"Ah ! Monsieur le baron ! Nous n’attendions plus que vous et votre génie pour commencer !"

Saluant d’un sourire amusé la remarque de l’empereur, Georges Eugène Haussmann s’approcha de la vaste table entourée des conseillers impériaux pour y dérouler l’immense plan qu’il transportait jusqu’alors dans un tube sous son bras. Pendant que l’honorable urbaniste disposait aux quatre coin du papier divers objets pour en éviter le repli, le reste de l’assemblée se pencha sur la chose d’un mouvement souple pour en étudier le détail.

"Un nouveau Paris digne de sa grandeur", lança le baron en se redressant fièrement, les yeux rivés sur les visages des présents à la recherche de la moindre expression trahissant leurs premières impressions. Il y eut une série de murmures, de regards entendus, et finalement, toute l’attention se porta vers Napoléon III, suivant de son doigt chaque ligne sur le plan.

"Ma-gni-fi-que, baron. Vous avez bien mérité de l’empire : soyez assuré de toute sa reconnaissance. C’est brillant, astucieux, élégant, moderne… nous allons raser cette vieille cité médiévale et enfin emmener Paris au XIXe siècle ! Je vois que vous avez pensé à tout : les rues sont larges, donc difficiles à barricader, les avenues permettent de manoeuvrer canons et chevaux… c’en est fini des soulèvements ! Cette ville sera aussi droite dans sa forme que dans sa tenue ! Excellent, excellent..."

Le baron eut un mouvement de sourcil interrogateur.

"Pardon ?
- Hé bien, je disais tout simplement que vous aviez audacieusement conçu la ville pour enfin en finir avec les révoltes à répétitions qui…
- Mais, heu… non, en fait. Moi je pensais pas du tout aux soulèvements.
- C’est à mon tour de vous demander pardon – l’empereur se redressa, inquisiteur – à quoi pensiez-vous alors ?
- Bin aux meufs."
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Il y eut une volée de soupirs indignés dans l’assemblée

"Que… baron ? Que dites-vous, enfin ?
- Et bin les meufs quoi, ça va ! Attendez, je suis urbaniste, vous croyez que je pense à quoi toute la journée, à observer des bâtiments toujours plus grands, plus massifs, plus hauts… et puis toutes ces avenues, droites et solides ! Et ces gros lampadaires turgescents je… enfin merde, votre altesse ! Tout le monde sait que l"urbanisme est un truc de machistes ! Regardez cette avenue par exemple : je l’ai conçue pour faire passer des chevaux, oui, mais pour de la chasse à courre de gonzesses : on les lâche, et hop ! Voyez, ainsi les rabatteurs peuvent amener les nanas jusqu’à la place de l’Opéra, et là, ha ha ! Nous autres arrivons sur nos montures par les boulevards, et voici les pauvrettes cernées ! A nous, chair fraîche ! Imaginez déjà, ces croupes galbées, ces seins fermes, la sueur de la course perlant le long des courbes tremblantes de ces… Ouch !"

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Le baron s’effondra au sol inconscient, le visage encore tordu dans une expression de douleur alors que derrière-lui, un garde venait de lui asséner un sérieux coup du manche de son sabre sur le sommet du crâne. L’empereur bégaya brièvement avant de se reprendre, observant tour à tour le plan et l’urbaniste étalés devant lui.

Le baron Haussmann, réfléchissant au réaménagement des quais de Paris pour l’organisation de soirées mousse géantes

"Bon sang… soldat ! Quel est votre nom ?
- Caporal Roudoudou votre altesse, de la garde impériale.
- Caporal, vous avez agi avec justesse. Maintenant, vous aller me virer ce malheureux de cette salle.
- Et pour les plans ? – demanda timidement un conseiller en toussotant à demi
- Les plans ? Ils sont bons : vous allez me reconstruire Paris en les suivant ; à défauts de justes desseins, l’homme a redessiné cette ville avec goût. Maintenant, tout le monde dans cette pièce oublie ces conneries : si on vous pose des questions, vous direz que oui oui, on fait un nouveau Paris avec des grosses rues pour emmerder les émeutiers, tout ça. Personne ne doit jamais savoir la vérité. Personne. J’ignore ce que nous réserve l’avenir, mais j’espère qu’il ne donnera jamais naissance à un esprit assez brillant pour réaliser quels sombres projets le baron ourdissait."

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Hélas pour l’empereur, il ignorait que près de 150 ans plus tard, pareil esprit existerait. Et qu’avec un brio sans pareil, il prouverait qu’en fait, l’urbanisme a toujours été pensé pour emmerder les nanas, car cet esprit serait celui… d’une féministe !

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Si vous avez rigolé lors de l’utilisation groupée des mots "esprit", "brillant", et "féministe", je me vois dans l’obligation de vous faire les gros yeux, car comme vous allez pouvoir le constater, une fois encore, l’argumentation est tout simplement aussi incroyable que la pertinence du sujet. A l’heure où le magazine Elle explique doctement à ses lectrices qu’une petite pipe, même quand on est pas d’accord, c’est quand même la moindre des choses, et qu’on attend toujours la réaction d’Osez le féminisme sur le sujet, voici qu’un nouveau combat parait pour faire avancer les droits des êtres dépourvus de chromosomes Y. Et pas des moindres, mais, ah ! Assez parlé, passons à l’étude du sujet, qui doit tout de même être bigrement sérieux pour mériter sa place dans le supplément Culture du Monde.

Sur le trottoir ou dans le métro, on croise des vieux, des jeunes, des hommes, des femmes. A première vue, l’espace public est mixte. A première vue seulement. Car l’espace urbain demeure un espace où les déséquilibres entre les deux sexes restent profonds. De jour, ça se voit peu.

