Assis sur sa chaise, il se contente de jeter des coups d’oeils distraits aux murs nus qui l’entourent.

De temps à autres, il fait entendre le cliquetis des menottes qui le retiennent à son assise en agitant vainement un bras, probablement dans le but de soulager les muscles douloureux de ses membres supérieurs. Le t-shirt sale, les cheveux en bataille et la mâchoire couverte d’un léger duvet, il n’est guère mis en valeur par la lumière pâlotte du néon qui grésille au-dessus de lui, ce qui ne l’empêche pas de porter de temps à autres un regard fier et hautain en direction de la glace sans tain. Il commence presque à sourire, lorsqu’il entend le bruit d’un haut parleur dans un coin du plafond qui s’allume.

"Bonjour Jean. Je sais que vous êtes persuadé de la noblesse de votre combat, mais je vous le demande encore une fois : soyez raisonnable. Acceptez de coopérer, et vous repartirez libre. 
- Et si je refuse ?
- Je serai très triste. Je partirai pleurer dans ma chambre, j’enfouirai ma tête dans mon gros oreiller, et là, au milieu de mes posters, j’humidifierai la taie de mes larmes, alors que mon petit coeur meurtri battra la chamade au simple souvenir de votre refus.
- Ça fait très peur.
- Puis, j’irai ouvrir mon journal intime, celui avec un coeur dessus, et j’écrirai combien vous avez été vilain.
- Non, vraiment, je tremble.
- Alors je rangerai mon journal dans ma commode, et j’ouvrirai mon tiroir, celui où je range Svetlana, mon poing américain.
- Ha ! Svetlana est un nom de fille, gros débile. 
- Oui, mais Svetlana fait de gros bisous, et toujours sur les deux joues."
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Jean semble prendre en considération cette remarque, et fait de petits mouvements de mâchoire, probablement soucieux de préserver celle-ci d’éventuels dommages à venir. A 21 ans, Jean est fier de sa denture : celle-ci est parfaite, sans que quiconque n’ait eu à le soumettre à quelque torture orthodontiste. A vrai dire, il n’a jamais vraiment eu de problèmes, de quelque sorte que ce soit. Un type sans histoires. Jusqu’à ce soir, où, sans raison, à la sortie d’un restaurant où il venait de quitter quelques amis, quelqu’un lui a glissé un tissu sombre et malodorant sur le crâne avant de le pousser vers une voiture. Ses ravisseurs ont roulé un moment, tant et si bien qu’il ignore l’heure qu’il peut bien être ; c’est incroyable comme on peut perdre toute notion du temps lorsque l’on ne peut plus voir le monde extérieur. Curieusement, cette pensée le faisait marrer : le même phénomène lui arrivait souvent, aussi, devant son ordinateur, lorsqu’il jouait volets fermés. Mais bon, la situation était alors bien meilleure. Dans l’immédiat, il n’avait que deux fiertés : ne pas avoir gerbé dans l’espèce de cagoule obturée qui l’aveuglait alors que ses ravisseurs semblaient tourner sur des ronds-points pour achever de tuer son sens de l’orientation, et avoir jusqu’ici tenu face aux pression de ces terroristes qui voulaient lui faire signer une déclaration avec laquelle il était parfaitement en désaccord :

Le fait qu’il téléchargeait illégalement des trucs parce que c’était bien pratique.

Jean télécharge parce qu’il ne veut pas filer son argent aux majors du disque. Jean télécharge parce qu’il est contre Hadopi. Jean télécharge parce que la culture doit être accessible à tous. Jean télécharge parce qu’internet, c’est avant tout le partage. Jean télécharge parce que l’ère 2.0 achèvera de balayer les moeurs conservatrices des vieux capitalistes. Jean est un idéaliste.

Alors jamais, non, jamais ne signera un document stipulant qu’il télécharge parce que ça l’arrange.

"Sois raisonnable Jean. Signe. 
- Jamais ! Allez vous faire foutre, qui que vous soyez !"
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Le haut-parleur dans la pièce laisse échapper un bruit curieux, comme celui produit par un micro que l’on lâcherait précipitamment. Puis, celui-ci restant visiblement ouvert, Jean semble entendre le bruit d’une cavalcade, comme celui produit par quelqu’un galopant dans un escalier, le tout parcouru de lointains sanglots. Enfin, le jeune homme perçoit le son d’une porte qui claque, suivi de pleurs à demi-étouffés dans un oreiller.

