"Wilhelm, à table !"

Jacob cria une nouvelle fois en direction de la chambre de son frère, ne s’étonnant pas de voir celui-ci passer la porte complètement débraillé, des taches d’encres maculant sa chemise usée qui, il y a longtemps, avait été parfaitement blanche. Se dirigeant vers la salle à manger, ledit Wilhelm renifla bruyamment tout en tapotant sur son vêtement pour vainement tenter d’aplatir les plis qui le parcouraient à force d’être resté assis à écrire à son pupitre. Jacob l’observa se diriger jusqu’à la chaise qu’il occupait toujours à l’heure du repas, près de la fenêtre, puis se dirigea vers lui avec les assiettes qu’il venait de remplir d’une soupe délicieusement odorante.

Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’une lumière semblable à celle d’un éclair et accompagnée d’une formidable détonation éclata au milieu de l’endroit l’espace d’un instant, soufflant tout ce qui se trouvait alentour, Jacob compris.

Se relevant péniblement couvert de soupe, de croûtons de pains et de chou, le pauvre homme toussota, cherchant au milieu de la fumée emplissant maintenant l’endroit son frère, qu’il trouva en train de se redresser aux côtés de sa chaise renversée, observant l’endroit où autrefois se dressait une table et son couvert : désormais, il y avait à sa place un homme aux vêtements faits d’une matière que Jacob n’avait jamais vue, en Saxe, en Prusse ou ailleurs, des volutes de fumées s’élevant au-dessus de lui comme s’il sortait d’un feu, et qui releva d’énormes et épaisses lunettes de son visage carré avant de consulter une sorte de boîtes couvertes de petites lumières clignotantes. "J’ai réussi !", lança t-il dans un allemand à l’étrange accent.

"W… was ?! - parvint à articuler Wilhelm, se tenant prudemment à distance 
- Nous sommes bien en 1812 ? A Cassel ?
- Heu… ja ? 
- Et vous deux – l"étrange homme se tourna tour à tour, l’air possédé, vers les deux hommes perdus par les évènements – vous êtes Jacob et Wilhelm Grimm ? 
- Oui… mais… qui êtes-vous ? Que faites-vous dans notre demeure, et pourquoi avez-vous ainsi saccagé ma soupe ? – Jacob sentit un étrange courage mâtiné d’effluves de chou monter en lui
- Ecoutez-moi bien : je suis un voyageur temporel, et je viens du XXIe siècle car j’ai besoin de vous, frères Grimm ! 
- Que dites-vous ? Je dirais bien que ce sont des sornettes, mais votre arrivée impromptue rend votre récit un peu moins idiot qu’il ne semblerait à première vue. Que voulez-vous ?
- Dans le futur, des amis à moi utilisent une invention qu’on appelle le cinéma pour raconter des histoires comme celles que vous écrivez. Or, je voulais adapter une des vôtres, Blanche-Neige et les Sept Nains, pour faire comme mes copains, mais il se trouve qu’il y manque des éléments pour qu’elle soit véritablement parfaite selon les critères du XXIe siècle. Alors vous allez la modifier tout de suite ! 
- Et pourquoi ferions-nous ça Monsieur ?
- Parce que si vous ne le faites pas, j’utiliserai ceci – il sortit un curieux mousquet de sa veste – c’est ce qu’on appelle un Desert Eagle, cela peut tuer deux gaillards comme vous en un éclair. Alors au boulot les petits gars, je n’ai pas que ça à faire."

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Sous la menace de son arme futuriste, l’homme obligea les deux frères à sortir papier, encre et plume, et les fit s’asseoir autour d’un guéridon voisin.

"Alors déjà, Blanche-Neige, c’est une princesse mais REBELLE d’accord ? Et elle adore faire du cheval en armure lourde pour décapiter des gens à l’épée.
- Mais ? Mais enfin, qu’est-ce que ? 
- ECRIVEZ ! Ensuite, elle kiffe grave le chasseur, qui lui apprend à faire du wiki-woush avec des couteaux pour faire des trucs de ninjas
- wiki… woush… ninja… ach, moins vite, moins vite !
- Et à un moment, il y a un troll, et le troll il fait BAM, BAM ! Comme ça, mais woush ! L’autre il esquive, et ensuite…"

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Quelques heures plus tard, l’étranger avait terminé son étrange dictée, et la nouvelle version de Blanche-Neige, intitulée "Blanche-Neige et le Chasseur" était prête. Après avoir expliqué que s’ils parlaient de lui à qui que ce soit, il reviendrait du futur pour les abattre, le voyageur temporel s’en vint, laissant derrière lui les deux frères quelque peu étonnés, et inquiets de l’avenir de l’humanité.

Quel monstre a bien pu naître de cette nouvelle visite du conte des frères Grimm ? Spoilons, mes bons !

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L’affiche : "Par le producteur d’Alice au pays des merveilles". Ah oui, donc il y a vraiment un pervers qui aime violer les contes avec barbarie, d’accord.

Le film s’ouvre sur un splendide jardin paisiblement endormi sous la couche neigeuse d’un froid hiver ; établi au sein d’une splendide forteresse, il voit déambuler en son sein, silencieuse, une charmante dame qui n’est autre que la reine du royaume local, comme nous le dit la voix off locale. Soudain, que ne voit-elle pas ? Une rose rouge, éclatante au milieu de la nature endormie ; "Bordel, c’est pas la saison !" se dit promptement la monarque, avant de tenter de se saisir de la fleur, mais ha ! Voici que se piquant sur les épines de celle-ci (malgré ses gants d’hiver, la reine a dû tenter de stranguler le pauvre végétal), trois gouttes de son sang royal viennent choir sur la neige, et à la vue de cet étrange contraste, la noble dame murmure :

"Ah, si seulement j’avais un enfant à la peau blanche comme la neige, aux lèvres rouges comme le sang et aux cheveux noir comme ceux d’un corbeau, je serais tellement heureuse !"

Le Destin, entendant sa prière, exauce le voeu de la reine ; et quelques mois plus tard, probablement après avoir fauté avec un gothique par eugénisme, voici naître une splendide enfant : Blanche-Neige (la reine penchait au départ pour "Rouges-Lèvres" sur le même principe, mais une péripatéticienne d’un village voisin travaillant sous le même nom, cela parut être une mauvaise idée).

Quelques années plus tard, Blanche-Neige a grandi ; c’est désormais une enfant réputée dans tout le royaume pour "sa beauté et son caractère rebelle" ; car dans toute bonne histoire, la princesse est "rebelle", mais c’est en général le narrateur qui le dit tant, dans les faits, la princesse en question accepte parfaitement l’ordre établi, à commencer par le fait d’avoir de par sa naissance le droit d’avoir une dizaine de serviteurs et l’opportunité de péter chaque soir dans des draps en soie. Mais c’est vrai que "princesse rebelle" sonne mieux que "princesse pétomane". Ce détail passé, nous découvrons que Blanche-Neige a un ami d’enfance qui l’accompagne dans ses jeux : William, fils d’un duc local, le Duc (notez que c’est recherché). Ils rient, courent, échangent des plaisanteries… il fait beau sur le royaume et le monde est heureux !

Hélas, un hiver, une chose terrible arrive : la maman de Blanche-Neige tombe malade, ce qui est le genre de chose qui arrive quand on passe ses journées à se promener dans les jardins du château à chercher des roses alors qu’il fait – 12. Elle finit par mourir, ce qui attriste le roi qui, contrairement à nombre d’autres personnages de ce film, n’est guère nécrophile. Et si les malheurs s’arrêtaient là…

… mais quelques mois plus tard, voilà qu’une étrange armée rôde sur les terres traditionnellement défendues par le suzerain, obligeant celui-ci à partir à la guerre pour botter des culs à la centaine. Lui et ses copains les joyeux cavaliers multicolores, sorte de gay-pride équestre, galopent donc à travers le pays pour finalement trouver l’ennemi à la sortie d’un bois : un bon millier de lanciers en armures noires ne laissant pas paraître le moindre centimètre de peau, en rangs, immobiles et prêts à se battre.