Oui : de jour, tout à l’air normal en ville. Mais lorsque vient le crépuscule…

On ne dirait pas comme ça, mais en fait, sachez-le ; sitôt la nuit tombée, à l’heure où les honnêtes gens ferment leurs portes à double tour, dehors, le sabbat machiste peut commencer : on fait péter les bières, tomber les ceintures et tourner les slips ; femme, sache qu’en hiver, passé 17h, la rue n’est plus à toi. C’est Le Monde qui le dit, alors ne rigole pas malheureuse : le prochain combat des féministes du XXIe siècle, toujours à l’avant-garde, sera de prouver que le trottoir est un endroit infiniment sexiste.

On ne sait pas encore trop pourquoi, mais ça doit être super important en tout cas.

Surtout, contrairement [aux hommes], "les femmes ne font que traverser l’espace urbain, elles ne stationnent pas", explique le géographe Yves Raibaud,

Hé bé non.

La femme, des fois, elle arrive en ville, elle essaie de s’arrêter et tout, mais elle ne peut pas. Pourquoi ? Implose-t-elle si elle le fait ? Est-elle poussée par une force mystérieuse, ou bien sont-ce simplement ses semelles compensées géantes qui l’empêchent de tenir en place plus de 15s sans risquer une double fracture des chevilles ? Allez savoir. En tout cas, cela explique pourquoi les femmes et les créneaux ne sont pas amis : stationner, ce n’est pas vraiment leur truc.

Très bien. Et bien, merci Yves (qui a probablement observé le mouvement de migration des femmes en espace urbain depuis le toit de sa maison, ou alors il faudra m’expliquer comment il a noté cela) pour ce rapport à la fois pertinent et audacieux.

"On constate que les femmes traînent moins souvent dans la rue sans avoir quelque chose de précis à y faire et se déplacent rapidement d’un endroit à un autre", confirme Patricia Perennes, d’Osez le féminisme.

Chez Osez le féminisme, on a toujours un regard pertinent sur la société (non, mais ho, ça suffit au fond, je vous vois au fond, mais soyez un peu charitables sacrebleu). On va prendre un exemple précis : mettons une femme, allant d’un endroit à un autre dans une rue sans but précis, du genre de bâtiment en bâtiment le long d’un trottoir. Appelons ce mouvement du… du lèche-vitrine, comme ça, au hasard : et bien sachez que ça n’existe pas. De la même manière, la femme ne se promène pas, ne fait pas de tourisme, ou ne donne jamais rendez-vous à qui que ce soit en-dehors de chez elle. Non : lorsque la femme sort, c’est uniquement en courant, pour rester le moins de temps possible dans la rue, hurlant l’intégralité des dialogues de Braveheart jusqu’à arriver à destination. Si jamais la femme doit s’arrêter pour une raison X ou Y, elle se met à suer très fort, a très chaud, et si jamais elle a une arme sur elle (pour se défendre contre les millions de violeurs qui l’attendent en bas de chez elle), elle la vide dans la foule.

En fait, Osez le féminisme, des fois, j’ai un peu l’impression que c’est une sorte de café du commerce dopé au mojito pêche.

Ou à la ganja de l’espace, mais je sais que je suis lu par les douanes, alors je ne vous dénoncerai pas les filles, pas d’inquiétude.

Femme se rendant chez une amie en tentant de passer le moins de temps possible dans la rue de peur d’y croiser un homme

Allez vite pour éviter les ennuis… Car une femme seule est trois fois plus abordée dans la rue qu’un homme. Parfois sympathiques, ces rencontres peuvent s’avérer désagréables et provoquer un sentiment d’insécurité.

Notez bien : on ne vous parle pas d’insécurité mais de sentiment d’insécurité. Vous savez, le genre de truc qui naît par exemple, et à tout hasard, en publiant des articles qui se veulent crypto-scientifiques dans lesquels on explique à ces dames qu’elles DOIVENT avoir peur dans la rue, qu’il y a d’excellentes raisons à cela. Enfin je dis ça comme ça, hein. Moi ça me donne surtout un sentiment de gastro-entérite, mais l’INSEE s’y intéresse encore peu, c’est vrai.

Les parents en tirent des conséquences en disant très tôt à leurs filles comment se comporter et s’habiller. "Toute la journée, on t’explique ce que tu dois être en tant que femme, les télévisions et les journaux font de même, et tu finis par ne plus te définir en tant qu’être humain", explique l’urbaniste Louise Montout.

Louise, ma bonne amie, je t’entends.

Du coup, je suis assez d’accord : il faut arrêter avec les articles de supposés grands journaux qui expliquent que l’on est une femme avant d’être un être humain comme les autres, et qu’à ce titre, il est légitime de flipper dans la rue et d’être décrite comme une proie pour prédateurs sexuels à longueur de temps.

Attention à bien éteindre vos détecteurs de non-sens, on pourrait bloquer l’aiguille, là.

Jusqu’à la puberté, on demande aux filles davantage de déplacements que les garçons, car on les considère plus dégourdies. Mais après, le viol devient la peur structurante des femmes en milieu urbain, alors que la ville est bien plus le lieu des incivilités que des agressions physiques.

La nature est bien faite (les explications sans citer aucune source aussi) : les garçons sont moins dégourdis que les filles, c’est comme ça et c’est indiscutable. Par contre, sitôt que les bouboules tombent, paf : le brushing leur pousse, ils rejoignent la fondation Phoenix et en fait, ils deviennent tous Mac Gyver. Alors que dans le même temps, il faut barricader la petite dernière dans sa chambre, devenue un appeau au sexe avec ses yeux de brebis égarée. Continuer de la laisser sortir, c’est la condamner à la découverte de plaisirs exotiques et variés dans une cave quelconque d’une banlieue chaude (ex : Neuilly-sur-Seine).

D’ailleurs, femmes de milieux urbains (je sais, il y en a parmi vous qui ont survécu dans ce milieu machiste jusqu’ici en courant très vite dans les rues), sachez-le : ce qui vous "structure" ce ne sont pas des projets, des idées, ou même le simple fait d’être des membres du genre humain : c’est la peur du viol. La réflexion, tout ça, ce n’est pas un truc pour vous : vous n’êtes unies que par la peur du prochain loup.

Voilà : votre nature, c’est d’être des victimes. Merci, Osez le féminisme et autres fameux intervenants.