Jean réalisa qu’il venait peut-être de faire une connerie.

"Ahaha, mon combat est noble : je vais me regarder l'intégrale de Dr House juste pour feinter le système"

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Aujourd’hui, nous ne traiterons pas de la communication gouvernementale sur le téléchargement : tout le monde s’en est déjà donné à coeur joie, et ce, à raison. Il faut dire que ces derniers temps, avec la campagne pro-Hadopi et ses spots à base de "Sans Hadopi, nous n’aurons pas le droit à des productions de merde dans le futur", ça ressemblait méchamment à une incitation à faire chauffer les échanges de données pour que Emma Leprince aille s’asseoir derrière une caisse de Monoprix plutôt qu’aux NRJ Music Awards en 2022 (même si la différence entre les deux n’est pas toujours évidente, j’en conviens). Et puis bon, ça fait quelques années que ça dure : qui se souvient, dans la première décennie du XXIe siècle, alors que nous étions jeunes et insouciants, des messieurs qui avaient dit "Bon, on va mettre des taxes supplémentaires sur tous les outils de stockage informatique pour compenser le téléchargement" , l’équivalent de "Bon, on va mettre des prunes sur toutes les bagnoles, bien garées ou non, pour compenser les mauvais stationnements" : curieusement, ça donnait envie de payer pour quelque chose. Non, il n’y a pas à dire : il y a eu de la qualité dans le discours, il y en a encore, et je préfère ne même pas penser à ce qui nous attend.

Mais bref : je disais qu’aujourd’hui, nous ne traiterions pas de cela. Non. Nous allons traiter du camp d’en face : celui des joyeux pirates. Dont vous faites probablement partie, car disons-le : que celui qui n’a jamais téléchargé me jette la première pierre.

Par contre, qu’il courre vite après, car si je le rattrape, je transforme son museau en réplique de ground zéro.

Internet, c’est un peu la nouvelle Tortuga : c’était tellement mal surveillé que c’est rapidement devenu un repaire de boucaniers plus ou moins farouches, où il est coutume d’aller piller un galion espagnol discretos, puisque de toute manière, il n’y a personne pour râler. Du coup, le jour où le gouverneur de France débarque à la taverne du port en disant "Bon les mecs, je sais qu’on rigole bien et tout, mais en fait, piller comme des gros porcs, c’est pas vraiment sympa", il se fait cueillir à grands coups de "On a toujours fait comme ça, et quiconque réduit les libertés dont on a l’habitude de jouir est forcément un enfoiré de crypto-fasciste liberticide". Et puis du fond de la salle, on entend distinctement gueuler "Ouaiiiis et puis moi d’abord, je fais ça pour lutter contre les méchants Espagnols, qui ne vivent que parce qu’ils exploitent les gentils Aztèques et les trésors qu’ils produisent. Alors certes, en pillant les galions, je pille des trucs aztèques ramenés à fond de cale vers Barcelone, mais vous comprenez, c’est mieux pour eux. Et puis même qu’une fois j’ai acheté un collier aztèque, alors c’est dire si je suis honnête et reconnaissant".

Voilà le problème à l’heure actuelle : alors que le gouvernement propose des trucs pas très malins, l’essentiel de la répartie de nombre de piratins (je n’ai pas dit tous, ouf, il y a quelques trucs sérieux) est une sorte de nid à mauvaise foi qui semble être le miroir de celle des troupes de Jean-François Copé. Quand bien même tout le monde sait que télécharger, ce n’est pas bien, et qu’il va bien falloir trouver une solution où tout le monde s’y retrouve, on a encore le droit à une ligne de défense façon "Moi, si je télécharge, c’est pour de bonnes raisons" ; est-ce si dur que ça d’avouer "Moi, si je télécharge, c’est parce que c’est facile" ? Que "ça m’arrange" ? Que "Je me fais plaisir sans claquer de thunes et il y a peu de chances que l’on m’attrape" ? Visiblement, oui : parce qu’on se tape encore tous les argumentaires à base de "Non mais attendez, moi quand je télécharge, c’est pour feinter le système, Hadopi, le gouvernement, les majors du disque… ", bref, une sorte de colique verbale pour piratins du dimanche qui tentent de réécrire l’histoire pour se donner le beau rôle.