Le roi, voyant autant de lances face à ses chevaux, décide donc de faire la chose la plus logique du monde : charger n’importe comment, et de face s’il-vous-plait, histoire d’être sûr de se prendre une branlée ; mais par un curieux mystère, les soldats ennemis semblent n’avoir pris des armes longues que pour la déco, et décident de les lâcher sans s’en servir pour sortir des épées. Ha ? D’accord, pourquoi pas. Mais sinon vous avez vraiment pas envie d’utiliser vos lances sur les dadas ? Enfin bon. Bientôt, les soldats en noir désarçonnent les cavaliers royaux, obligeant ces derniers à se battre à pied en une fiévreuse mêlée. Mais ha ! Voici que portant un coup d’épée à un ennemi, le roi voit celui-ci se dissoudre en milliers de petits morceaux noirs !

"Bon sang les gars ! Ces soldats ils sont…
- Démoniaques, sire ?
- Oui, enfin, on s’en fout ! Ces petits morceaux noirs… je crois qu’ils sont constitués de cachous ! Vite, sucez-les très fort !"

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Ce propos malheureux se mariant aux tenues contestables de l’ost royal, l’armée ennemie a tôt fait d’être mise en déroute, et voici sur le champ de bataille le papa de Blanche-Neige victorieux ! Mais au milieu des piles de cachous constituant les défunts, il aperçoit derrière les anciennes lignes gardées par l’ennemi un chariot abandonné, et l’ouvrant, trouve à son bord une dame blonde plutôt bien faite de sa personne se présentant sous le nom de "Ravenna" (ce qui sonne comme "Dark Mistress of Hell" et n’est pas du tout suspect), et la sauve ainsi des méchants qui la retenaient prisonnière.

"Le roi décida donc de se marier avec elle dès le lendemain", nous dit la voix off.

"Qu’est-ce qui vous fait penser que je suis maléfique ? Arrêtez enfin !"

Pardon ? Même pas un petit restau, non? Non parce que si ça se trouve, elle rigole comme une truie devant Secret Story ou adore René la taupe ! Sinon, mon roi, ça vous intéresse pas de savoir d’où sortait cette armée qui a ravagé vos terres, pourquoi elle retenait cette donzelle et d’où elle sort, comme ça ? Non ? Non : l’appel de la coucherie n’attend pas.

De retour au château, donc, la future reine rencontre la jeune Blanche-Neige, et lui dit qu’elles seront super copines, tu verras. Puis, une cérémonie est organisée pour unir le roi à sa nouvelle épouse ; cela fait, passons aux choses sérieuses : il est temps que le roi montre à la désormais Reine ses techniques de joute en privé. Sauf que… tout ne se passe pas comme prévu : alors que le suzerain s’apprête à imiter l’éléphant devant madame, voici qu’il se sent fort mal…  que… que se passe t-il ?

"Du poison, mon roi : alors ouiiiii je sais, tu ne vas pas m’écouter parce que tu es trop occupé à crever, mais permets-moi de te raconter ma vie en détails pendant ce temps. Tu sais comme on est, nous, les filles : on papote, on papote, et pis vous les garçons, vous écoutez jamais, hihihi… heu, hem : oui, je disais : ma vie. Alors je suis née dans un petit village de la Creuse, où un jour, ma maman, voyant une armée arriver, a senti que ça allait barder pour sa gueule. Elle m’a donc jeté un sort qui fait que je serai éternellement jeune et belle en absorbant ces qualités à autrui ; elle savait en effet que la troupe en approche était celle d’un roi qui me voulait comme épouse pour remplacer son vieux boudin à la maison. Du coup, en restant jeune… moi je n’aurais pas ce problème ! Bref : le filou m’a non seulement emmenée, me séparant de mon frère, mais en plus, il a vaguement buté ma môman. Donc, j’étais un peu colère. Et je l’ai tué. Et depuis, je trompe des rois en les épousant puis les tuant, puisque vous êtes tous les mêmes : vous ne pensez qu’au sexe avant de nous jeter, nous autres, les filles ! Girls power !
- Je… mais ? Tu… es juste pleine de préjugés pourris ? Tu es… Eric Zemmour faite reine je… je te pardonne pour le poison : je vais mourir de honte avant qu’il ne fasse vraiment effet. Voilà : Aaaargh."

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Le roi mort, la vilaine reine s’empresse donc d’aller faire ouvrir les portes du château afin que son armée personnelle (cette fois constituée d’humains tout à fait normaux) s’empare de l’endroit (oui, les gardes du coin n’avaient pas remarqué les 3 000 hommes en train de camper sous les remparts, ils avaient des armures en velours pour ne pas faire de bruit) ; le combat s’engage donc entre serviteurs de la nouvelle reine et du défunt roi, et bientôt, les troupes de feu le suzerain sont obligées de quitter les lieux dans le désordre le plus complet, jusqu’à ce que la Reine fasse abaisser la herse pour empêcher au maximum de rebelles à son autorité de s’enfuir : et si le jeune Guillaume parvient à quitter l’endroit in-extremis avec son père, il aperçoit derrière la grille qui vient de tomber, désormais prisonnière des murs de son propre château et orpheline, la pauvre Blanche-Neige. Ho bin non alors !

La Reine, elle, fait porter dans ses nouveaux appartement un immense miroir à qui elle pose cette légitime question "Miroir, mon beau miroir, qui est la plus belle du royaume ?", et même si au début le miroir cite une série d’actrices de charme, sitôt que la Reine l’a menacé d’un bon gros parpaing dans la margoulette, il lance un chétif "Maiiiis toiiiii, ma reiiiineuuuh, bien sûr". Satisfaite de cette réponse, le règne de la nouvelle propriétaire du royaume peut donc commencer, sans que quiconque ne tente la moindre contre-attaque sur le château bien sûr, ce qui est quand même bien fait.

Hélas, le règne de la donzelle est "si maléfique que la nature se retourne contre elle-même" nous dit la voix-off, ce qui est un peu con de sa part, puisque du coup, elle devrait s’en prendre à la Reine et pas à elle-même, mais passons : les récoltes pourrissent sur pied, les fleurs fanent, la terre devient boue, bref, il faudra m’expliquer ce que l’on mange au château puisque plus rien ne vit à des centaines de lieues à la ronde. Ou alors, on se fait des galettes de boue, ce qui doit rendre les banquets particulièrement joyeux et faire la fortune des vendeurs de dentifrice. Mais plutôt que de répondre à ces questions pourtant essentielles, le film propose de sauter dans le temps, comme ça, hop.

Nous retrouvons donc, bien des années plus tard, Blanche-Neige, désormais adulte : sa peau est toujours blanche comme la neige, ses lèvres rouges comme le sang, et ses cheveux noirs comme ceux d’un corbeau ; par contre, elle a aussi les dents du lapin, ce qui est un peu plus curieux, tant feu sa mère n’avait pas demandé au Destin un rejeton avec une dentition de lagomorphe, mais soit. On comprend vite qu’à la puberté, ça a un peu merdé et plus que les seins, ce sont donc les incisives qui ont poussé, transformant l’innocente Blanche-Neige en Kristen Stewart, ce qui n’est vraiment pas très sympa.

Mesdames et Messieurs : la plus belle fille du royaume. Chhht.

Enfermée dans une tour isolée du château depuis toutes ces années, au sein d’un cachot dans les hauteurs, les journées de Blanche-Neige ne semblent pas passionnantes : elle dort, observe la course du soleil, entretient le feu de sa petite cheminée pour se réchauffer et surtout, tente d’apprendre à fermer la bouche (mais POURQUOI cette actrice N’ARRIVE PAS à FERMER LA BOUCHE ?!). On peut aussi le dire : elle se fait un peu chier. Et à en croire une jeune fille qui vient d’être installée dans le cachot en face du sien, le monde extérieur ne va guère mieux : la reine terrorise la région, les paysans sont soumis, tout le monde est persuadé que Blanche-Neige est morte lors de l’assaut de la forteresse des années auparavant, et le seul espoir de ce monde réside dans une petite forteresse tenue par le Duc, accessoirement père de William, l’ami d’enfance de Blanche-Neige. Mais si l’endroit accueille quantité de réfugiés souhaitant fuir les forces de la reine, il n’a pas suffisamment de forces pour tenter de reconquérir le royaume qui fut autrefois prospère. Blanche-Neige déprime donc d’autant plus. Et prie, car oui, Blanche-Neige récite des prières chrétiennes. Oh. Soit.