Pourtant, et même si la révolution sexuelle a atténué les choses, la représentation sociale fait du foyer le havre de paix et, de l’extérieur, un espace dangereux. Allons plus loin : une femme seule, dans un parc, la nuit ? C’est une prostituée, pense-t-on souvent. Et le jour ? Une mère de famille.

Oui, d’ailleurs c’est pour ça que nous les hommes nous recommandons aux femmes de rester dans la cuisine pour les protéger. Et ainsi pouvoir user de nos préjugés en paix une fois la nuit venue (chez Osez le féminisme, on doit penser que Twilight est un documentaire : les hommes, tout comme Edward, sortent la nuit). Tenez par exemple : saviez-vous que tout homme qui croise une fille dans un parc la nuit pense obligatoirement "Tiens, une prostituée" ? Car non, l’homme ne pense jamais "Tiens, une fille dans un parc la nuit" : il est forcément bourré de préjugés (contrairement aux auteurs de cet article du Monde, donc). Et idem le jour : toute fille qu’il croise est une mère de famille. Même si elle a 6 ans, c’est bon : on cherche la poussette.

Apprenez à reconnaître cette femme : Simone de Beauvoir, suppôt de l’ordre machiste, qui pensait que les femmes pouvaient exister autrement qu’en tant que proies, être unies par autre chose que la peur, et vivre leur vie ailleurs que dans leur foyer. Brrrr, quelle vile créature.

Bon cela dit, il est vrai que depuis l’avènement des blogueuses modes, distinguer la tenue des prostituées de celles de ces maîtresses du bon goût est devenu un exercice complexe et a brouillé par mal de lignes (la CNIL n’a toujours pas accepté ma demande pour la création d’un site "pute ou pas pute"). Mais là n’est pas la question.

Le métro, le soir, est fréquenté en moyenne par deux femmes pour huit hommes. Les parents ont autant peur du métro la nuit pour leurs filles (leur imposant le taxi) que les filles elles-mêmes, y compris majeures

Mesdemoiselles, si vous avez un jour pris le métro pour rentrer de soirée, sachez qu’en fait, tout ça n’est en fait qu’un souvenir implanté artificiellement pour vous faire croire que vous êtes libre. Dans ce cas, faites-moi signe, donnez-moi votre adresse et je viendrai frapper à votre porte avec mes lunettes de soleil et mon manteau en cuir pour vous proposer de sortir de la matrice en avalant une petite pilule.

A ce qu’il parait qu’un effet secondaire de la pilule est de se réveiller dans un terrain vague de la matrice sans souvenirs du monde réel, mais hein, bon, c’est quand même pas grand-chose, non ?

Ah oui, et sinon, notez : penser qu’une femme seule la nuit dans un parc c’est une prostituée, c’est un préjugé à la con, mais penser qu’un homme la nuit soit automatiquement un violeur potentiel, c’est tout à fait normal. Chapeau les enfants

Ces dernières mettent en place des stratégies pour réduire le danger : porter un pantalon, maquillage sobre, se déplacer en groupe, se rapprocher d’autres filles isolées, avoir un baladeur sur les oreilles en fuyant tout regard.

Transporter une baïonnette, disposer d’un drap gris pour se coller contre un mur et disparaître comme un ninja, louer un char Leclerc pour la soirée : lecteur, si vous aussi vous avez déjà croisé des filles en jupe passé 17h sans les retrouver deux heures plus tard découpées dans une poubelle, sachez que vous pouvez appeler le Vatican : miracle il y a eu.

Sinon, avec la description, je ne suis pas sûr tout de même : ils ont observé des femmes ou un troupeau de marmottes ? Est-ce qu’il y a une femme qui siffle à l’approche d’un prédateur ? Diable, ça m’a l’air complexe tout cela. Heureusement que nous avons de grands experts pour nous expliquer comment les choses fonctionnent en réalité.

Ces stratagèmes entraînent une réduction des libertés. "Les filles sont confrontées à une tension entre les attentes placées dans les sorties festives, souvent associées à un habillement plus sexualisé, et un contrôle des parents plus marqué que pour les garçons", constate Clément Rivière, doctorant à l’Observatoire sociologique du changement (Sciences Po). Ainsi, des normes s’imposent, parfaitement intégrées, invisibles et intériorisées.

Dixit l’article qui dix lignes au-dessus expliquait que le monde extérieur était un monde super dangereux, et que rentrez vos filles messeigneurs car voici venir les vikings venus prendre vertus, richesses et troupeaux entre divers gras ricanements, c’est intéressant.

Les décideurs de la ville ne font rien pour réduire ce fossé entre garçons et filles. Ils font même le contraire. Ainsi, 85 % du budget des équipements programmés dans les zones prioritaires vont aux garçons. Pour "canaliser la violence", dit-on. Les skate-parks poussent comme des champignons un peu partout, alors qu’il n’existe presque rien pour les adolescentes.

Ah, les salauds ! Des skate-parks ! Ces structures phallocrates réservées aux garçons ! Ah, si ça continue à ce rythme, on va demander aux filles de jouer au football, au basket, voire au handball ! Enfin, Mesdemoiselles ! Qu’attendez-vous pour réclamer des poneys-parks ou des concours de couture ? Des trucs de fille peints en rose, quoi ! Non mais attendez, si on commence à proposer les mêmes choses aux filles et aux garçons ce serait… rah, ce serait presque les considérer au même niveau ! Vite, Osez le féminisme, il faut agir !

Dans la revue Traits urbains, en mai, Yves Raibaud prend l’exemple de la construction de stades de football, investis presque uniquement par des hommes : "Imaginez un équipement public pour 43 000 femmes !"

Oui, là encore, on ne construit jamais des équipements accueillant des gens de tous les sexes : c’est soit pour 43 000 hommes, soit pour 43 000 femmes, mais alors 43 000 "personnes", ah, ça, plutôt mourir ! D’ailleurs, à l’entrée des stades, on procède à des tests du genre demander aux larrons qui s’y présentent de roter : les femmes étant des princesses, elles en sont incapables et sont donc aussitôt détectées et éjectées. Mais raccompagnées à leurs cuisines, pour ne pas les laisser dehors, puisque comme l’explique l’article, c’est trop dangereux pour elle.