C’est clair : tes 556 Go d’épisodes de Lost, de génériques de dessins-animés et de films de Michael Bay, c’est pour défoncer le système, le faire s’effondrer, montrer qui est le Che Guevara du net qui descend des collines numériques pour copier les richesses impérialistes avant de retourner dans le maquis se taper un bon gros 2012 en mangeant des chips, ne laissant derrière soi qu’une IP mystérieuse, et encore. La révolution est à nos portes, nom d’une pipe !

"Aujourd'hui mes amis, nous allons faire croire que nous pillons un galion espagnol non pas pour aller aux putes à Maracaibo, mais parce que nous sommes graves subversifs"

"Non ça n’est pas du tout ça, j’ai aussi des films de Nicolas Cage d’ailleurs, mais ce n’est pas le sujet", répondent donc nombre de fieffés larrons, "On télécharge parce que la culture est un droit, que ça doit être libre et/ou gratuit". Car en effet, nous explique t-on savamment  sur de nombreux sites et blogs, la culture est un droit, que tout le monde doit y avoir accès, soit, mais que donc, elle ne doit pas être payante, ou alors uniquement au bon vouloir de l’utilisateur. Et quiconque conteste cela a le droit à toute une leçon sur le fait que riches comme pauvres doivent y avoir accès, et que c’est ça, une lutte fondamentale, bordel ! Ouais. Curieusement, dans le même temps, les zazous ne se rebellent pas contre le prix de la nourriture, qui lui, n’a de cesse d’augmenter (et qui manque vaguement à 1 milliards de personnes sur la planète, mais comme ils ont pas Twitter pour dire "G pas mangé, j’en chie #jevaiscrever #dysenterie", on s’en tape un peu, enfoirés de pauvres), et qui est plus indispensable encore que la culture : vivre sans culture, c’est moyen, sans manger, c’est difficile (preuve en est, beaucoup de gros vivent très bien en ne regardant que TF1). Donc en suivant leur logique, j’ai tendance à penser que là encore, riches comme pauvres ont un droit à la survie, et donc à la bouffe, et même bien plus encore que pour la culture. Oui mais voilà : depuis qu’il est petit, le piratin a toujours payé son miam-miam, ça lui parait donc normal et établi. Alors que sur internet, il ne paie pas ce qu’il télécharge (ou rarement). Du coup, de là à penser qu’il se cache derrière sa "noble cause" pour simplement continuer de ne pas payer ce dont il profite bien, il n’y a qu’un pas que je franchis allègrement d’un petit saut souple et gracieux. Mais bon, je peux me tromper : peut-être pensent-ils vraiment que la culture est plus indispensable que tout, et que crever de faim, d’accord, mais alors en ayant droit d’écouter du Michel Sardou. C’est ça, leur combat : "La Culture pour tous".

Curieusement, on pourrait télécharger des steaks hachés, je suis sûr que le discours en serait chamboulé.

Ce qui est tout aussi intéressant, c’est que tout l’argumentaire plein de mauvaise foi des deux camps tourne autour de la défense des artistes, qui sont les producteurs directs de produits culturels. Au gouvernement on dit "Ah ouais nan mais on va faire une loi pourrie, mais c’est pour les artistes, hein, pas du tout un truc pondu par Pascal Nègre. Et puis le pognon qu’on pourra potentiellement engranger, ce sera aussi pour eux, vous savez comme on est : on redistribue l’argent à ceux qui en ont besoin comme Liliane Bettencourt. Voilà voilà. Quoi ? Les intermitt… qui ? Mais pourquoi voulez-vous qu’on s’adresse à ces gens là quand on parle d’artistes et de rétributions ? Bon, barrez-vous, laissez nous avoir un interlocuteur sérieux." et en face on a le droit à "Nan mais internet, ça permet d’en finir avec les majors et la SACEM qui s’en mettent plein les fouilles avec de la daube ! Nous on télécharge pour en finir avec cette exploitation commerciale ! On veut la culture libre (c’est-à-dire : "je donne ce que je veux, si je le souhaite") !".