Quittons le cachot de notre héroïne pour aller retrouver la Reine et sa nouvelle couronne (qui est devenue noire et calibrée sur l’architecture gothique sans raison), qui elle, s’éclate pas mal à prendre des bains de lait en se soulageant dedans pour imiter la présence de gros chocapics,  courir dans le château en agitant sa cape noire ou causer avec son miroir, qui a plein d’histoires drôles en stock : c’est un peu le Jean Roucas de la miroiterie. Mais un jour, voici qu’un brigand qu’elle jugeait dans la salle du trône pour avoir tenté de piller l’un des convois royaux tente, dans un acte désespéré, de l’agresser : saisissant le poignard à la ceinture d’un garde voisin, il se jette sur la filoute et lui plante sa lame dans le bidou ! Hélas pour le petit anarchiste, les choses ne se passent guère selon son plan :

  • La Reine ne meurt pas, ho ?
  • En fait, il a beau avoir bien planté la lame, celle-ci ressort sans même être tachée de sang.
  • La Reine va même bien en fait, merci
  • Elle est un peu grognon-grognon
  • Du coup, d’un mouvement de la main, elle lui fait exploser le coeur, selon une technique qu’elle a vue dans Kill Bill
  • Le jeune chenapan meurt donc, un peu surpris pour le coup, reconnaissons-le.

En conséquence de quoi, la Reine se retire dans ses appartements, un peu fatiguée par ces derniers évènements : pour tout dire, elle semble même un peu… vieillie : elle a dû puiser dans sa magie pour survivre et doit donc refaire ses réserves si elle veut retrouver son teint de jeune fille ; ça tombe bien, son frère, Coupaubol, nommé ainsi pour de contestables motifs capillaires (s’il a lui aussi la jeunesse éternelle, pour la beauté, c’est râpé), a la solution. En effet, le bougre a jugé bon d’aller chercher la jeune fille installée dans le cachot en face de celui de Blanche-Neige et de la livrer à la Reine, et là, attention : grâce au pouvoir d’un crypto-baiser lesbien, la Reine absorbe la jeunesse et beauté de la pauvrette, qui de son côté, vieillit de manière accélérée ; sa peau se fripe, ses cheveux blanchissent, ses organes descendent et elle n’est plus tout à fait étanche. Alors que pour Ravenna, ça roule : sa peau est plus lisse, ses cheveux plus éclatants, sa croupe plus rebondie… vous voyez le topo. Cela fait, elle remercie son frangin de ce petit quatre heures, et s’en va taper la conversation avec son miroir, ce qui doit faire plaisir à son frère d’être ainsi snobé au profit d’un élément de déco. Bref.

"Miroiiiir, mon beau miroiiiir, qui est la plus belle du royauuuuume ?
- Hem… je… écoutez, je suis un miroir d’accord ? Donc techniquement, je suis paaaas vraiment calé en matière de…
- Je crois t’avoir posé une question, miroir. Alors, c’est qui qu’est la plus belle ?
- Humgrumblblblfugrmblancheneignegmrbmblteum.
- Pardon ? J’ai cru entendre un truc au milieu de tes toussotements !
- Okay : j’ai dit Blanche-Neige, ma reine. Mais en même temps, j’ai toujours été excité par les lapins, alors vous comprenez, je…
- COMMENT OSES-TU !
- Oooon se calme, on se calme ; écoutez ma reine, j’ai un tuyau pour vous : si vous mangez le coeur de cette fille à la beauté supérieure à la vôtre, vous serez éternellement jeune et belle, vous n’aurez plus jamais à absorber les forces de qui que ce soit. Bon, ce sera un peu gore, mais hein, quand même, c’est pas mal, non ?"

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La Reine hésite quelques instants, se demandant si elle doit tabasser ou remercier son miroir, puis fait appeler son frère pour qu’il aille chercher Blanche-Neige : ce midi, c’est viande rouge (la Reine adore Buffalo Grill).

Sauf que pendant ce temps, dans le cachot de Blanche-Neige, il se passe des trucs : par la seule étroite fenêtre de l’endroit, deux oiseaux entrent, piaillant un peu partout (et chiant au passage dans tout l’endroit), semblant indiquer à Blanche-Neige l’orifice par lequel ils sont entrés : cela donne une idée à notre héroïne : tiens, si je regardais par la fenêtre ?

Parce que oui, en 10 ans et quelques, l’idée ne l’a pas traversée. Voilà voilà.

Et que voit-elle ce faisant ? Ho bin ça alors ! Un gros clou de maçonnerie qui dépasse ! Hmmm, ça pourrait servir à égorger quelqu’un : merci les oiseaux psychopathes ! Allez hop, on embarque le bidule, et on va vite sur sa paillasse car des pas approchent de la cellule : il s’agit de Coupaubol !

Feignant le sommeil (la bouche entrouverte), elle laisse le bougre s’approcher d’elle et prétend se réveiller en le voyant ; celui-ci lui explique qu’elle est si belle que depuis fort longtemps, il l’observe depuis la porte de sa cellule lorsqu’elle dort (… attendez, attendez : cette actrice ne joue que dans des films où des gens avec des coupes à la con la regardent dormir comme des pervers ou c’est moi ?). Mais qu’aujourd’hui, c’est un peu moins rigolo, puisqu’il vient la chercher pour que la Reine en personne l’exécute. Désolé, c’est ballot, mais c’est comme ça. Allez, suis-moi Blanche-Neige, fais pas ta mauvaise tête, hein, dis.

Sauf que la princesse ne l’entend pas de cette oreille, et improvise un plan digne de Prison Break : déjà, elle attrape son clou de combat dans son inventaire, en met un bon coup dans le visage du Monsieur qui recule en titubant, puis, en profitant pour se saisir de ses clés, fuit la cellule avant de refermer la porte sur l’homme désormais balafré.

A noter que tous les gardes présents dans le couloir des cachots depuis le début du film ont eux disparu, n’entendant pas les hurlements du frère de la Reine à demi-défiguré par une princesse cucu qui a trouvé son arme grâce à de gentils oiseaux innocents ("Piou piou piou, ouiiii,  Blanche-Neige, arrache-lui l’oeil, saigne-le comme une truie… heu… Piou piou piou. Hem.". La jeune fille se lance donc dans une cavalcade éperdue au travers de la tour, finissant par déboucher dans la cour du château où, hélas, des gardes la repèrent : ni une, ni deux, apercevant un orifice d’évacuation d’eau, elle se jette dedans et parvient à échapper à ses poursuivants en déambulant au travers des conduits creusés sous le château, jusqu’à déboucher au milieu d’une falaise battue par les eaux (le château est bâti sur une presqu’île qu’il occupe entièrement) : sauf que le ressac local plus que violent ne fait pas peur à la princesse, qui se jette à l’eau sûre de son coup (au passage, sachez que Blanche-Neige était parfaitement vêtue pour l’aventure dans son cachot : solide pantalon sous sa robe, bottes de voyages en bon cuir, etc. C’est bien fait quand même, ils avaient tout prévu pour l’aider à s’évader). Et effectivement, ça n’arrête pas la bougresse, qui emmerde tant les flots que les courants, et nage donc pépère jusqu’à une plage voisine située sous les murs de la forteresse où ses amis les oiseaux la guident jusqu’à un… un… heu…

Un cheval blanc.

"Cui cui cuiiii tuetoutetafamilleavecuncouteauàhuîtres cui cuii cuiiii piou piouuuuu"

Dis-donc Blanche-Neige, tes oiseaux là, ce sont des hirondelles européennes ou africaines ? Non parce que pour héliporter un cheval, elles doivent être balaises quand même. Et depuis la forteresse, ça ne les a pas choqué de voir débarquer un cheval, comme ça, pouf pouf, juste sous les murs ? Non ? Personne n’a eu envie de capturer ce bidule qui vaut une fortune ? Excusez-moi mais on est qu’au début du film là, est-ce que ce truc a seulement été relu ?