Des ennemies des femmes posant fièrement dans un stade, symbole du pouvoir de l’oppresseur couillu.

Est-ce pour des raisons économiques, voire écologiques, ou parce qu’ils imaginent les femmes au foyer le soir, que 5 000 communes de France ont récemment décidé d’éteindre l’éclairage public entre minuit et 5 heures du matin ?

Tout à fait, Le Monde : entre minuit et 5 heures du matin, les hommes enclenchent leur vision nocturne, et pouf, la nuit leur appartient. Éteindre les lumières, c’est forcément un complot pour emmerder les femmes : aaah, quel grand journalisme. Je crois d’ailleurs que le groupe qui milite pour l’extinction des enseignes commerciales la nuit est lui-même dirigé par Henri Désiré Landru.

Pourquoi nombre de lieux festifs et nocturnes sont-ils construits sans toilettes ? Parce que la nuit est un espace jugé masculin.

Et les hommes ne font pas caca. Aucun rapport avec le fait que dans l’évènementiel, certains font des économies en se disant "Allez, les gens se retiendront bien 2h". Non, c’est un type maléfique qui éclate d’un grand rire derrière son bureau en hurlant "Ho ho ho ! Je ne vais pas installer de toilettes, puis je servirai des cocktails de gonzesses à volonté ! La vessie des femmes gonflera, puis, ne pouvant se soulager, elles imploseront toutes l’une après l’autre ! Et alors, elles regretteront de m’avoir appelé "Pieds qui puent" en classe de 6eB, me rejetant au ban de la société !". En général, c’est à ce moment précis que l’auteur de la maxime se met à jouer d’un orgue massif en continuant de rire, mais dans certains cas, il peut aussi juste avoir un xylophone  Bontempi, auquel cas il rigole, mais moins fort sinon ça masque les notes.

D’un autre côté, les décideurs et urbanistes n’oublient pas les couloirs à poussettes, ni d’installer des crèches à côté des lieux de travail majoritairement féminins. "Les urbanistes vont répondre que, lors des réunions, on leur demande ces couloirs à poussettes !", rétorque Louise Montout.

C’est vrai : d’ailleurs, on ne trouve jamais de papa derrière une poussette (ou alors ils volent 2 à 3 mètres au-dessus du trottoir, un de leurs autres pouvoirs avec la vision nocturne), et ces derniers n’emmènent jamais leur enfant à la crèche : il existe sur le chromosome Y un gène qui permet de phaser l’enfant, l’envoyant dans une dimension parallèle semblable aux limbes durant les heures de travail. Tout ça, c’est vraiment pour les nanas uniquement. Et puis c’est vrai quoi, il faudrait du mobilier urbain pour les femmes comme heu… des… heu… du… enfin voilà quoi, merde ! Des trucs rose bonbon ou des bancs en forme d’arc-en-ciel. Tous avec Louise !

Tout le monde est d’accord : la ville est pensée par et pour l’homme,

J’ai toujours eu un goût certain pour les affirmations lancées comme ça, hop, et contenant "Tout le monde est d’accord". Je propose donc, en suivant le même principe journalistique, d’ajouter "Tout le monde est d’accord : cet article du Monde est un étron gras qui ne mériterait même pas d’être publié sur Girls.fr".

Car l’espace n’est pas interdit aux femmes, ce sont elles qui s’interdisent l’accès à une rue, un bar, un lieu de fête… Les interdits sont tels, montre l’étude de Bordeaux, que les lieux qu’elles trouvent répulsifs sont les plus nombreux.

Elles se l’interdisent peut-être aussi parce que, je me répète, il y a des gens assez idiots pour pondre des articles leur expliquant que, holala, tout ça vous savez, c’est des trucs de mecs, faudrait pas s’en mêler, hein, pfiou. Si c’est pas une réunion tupperware ou un cours de cuisine, fuyez Mesdemoiselles, ce n’est pas pour vous ! D’ailleurs, les exemples donnés sont bons : aller boire un verre dans un bar, par exemple, c’est typiquement une activité de mec. Tout comme les rues ou les "lieux de fêtes" : les salles de concerts sont légendaires pour l’interdiction faite aux femmes d’y entrer. Les concerts de Justin Bieber sont d’ailleurs réputés pour être des nids à moustachus, par exemple.

En fait, les femmes érigeraient ce que le géographe Guy Di Méo appelle des "murs invisibles" dans l’espace urbain. Ces barrières sont inconscientes. Elles varient d’une personne à l’autre et d’un jour à l’autre en fonction des émotions. Elles sont le fruit de facteurs comme l’âge, le niveau socio-économique, la situation personnelle ou l’environnement culturel.

Et la connerie ambiante, aussi, un peu. Un facteur vaguement intéressant.

L’homme la nuit selon le Monde

Les femmes ne ressentent pas non plus l’insécurité de la même façon selon leur éducation et leur classe sociale. On croit qu’il est difficile pour une femme riche d’aller dans un quartier pauvre. Mais, inversement, les femmes du 19earrondissement de Paris interrogées par Clément Rivière témoignent d’un malaise lorsqu’elles se rendent dans le 16e arrondissement.

J’ose penser que cet article n’est en fait qu’une énième variation de la blague "A Monaco, les milliardaires n’osent plus sortir après 22h : il y a des millionnaires plein les rues".

La mairie de Paris mène des actions pour rendre plus visibles les femmes dans l’espace urbain. Des marches exploratoires ont lieu la nuit (des femmes se promènent en ville pour réfléchir à ce qui exacerbe leur sentiment d’insécurité) et neuf stations de tram porteront des noms de femmes. "Quand nous sommes arrivées à la mairie, seuls 3 % ou 4 % des équipements parisiens et des rues étaient dédiés aux femmes célèbres ; on est a plus de 13 % maintenant ", se réjouit Fatima Lalem, adjointe au maire chargée de l’égalité hommes-femmes.