L’artiste, puisqu’on en parle, évoquons-le tout de même vaguement, est une créature elle aussi parfaitement immatérielle (comme ses productions), qui ne mange pas et ne fait pas caca (c’est logique. Et ça en fait un être particulièrement propre dont on a pas à changer la litière trop souvent) : elle sert essentiellement de prétexte pour que chacun explique pourquoi il veut continuer de bien abuser sur son dos, mais toujours pour son bien, évidemment. J’aime beaucoup le principe de "culture libre", qui revient à expliquer à tout producteur de biens culturels qu’il est bon à aller faire la manche dans le métro : il joue par exemple la bamba à l’accordéon, ou fait un mini-show, puis les gentils passagers décident si oui ou non ils vont accepter de lui filer du pognon, et combien, parce que bon, c’est eux qui jugent de sa valeur, et ce aussi en fonction de leur humeur et de leur portefeuille. C’est bien la Culture libre : ça veut dire que 100% de la partie décisionnelle sur le pognon échappe à l’artiste et se retrouve donnée à tous les passants. Bin oui, parce que la production culturelle, c’est connu, ce n’est pas un travail, hein. Donc vouloir du pognon en échange, c’est très mal. C’est vrai que ça nous fait revenir quelques siècles en arrière, où, comme chacun sait, les artistes vivaient bien mieux, ne devant compter que sur le bon-vouloir des gens pour toucher un peu d’argent. Je propose aussi que l’on réintroduise la peste noire : c’était très sympa.

Remarquez, voir Mélanie Laurent en guenilles poussant sa roulotte embourbée sur les routes de Bourgogne pour se produire sur les places de village en essayant de gagner assez d’argent pour soigner sa triple pneumonie, ça aurait son charme, je ne dis pas. Mais nous nous écartons du sujet.

A noter que le résistant moderne explique bien que ce n’est pas du vol que de télécharger : prendre quelque chose à quelqu’un sans son autorisation n’est pas un larcin puisqu’on se contente de copier, ce qui est très différent ! C’est vrai : parce exemple, depuis des siècles, quand quelqu’un "emprunte" une idée à quelqu’un d’autre, ce n’est pas du vol, c’est un fait reconnu de tous. C’est juste du "partage" de "l’échange" (sur internet, on a encore un peu de mal avec les mots "partage" et "échange", particulièrement sur le fait qu’ils impliquent qu’on donne tous quelque chose, mais allons-y doucement, ne brusquons pas trop vite le pirate du dimanche. C’est un comme les artistes "généreux" : les premiers à utiliser ce mot très à la mode pour tout et n’importe quoi sont ceux qui en donnent le moins). Ce qui, pour l’anecdote, me fait penser à plusieurs sites qui, il y a quelques mois, avaient copié du contenu traitant de révisions historiques de cet humble blog pour l’héberger sur le leur, le tout en prenant bien soin d’effacer l’origine du bidule, qui était pourtant indiquée dans un coin. Lorsque je vins à leur faire remarquer que bon, virer la signature de l’auteur, c’était une pratique assez moyenne (et en utilisant aussi des arguments impliquant leurs génitrices ainsi que moult singes bonobos, on ne se refait pas), on m’a expliqué que internet, c’était de l’échange, du partage, sans limites & co, et que je n’étais qu’un vieux conservateur qui ne comprenait rien au net. C’est vrai : copier du contenu d’un blog gratuit et sans pub pour ensuite virer toute référence sur sa provenance, et coller le tout sur un site avec des bannières publicitaires qui rapportent en fonction du nombre de visiteurs, c’était une telle démarche idéaliste : le contenu gratuit, c’est déjà trop cher, maintenant, il faut en plus qu’il vous rapporte du pognon ! Encore une fois, ce fut un monument de bonne foi, avec des discours sur le monde qui évolue en bien, allant vers le Grand Partage, etc, et que quiconque émet la moindre remarque est forcément un animal préhistorique (partouzeur) de droite.

"Répondez par oui ou par non : ne seriez-vous pas un peu en train de vous foutre de la gueule du monde ?"

Par ailleurs, il semblerait que la rébellion 2.0 prenne d’intéressantes directions actuellement : dernièrement, un célèbre site de musique en ligne, jusqu’ici financé par d’affreuses publicités qui piquaient les tympans, est devenu payant, proposant pour 5€/mois d’avoir accès à tout, sans pub, et en illimité. Il s’est aussitôt trouvé quelques rabouins pour hurler au scandale, parce que merde, la Culture, on ne doit pas la payer (encore une fois, parce que les artistes n’ont pas besoin de manger, comme chacun sait, et ne vivent que de remerciements). Et dans le même temps, les mêmes ne voient aucun inconvénient à payer une boîte de jeu "World of Warcraft"  puis plus de 10€/mois pour avoir le droit de finir célibataire jouer à quelque chose qu’ils ont déjà payé, argent qui rétribue une major de l’industrie du jeu vidéo (parce que non, ça ne va pas aux gentils développeurs, qui eux, qu’ils en vendent ou pas, ont un salaire fixe contrairement aux artistes, justement), qui en plus, lorsqu’elle sort un nouveau produit pour le même jeu, explique gentiment que "Ho bin ça alors ! Si vous voulez en profiter, il va falloir repayer encore une fois !". Intéressant : maintenant, imaginez que World of Warcraft soit un groupe de rock Vivendi Universal ultra-commercial, qui vous propose d’acheter son CD, puis de payer 10€/mois pour avoir le droit de l’écouter sinon il ne marche pas, sans compter qu’il vous refasse payer à chaque sortie d’un nouvel album. Vous appelleriez pas ça un peu du foutage de gueule ?

