disait si souvent l’évêque, passe donc par-dessus le mur et va nous ouvrir la porte. Merci mec. Le groupe entre donc et ne rencontre âme qui vive. Debelzaq a l’explication : c’est parce que c’est l’heure des vêpres ! Tout le monde doit être à la chapelle !

Comment ? Les vêpres ? Mais… mais on est en matinée ? Les vêpres, ça s’appelle comme ça parce que ça vient de "vespera", soir ! Non mais merde, quand on ne sait pas utiliser un mot, on ne le balance pas à la cantonade, sacrebleu !

Bref : nos héros se rendent à la chapelle, et en effet, ils y trouvent les moines, mais tous morts de la peste. Et visiblement foudroyés sur place, encore en position de prière. C’est pas d’la p’tite peste, ça, les enfants ! Comme tous les pestiférés, ils ont des bubons de la taille d’un ballon de foot et les yeux noirs façon zombise. Heureusement, il n’y a plus besoin des moines : le livre de Salomon, celui tant recherché, trône tout simplement sur l’autel ! Debelzaq n’a qu’à s’en saisir et à ressortir avec ses copains pour aller commencer le rituel devant le chariot de la sorcière.

Hélas, la sorcière ne semble pas très sensible au rituel. Certes, ça ne lui fait pas plaisir, mais… mais elle commence à faire fondre sa cage ! Hé bé ? Debelzaq réalise alors le problème : il ne s’agit pas d’une sorcière. Il s’agit…

DU DEMON !

Avec un grand D, comme Dalida. Et le Démon, il reprend son apparence démoniaque, une sorte de grosse créature ailée de deux mètres avec des cornes, bref, vous voyez le genre. Et comme Debelzaq va à la bonne page du livre de Salomon intitulée "Comment mettre sa raçum au démonum", ce dernier s’enfuit en volant, tourne un peu, puis disparaît en s’engouffrant dans une porte du monastère restée entrouverte. Crotte alors.

 

Une vraie bonne incantation, ça fait du vent dans les cheveux façon l'Oréal

L’équipe décide donc d’aller chercher de l’eau bénite en quantité, et pour ça, se redivise en groupes de 1, dans un monastère remplis de mort et où le Diable en personne traîne. Heureusement, il ne leur arrive rien, et ils finissent par se regrouper avec quelques fioles d’eau dans une petite salle isolée. Là, Behmen se la joue grand prince : il propose à Frisouille de repartir, ce combat étant trop rude pour lui (en fait, il veut surtout qu’il parte tout seul dans la cour du monastère pour servir d’appât je pense). Mais ce dernier refuse, arguant qu’il est prêt à mourir pour la cause ; ni une, ni deux, Behmen réalise son rêve, et l’adoube chevalier.

Oui, enfin être adoubé par un templier déserteur, ça a à peu près autant de valeur qu’être fait roi par Huckle, le clodo qui joue de la musique en pétant près du Carrefour Market de Dax.

Cela étant dit, notre fine équipe évoque un sujet intéressant : si le Démon pouvait fuir depuis le début, pourquoi s’être laissé emmener au monastère ? Behmen a l’illumination : Eckhardt a été tué alors qu’il voulait libérer la sorcière. Hagamar, lui, a trouvé la mort en voulant l’empêcher de terminer le voyage : le Démon VOULAIT venir ici ! Il s’est laissé conduire car il venait chercher quelque chose ici, mais quoi ? Et là, c’est Debelzaq qui prend le relais : il venait chercher le précieux livre de Salomon ! En le détruisant, il se débarrasserait de l’arme la plus puissante de ses ennemis ! Ah, mais oui, tout se tient !

Sauf que non. Pourquoi le Diable aurait eu besoin d’une escorte pour se rendre au monastère, sachant qu’apparemment, il pouvait s’y rendre en volant ? Et non, il n’avait pas besoin qu’on lui montre où se trouvait la communauté de clercs : non seulement apparemment tout le monde le savait (c’était même indiqué sur des cartes), mais en plus, il a semble t-il lui même trouvé : alors que les moines n’ont jamais de visites, puisque même Hagamar n’y était allé qu’une fois en 10 ans, il a quand même réussi à leur envoyer la peste. C’est donc qu’il savait où viser. Donc, non, le plan était débile depuis le début ; là, il a juste choisi de s’amener des ennemis supplémentaires sur place. Comme ça, pour rigoler : preuve en est, il a sauvé Frisouille qui allait tomber lors de la traversée du pont pourri alors qu’il n’avait aucun intérêt à le faire, au contraire.