Ah oui. Quand même. Allez, prenons des exemples :

Germaine est poursuivie par le gang de Stringer Balls, un terrible meneur de troupe. Lui et ses amis sont bien malheureux car depuis plusieurs semaines, malgré leurs habiles techniques de drague à base de "Ho Madmazeule tu suces ?" (ils ont appris ça dans Elle), aucune jeune fille n’a succombé à leur charme. Bien décidés à donner de l’amour, ils ont décidé que ce soir, ils feraient un câlin à Germaine, dont l’attitude à base de tremblement peureux les a confortés dans le fait qu’il y avait là une victime potentielle.

S’engouffrant dans une bouche de métro, voici que Germaine déboule sur le quai d’une station. Lisant le panneau de celle-ci, la bougresse peine à retenir ses pleurs affolés : il s’agit là de Stalingrad. Du coup, Stringer Balls et ses hommes vont probablement la prendre comme tout un régiment de conscrits soviétiques : c’en est fini d’elle.

Alors qu’à en croire la logique de cet article, si la station s’était appelée "Larusso", les malheureux assaillants auraient instantanément pris feu, protégeant ainsi la pauvrette.

Non, mais vraiment : est-ce que c’est moi qui suis de plus en plus conservateur ou simplement est-ce de plus en plus con ?

Sinon, les avancées sont presque inexistantes. L’Egypte a mis en place au Caire des rames de métro réservées aux femmes. Mais ça ne résout pas le problème de fond.

Ho oui ! Ça c’est une avancée !  Séparons les femmes des hommes au nom de la lutte contre le sexisme ! Tenez, vous savez ce qui serait encore mieux ? Carrément séparer les villes. Ho et puis on pourrait appliquer ces "avancées" à d’autres trucs du genre "Holala, moi la nuit j’ai peur des gens de couleurs, on pourrait avoir un métro pour les blancs ?" Je suis sûr que le programme de Marine Le Pen est plein "d’avancées" du même genre. Chapeau, vraiment.

Ces réponses sont incertaines tant les collectivités s’attaquent plutôt aux violences domestiques. Aussi, Marylène Lieber invite les femmes au sport de combat.

Personne n’invite juste les femmes à vivre leur vie, en fait ?

Reste que les femmes passant plus de temps "dehors" savent mieux se défendre face aux incivilités. Savoir répondre, avoir une grande gueule, faire le poids face à l’agression, ça ne s’improvise pas…

Le journalisme et les préjugés foireux non plus.

Vraiment, merci le Monde.

Lorsqu’un célèbre journal présente ceci comme une avancée, on peut se poser quelques questions.

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Londres, 10 octobre 1940, 21h52

Au-dessus des toits, elle monte doucement, lugubre ; d’abord vrombissement sourd couvrant doucement le bruit des moteurs en gagnant en intensité, elle devient un hurlement terrible alors que les têtes, unes à unes, s’élèvent dans toutes les rues : ça y est, la sirène d’alerte aérienne résonne au-dessus de la capitale britannique.

En quelques secondes, les rues semblent se vider : quelques cris, mouvements de paniques, dérapages d’automobiles pressées et chacun va trouver l’abri le plus proche. La main serrée dans celle de son amie Lucy, Gisèle s’engouffre dans une station de métro en compagnie de dizaines d’autres civils, découvrant le quai d’ores et déjà couvert de passants, de réfugiés et d’officiers de police. Toutes les têtes sont tournées vers le plafond, la sirène continuant de hurler à la surface, bientôt mêlée à un autre son : celui des bombardiers allemands. Un claquement sec, un étrange sifflement, et ça y est : l’électricité est coupée dans toute la ville. Vue du ciel, Londres vient brutalement de disparaître, ne laissant deviner que la sombre silhouette de quelques ponts lancés au-dessus de la Tamise. C’est le black-out.

"Tu sais Lucy, je commence à en avoir assez.
- Des Allemands ? On les aura Gisèle. On les aura, il faut juste tenir.
- Mais ? Non, je m’en fous des Allemands ! Je parlais du black-out ! Quel truc sexiste ! 
- Qu’est-ce que tu racontes ? 
- Et bien tu sais ! Plonger la ville dans le noir ! Et bin c’est un truc contre nous les filles !
- …
- Parce que après, hop, nous on voit plus rien ! Et puis en plus, tu te rends compte ? On est même pas dans une station de métro avec un nom de femme ! Trop nul !
- … Gisèle, écoute moi bien, il va falloir être forte : je crois que tu es complètement conne."

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Et après avoir copieusement giflé son amie, Lucy continua de tendre l’oreille pour tenter de savoir si les bombes ennemies se rapprochaient ou non de l’abri où elle et d’autres s’abritaient. Elle ignorait, hélas, qu’à quelques mètres au-dessus de sa tête, dans une allée de Piccadilly Circus, un homme s’appuyait contre un mur en ricanant, urinant des restes d’alcool en-dessous d’une affiche invitant à la prudence en cas de bombardement. Il manqua de peu d’arroser les chaussures du type derrière lui lorsque ce dernier lui tapota l’épaule, le surprenant au coeur de l’obscurité.

"Bin alors Roger, qu’est-ce que tu fous ?
- Je pisse, ça se voit pas ?
- Tu viens pas au pub ?
- Si, ça va, j’arrive, j’arrive, merde, j’ai trempé mon pantalon avec tes conneries David. Allez, la ville est à nous !"

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Au-dessus d’eux, les haut-parleurs de la sirène aérienne diffusaient maintenant de faux bruits de bombardements. Les deux hommes regardèrent un véhicule militaire du génie les dépasser, se dirigeant vers un quelconque endroit où simuler l’explosion d’une bombe sur la chaussée.