En tout cas, la forteresse justement s’agite tout de même un peu, puisque quelques cavaliers sont envoyés à la poursuite de la princesse qui, elle, de son côté, se découvre des talents de reine de l’équitation sur le dos de l’animal sauvage-mais-pas-trop (il n’a pas de selle ni aucun équipement : il est tout pur, par contre il se laisse monter par la première prisonnière venue qui a probablement pris des cours dans sa cellule durant les 10 dernières années en chevauchant des rats pour aussi bien cavaler). La poursuite dure donc un long moment, les paysages défilant jusqu’à ce qu’enfin, Blanche-Neige constate que son cheval avance moins bien : en effet, ils viennent d’arriver dans un marais, et le pauvre animal est en train de tenter d’imiter l’immersion périscopique avec brio ; notre héroïne a juste le temps de sauter sur la terre ferme voisine pour voir ses poursuivants se rapprocher, et continue donc de filer à pied vers la forêt toute proche, aux arbres tordus et à l’herbe inexistante.

Les cavaliers à sa poursuite se contentent donc de dire "Ho non, un marais ! On ne peut pas continuer à cheval !" et… font demi-tour.

Vous n’avez pas de pieds les gars ? Maman vous a interdit de salir vos bottes ? Enfin, je veux dire : vous devez ramener à la reine une fille en robe (même si elle a sa tenue de voyage sans aucune raison en dessous, c’est vrai), qui a pas dû beaucoup faire de sport dans sa cellule de 9m² (n’est pas Sarah Connor qui veut) depuis près de 10 ans et qui tente de vous semer à la course, vous, soldats ; vous ne pensez pas que ça pourrait aller vite cette histoire ?

Hé bin non.

Bon, et bien continuons avec Blanche-Neige toute seule, puisque s’aventurant au milieu des arbres déformés, elle se prend les pieds dans une racine et atterrit sur des champignons qui lui envoient moult spores à la tronche ce faisant : et figurez-vous que c’est hallucinogène, puisque soudain, tout autour d’elle devient affreusement hostile : les arbres ont des visages, des insectes courent en tous sens, des créatures monstrueuses s’accrochent aux branches alentours ou les animaux se transforment en Bogdanoff… c’en est trop pour la bougresse, qui s’évanouit purement et simplement sur place, mais proprement quand même histoire de pas trop se défigurer avec une branche ce faisant. Elle marmonne donc faiblement "Ouaaah putaaain le triiiiip" puis s’endort. A plus tard, ganja girl.

La Reine, elle, de son côté, est très mécontente : ses cavaliers n’ont pas rattrapé Blanche-Neige au motif que "Nan mais elle est arrivée dans la sombre forêt, on ne peut pas la poursuivre là-dedans, parce que… heu, et d’une, c’est une forêt, et de deux, elle est sombre. Voilà." ; oui, en même temps, elle n’était pas dans la sombre forêt quand vous l’avez lâchée les gars : vous l’avez laissée en plan pas loin de la lisière sitôt qu’il aurait fallu salir ses jolies bottes dans la gadoue. Trooooop dur. Mais bon, c’est pas comme si décevoir la Reine vous faisait risquer la mort, pas vrai ? En tout cas, la Reine justement demande à ce que l’on aille chercher quelqu’un connaissant les bois en question pour y retrouver la bougresse. Et ça tombe bien : juste à côté du château, dans un petit village, Chasseur le chasseur est occupé à se prendre une cuite. Et entre deux rots au parfum de 8-6, il se retrouve attrapé par Coupaubol et quelques gardes, venus le quérir pour l’emmener jusqu’à la Reine. Sitôt tracté jusqu’à la salle du trône contre son gré, et pendant qu’il essaie de ne pas vomir sur le tapis local, le bougre reçoit de la Reine ses instructions : aller chercher une fille perdue dans la sombre forêt et la ramener au château. Certes, ça n’intéresse pas trop le Chasseur, mais bon : comme la Reine lui jure en pouffant et croisant tous les doigts (elle a d’ailleurs des orteils très souples) que s’il le fait, elle ressuscitera sa défunte femme avec sa puissante magie, l’homme des bois décide d’accepter la mission, et accompagné de Coupaubol et de quelques gardes, il part donc pour la sombre forêt.

Après avoir un peu cavalcadé, la troupe arrive donc à l’orée du bois de mauvaise réputation, et commence donc à s’enfoncer en son sein, chacun suivant avec attention chaque pas de Chasseur pour ne point tomber dans l’un des nombreux pièges de l’endroit. Et au bout d’un petit moment… le Chasseur tombe sur Blanche-Neige, la rattrapant alors qu’elle tente de cavaler loin de lui.

"Mais… tu es un lapin ?! Ferme la bouche pour voir ?
- Je… je n’y arrive pas Monsieur le Chasseur ! Et je ne suis pas un lapin : je suis une jeune fille qui veut échapper à la mauvaise Reine !
- Ah bah ouais mais bon, moi je m’en tape un peu tu sais. Tiens, voilà une carotte à grignoter."

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Mais alors que Blanche-Neige tente d’expliquer que bordel, non, elle n’est point un petit animal de la forêt, voici paraître Coupaubol et ses hommes qui étaient un peu à la traîne pour un dialogue d’anthologie :

"Bravo Chasseur ! Tu as retrouvé la fugitive. Maintenant DONNE-LA MOI !
- Sachant qu’on est supposés repartir au château tous ensemble, je ne comprends pas trop pourquoi tu parles ainsi, mais je vais faire semblant de rien. A moi de lire mon texte inutile : OKAY MAIS RENDS-MOI MA FEMME D’ABORD !
- Ah oui, c’est con en effet, sachant que c’est la Reine qui est supposée faire ça et qu’elle est à plusieurs bornes, ça n’a aucun sens… bon, allez, continuons. NON ! JE NE TE RENDRAI JAMAIS TA FEMME, HA HA HA ! JE SUIS DIABOLIQUE ! NOUS T’AVONS MENTI ! MAINTENANT, DONNE-MOI LA FILLE !"

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Voilà, notez, et c’est important, que le méchant, pour négocier dit : "Donne-moi ce que je veux, et en échange, je t’entube", plutôt que de simplement baratiner le pauvret et rentrer au château pépère. C’est à ce genre de détails que l’on comprend que c’était un film pour Kristen Stewart.

Bref, du coup, le Chasseur devient colère, et décide de péter la gueule aux malandrins au service de la Reine, mais comme c’est un gentil, il n’a pas compris comment on se sert d’une hache : comme dans les séries de mauvaise qualité où tous les personnages ont des tenues flashy et n’utilisent jamais leur arme convenablement pour ne pas tuer, voici que le Chasseur frappe… avec le manche de son arme.

"Attention, j’ai une hache, si vous continuez, je ne m’en servirai pas"

Hmmm, d’accord. Tu es persuadé que ton arme est un tonfa et non une hache. Le fer au bout ne te met pas sur la voie ? Non ?

Cela dit, il a quand même tôt fait de mettre en vrac la margoulette de ses ennemis, Coupaubol résistant bien un peu, mais finissant tout de même par choir dans un tas de champignon dégageant des spores hallucinogènes, et se contentant donc de rester au sol les yeux dans le vague, hurlant simplement "Chasseur, je te tueeeeerai !".

Et comme le Chasseur est sympa (ou trépané), il ne le tue ou ne le capture pas, histoire de bien laisser Coupaubol aller prévenir la Reine pour qu’elle puisse envoyer rapidement des troupes à leurs trousses, plutôt que de simplement supposer que la sombre forêt a eu raison de la petite expédition. C’est très malin. Mais bon, hein… ça n’étonne plus personne à ce stade ("ce stade" ayant été franchi dès le pitch du film, en fait). Le Chasseur embarque donc Blanche-Neige avec lui, et décide de l’aider à fuir la sombre forêt ainsi que les troupes de la Reine. Il en profite, au détour d’un arbre, pour sans aucune raison se tourner vers la jeune fille et lui dire :

"Si un jour quelqu’un tentait de te tuer, tu dois esquiver comme ça puis riposter avec un couteau comme ceci."

Ho bin ça alors je me demande bien si ça va servir dans ce film, dites ! Surtout en sachant que le Chasseur, dès la scène suivante, n’en a plus rien à faire d’expliquer les rudiments de la self-défense à notre louloute, prouvant bien que ça sortait tout simplement de nulle part de manière ni naturelle, ni logique. Merci. Mais comme l’aventure ne s’arrête jamais contrairement aux incohérences, alors que les deux compères s’apprêtent à sortir de la sombre forêt après avoir longuement marché, ils doivent passer par un pont de pierre où l’on retrouve dispersés des ossements guère rassurants. Hmmm… avançons sans précautions, pour voir. Ce sont peut-être juste les restes de gens qui ont fait des crises cardiaques tous en même temps et au même endroit. Moui, ça doit être ça.