Passons encore une fois sur ce non-scenario, et voyons ce que fait notre troupe : elle se dirige vers le sommet du monastère, là où se situe la bibliothèque, et où les moines devaient copier le livre de Salomon (sachant que le bouquin était sur l’autel de la chapelle, ils devaient un peu en chier sans modèle, non ?). Et sur place, encore une fois, tous les porteurs de tonsures sont morts de la peste à leur poste de travail. Ce que nos héros ne voient pas, c’est qu’à l’extérieur de terribles nuées s’assemblent, et que certains corps de moines morts commencent à s’animer (hooo, on s’y attendait pas depuis le début du film, dis-donc). Ils entendent simplement une voix qui leur dit "Hahaha, vous avez parfaitement deviné mon plan : je voulais que vous m’ameniez ici afin de détruire le livre de Salomon !". Ni une, ni deux, Debelzaq commence à incanter en apercevant d’où vient la voix : le Démon est en train de ramper au plafond, entouré des moines morts-vivants qui font de même (bin oui, un film sans créatures infernales qui grimpent aux murs en rampant, c’est pas un vrai film cool) : le Diable couine un peu en entendant les mots sacrés, mais sans plus. Les moines, eux, sont devenus de vrais ninjas et se lancent dans des séries de fabuleuses pirouettes, tentant d’interrompre notre cureton dans sa lecture à haute-voix ; heureusement, Felson, Behmen et Frisouille combattent vaillamment les créatures infernales qui attaquent avec les armes du coin, c’est à dire grosso modo une équerre, deux règles et un marque-page coupant. Les morts-vivants bibliothécaires, ça fait trop peur.

 

Emmener des torches dans une bibliothèque, ça énerve les employés, forcément

Cependant, le Diable profite de la confusion pour se rendre derrière Debelzaq et lui attraper la tête pour faire un 180 degrés avec. Le manque de souplesse de l’homme d’Eglise est flagrant, puisqu’il en meurt. Y a t-il un autre homme d’Eglise dans la salle ? Oui ! Frisouille, ex-enfant de choeur (non, les moines-soldats templiers, ça ne compte pas), qui s’empare du livre et reprend là où son prédécesseur en était (avant de mourir, il avait probablement corné la page, des fois que). Le Démon, lui, s’occupe pendant ce temps : voyant que ses moines ninjas ont bien du mal et se font décapiter à la pelle, il attaque lui-même Felson et le réduit en cendres en provoquant chez lui une combustion spontanée de bon aloi. Cela énerve très fort Behmen, qui se jette sur le monstre et le cloue au mur au sens propre en lui enfonçant une dague dans chaque bras ; hélas, le vilain a encore ses ailes, au bout desquelles se trouvent de forts beaux dards, qu’il plante un peu partout dans le dos de notre héros en se débattant. Les blessures sont graves, mais le templier tient bon jusqu’à ce que Frisouille finisse le rituel ; dès lors, le Démon est purement et simplement désintégré, faisant réapparaître derrière lui que le corps de la jeune fille qu’il avait possédé jusqu’ici.

Behmen agonise donc un peu, mais il meurt heureux : déjà, parce qu’il a réussi à vaincre le Démon, ensuite, parce qu’il s’est rattrapé pour la femme qu’il avait tué le jour où il avait déserté, puisqu’il vient de sauver une jeune fille innocente des griffes du Diable. Enfin, parce que quand le Diable a quitté le corps de la donzelle, il l’a faite réapparaître, certes, mais à poil. Il peut donc se rincer l’oeil un bon coup avant de quitter définitivement le monde des mortels. Ce qu’il fait.

Au-dessus du monastère, les nuages s’écartent, la lumière filtre à nouveau, et Frisouille, seul survivant de l’escorte, enterre les trois hommes (enfin, pour Felson, il n’a plus grand chose à enterrer, ho, hein, qu’il fasse pas genre), puis décide de quitter ces lieux de mort accompagné de la jeune fille. Et évidemment, ça commence déjà à flirter, ce qu’on avait pas du tout vu venir non plus. La donzelle demande simplement à ce que Frisouille lui raconte l’histoire de ces hommes qui sont morts pour elle, et qu’elle n’a jamais connu, puisqu’elle était possédée lorsqu’elle les a côtoyés.

Et comble du bonheur : avec la fin du Malin, la peste elle-même disparaît, nous dit Frisouille en voix off. Et…

FIN.

Lorsque les lumières se rallument, l’officier de police à gauche de mon siège laisse échapper un juron en constatant que ma place est désormais vide ; ne reste de traces de mon passage qu’une paire de menottes crochetées à l’aide d’un ticket de cinéma roulé et durci dans du caramel de pop-corn, ainsi que de sombres empreintes sur les accoudoirs, là où mes larmes de douleur ont fini tout au long de ce terrible visionnage. Rajustant son uniforme, il se contente de faire signe à son collègue, assis de l’autre côté, de commencer à partir.

"Allez barrons-nous. De toute manière, je n’avais pas trop envie de l’avoir sur les bras pour la suite.
- Ah ?
- On devait l’emmener à la prison de Clairvaux. Et je sais pas pourquoi, mais faire partie d’un convoi pénitentiaire en route vers un mystérieux monastère, ça m’inspire moyennement ce soir."
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A quelques distances de là, dans le lit défait d’un petit appartement étudiant.

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"Merci pour les pop-corn caramel durant le film. Sans ça, je doute que j’aurais pu me débarrasser de mes menottes aussi aisément.
- Hihihi, c’était tellement excitant de vous aider à vous évader ! Et puis, vous êtes si habile de vos mains !
- Dis-moi quelque chose que je ne sais pas, ça me changera.
- Mon numéro de téléphone par exemple ? Hihi ! Ne crois pas que je vais te laisser filer sans ! Tu es à moi maintenant, hihihi !
- Soit : passe moi donc un stylo que je note ça, mon portable est resté dans les scellés du palais de justice.
- Tiens !
- Merci…."
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"LA BOTTE DE NEVERS !"