"Dis David, tu crois que les femmes se rendront compte un jour qu’on coupe les lumières juste pour les emmerder ? Et qu’on fait tout pour que la ville soit à nous ? Merde, on en est à simuler une guerre pour leur faire le coup du black-out !
- Boh, tu sais. Elles croient ce qu’on veut bien leur dire.
- Oui mais… tu imagines si un jour, des journalistes particulièrement brillants et courageux révélaient tout cela ? Genre des vraies féministes décomplexées qui réaliseraient que nous organisons tout cela non pas pour des raisons objectives mais uniquement à l’occasion d’un grand complot mondial machiste contre elles ?"

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David étouffa un petit rire avant de taper un grand coup dans le dos de son ami. "Allez, viens, on va se saoûler dans un pub entre hommes !"

Et plissant tous deux les yeux, ils activèrent leur vision nocturne.

Non, je n’irai pas voir Resident Evil 3D dans l’immédiat.

Ce n’est pas que je ne sois pas attiré par ce fabuleux nanar, et vous avez été quelques-uns à m’écrire pour le réclamer, mais voyez-vous, non, c’est plutôt l’aspect 3D qui me rebute. Passer près de deux heures avec des lunettes spéciales, accessoire disgracieux et inconfortable qui ne sied guère à mon auguste appendice nasal, cela m’ennuie quelque peu ; par ailleurs, un film avec Milla Jovovich en 3D est tout de même d’un intérêt limité, tant il y a un manque de relief à mettre en valeur d’entrée de jeu.  Est-ce que j’essaie de vendre "Jane Birkin 3D" moi ? Non. Alors !

Et pourtant, Resident Evil… ah, Resident Evil ! Quelle série ! Lecteurs, si vous ne souhaitez pas être honteusement spoilés, si vous souhaitez garder vos yeux chastes pour pouvoir visionner ces films en toute tranquillité par la suite, arrêtez ici votre lecture, et retournez dans le royaume béni des innocents. Pour les autres, spoilons un peu, et parlons de cette fabuleuse série, parce que mine de rien, il y a quand même eu 3 films avant celui-ci.

Resident Evil, ce que nous pourrions traduire par "Vilain résident", c’est l’histoire d’Alice, chef de la sécurité pour un centre d’Umbrella Corporation ("Corporation Parapluie", ha, ça sonne moins exotique, hein ?), qui un beau matin, se réveille à moitié nue, dans un lieu qu’elle ne connait pas, sans aucun souvenir de la veille et avec un gros mal de tête. Alors que tous les indices laissent à penser qu’Alice a simplement fait une fête un peu trop appuyée la veille, et qu’elle devrait donc bientôt ressentir quelques douleurs dans son fessier avant de retrouver sur elle un carton du carré VIP du Copa Cabana, elle réalise un fait bien plus terrible : elle est amnésique ! Ho bin hé, non alors !

Aidée d’un commando d’élite qui passait par là, elle découvrira que le manoir où elle s’est réveillée n’est qu’une planque pour accéder à un immense laboratoire souterrain d’Umbrella Corporation, où visiblement, quelqu’un a fait le zazou avec les produits chimiques, ce qui a transformé toute la population scientifique locale en zombies mangeurs de cervelles. C’est donc ainsi que débute la fabuleuse série des Resident Evil, série qui mettra dans chaque épisode Alice aux prises avec des zombies, des gens idiots d’Umbrella Corporation, et quelques alliés qui finiront tous à un moment ou à un autre par dire "Crotte ! A été mordu !".

 

Imaginez le casting "Votre rôle, c'est le zombie 988, il est habillé en motard du 3e âge et sa seule réplique du film c'est "Gruuu greuuu grogo".

Bien que n’ayant aucune passion pour les zombies, créatures qui fascinent les geeks & moult blogueurs pour des raisons qui m’échappent totalement (j’imagine que leur rapport à l’hygiène et leur côté monomaniaque doit leur donner un aspect familier), je suis un fan inconditionnel de la série des Resident Evil. Parce que l’univers même de cette série est probablement formidable ; mais laissez-moi plutôt vous parler de quelques points redondants de cette dernière :

La Société Parapluie n’a pas tout compris

Dans Resident Evil I, on apprend donc qu’un virus, le virus T, qui tue les gens avant de les transformer en vilains zombies, est fort dangereux comme vous vous en doutez. Or, figurez-vous que nos amis d’Umbrella Corporation avaient décidé d’installer leurs locaux d’expérimentation top secrets JUSTE à côté d’une mégalopole, Racoon City ("Raton-Laveur Ville", non mais sans rire ?). Alors le jour où il y a un accident, ha bin crotte alors ! Ils se rendent compte que dis-donc, hein, Michel, pourquoi qu’on s’est pas installés dans le désert, là où non seulement c’était moins cher niveau terrain, mais où en plus c’était plus sûr et plus facile pour garder nos projets secrets ? Ah, flûte alors, on a pas été malins. Ah ça non. Maintenant, notre virus se propage à toute la ville, ça complique un peu les choses. Zut. Heureusement qu’on est une corporation super intelligente spécialisée dans le secret et les technologies de pointe pour avoir des idées pareilles.

A titre personnel, je soupçonne Umbrella Corporation d’être à l’origine du système électrique du Charles-de-Gaulle, ce qui expliquerait pas mal de choses.

Le virus T aime l’eau

Le virus qui tue donc les gens, le virus T, adore emmerder le monde. Par exemple, après Resident Evil I ("Mon dieu, le virus s’est répandu dans tout le labo !"), Resident Evil II ("Mon dieu, le virus s’est répandu dans toute la ville !"), on apprend dans Resident Evil III ("Mon dieu, le virus s’est répandu dans le monde entier, sauf en France, parce qu’ils avaient Roselyne Bachelot qui avait acheté 9 milliards de vaccins") que le Virus T a non seulement tué tous les animaux, mais en plus, il a asséché les rivières.

Ah ?! Mais comment donc ? Il est descendu sur ses petites pattes sur le bord des rivières et il a bu à la paille en faisant de gros bruits de succion jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien ? Il a collé des stocks d’éponges sur les sources ? Il a tué les nappes phréatiques avant de les transformer en nappes zombies, qui errent dans les campagnes en grognant en quête de sels minéraux ? Hein ? Ca serait pas juste pour donner un côté "cool" genre univers post-apocalyptique bourré de zombies, hmmm ?