Cette théorie parait crédible à nos héros, jusqu’à ce qu’un énorme troll surgisse de derrière un arbre, soucieux de se faire un bon repas à base de pauvres humains ; et si le Chasseur lutte courageusement mais un peu connement ("Tiens, prends un coup de manche dans la gueule vilain monstre de deux tonnes  ! Ah, si seulement j’avais une hache au bout de mon manche !"), c’est finalement Blanche-Neige qui le sauve en heu… bin… en… en regardant le troll.

Je ne blague pas : elle se contente de regarder la bête dans les yeux, et allez savoir si ça attendrit l’animal ou si c’est plus simplement que ce dernier a l’impression de contempler deux fenêtres vers le vide intersidéral (moi je vote pour cette option des deux mains), mais la bête se calme et fait demi-tour (le regard de Blanche-Neige doit être nourrissant : il n’a plus besoin de manger des gens. Combien de calories par clin d’oeil ?). Probablement qu’elle cauchemardera encore de longues semaines de ce qu’elle vient de voir. "C’est cool", dit donc le Chasseur sans poser de questions, avant de reprendre la route jusqu’à une rivière voisine marquant la fin de la sombre forêt.

Mais pas question de faire trempette, car sur l’eau paraissent bientôt de frêles embarcations couvertes d’archers aux visages dissimulés par des voiles : il s’agit en fait d’une tribu de femmes vivant dans le coin, qui décide de prendre sous son aile nos deux loulous, tant ce n’est pas tous les jours que l’on voit émerger des gens de la sombre forêt ! Mais alors, qui sont-elles, ces formidables archères ? Et bien il s’agit de donzelles du royaume ayant fui pour ne pas finir comme petit goûter pour la Reine et son besoin de jeunesse et de beauté : d’ailleurs, pour se prémunir de la chose, elles se sont volontairement fait des cicatrices au visage pour que leur beauté ne soit pas appétissante aux yeux de la vilaine patronne du royaume. Ok, c’est une technique comme un autre. L’autre option, c’était de poster des photos de duckface sur Facebook : avec ça, vous êtes hideuses pour l’éternité. Mais bon, on va dire que les cicatrices ça marche aussi pas mal.

En attendant, la plus vieille et évidemment la plus sage d’entre elles a tôt fait de reconnaître Blanche-Neige, et informe le Chasseur de ce qu’il vient d’accomplir : il vient de sauver, non pas une paysanne crasseuse et débilette, mais la fille (tout aussi débilette) du défunt roi des griffes de sa tyrannique belle-mère ! Bravo, tu es un héros qui s’ignore : allez, disent les femmes du coin, vous pouvez passer la nuit ici pour vous reposer, vous l’avez bien mérité (et elles ne disent pas du tout ça car elles aimeraient bien aller voir le Chasseur prendre son bain tout nu, nooon).

Mais pendant ce temps, Coupaubol, lui, n’est pas resté inactif ! Après avoir averti la Reine de son échec, ce dernier a réuni une nouvelle troupe de cavaliers, et a recruté en chemin un mystérieux et surdoué archer…  qui n’est autre que William, l’ami d’enfance de Blanche-Neige ! Apprenant que son amie était vivante mais en danger, il a décidé de partir à son secours ; et grâce à ses pouvoirs de divination et de téléportation, il s’est trouvé pile sur le chemin de Coupaubol pour rejoindre la troupe à la poursuite de la princesse ! Bien joué mec ! Mais du coup, tu n’aurais pas pu te téléporter auprès de Blanche-Neige, plutôt ? Détail.

Pendant ce temps, de l’autre côté du pays, durant la nuit, près de la rivière, Blanche-Neige se réveille pour constater que des flèches enflammées commencent à tomber sur le village des femmes : bin, ça alors ! C’est pas banal ! Qu’est-ce donc ? Et bien ce sont tout simplement les hommes de Coupaubol qui passent à l’assaut, et commencent à massacrer toutes les donzelles, qui courent partout en hurlant ! Vite, Chasseur, à l’aide !

Blanche-Neige vient d’apercevoir la chevelure de Coupaubol : on la comprend.

Oui, et puis neurones aussi, à l’aide :

  • Comment les méchants ont-ils su où était Blanche-Neige ? Ils bénéficiaient des pouvoirs de devin de William ?
  • Comment sont-ils arrivés aussi vite, sachant qu’il a fallu plusieurs jours à Blanche-Neige et au Chasseur pour arriver là ? Là aussi, les pouvoirs de téléportation ont été mis en commun ?
  • Excusez-moi, mais les dizaines d’archères de combat d’il y a 10 minutes, elles sont où ? Non parce que d’après ce que l’on a vu, la troupe de Coupaubol est à peu près 10 fois inférieure en nombre aux guerrières locales, alors quoi ? Elles étaient occupées à un concert de Justin Bieber ?
Bref : alors que la bataille fait rage, voici que William apparait, utilisant ses talents d’archer pour trahir ses compagnons d’arme et commencer à envoyer de la flèche dans tout ce qui tente de poser la main sur les damoiselles du cru. Blanche-Neige l’aperçoit brièvement, mais très vite, tous deux sont séparés par les flammes des incendies ravageant l’endroit. Et à défaut de William, c’est le Chasseur qui attrape Blanche-Neige par la main pour l’emmener loin du village, fuyant Coupaubol et sa troupe en s’enfonçant dans la nuit. William est un peu dégoûté, car il sent bien comment va se finir cette histoire : elle va coucher avec le Chasseur bad boy, et lui deviendra son meilleur ami gay. Rah, la vie s’tronul.
En tout cas, le lendemain matin, alors qu’ils traversent un bois voisin, Blanche-Neige et son compagnon sont surpris par un terrible piège (le classique lasso qui les suspend à un arbre la tête en bas), mais qui a bien pu le tendre ? La réponse arrive vite lorsque 7 petits personnages bourrus et bien armés sortent des fourrés alentours afin de voir ce qu’ils viennent de prendre : un Chasseur et un… heu… hmm… c’est pas bien clair.
"On dirait une… une sorte de cochon d’inde.
- Non, un cochon d’inde ça a l’oeil qui pétille beaucoup plus. Je pense à une espèce de méduse, mais avec des dents.
- Hmmm, ça se tient, mais que ferait-elle aussi loin de la mer ?
- VOS GUEULES JE SUIS UNE PRINCESSE BOUGRES DE CONS !
- Ah non, pour brailler comme ça, ça doit plutôt être un lamantin."
 
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Mais alors que la petite troupe est toute à sa discussion et hésite à libérer ses prisonniers, ne sachant gère ce qu’ils font là, voici que résonne dans la forêt un son de cavalcade : les cavaliers de la Reine ! Vite, il faut prendre une décision : libérer les malheureux ou les laisser aux soldats de la vilaine dame ? Les nains hésitent.

"Il faut la libérer, je la reconnais : c’est la fille du défunt bon Roi !"

Déclare le… seul nain aveugle de la troupe, que nous appellerons donc Gilbert. Il l’a sûrement reconnue à son haleine. Mais bref : avec cette information, les nains décident donc que Blanche-Neige et son pote Chasseur sont plutôt dans le même camp qu’eux, à savoir, contre la Reine, et les libèrent donc pour mieux les emmener en direction d’une étrange grotte… qui s’avère en fait être un long tunnel débouchant sur un endroit magique !

En effet : la troupe sortant du souterrain rocheux arrive en file indienne dans une sorte d’immense coin de forêt où tout est beau et joyeux, où les oiseaux chantent, les fées filent entre les arbres et les animaux ne sont point effrayés par les hommes ; comme tout cela est fabuleux ! Blanche-Neige s’émerveille devant des nuées de papillons, des champignons jolis ou des sangliers en train de chier dans les fourrés dans une série de bruits liquides, ah, quel lieu merveilleux !