Et bien nos Che Guevara, non. Ils trouvent même ça parfaitement normal et paient sans rechigner pour tous ceux d’entre eux qui y jouent, parce que payer une boîte de produits informatiques, c’est normal. Une boîte de produits culturels, non. Mais à part ça, s’ils piratent, c’est pour la Culture, avec un grand C.

Alors, non, vraiment, les idéalistes du dimanche, par pitié, arrêtez, arrêtez ce discours de merde sur le fait de télécharger comme des gros porcs au nom d’idéaux de justice et de liberté. Et reconnaissez que diable, télécharger, c’est surtout un truc illégal qui se fait par facilité plus que par conviction, et qu’il ne faut pas faire passer une soirée dans un bar à putes de Tortuga pour un moment céleste de liberté dans un monastère tibétain. Et peut-être alors que lors du prochain débat sur une loi sur le téléchargement, on arrêtera de voir les deux camps s’arroser à coups de répliques dignes des plus grands moments gastro-entériques de l’histoire.

Sur ce,  je vous laisse : mon intégrale de Kirsten Prout vient de finir de tomber sur mon disque dur, je dois aller profiter de la Culture qui en émane.

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Jean jeta un coup d’oeil paniqué vers la porte de la petite pièce, lorsque celle-ci s’ouvrit dans un terrible raffut, laissant place à une silhouette portant veston, cravate, cigare à la bouche et poing américain à la main. Il reconnut le visage du type derrière lui au restaurant ce soir, qui avait passé la soirée à se plaindre de "l’absence de brandy dans ce taudis". Les manches de chemise retroussées, le type se dirigea vers lui l’air décidé. Il se souvint soudainement, dans un instant de clarté, de ce qui avait dû énerver ce personnage : dans la soirée, il s’était vanté du nombre de Go de trucs qu’il avait téléchargé sur son disque dur, en expliquant à Sophie, l’une des rares filles en deuxième année d’école d’ingé, plutôt mignonne de surcroît, qu’il faisait tout ça par conviction, parce qu’internet était un monde de liberté totale. Et lorsqu’elle évoqua le concept de "vol", bien que déçu par ce réflexe typiquement petit-bourgeois, il expliqua sa théorie sur le fait que prendre ce qui n’est pas à soi n’est pas du vol tant que ce n’est pas matériel. Oui, effectivement, maintenant qu’il y pensait, il avait peut-être poussé le mensonge un peu loin.

Jean n’eut pas le temps de dire qu’il était prêt à signer, finalement, pourvu qu’on le laisse partir. Alors qu’il ouvrait la bouche pour articuler quelque chose, il se prit un coup de Svetlana sur chaque joue, avant de lourdement chuter au sol, toujours menotté à sa chaise. La suite, il ne la réalisa guère : il perçut dans un brouillard sanglant des coups de chaussures, l’odeur de cirage frais qui en émanait, et une sensation de chaud lorsqu’après de longues minutes, il sentit que quelqu’un laissait tomber les cendres d’un cigare sur l’une de ses plaies béantes.

Quelques instants plus tard, un autre homme entra dans la pièce en traînant derrière lui un jerrycan plein d’un liquide nauséabond qu’il commença à déverser sur le corps de Jean.

"Ca va Monsieur ? Vous ne vous êtes pas fait mal à une phalange en vous occupant de lui ?
- Non, Diego, ça va. Il n’aurait pas pu reconnaître qu’il profitait juste d’une faille ? J’en ai marre de ces trous du cul qui font preuve d’une mauvaise foi maladive."
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Diego releva la tête pour jeter un regard interrogatif à son patron. Ce dernier reprit :

"Je déteste les gens de mauvaise foi." dit-il avant de jeter son cigare sur le corps imbibé d’essence.

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