Personne ne le sait. Mais dans Resident Evil, tout le monde a l’air de trouver ça normal.

Le virus T a lu le script

Entre deux petites rivières à assécher, le virus T s’ennuie, et on le comprend : il n’y a pas grand chose à faire. Alors que fait-il ? Et bien il lit le script. Et ça se sent, puisque dans TOUS les films, il y a toujours une andouille pour se faire mordre. Et évidemment, personne ne dit "Ho, non, merde, Jean-Jacques, tu viens de te faire mordre, on va te mettre une grosse balle dans la tête pour éviter que tu ne souffres trop, ne te transformes, et ne participes à la contamination du groupe !" ; alors tout le monde trimballe Jean-Jacques (qui peut-être une femme, ce n’est pas incompatible) avec soi, en lui chuchotant de temps à autres "Ça va Jean-Jacques ?", ce à quoi il répond "Niquel", malgré sa couleur toute blanche (par deux fois, Jean-Jacques est un noir, le résultat n’est alors pas sans rappeler un célèbre roi de la pop), ses yeux qui deviennent tous fous et sa gueule de pré-zombie. Mais le virus T à l’intérieur de Jean-Jacques, il n’est pas con : il sait que s’il transforme son hôte en zombie agressif au mauvais moment, il va juste se ramasser des balles. Alors à CHAQUE FOIS il attend le moment où il y a une fusillade géante et où il y a quelqu’un à côté de lui pour se transformer pile-poil au bon moment et profiter de la confusion du combat. Comme le virus T a lu le script, il sait quand ce moment va arriver, alors il essaie de bien calculer son coup et paf ! Ça donne toujours la même chose lorsque le nouveau zombie saute sur son voisin, celui-ci s’exclame obligatoirement  "Jean-Jacques, que… qu’est-ce qu’il t’arrive ? Tu ne me reconnais pas ?" ; mais évidemment qu’il ne te reconnait pas, andouille ! Tu l’as vu se faire mordre, et tu lui as même expliqué toi même le risque de se transformer en zombie ! Alors tu t’attends à quoi, qu’il te répondre "Ho pardon, je t’avais confondu avec une fraise tagada de 80 kilos" ? "Ahah, c’était pour déconner, j’adore imiter le zombie au milieu des fusillades" ? Mais bourre le de plomb, enfin, flûte alors !

 

Le virus T s'ennuie tellement qu'on le transporte dans de petits toboggans pour le distraire

La période de transformation (qui varie de 30s à 48h selon les cas, c’est assez curieux) s’achève donc toujours dans un moment critique. Jamais Jean-Jacques ne part faire caca et se retrouve transformé en zombie dans les ouatères, où il est alors devenu trop mort et trop bête pour arriver à ouvrir le loquet et se retrouve ainsi piégé pour l’éternité à gémir à proximité de son ultime étron.

Le zombie aime t-il les surprises ?

Les zombies, ce sont les rois de la déconne. Ils ont lu l’intégrale de Jean Roucas, se marrent comme des baleines devant les films d’Eric & Ramzy, et réservent leurs places 6 mois à l’avance pour aller voir Jean-Marie Bigard au stade de France. Du coup, le zombie a beau passer tout le film àdéambuler en faisant "Raaah" et "Reeuuug", figurez-vous qu’il sait toujours où et quand se faire discret pour mieux faire une bonne blague aux humains. Par exemple (je prends celui-ci, mais il y en a pléthore), dans Resident Evil II, il y a un moment où des survivants se sont réfugiés dans une église pour fuir les 2000 zombies qui infestaient les rues (un peu comme les jeunes UMP devant un cortège de la CGT); là, ils se rendent vite compte qu’il y a un truc qui ne doit pas vraiment être humain qui a dû rentrer avec eux (au départ, ils pensent à Grishka Bogdanov). Ils tendent donc l’oreille pour localiser l’ennemi dans la pénombre et là…

… rien. Pas même un bruit dans la rue, une sirène, un coup de feu, un zombie qui grogne dehors ou même qui relâche un sphincter par mégarde, rien. Alors forcément, il y a une nana assez andouille pour se mettre à hurler "Hooo mon dieu, noooon, je suis sûr qu’on va tous mourir si on reste ici, viiiiiite !" et elle ouvre donc la porte de l’église pour repartir dans la rue, celle-là même qu’elle avait quitté car il y avait moult zombies dedans.

Et bien lecteurs, figurez-vous que les zombies, ils attendaient tous sagement derrière la porte en embuscade, sans un bruit, limite ils écoutaient à la porte ce qu’ils se passait là-dedans en se jetant des regards interloqués. Il n’y en avait pas un pour faire un bruit, ils patientaient tranquillement en jouant silencieusement à chifoumi que quelqu’un vienne ouvrir la porte ; et dès que c’est fait, ils se remettent tous à faire "Greeuuu !" "Rooooh !" histoire de bien surprendre l’ennemi et ainsi lui jouer un bon tour ; moralité, tout comme l’arbre, si vous mettez un zombie dans les bois et qu’il n’y a personne pour le regarder, le zombie ne fait pas de bruit quand il tombe.

Si je laisse un zombie dans mon bureau, est-il encore là à mon retour ?

Passage formidable, et là encore diablement redondant, il y a toujours un moment où un des personnages rentre dans un bureau ou une pièce quelconque et tombe sur quelqu’un assis qui lui tourne le dos. Attention : à ce moment là, les personnages sont déjà au courant qu’ils sont dans un coin empli de morts-vivants, et ont même une pétoire pour se défendre. Alors, que font-ils, en voyant cette personne parfaitement silencieuse qui leur tourne le dos ?

"Houhou ? Mademoiselle ?"