Les nains, eux, n’en ont pas grand chose à faire de tout ça, et organisent juste une petite teuf durant laquelle le plus neuneu des nains, appelons le Simplet à tout hasard, décide de danser avec Blanche-Neige car on sent bien que ça le perturbe de voir une femelle après toutes ces années passées dans des mines seulement peuplées de gros barbus. Par ailleurs, l’un des nains remarque que tous les petits maux de la troupe semblent apaisés en la présence de la princesse : plus de chaude pisse, de constipation, de points noirs ou autre, car elle est si gentille et pure que "Tout guérit autour d’elle" (même si les neurones, eux, semblent prendre cher dans le même temps) ! Ah, elle pourrait donc guérir le royaume ! En attendant, ça suffit : il faut pioncer mes petits amis. On avisera demain sur ce qu’il faut faire.

Et effectivement, une fois la nuit passée, au réveil, Blanche-Neige sent comme un appel ("Blanche-Neige… Blanche-Neige… ramène ton cuuuul") au coeur de la forêt : hooo ! Qu’y a t-il là-bas ? Mais un splendide cerf, bien sûr, tout blanc et vaguement féerique semble-t-il, qui contemple la princesse de haut en bas (et sans rigoler : bravo le cerf). Les nains ainsi que le Chasseur, alertés par la disparition de la donzelle à leur réveil ont filé à sa poursuite (ils l’ont géolocalisée en lisant le script, là encore), et arrivent donc dans la clairière au moment où le noble animal (pas Blanche-Neige, l’autre) s’incline devant la fille du bon Roi, afin de signifier, dixit les nains, qu’elle est bénie entre toutes (et que c’est pour ça que les oiseaux sont ses amis et lui indiquent comment arracher les yeux des gens avec des clous de maçonnerie quand elle s’ennuie dans sa cellule).

Ce qui n’interpelle pas vraiment Blanche-Neige, qui semble trouver tout cela bien normal, quand bien même elle nous claquait des prières chrétiennes au début du film. Petite païenne, va !

Hélas, alors que cette scène enchanteresse fait lâcher des "Hooo" et des Haaa" à la troupe, voici qu’une flèche sortie de nulle part vient exploser la gueule du pauvre cerf, qui brame un peu avant de se transformer en nuée de papillons blancs (oui, il ne peut pas juste mourir dans ses boyaux en vomissant de la bile, ce n’est pas considéré comme suffisamment enchanteur, je ne comprends pas) : les hommes de Coupaubol viennent de trouver le chemin jusqu’à la clairière (là encore, comment ont-ils su que cette dernière existait/que c’était là que Blanche-Neige était ? Mystère), et commencent à attaquer le groupe (mais en débutant avec le cerf qui n’avait rien à voir avec la choucroute pour bien informer qu’ils sont là : bravo les gars).

Le Chasseur et les nains cherchent encore à comprendre ce que ce pauvre cerf venait faire là, et pourquoi il semblait être une cible prioritaire pour les méchants

Détail intéressant, il faut savoir qu’il n’y a, au dire de Coupaubol lui-même, qu’un seul archer dans sa troupe, et il s’agit de William. Alors d’où sort ce nouvel archer qui vient de buter un cerf pour rigoler ? Ah, bah de nulle part en fait. Le scénario l’a généré aléatoirement, pouf. Tiens d’ailleurs, sur la même thématique : d’où sortaient les flèches enflammées qui ont ravagé le village des femmes quelques scènes auparavant ? J’en connais un qui va devoir s’expliquer.

Bref : les nains commencent à foncer vers les agresseurs, alors que deux d’entre eux, dont Simplet, aident Blanche-Neige à aller se planquer loin de tout combat ; hélas, l’archer rabouin les a suivis, et décide donc de faire du carton de nain ; mais Simplet, voyant son compagnon ainsi menacé, se jette devant lui en hurlant "Noooon" au ralenti comme une sorte de tout petit Kévin Costner (ce qui n’est pas très intéressant, puisque plus le garde du corps est petit, moins il couvre de surface lorsqu’il se jette devant vous). Ho no, Simplet is down ! Hurle Blanche-Neige en voyant le petit être ainsi percé d’une flèche se lancer dans la grande scène de l’agonie tremblotante ("Accroche-toi Simplet, les hélicos arrivent ! Je les entends ! Dis pas de bêtises, tu vas t’en tirer !") ; mais hélas, nenni d’hélicos : le nain trépasse purement et simplement, sans se transformer en nuée de jolis papillons, lui (ce n’est pas un nain enchanté, lui, et visiblement, Blanche-Neige ne guérit par les blessures par flèches avec la pureté de son petit coeur, cette grosse nase).

Heureusement, sortant de nulle part, William arrive et tue le vilain archer avant qu’il ne continue le massacre, et se rue vers Blanche-Neige en hurlant "C’est moi, William ! Souviens-toi, c’est moi qui te tirais les cheveux étant petit !"

A noter que malgré le fait que William a massacré une partie des hommes de Coupaubol lors de la bataille dans le village des femmes au bord de la rivière, le frère de la Reine ne l’a pas pour autant viré de sa troupe ou supposé qu’il puisse être un traître, et l’a donc emmené avec lui jusqu’au bout, parce que c’est bien normal. Dieu que ce film est nul (je précise, si vous n’aviez pas encore remarqué).

Bref : dans la clairière magique, la bataille fait rage, et les méchants sont rapidement mis en déroute, entre autres parce qu’ils se font taper dessus à coups de manche de hache par le Chasseur qui n’a toujours pas compris comment utiliser son arme, et ils préfèrent donc fuir plutôt que de poursuivre cette ridicule baston. Finalement, Coupaubol lui-même décide de venir se battre en duel avec le Chasseur, et comme il se doit, le méchant prend l’avantage sur le gentil, jusqu’à ce qu’au moment d’en finir, il se lance dans un monologue sans intérêt ("Hahaha, je suis méchant et je vais triompher, hohoho !") Profitant de la chose selon la règle traditionnelle des films sans inventivité, le Chasseur se reprend donc et pousse son ennemi contre un tronc d’arbre renversé, un peu pointu et habilement situé, ce qui lui pique un peu le dos : Coupaubol agonise donc quelques secondes empalé sur le bidule, son corps se mettant à vieillir particulièrement vite alors que la magie qui l’habitait disparaît, puis il meurt enfin, ce qui fait pousser un long soupir aux coiffeurs du monde entier enfin libérés de cette ignominie (la copine d’ignomickey. Si. Si, j’ai le droit. Arrêtez : ce calembour reste bien au-dessus du niveau de ce film, chut maintenant). Heu heu hem, reprenons.

La bataille ainsi achevée, tout le monde se réunit donc au milieu des bois afin de dresser un fort beau bûcher en l’honneur de Simplet, avec moult chansons en son honneur plus ou moins repompées sur le Seigneur des Anneaux pour accompagner le défunt dans son voyage vers l’au-delà des nains, un monde où le Styx est un ruisseau et où Charon est Passe-Partout. Et autour du bûcher, une décision est prise : il ne faut plus fuir, il faut combattre la Reine. Et pour ce faire, il serait bon de se rendre au château du Duc, le père de William, afin de trouver les hommes et femmes de bonne volonté prêts à se battre pour leur liberté. En route, donc !

Ainsi, et dès le lendemain, la petite équipe se met en marche, et là encore, avec des plans pas du tout repompés sur un autre film précédemment évoqué : toute l’équipe en file indienne, avançant péniblement dans d’immenses décors sauvages et ce, avec des prises de vues tournantes autour d’eux sur fond de musique pompeuse. Non vraiment, on a jamais vu ça ailleurs. D’ailleurs sur certaines affiches, si vous regardez les armoiries du père de Blanche-Neige sur son bouclier ou le style de la couronne de… oui non, cherchez-vous même tous les trucs repompés sinon il faudra un deuxième article entier : poursuivons.

Bref : un matin, alors que tout le monde pionce dans une forêt enneigée (il faut savoir que les saisons semblent être une notion toute relative dans le coin), Blanche-Neige entend comme un app…

Ho, merde ? Mais vous avez pas envie de la ligoter en fait pour éviter qu’elle ne se lève chaque matin pour suivre une quelconque voix mystérieuse ? C’est quoi le problème ? Et puis tant qu’à y être, comment se fait-il que j’arrive à voir Blanche-Neige sur fond neigeux, alors que sa peau est supposée être de la même couleur ? Ho le Destin ! Remboursez ! Produit défectueux !