Et évidemment, mademoiselle, elle ne répond pas parce que c’est… un zombie. Mais ça, le personnage, il ne le devine pas. Il est bien trop bête. Et le zombie, il fait bien exprès de ne pas se retourner, parce qu’il est en train de pouffer de rire à ce moment là. Il repense à Marcel Béliveau, il se dit qu’il va faire une sacrée surprise sur prise. Alors il pouffe, oui, mais silencieusement. Et là, le héros comme un con, que fait-il ?

 

"Haha, je t'ai bien eu, en fait je suis mort ! Surpris sur prise !"

Et bien après avoir répété une ou deux fois "Houhouuu mademoiselle ?", il s’avance bêtement en avant. Bin oui, si la personne ne répond pas, dans une ville envahie de morts-vivants qui peuvent te contaminer en deux coups de griffe, c’est ce qu’il y a de mieux à faire, pas vrai ? Mieux vaut aller lui taper sur l’épaule pour attirer son attention. Alors vas-y qu’on va s’avancer très lentement la main en avant pour aller lui tapoter la couenne sur fond de musique stressante.

Mais le zombie, là, il pleure de rire ! Il a du mal à se retenir, on le comprend, il se dit "Raaah, mais il est trop con ce héros ! Il croit quoi ? Que je lui réponds pas parce que je suis occupé à lire du Baudelaire ? Que je l’entends pas parce que j’écoute du Justin Bieber à fond sur mon Ipod ? Mais quel con !". Et évidemment, dès qu’il sent la main chaude du vivant personnage se poser sur son épaule, le zombie se retourne brusquement en faisant "Reeeuuuh !" et en essayant de le manger. Et ça surprend le héros, qui ne s’attendait pas du tout à ça, flûte alors !

Et cette scène, pareil : on la retrouve plusieurs fois. Tout simplement formidable. C’est à se demander, des zombies ou des héros, chez qui le cerveau est véritablement mort cliniquement.

Ho, Raymond, y te reste des balles ?

A un moment du film, c’est obligatoire, quelqu’un finit toujours par poser l’inévitable question : "Mais dis-donc, il nous reste beaucoup de balles ?" et figurez-vous que la réponse est là encore constante : "Il nous reste juste un chargeur, et 6 balles". Alors là, spectateur, tu te dis que ça va être un peu limite pour défourailler près de 12 000 trucs qui déambulent avec pour seul objectif de manger du cerveau, mais en fait, pas du tout. De tout le film, jamais les héros ne manqueront de balles ; allez savoir comment ils font, mais 45 minutes de film et 260 coups de feu plus tard, il leur reste toujours autant de cacahuètes en stock. Jusqu’ici, ils ont dû tirer des rognures d’ongles ou des flashballs, je l’ignore, mais particulièrement à la fin de Resident Evil I, quelqu’un repose la question, et la réponse est inévitable "Il nous reste encore un chargeur, et 6 balles".

Les balles ressuscitent elles aussi ?!

"Haha, je suis le méchant, et j’ai un plan diabolique !"

Le méchant est forcément un scientifique de chez la Société Parapluie, qui tente toujours de nouvelles expériences visant à créer un monde meilleur. Allez savoir pourquoi, ces expériences comportent obligatoirement des sujets humains qui finissent massacrés à un moment ou à un autre, ou transformés en trucs vaguement bizarres, mais généralement méchants. Leurs théories sont d’ailleurs souvent farfelues, à base de "Je propose que nous faisions nous affronter tous nos monstres pour voir qui est le plus fort !" ou "Les zombies désirent du cerveau, mais en réalité n’ont besoin que d’amour, et je vais leur en donner". Le nécrophile personnage finit donc, curieusement, par toujours vouloir se rendre lui-même sur le terrain, de préférence uniquement entouré par une poignée d’hommes, sans porter de protection, et de préférence, sans arme (ou alors une toute petite qui sera inutile en cas de besoin).

 

Pour donner de l'amour aux morts, mieux vaut partir bien équipé.

Je vous laisse deviner comment finissent les méchants de manière générale.

Non Scrappy ! Ne mange pas la cervelle du monsieur !

Resident Evil, c’est aussi un univers original dans lequel il n’existe que deux types d’animaux : des corbeaux et des chiens. Qui, éventuellement, une fois contaminés, finissent par aller enquiquiner le monde d’une manière un poil plus ennuyante que de simples défécations sauvages. Et encore, quand je dis "chiens", ce sont uniquement quelques dobermans qui, allez savoir pourquoi, une fois transformés en zombies sont toujours totalement écorchés (ils doivent totalement merder leur synchronisation grattapage de papate derrière l’oreille une fois morts et ressuscités et donc s’arracher connement le poil au lieu de se soulager ; la sensation de grattage qui en résulte doit contribuer à les rendre plus agressifs encore).

Alors que dans un vrai univers, avec de vrais animaux zombies, vous imaginez ? Ces enfoirés de chihuhuas pourraient devenir des monstres qui, simplement en essayant de ronger votre cheville ou de s’accoupler avec votre jambe, pourraient vous transformer en misérables morts-vivants ! N’est-ce pas plus terrible de s’imaginer poursuivi par des yorkshires zombies que par de vaillants dobermans ? Et quand bien même, pourquoi pas d’autres animaux ? Chats zombies ? Pigeons zombies ? Hamsters zombies ? Là ça aurait de la gueule, se faire mordiller par un rongeur qui stocke votre chair dans ses bajoues, enfin ce serait profondément pervers, maléfique et réaliste.

Tout cela manque pourtant affreusement ! Mais à chaque épisode, son passage impliquant des dobermans zombies. C’est obligatoire, allez comprendre.

Mais le temps passe, et j’ai quelques occupations. Nous pourrions pourtant encore discuter encore longuement des clichés minables de cette série de films, mais, ha ! Ne faut il pas en garder un peu pour ce dernier volume ? Dans tous les cas, vous voici un peu plus éclairés sur cet univers formidable.

Maintenant, il n’y a plus qu’à voir le dernier.

Attention par contre : pas en 3D. J’insiste : avec Milla Jojovich, c’est de l’arnaque.

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