Mais revenons à nos moutons : la voix qui appelle Blanche-Neige n’est autre que celle de William l’attendant un peu plus loin, qui lui dit qu’il l’aime fort, lui roule un patin puis, comme il est sympa, lui propose… une pomme. Blanche-Neige est trop contente : quel excellent petit déjeuner plein de vitamines ! Hop, elle croque dedans et… ho… elle se sent mal ! Regardant la pomme dans sa main, elle réalise que celle-ci n’est qu’une illusion et qu’il s’agit en fait…

D’une couille.

Pardonnez ma grossièreté, mais franchement, à moins d’un curieux kiwi, je ne vois pas trop ce que ça pouvait être d’autre. A noter aussi, accessoirement, qu’alors que dans la scène juste avant celle-ci, on a vu la Reine ricaner et changer de forme, j’ai quand même eu le droit, dans les sièges derrière moi, à une série de nanas qui ont marmonné "Ho bin ça alors ! C’était la Reine !".

En même temps, ça ne se fait pas de croquer des balls sans connaître leur origine, coquinette

C’est vrai que c’était pas évident à deviner, bravo les filles. Mais bref : la Reine dissipe son sort la transformant en William, et alors que Blanche-Neige est à demi-paralysée sur le sol froid, la méchante se penche sur elle et se lance dans le monologue qui va bien, une fois encore.

"Hahaha, Blanche-Neige ! Te voilà bien feintée ! Je vais te tuer car tu es plus belle que moi, et que ce faisant, je deviendrai jeune et belle pour l’éternité ! Alors que, à l’inverse, si jamais tu survivais à cette rencontre, sache que tu es la seule du royaume à avoir le pouvoir de me tuer, seul un sang plus beau que le mien pouvait lever mon sortilège de jeunesse ! Mais tu vas mourir, tu l’imagines bien, ce n’est pas comme si j’étais en train de disserter à haute voix pour te révéler le secret pour me vaincre  à 10 mètres de tes potes en train de se réveiller et qu’ils allaient venir me pourrir, hein !"

Du coup, incroyable hasard : William et le Chasseur, réveillés par ce bruyant monologue, foncent droit vers la vilaine bougresse pour lui tatane la gueule, mais cette dernière reprend la forme qui lui permet de voyager rapidement, à savoir celle d’une nuée de corbeaux, et s’enfuit aussi vite qu’elle le peut, laissant malgré tout derrière elle un ou deux corbeaux morts (et quelques fientes) massacrés par nos héros durant son échappée. Hélas, pour Blanche-Neige, par contre, il est trop tard : allongée dans la neige, elle semble paisible, les yeux clos et le corps froid, et William, à cette vue, ne sait que faire et pris de panique et de désir à la fois, l’embrasse tendrement.

Ce qui a pour conséquence de…

Rien.

Bon, bin ok les mecs : vous pouvez allumer le bûcher alors. Vous avez fait cet honneur à Simplet, vous allez quand même le faire à une princesse non ? Et bien visiblement, non : William, le Chasseur et les nains préfèrent se trimbaler (comment et pourquoi ? Nous l’ignorons) le corps de la défunte pour le restant de leur voyage, l’emmenant jusqu’à la destination finale du convoi : le château du Duc. Là, le corps de Blanche-Neige est emmené jusqu’à la chapelle locale et vêtu d’une splendide robe blanche, avant d’être laissé en place pour une veillée funèbre où, finalement, personne ne veille parce que sinon ça gênerait le prochain monologue. Personne ?

Non ! Le Chasseur est lui sur place en train de se cuiter et de soliloquer sur la vie qui est trop vilaine, sa défunte femme qui lui manque et Blanche-Neige qui était trop pure pour mourir. Et comme il n’a que ça à faire, et que tout comme William, il a un certain penchant pour la nécrophilie (mais enfin, c’est quoi votre problème avec ça ?), il décide de rouler un petit patin au macchabée, qui se met alors à pleurer avant… de s’éveiller !

Hooo ! Comme c’est choupinou. Moi aussi je pleure. Mais pas pour les mêmes raisons, je crois, enfin passons.

Blanche-Neige sort donc toute pimpante de la chapelle, et décide donc de faire ce que tout bon film pourri doit faire : le passage du discours à la troupe locale sur le courage et la liberté (je fais le même de temps à autres à mes commerciaux pour les motiver, le sabre dressé sur mon pur sang arabe se cabrant en humant l’odeur d’un marché public). Ainsi, voyant émerger dans la cour la princesse ressuscitée, le peuple de l’endroit accourt autour d’elle (probablement pour cramer la gueule de ce mort-vivant), et elle commence donc d’une manière que je n’ai toujours pas pigé, à savoir qu’elle marmonne "Le givre… le feu…" puis lance "Un jour, le fer fondra… et en fondant, il se tordra". Pardon ? Blanche-Neige, c’est un code pour de la coke ? Pour le reste, c’est du classique :

"Les amis, nous avons le choix : vivre à genoux ou mourir libre ; je sais que ça fait 10 ans que vous vivez complètement désespérés en expliquant que vous n’avez pas les moyens de reprendre le château de mon père à la Reine, mais par un habile trou dans le scénario, dans 5 minutes, on aura sans aucune raison une armée si grande qu’elle ne pourrait pas tenir dans ce château ! Alors, qui est avec moi ?
- Moi !
- Moi !
- Et moi aussi !
- Excusez-moi, êtes-vous un lamantin ?
- Et moi !"

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Et au son des acclamations des gens massés dans la cour autour de la princesse, l’espoir renaît dans le château du Duc. Et dans les heures qui suivent, une monstrueuse armée de cavaliers quitte l’endroit avec à sa tête Blanche-Neige, vêtue d’une armure de plates (… je ne commente pas) et armée d’une grosse épée, afin d’aller reprendre le château de son père ! Bon, ils n’ont pas pensé à prendre de fantassins, de béliers ou d’échelles, mais nul doute qu’en lançant très fort les chevaux contre les murs, il se passera quelque chose. Ne restent au château du Duc que les femmes ainsi que Gilbert le nain aveugle, qui du coup, va pouvoir s’en donner à coeur joie. Bien joué mec, tu sais comment tirer parti de la situation.

Mettre une grosse armure, oui, mais surtout pas de casque, malheureux ! Ça décoiffe et ça fait pas joli, ho non alors.

Bref : cavalcadant joyeusement, toute l’armée multicolore (ils ont ressorti les uniformes de l’époque du roi, ils n’auraient vraiment pas dû) arrive en vue du château de la Reine, où déjà, toute la défense locale se met en place, préparant de quoi bien accueillir l’ennemi : huile bouillante, projectiles enflammés, DVDs de Cauet, etc.

Mais comment ouvrir les portes de l’endroit, se disent les hommes, réalisant qu’ils ont été bien débiles de partir aussi vite et sans préparation tout ça parce qu’une nana revenant d’un bad trip avait décidé de se lancer dans un discours cucu. Mais Blanche-Neige a la solution :

"Mes nains, mes fidèles nains : vous allez infiltrer la forteresse pour y lever la herse en passant par le conduit que j’avais utilisé pour m’enfuir, car vous n’imaginez pas que ces gens en auraient déduit qu’il faudrait y poser une grille pour empêcher d’autres évasions !"

Et en effet : personne n’y a pensé. D’ailleurs, personne n’a pensé non plus que dans la scène où Blanche-Neige s’échappait, l’accès extérieur du conduit était à plusieurs dizaines de mètres en hauteur, à flanc de la falaise qu’occupe le château, avec le ressac balayant tout en-dessous… bref, un truc inaccessible. Mais là, visiblement, ça ne pose aucun problème, puisque nous retrouvons grâce à un habile saut dans le temps directement les nains à l’intérieur de celui-ci, débouchant à l’intérieur de la cour du château où toute l’armée de la Reine attend tranquillement la bataille. Et là, attention, on sent le film de qualité :

TOUS, je dis bien TOUS les figurants qui se retrouvent dans une position où ils pourraient apercevoir les nains en train d’avancer prudemment dans la cour se retournent discrètement en regardant ailleurs, quand bien même on les a bien vus apercevoir les petits gars. Qui plus est, les nains chuchotent et se déplacent tout équipés en faisant "glang glang" à 50 centimètres derrière les gens leur tournant le dos sans que ces derniers ne se retournent. Mieux encore, tous les gardes sont tournés dans une direction où ils ne surveillent… rien. Pas vraiment la cour, pas vraiment l’extérieur… non : ils regardent un mur, un poulailler, enfin bref. Là, on imagine bien le type qui a dû placer ces pauvres figurants en leur expliquant que désolé, c’est un film de merde ici, il va falloir faire du n’importe quoi. Enfin.

Les nains, ainsi aidés par la production, arrivent donc jusqu’à la salle contenant le mécanisme de la herse, et après en avoir massacré tous les gardes sans que personne n’entende rien (normal), commencent à lever la grille (ce qui là encore, ne fait pas bouger plus que ça l’armée massée dans la cour, qui trouve bien normal que la porte s’ouvre toute seule).

Blanche-Neige et son armée ont eux foncé droit vers la herse avant même qu’elle ne soit complètement levée, faisant qu’on les retrouve ainsi à patienter à la porte, en gueulant "Alleeeeez, heuuuuu, ouvrez quoi !". Heureusement, personne n’a l’idée de leur tirer des flèches dans la gueule pendant ce temps, ou même de leur verser de l’huile bouillante sur le museau afin qu’à nouveau, Blanche-Neige ne soit plus la plus belle fille du royaume, mais plutôt la plus grosse merguez. On ne verra la garde ne faire ça que 10mn plus tard, quand toute l’armée royale sera rentrée, et qu’il ne restera plus que deux clampins à l’extérieur des murs, ce qui n’est plus vraiment utile, mais bon.

En tout cas, la herse finit par se lever, et tout le monde rentre là-dedans en distribuant coups d’épées, de bouclier, de hallebarde ou de nain trempé dans l’amidon (une arme redoutable), créant un immense chaos dans la cour de l’endroit ; seule, observant les évènements depuis son balcon, la Reine attend elle que quelqu’un pense à lui mettre un coup d’arbalète dans la gueule. Mais comme cela n’arrive pas, elle finit par rentrer, non sans avoir jeté un regard de défi à Blanche-Neige, qui lui a rendu, car n’ayant que ça à faire malgré les 480 types surentrainés contrairement à elle tentant de la tuer en même temps, mais c’est un détail. Ni une, ni deux, elle se fraie donc un chemin à l’épée jusqu’au donjon local (là encore, sans jamais avoir manié l’épée, elle défait tous ses opposants), qu’intelligemment, aucune troupe ne défend. Et cavalcadant dans les escaliers, elle finit par arriver jusqu’à… la Reine, sa mortelle ennemie.

Celle-ci, dans la plus grande salle de son donjon, se contente de tourner le dos à la nouvelle arrivante en murmurant "Hohoho, tu ne m’auras jamais Blanche-Neige !" puis, promptement, se retourne pour engager le combat avec la princesse. Et si celle-ci met du coeur à l’ouvrage, cela ne suffit pas : les sortilèges de la Reine l’aident à esquiver tous les coups, voire à en caser deux ou trois dans la gueule de la pauvre bougresse, et Blanche-Neige finit bientôt au sol, désarmée. Quelques-uns de ses amis, parmi lesquels William et le Chasseur tentent bien de venir l’aider, mais la Reine invoque alors quelques-uns de ses bons vieux soldats cachous (souvenez-vous !) pour les retarder, voire les tuer (oui, tu aurais aussi pu les invoquer avant pour renforcer ton armée humaine et ainsi vaincre tranquillement les troupes de Blanche-Neige, mais c’eut été trop logique, je comprends). Ho non, tout semble perdu, un peu comme ma santé mentale à ce stade !

Se penchant sur Blanche-Neige, la Reine décide d’en finir, et s’apprête donc à la transpercer d’une lame…

… quand soudain la princesse en difficulté lui claque la technique de self-défense que le Chasseur lui avait apprise sans aucune raison dans la forêt, à part bien sûr pour cette situation précise, et détourne donc l’arme de la Reine avant de lui planter un poignard dans le bidou comme une experte !

Je ne sais pas vous, mais je trouve que cette image résume parfaitement la fidélité de "l’adaptation" par rapport à l’oeuvre originale.

Ah ! C’en est fini, se dit la Reine ; ma magie est vaincue, je suis vaincue, un sang plus beau que le mien a eu raison de moi ! Si seulement je n’avais pas fait de la daube depuis le début du film… euuuh… greuuu… reuuuh… argh (dit-elle tout en vieillissant à vitesse grand V, et titubant avant de s’effondrer au pied de son maudit miroir). Je… mon visage… je me transforme en Brigitte Bardot, c’est affreux ! Je… je crois que je préfère… mourir. Argh bis. Les soldats cachous s’effondrent, l’armée du château se rend… le royaume est libéré ! Sonnez trompettes, chantez oiseaux, renaissez fleurs!

S’ensuit donc, sans aucune transition (c’en est même impressionnant), la grande scène finale où l’on retrouve Blanche-Neige montant sur le trône lors d’une grande cérémonie où tout le monde est très content, et où elle… heu… et on me dira que je me répète, mais là : vous avez un plan de 30 secondes où Blanche-Neige, sa nouvelle couronne toute jolie (contrairement à celle trop dark de la Reine, hop, re-transformation !) posée sur sa tête, regarde dans le vide la bouche entrouverte sans qu’il ne se passe rien. Rien ! On la voit juste garder la bouche entrouverte, le regard vide, sans rien dire. Et, sur ce plan sans aucun intérêt à part rappeler le niveau consternant tant de ce film que de son actrice principale…

… FIN !

Mais ? Où suis-je ? Qu’est-ce qu’il s’est passé ?

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"Major, puis-je vous parler ?"

Quittant des yeux le spectacle lui faisant face, Henry Rathbone se tourna vers son interlocuteur en levant les sourcils, interrogateur.

"Monsieur le Président ?"

Le président était inquiet, pour sûr. Il avait ce pli sur le front que Rathbone connaissait bien et qu’il n’avait vu que trop souvent, à chaque fois que quelque chose de sombre se profilait à l’horizon. En général, ce pli signifiait que Rathbone allait devoir quitter sa demeure rapidement pour aller rencontrer un quelconque personnage s’étant mis en tête de menacer la sécurité du pays. Mais pas aujourd’hui.

"Henry, j’ai besoin de toute votre confiance. Ce que je vais vous dire pourrait être interprété comme de la folie par tout homme non averti, mais je veux croire en vous. Le puis-je ?
- Bien sûr Monsieur le Président.
- Henry… écoutez, il y a des années par une nuit d’hiver, un homme est venu me voir alors que j’essayais d’écrire sur ma vie, et sous la menace d’une curieuse arme, il m’a forcé à changer des éléments de ma biographie…
- Monsieur ?
- Cet homme : il prétendait venir du XXIe siècle… une sombre histoire de "sineyma" ou quelque chose du genre… il… il m’a… il m’a forcé à écrire que dans ma jeunesse je… je… c’est trop dur.
- Que vous ?
- Que je… chassais des êtres… étranges. Que c’était ma passion !
- Des noirs Monsieur ? – lança le major, hésitant
- Rah, mais non ! J’ai si honte aujourd’hui… Henry, vous devez partir sur l’heure et agir seul : j’ai caché le brouillon de cette biographie, mais je vous conjure d’aller la détruire pour ne jamais être exploitée par ce fou du futur, un cheval vous attend dehors, rendez-vous à…"

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Il sembla à Rathbone qu’un éclair venait de frapper juste derrière sa chaise, et il chut de celle-ci en percutant la rambarde du balcon, peinant à se relever en apercevant au milieu de la fumée un homme en étrange tenue qui se contenta, le visage à demi-caché par de monstrueuses lunettes, de maugréer :

"Je vous avais dit de ne jamais en parler : que vous le vouliez ou non, vous serez connu comme un chasseur de vampire !"

Et là, au milieu du balcon du théâtre Ford, l’homme ouvrit le feu sur Abraham Lincoln dans un rire dément qu’Henry n’oublierait jamais.

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